CHAPITRE XXIX
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Pëstdaitt que les Dipsodes sauvaient du déluge teur rôi Anarche, l'emportant «à leur col, le mieulx que ilz peurent , hors du fort , comme feit Eneas son père Anchises , de la conflagration de Troye ; » et que Pantagruel et ses compagnons délibéraient de leur courir sus , «voicy arriver Loup- Gkirou avecques tous ses geans, lequel voyant Pantagruel seul, feut esprins de témérité et oultrecuydance , par espoir qu'il avoit d'occire le paovre bon hommet , dont dist à ses compaignons geans : Paillardz de plat*pays , par Mahom , si aulcun de
vous entreprent combattre contre ceulx-ci, je vous feray mourir cruellement. Je veulx que me laissiez combattre seul; ce pendant vous aurez vostre passe-temps à nous regarder. » Pendant ce temps-là^ Panurge propose aux geans de l'admettre à leur repas, et ceux-ci y ayant consenti , il leur raconte les/ables de Turpin , les exemples de saint Nicolas^ et le conte de la Cigogne.
Loup-Garoup s'approcha de Pantagruel , armé d'une masse d'acier, « pesant neuf mille sept cens
quintaulx deux quarterons, au bout de la
quelle estoyent treze poinctes de dyamans , dont la moindre estoyt aussy grosse comme la plus grande cloche de Nostre-Dame de Paris. » Quant à Pantagruel il adressa dévotement une prière à Dieu qui l'exauça , car « alors feut ouye une voix du ciel, disant : Hoc fac etvinces^ c'est-à-dire fays ainsy et tu auras victoire. » Alors Pantagruel s'avance contre le Loup-Garou et jette à pleines mains dans sa bouche béante « plus de dix et huyct cacques et ung minot de sel, dont il luy emplit et guorge , et guousier, et le nez y et les yeulx. » A ce le Loup-Garou riposte par un coup de masse , et la bataille continue avec des coups en proportion exacte avec les armes et la taille des champions. A la fin Pantagruel d'un coup de pied jette à terre le Loup-Garou , « et vous le traisnoyt à l'escorchecul plus d'ung traict d'arc. Et Loup-Garou s'escrioyt, rendant le sang par la guorge , Mahom ! Mahom ! à la quelle voix se le-
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yarent tons les geans pour le secourir , » et attaquèrent en niasse Pantagruel qui « print Loup- Garou par les deux piedz , et son cors leva comme une picque en Faer, et d'ycelluy armé d'enclumes ,
frappoyt parmy ces geans et les abbatoyt
comme une masson hict des couppeaulx^ que nul
arrestoyt devant luy que il ne ruast par terre
Et , à veoir Pantagruel , sembloyt ung fauscheur
qui y de sa faulx, abbatoyt l'herbe d'ung pré
Finablement voyant que tous estoyent mortz, jecta le cors deLoup^arou tant que il peut contre la ville, et tumba comme une grenouille sus le ventre en la place mage (sur la grand'place) de la dicte ville ; et , en tombant, du coup tua ung chat bruslé, une chatte mouillée, une canne petiere> et ung oyson bridé. »
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