‹ Rabelais analysé, ou, Explication de 76 figures gravées pour ses œuvresChapitre 30 sur 70 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

COMMENT BPXSTEMOir, .QVIAVOTT LA COUPPE TESTEE (lA TETE COUPKe) PEUT QUART HABILLEMENT PAR PANURGE ; ET DES KOVELLES DES DTABLKS ET DES DAMViEz. '

Si tous les ennemis ont été tués, lés vainqueurs ont éprouvé des malheurs. Ensthêmes a été «graphiné quelque peu on visaige » et Épistemon a été tué d'un éclat de pierre de taille. Pantagruel veut se donner la mort et ses compagnons se lamentent; « mais Panurge, d'un air capable, dist : Enfans, ne pleurez goutte, il est encore tout chauld, je vous le guariray aussy sain qu'il f eut jamais. » En effet, après quelques lotions et frictions préliminaires, il prend la tête et l'ajuste au cou « vene contre vene, nerf contre nerf, spondyle contre spondyle, affin que il ne feust torty coUy (i), car

(i) Celui qui a cette infirmité représentant très-bien ces faux dévots qui lèvent les yeux au ciel , en penchant légèrement la tête sur Tune ou l'autre épaule.

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telles gens il hayssoyt de mort... Pays meit à l'entour (de sa tête) ung peu d'ung onguent qu'il appeloyt ressuscitatif. >

« Soubdain Épistemon commencea à respirer, puys ouvrir les yeulx, puys baisler, puys^esternuer, puys fait ung groz ped de mesnaige , dont dist Panurge : A ceste heure est-il guary absolument , et luy bailla à boyre ung Toyrre (verre) d'ung grand villain vin blanc , avecques une roustye sucrée. En ceste faczon feut Épistemon guary habillement, exceptez que il feut enroué plus de troys sepmaines , et eut une toux seiche , dont il ne peut oncques guarir, sinon à force de boyre. Et là commencea à parler, disant qu^l avoyt veu les dyables, avoyt parlé i Lucifer familiairement, et faict grand chiere en enfer, et asseuroyt devant tous que les dyables estoyent bons compai-

gnons It dist que il estojrt bien marry de ce

que Panurge l'avoyt si toust revocqué en vie. * Pantagruel lui demandant des nouvelles des damnés, Épistemon lui ra]^porte, entre un grand nombre d'autres , que « Xercès cryoyt la moustarde, Cyre (Cyrus) estoyt vachier, Demosthenes vigneron ; » qu'Alexandre-le-Grand « rapetassoyt de vieilles chausses , et ainsi guagnoyt sa paovre vie ; » qne « Boni&ce , pape huictiesme , estoyt escumeur de marmites ; » que « Nicolas , pape tiers ,

estoyt papetier; le pape Alexandre, preneur de

raz; et le pape Sixte, gresseur de v » A propos

de cette maladie, Panurge demande s'il y en a qui

l'ont dans Taiitre monde , sur quoi Épistemon répond qu'il y en a plus de cent millions , « car

croyez (dit-il) que ceulx qui n'ont eu la v en ce

monde-cy l'ont en l'aultre.

Cor Dieu, dist Panurge, j'en suys doncques quitte. » Puis Épistemon continue son curieux récit : « Ce pendent vint Cyre luy demander ( à Épictète) ung denier en l'honneur de Mercure , pour achepter ung peu d'oignons pour son soupper. Rien, rien, dist Épictète, je ne donne point de deniers. Tiens, maraud, voilà ung escut, soys homme de bien. Cyre feut bien ayse d'avoir rencontré tel butin; mais les aultres cocquins de

roys qui sont là-bas le desrobbarent la nuyct.

Je veidz Pathelin, thesaurier de Rhadamante, qui marchandoyt des petitz pastez que cryoyt le pape Jule, et lui demanda combien la douzaine : Troys blancz , dist le pape ; mais , dist Pathelin , troys coupz de barre : baille icy, villain y baille et en va quérir d*aultres. Le paovre pape alloyt plourant : quant il feut devant son maistre pastissier, luy dist que on luy avoyt ousté ses pastez. Âdoncques le pastissier luy bailla l'anguillade , si bien que sa peau n'eust rien valu à faire cornemuse. i>

Ce sont ces divers travestissemens qui ont inspiré le dessinateur dans la composition de sa planche qui est très- remarquable. Au premier plan on voit a maistre Jan Le Maire , qui contrefisiisoyt du pape, et à tous ces paovres roys et papes de ce monde faisoy t baiser ses piedz ; et , en

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faisant du grobi» (bisant Tiniportant) , leur don* noy t sa bénédiction ^disant : Guaignez les pardons, cocquins, guaignez, ils sont à bon marché : je vous absouldz de pain et de souppe ( de peine et de cou\pe,/iuué) ; et appella Caillette et Tribotdet (deux fous) 9 disant: Messieurs les cardinaulx, despcfschez leurs bulles'^ à chascuu ung coup de pau (pieu) sus les reins, ce que feut fait incon* tinent. » Sur un autre plan, on aperçoit le pape Jules II criant des petits pâtés qu'il porte devant lui, et une foule de damnés de distinction, comme l'attestent les insignes de leurs grandeurs passées qu'ils ont conservées.

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