CHAPITRE XXXI
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Panta:6ruel, vainqueur des Dipsodes , envoie Carpalim dans la ville des Amaurotes dire que le roi Ànarche était pris , après avoir été défait lui
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et ses sujets. Cette nouvelle mit tous les habitans de la ville en grand émoi ; ils font des feux de joie dans toute la ville et dressent des tables dans toutes les rues , <x ce feut (ajoute Rabelais) ung renovellement du temps de Saturne , tant y feut faicte lors grande chiere. »
Mais Pantagruel , tout le sénat assemblé , dist : ce Messieurs , ce pendent que le fer est chauld , il le fault battre; pareillement , devant que nous débaucher d'adrantaige , je veulx que nous allions prendre d'assault tout le royaulme des Dipsodes.... Mais d'avant que poursuyvre ceste entreprise ( dit Rabelais) , je vous veulx dire comment Panurge traicta son prisonnier le roy Anarche. » Après l'avoir habillé d'une manière ridicule , il l'amène devant Pantagruel , il lui dit : « Congnoissez-vous ce rustre? Non, certes, dist Pantagruel. C'est monsieur du roy des troysCuictes ; je le veulx faire homme de bien ; ces dyables de roys icy ne sont que veaulx et ne sçavent ni ne valent rien, sinon à faire des maulx es paovres subjectz, et à troubler tout le monde par guerre, par leur inicque et détestable plaisir. Je le veulx mettre à mestier et le faire cryeur de saulce verte. Or commence à cryer : Vous faut-il point de saulce verte? et le paovre dyable cryoyt. »
« C'est trop bas, distPanurge ; et le prirent par l'aureille , disant : Chante plus hault, en g, sol, re , ut. » En dernier lieu , Panurge le marie à une vieille lanternière.
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C'est de ce deraier paragraphe qu'est tiré le sujet de la gravure qui est annexée à ce chapitre.
Dans le chapitre XXXII% intitulé « comment Pantagruel de sa langue couvrif toute une
ARMÉE, ET DE CE QUE l'aUTHEUR YBID DANS SA
BOUCHE , » Rabelais semble exagérer encore la taille colossale de son héros , puisqu'il s'exprime ainsi en parlant de l'intérieur de sa bouche : a Je«... y veidz de grands rochiers , comme les monts des Dannoys, je croy que c'estoyent ses denz, et de grandz préz , de grandes foretz, de fortes et grosses villes y non moins grandes que Lyon ou Poictiers. » Enfin j après avoir exploré ce nouveau monde , l'auteur rentre dans sa sphère et descendant par les épaules de Pantagruel , il tombe devant lui, et un colloque plaisant s'établit entre lui et Pantagruel. Laissons-le parler. «Quant il (Pantagruel) m'aperceut j il me demanda : Dond viens-tu Alcofribas? Jeluy respondz: de vostre guorge, monsieur. Et depuys quand y es-tu ? dist-il. Depuys, dis-je, que vous alliez contre les Almirodes. Il y a , dist-ii , plus de six moys. Et de quoy vivoystu ? que beuvoys-tu ? Je respondz : Seigneur, de mesme que vous , et des plus friandz morceaulx qui passoyent par vostre guorge , j'en prenoys le barraige (l'impôt). Yoyre mais , dist«il , où coystu ? En vostre guorge , monsieur, dis-je. Ha! ha! tu es gentil compaignon , dist-il. Nous avons , avecques l'ayde de Dieu, conquesté tout le pays des Dipsodes; je te donne la chastellenye.de Sid-^
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migondin. Grand inercy, dis-je, monsieur, vous me faictes du bien plus que ti*ay deservy envers vous. 9 Allusion fine aux récompenses accordées à ceux qui ne sont auprès des princes que pour vivre à leurs dépens.
Dans le chapitre XXXIIPTauteur nous raconte que tf le bon Pantagruel tumba malade et feut tant prins de l'estomach , que il ne povoy t boyre ny manger; » joignez à cela une autre maladie ^ pour laquelle des remèdes n'étaient pas alors affichés sur tous les murs Croyez- vous que tout cela fut guéri de la manière ordinaire ? Vous vous tromperiez étrangement. Pantagruel fut traité plus en grand , car après avoir pris « quatre quintaulx de scammonée colophoniacque , six vingtz et dixhuyct charretées de casse , unze mille neuf cens livres de rheubarbe, sans les aultres barbouillamensy» il avalle, «comme une petite pillule,» dix-sept grosses pommes de cuivre dans l'une desquelles était « ung de ses gens portant une lanterne et ung (lambeau allumé En cinq autres
entrarent troys paysans , chascun ayant une paesle ( pelle) à son col. En sept aultres entrarent sept porteurs de coustrez, chascun ayant une corbeille à son col. » Tout ce monde nettoya le corps de Pentagruel qui , « par ce moyen , feut guary et reduyct à sa première convalescence. »
Ce livre II' est terminé par un chapitre où l'auteur promettant « le reste de Thystoire à ces foyres de Francfort, prochainement venentes, et dé-
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taillant tout ce que«reste contiendra», ne manque pas, selon sa coutume, d*exhaler sa bile contre les orcagotz, escargotz, hypocrites, caphartz, bottineurs (moines rentes), et aultres teUes sectes de gens qui se sont desguiséz comme masque pour tromper le monde ».