CHAPITRE PREMIER
COMMENT FANTAGRBUI. T&AlfSPOURTA WE COLOITZK AS UTOPOOS
Sir DIPSODTB.
Ce troisième livre commence par un dixain, adressé par Rabelais , (c a l'esperit de la rotdte de Navarre (i),» qui est suivi d'un prologue dans lequel Fauteur s'adressant aux «beuveurs très -illustres et aux goutteux très-précieulx,»leur cite un trait de la vie de Diogène le cynique et se compare à ce philosophe. Il termine ce prologue par cette apostrophe énergique qu'il adresse aux objets de sa haine : « arrière cagotz ! aux ouailles , mastins ! hors d'icy, caphartz de par le dyable , hay ! Jamais ne puissiez-vous fîenter que à
(i) Marguerite de Valois , sœur de Frau^isI*'.
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sanglades d'estrivieres , jamais pisser que k Testrapade, jamais eschauffer que à coupz de basions, v
La planche que le lecteur a sous les yeux représente le départ d'une colonie d'Utopiens, «on nombre de 9,876,543,!! lo hommes,sans les femmes et petits en&ns, artisans de tous mestiers, et professeurs de toutes sciences libérales, » pour laDipsodye : colonie « qui , selon Pantagruel , devait retenir les Dipsodes sous son obéissance. Cest ce qui arrive en effet , et Rabelais en le rapportant donne dans ce chapitre, les plus belles leçons de politique. Combien peu de souverains ont lu le livre de Rabelais, ou combien peu, Payant lu,n*ont pas mis en pratique les excellens préceptes qu'il contient !
Pantagruel , ayant réglé le gouvernement de la Dipsodye , assigne à Panurge la châtellenie de Salmigondin « valant par chascun an 6,789,106,709 royaulx (i),non comprîus l'incertain revenu des hanetons et cacquerolles (coquilles d'escargot), montant bon an mal an de 2,436,768 à 2,435,769 moutons à la grande laine.» Mais ce type des vauriens a en moins de quatorze jours dilapida le
revenu certain de sa chastellenye abastant
boys , bruslant les grosses souches pour la vente
(i) Monnaie d^or, frappée «nu Philippe*le-Bel qui y est représenté couvert de ses TèleBeDs fvjtatx. Il y en avait de deux sortes , les petits et les gros. Les premiers valaieRt onM livres parisîs, et les antres le doubla
des cendres, prenant argent d'avance ^^ichaptant chier, vendant à bon marché , et mangeant son bled en herbe. » Pantagruel averti de tout cela ne s'en fâche nullement, mais croit devoir faire observer à Panurge que ce n'est point en menant un pareil train de vie, qu'il deviendra riche, «Riche! respondit Panurge , auriez-vous là fermé vostre pensée? Aviez-vous en soing prins me faire riche en ce monde ? Pensez vivre joyeulx , vous vivant joyeulx, guaillard , je ne seray riche que
trop.» Et alors Panurge prouve à Pantagruel que ce qu'il a fait est fait le plus sagement du monde.
L'entretien continue, et, dans les chapitres IIP et IV* Panurge , avec l'esprit qu'on lui connaît , « loue les debteurs et emprunteurs , » et soutient , qu'en cessant de prêter et d'emprunter, leTnonde retombera dans le chaos et « l'autre petit monde, qui est l'homme, ne pourra vivre.» Pantagruel est d'un sentiment opposé, et le chapitre V" cou* tient l'exposé de toutes les raisons pour lesquelles il déteste les débiteurs et empruteurs,
Panurge paraît convaincu , surtout après cette
parole péremptoire de son maître : « Laissons
ce propous, je vous l'ay jà dict une foys. » Alors quittant le rôle d'argumentteur,il veut s'instruire et demande à Pantagruel pourquoi les nouveaux mariés, les planteurs de vigne nouvelle et les constructurs de logis neufs étaient exempts d'aller à la guerre : question à laquelle Pantagruel donne une réponse dans le chapitre VP.
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Peu après, Pantirge cesse de porter «sa magnifique braguette,» revêt une robe et a la puce à l'oreille. Comment? «Panurge se feit percer Faureille dextre à la judaîcque, et y attacha ung petit anneau d'or à ouvraige de tauchie (damasquiné), on caston (au chaton) duquel estoyt une puice enchâssée. » Pantagruel lui de* mande pourquoi il ne porte plus sa braguette et Panurge répond « pour ce que je vouidroys quelque espace de temps, ung an pour le moins, respirer de l'art militaire, c'est-à-dire me marier, je ne porte braguette , ne par conséquent hault de chausses ; car la braguette est première pièce de harnoys, pour armer l'homme de guerre
c Youlez-Tous , dist Pantagruel , maintenir que la braguette est pièce première de harnoys mili-
taice ? C'est doctrine moult paradoxe et novelle
Je le maintien , respondist Panurge, et non à tort je le maintien. » Le chapitre YUP est consacré tout entier à son développement.
C'est au chapitre IX* que commence cette suite de pages admirables où , à propos de l'hésitation de Panurge délibérant s'il doit se marier on non, Rabelais fait éclater son inépuisable gaieté , son talent d'observation et sa logique qui , prouvant et réfutant alternativement la même induction , laisse l'esprit du lecteur souvent dans l'embarras et toujours dans l'admiration.
«Panurge dist avec ung profond souspir:
Seigneur, vous avez ma délibération entendue,
qui est de me marier.,... Je vous supplye , par Tamour que si long-temps m'ayez pourté , dictes m'en vostre adviz J'en suys, respondit Pantagruel, dadviz^ et le vous conseille. Mais, dist Panurge , si vous congnoissiez que mon meilleur feust tel que je suys demourer, sans entreprendre cas de nouvelleté , j'aymeroys mieulx ne me marier point. Point donc ne vous mariez^ respondist Pantagruel. Voyre, mais, dist Panurge, vouldriez-vous que ainsi seulet je demourasse toute
ma vie, sans compaignie conjugale? Mariez--
vous doncques de par Dieu^ respondist Pantagruel, n
Panurge continue à exposer ses raisons pour ou contre, et Pantagruel à la fin de chaque antienne commençant par si et mais, reprend alternativement ces deux répons : « Mariez-vous donc de par Dieu , et point doncques ne vous mariez. »
Enfin , dans le chapitre X% Pantagruel propose à Panurge de s'en rapporter au sort Firgilien qui consiste à ouvrir avec l'ongle les œuvres de Virgile et à expliquer l'avenir par le premier vers qu'amène le hasard. Celui - ci y consent , après avoir appris de son maître tous les exemples d'hommes illustres qui ont dû la connaissance de l'avenir à cette espèce de divination^ et renonce aux dés qu'il avait proposés lui-même et que Pantagruel lui dit être un sort « abusif, illicite et grandement scandaleux. » Enfin on ouvre le livre , et on trouve ce vers :
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Née demi hute mmm , dem mec eBgmatB emèUi est.
(EauM.IT.)
Digne m feot (Tflstra «d table du dieu Et n*eiit on lie! de b deoM lien ( pUce).
Pantagruel affirme que Panurge sera chevalier de Tordre du Croissant ; mais Panurge soutient que ce sort dénote que sa femme sera « preude , pudicque et loyale. »
« Tout beau, fillot, dist Pantagruel , tout beau. Ouvrez pour la seconde foys. Lors rencontra ce vers:
Membra qtuuii, geCdtuque eoii formidime seMguU.
Lci ot I07 rompt , et les membres loi eaaie ; Dont de la paour le lang on cort loi glane.
Il dénote , dist Pantagruel , que elle vous battra doz et ventre. On rebours, respondit Panurge; c'est de moj que il pronosticque , et dict que je battray en tygre, si elle me fasche, martin baston
en fera l'office
On tiers coup , rencontra ce vers :
Femineo predœ et jpoSorum ardeèai amore.
Bmiloyt d^ardeor, en féminin riiaige ,
De botiner, et robber ( dérober) le beguaige.
Il dénote , dit Pantagruel , que elle vous desrob-