CHAPITRE XVIL
C^UMBXIT PAHVBGI ft&RLB A LA UBTLLI D| TAMUnfêT.
Dans le chapitre Xyi% « Pantagruel conseille à Pauurge de conférer avecquesune sibylle de Pan- 2;oust. 3> Épistempn s'y oppose, mais Pantagruel et Panurge combattent ses argumens, et à la fin le dernier dit : « Allons par l'ayde, allons par la vertu Dieu; allons , à dieu , Frère Jan; je te recommande ma braguette. Bien, dist Ëpistemon, je vous sui-vray, protestant que , si je ay advertissement que elle use de sort ou enchantement en ses responses^ je vous laisseray à la porte et plus de moy accom^ paigné ne serez. ».
Après avoir marché pendant six jours , ils arri* vent chez la sibylle. <c On coing de la cheminée
trouvarent la vieille mal en poinct , mal vestue,
mal nourrye, edeutée, chassieuse, courbassée,
roupieuse, languoureuse( languissante), et faisoyt ung potaige dechoulx verdz ,avecques unecouaine
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de lard jaune^ et ung vieil 8avorados(de vieux débris de viande).» Panurge la salue profondément, lui fait ses présens et lui expose les motife de sa venue.
La gravure représente nn vrai laboratoire de sorcière; elle-même s'y trouve , et, la tête affublée d'un tablier, elle prooèdeà ses opérations magiques* Elle regarde brûler un demi-£agot de bruyère et un rameau de laurier sec. Pendant ce temps-là, Panurge qui n'a peur que du danger et de son apparence , voyant la vieille criant « espovantablement, sonnant entre les dens quelques mots
barbares et d'estrange termination dist à Epis-
temon : Par la vertus Dieu , je tremble ; je croy que je suis charmé. Elle ne parle point Christian; voyez comment elle me semble de quatre empans plus grande que n'estoyt lorsqu'elle se capitonna de son devanteau (se couvrit la tête de son tablier) O les laydes bestes ! Fuyons. Serpe Dieu,
je meurs de paour ; je n'ayœe point les dyables ; ilz me faschent, et sont mal plaisans; fuyons. A dieu , madame ; grand mercy de voz biens. Je ne me marieray point f non ; j'y renonce dès à présent comme alors.» Panurge commençait déjà à « escamper de la chambre ; » mais la vieille ellemême sortit , ébranla trois fois un sycomore qui était à côté de sa maison , en fit tomber huit feuilles sur chacune desquelles elle écrivit un vers « puys les jecta on vent, et leur dist : Allez les chercher, si vouiez; treuvez-les, si povez, le sort
fisital de vostre mariage y est escript. » Ces paroles aichevées, elle rentre chez elle, mais avant d'entrer, eWepose sur le perron en Eve avant sonpé-^ chéy et attire l'attention des joyeux compagnons qui comparent certaine partie du corps féminin dévoilée à leurs yeux à la caverne de la sibylle. Enfin , après avoir recueilli , « mais non sans grand labeur, )> les feuilles manuscrites, ils trouvent ces vers :
T'esgotissera ( elle te tirera de ta eoqne)
De renom ( par réputation ) ,
Engroissera
De toy non.
Te sugcera
Le bon bout ,
T'escorchera
Mais non tout.
Après avoir recueilli les feuilles , Épistemon et Panurge retournent à la cour de Pantagruel qui dit à ce dernier : «c Vous estes bien en poinct. La prophétie de la sibylle apertement (clairement), expouse ce que jà nous estoyt dénoté , tant par les sortz Vergiliens, que par voz propres songes; c'est que par vostre femme serez deshonnoré, que elle vous desrobbera par quelque bonne partye , et que elle vous battra , escorchaut et meurtrissant quelque membre du cors.» Selon son système ordinaire, Panurge donne une toute autre explication aux vers de la sibylle , car à ne parler que
HABELAISIEHIIE. 'jS
des a* et 3% il s'explique ainsi : « Ma femme en-
groissera, mais non de moi* Cor Dieu, je le
croy, ce sera d'ung beau petit enfantelet que elle sera grosse. » Mais Pantagruel n'est pas à bout, et dans le chapitre XIX* il dit à Panurge : « L'esperit malin vous seduyct ; mais escoutez ,.... par signes , sans parler, conseil prenez de quelque mut (muet). J'en suis d'adviz , respondist Panurge. »