‹ Rabelais analysé, ou, Explication de 76 figures gravées pour ses œuvresChapitre 35 sur 70 · CHAPITRE XX (i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX (i

comurr NAznMABRi i»ar sioims bupoito a pauvrge.

La gravure représente Nazdecabre ( nez de chèvre ) disputant par signe avec Panurge , par devant Pantagruel.

(i) Quoique cette gniTure porte à sa sominité lifre 3 , chapitre %o , nous avons cru devoir la placer au chapitre XIX' du livre II*, à capse du geste incongru qui y est représenté et qui traduit une phrase de ce chapitre ; nous prions le lecteur de vouloir bien la cherdier à la place que nous avons indiquée.

76 GALERie

Mais bientôt le muet ne se contente pas de ces signes inno£fensi£s , et lui promenant la main snr le ventre, la poitrine , Testomac et le visage , c puys luy en (de son pouce) frotta le nez, et, montant oultre aux yeux, feignoyt les luj vouloir crever avecques le poulce. » Panurge tâche d'abord de s'exempter de si lâcheuses caresses, et voyant qu'il n'y peut réussir, il s'écrie : « Par Dieu , maistre fol , vous serez battu si ne me laissez ; si plus me faschez , vous aure^ de ma main ung masque sus vostre paillard visaige. »

« Il est , dist lors Frère Jan , sourd Fays luy

en signe une gresle de coupz de poing sus le raourre (museau). Que dyable , dist Panurge , veult prétendre ce maistre Aliboron ? Il m'a presque

poché les yeulx on beurre noir. Par Dieu je

vous festoiray d'ung banquet de nazardes, entrelardé de doubles chincquenauldes. » Lemuet, sourd à ces observations, fait de nouveaux gestes, en sorte que «Pauurge, de ce fasché ,leva le poing pour frapper le mut (muet); mais il rêvera la présence de Pantagruel et se retint. Alors, dist Pantagruel, si les signes vous faschent , ô quant (combien) vous fascheront les choses signifiées Le

mut prétend et dénote que serez marié , coqu , battu et desrobbé. Le mariaige , dist Panurge , je concède; je nie le demourant, et vous prye me faire ce bien de croyre que jamais homme n'eut en femme et en chevaulx heur tel que me est prédestiné, j^

HàBBLAUIKHin. 77

Pantagruel voyant TobatinatiaB de Panurge lui propose, dans le chapitre XXI% d'aller voir «ung ▼ieil poète françoys, nommé Raroinagrobis, près

de sa fin; » car, dit Pantagruel , « j'ay souvent

ouy dire que tout homme vieulx , décrépit, et près de sa fin, Ceicilement divine des cas advenir Je le veulx, respondit Panui^. AUons-y

Epistemon , de ce pas, de paour que mort ne le previengne. »Ils se mettent donc en route en compagnie avec Frère Jean, et, c arrivant on logys poetiçque, treuvarent le bon vieillard en agonye, avecques maintieu joyeulx , face ouverte , et reguard lumineux. »

Panurge après lui avoir o£Fert en don un anneau d'or, orné d'un saphir oriental, « le requist courtoysement dire et expouser son jugement sus le doubte du mariaige prétendu ( projeté). »

ce Le bon vieillard commenda luy estre appourté encre , plume et papier. Le tout feut promptement livré. Adoncques escripvit ce que sensuyct (i):

Prenez-lâ , n« la prenez pas ; Si Tons la preoex, c'est bien fuct , Si ne la prenez, en effect, Ce sera ooTré par compas.

Gualloppez, mais allez le pas; ReccuUez , entrez-y de fidct , Prenez-la f ne...

(i) Ce rondeau se tronve avec de légères différences dans les œuvres de GniHaume du Bois, dît Grelin. Paris, Simon du Bois, 1597, in-8*. Il est adressé à on Christophe de Refuge qui TaTait consulté sur son mariage.

78 GAU-BIF

Jeusnez, preneidiMitiie repas, Deiaietes ce qii*«Btoyt rcfiûct.

PrcQez-la , ne^.

Refaictes ce qu'estoyt defaîct , Sonbhaytcz Iny vie et trespaâ.

Prend^la^ ne...

ce Piiys leur bailla en main , et leur dist : Allez , enfans j en la guarde du grand Dieu des cieulx , et plus de cestuy affaire ni d'aultre que soy ne me inquiétez. » Puis faisant allusion à la multitude de moines qui étaient venus attrister son lit de mort , il dit : « J'ay, ce jourd'huy, qui est le dernier de may et de moy, hors ma maison , à grande fatigue et difficulté , chassé ung tas de villaines, immondes , et pestilentes bestes, noires, guarres (bigarrées), faulves, blanches, cendrées, grivolées (tachetées), lesquelles laisser ne me vouloyent à mon ayse mourir »

A ces paroles, Panurge, avec ses compagnons, sort de la chambre de Raminagrobis qui vient de les en prier de nouveau, et dit tout effrayé: c( Par la vertus Dieu , je croy que il est hereticque, ou je me donne on dyable. » Et Panurge continuant , plaide pour l'ordre des Frères Mendians contre Frère Jean qui ne s'en « soucie d'ung bouton » , et qui , prenant un autre sujet de conversation , propose à Panurge de voir ce que le vieux poète a écrit. Mais bientôt celui-ci , plein de tendresse pour les « paovres beatz pères Jacobins ,

RAHKAISIBITHE. 79

Mineurs et Minimes, » qu'une conformité jie penchans et de mœurs lui rend si chers, recommence à s'indigner contre Raminagrobis qu'il dit être « heretioque fomé, hereticque claTelé^hereticque bruslable comme une belle petite horologe (i) ; ï» et ajoute que ce son asne (a) s'en va à trente mille charrettées de dyables. »

Cependant Panurge mû d'un beau zèle, ne se contente pas de censurer amèrement dans le chapitre XXII' les paroles de Raminagrobis , il propose encore de retourner chez lui , pour « l'admonester de son salut ; car, ajoute-t- il, «sera œuvre charitable à nous faicte Nous l'induirons à contrition de son péché , à requérir pardon es dictz tous beatz pères , absens comme présens; » mais voici que tout à coup sa ferveur et son courage l'abandonnent, et il s'écrie : a Ho , ho , je me abuse , et me esguare en mes discours. Le dyable m'empourt si je y voy; vertus Dieu, la chambre est desjà plaine de dyables. Je les oy desjà se pelaudans , et entrebattans en dyable à qui humera l'asme Raminagrobidicque , et qui premier.... la pourtera à iiicsser Lucifer qui sçait

(i) ÀlIngîoQ à ce temps d*igiioraiioe barbare où la première horloge fot coiMidéré« comme fabriquée par uq magiden , et brûlée oomme telle.

(%) Rabelais ajant dit daoa son Livre I*% « Je douie mon ame à trente mille pnnerées de dyables , » il fut mandé devant le parlement et menacé des fagots. H n^évita le supplice quVn disant que c'était une faute typu- Ifrapbiqve , et quil avait voulu dire : mon asne.

8o GALBRIS

s'ilz useroyent de qui pro que, et, en lieu de Raminagrobis , gripperoyent le paovre Panurge,

quitte ? Je meurs, par Dieu, de malle raige de

paour Si j y alloys, le dyable m'empourte-

royt » Puis se ravisant, «Frère Jan (dit -il)

veulx-tu que présentement trente mille charret-

tées de dyablès t'empourtent baille -moy ta

bourse , car la croix est contraire on charme. Et te adviendroyt ce que nagueres advint à Jan Dodin , receveur du Couldray on gué de Vede, » lequel voulant passer le gué , s'adressa à un Cordelier à qui il promit , s'il voulait le porter sur ses épaules , un habit neuf. Le Cordelier y consent ; mais au milieu de Teau, il lui demande s'il a de l'argent sur lui ; à sa réponse affirmative , il lui dit qu'il est défendu aux Cordeliers, par leur règle, de porter de l'argent sur eux, « et soubdain se décharge : et vous jecte Dodin en plaine eaue, la tête on fond. »

«A cest exemple, Frère Jan, mon amy doulx, affin que les dyables t'empourtent mieulx à ton ayse ; baille-moy ta bourse , ne porte croix aul-

cune sur toy Ayant argent , ils te laisseront

tomber dedans quelque mer comme tomba

Icarus, et sera par après nommée la merEntom-

mericque Je ne m'en soucieroys , respondist

Frère Jan, pas tant, par adventure, que Ton diroyt, ayant mon bragmard on poing. Tu le prendz bien, dist Panurge, et en parles comme docteur subtil en l'art. On temps que j'estudyoisà l'eschole

RABELAISIBITNE. 8l

de Tolète (Tolède), le révérend père en dyable Picatris , recteur de la facolté dyabolologicque , nous disoyt que naturellement les dyables craignent la splendeur des espées , aussy bien que la

lueur du soleil Cestoyt , peut-estre , la cause

pourquoy le seigneur Jan-Jacques Trivolse (Tri- Yulce), mourant à Chartres^ demanda son espée , et mourut Fespéenueau poing, s'escrimant tout on tour du ciel, comme vaillant et chevaleureux, et, par ceste escrime, mettant en fuite tous les dyables qui le quittoyent on passaige de la mort (i).»

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