CHAPITRE XXX
lootfiim^ BivYOTHADÛ, ±BsoE.o&i«ir« Donm coirsBiL A VAVima»
sus l'bHTRBTRIHSB du MAaiAIGS. .
Enfin Panurge et ses compagnons reviennent auprès de Pantagruel et lui montrent les vers de Raminagrobis. a Pantagruel , après l'avoir leu et releUy dist : Encores ri'ay-je veu response que plus më plaise. Il veult dire sommairement que, en Tentreprinse demariaige, chascun doibt estre arbitre de ses propres pensées et de soy-mesme conseil prendre Faisons aultrement Dimanche prochain , ayons pour théologien nostre père Hippothadée ; pour médecin, nostre maistre Rondibilis (i); pour légiste, nostre amy Bridoye(ï2) ,.... et.... le philosophe Trouillogan. » Dans
(i) L'opinion commune est que Rabelab a eu en vue Guillaume Rondelet, médecin de Atontpellier et auteur d'une Histoire des Poissons ^ dont la traduction panit à Lyon , in-fol. , chez Macé Bonhomme , en
(a) L'on voit la source où fieaumarehais a puisé le nom de son Brid'oison.
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les paroles de ces hommes de condition et d'état si différens, car « Rondibilis, marié est et ne Tayoyt esté ; Hippothadée oncqties ne le feut et ne Test ; Trouillogan Test et Ta esté , » tu trouveras peut* être des raisons pour prendre un parti préférablement à un autre.
Le dimanche tous les conviés , excepté Bridoye, furent présens au diner.
C'est ce festin que la planche représente. Pantagruel est au haut de la table, trinquant avec tous les convives. Sur le premier plan , le théologien, que fait remarquer son capuchon rejeté en arrière, tient sa coupe d'une main et gesticule de l'autre. Il est imité dans cette dernière opération par le médecin , le philosophe et Panurge qui est à côté de Pantagruel. Derrière les convives, on aperçoit des valets portant des urnes.
« Sus l'apport de la seconde tahle ( au second service ) , Panurge , en profunde révérence , dist : tf Messieurs, il n'est question que d'ung mot, me doibz-je marier ou non? Si par vous mon doubte n'est dissolu (résolu), je le tiens pour insolnhle. »
« Le père Hippothadée , à la semonce (à l'invitation) de Pantagruel et révérence de tous les assistans , respondist en modestie incroyable : Mon amy, vous nous demandez conseil , mais premier fault que vous-mesraes vous conseillez. Sentez-vous importunement en vostre cors les ai* guillons de la chair ? Bien fort , respondit Pa-
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nurge , ^ç vqus desp^isey noslre père^..., Av^ezvous le don et graçe spécule de çoi^tipençe ? Ma fqy, no.i3i ,. respondit Papurge. MaiFiez-r\OMS doncques , mou ^ iny^dist Hippotadée ; car tropmeilieur e§t soy carrier qqç ^çdreon feij\ de concupiscence. C'est parlé cela, s'escrya Panurge g^alantement, sans circumbiUy?iginer (tgurn^e^') ooi touç du pot. Grand mercy, monsieur n,Qstrç père,, je ipe naariray sans point de faulte , et l^en toust. Je vous conyye à naes ^lopcçs , ççrpç de galline (çQrps. de poule) nous ferons chiere lye. Vous, aurez de nia livrée, et si map^erojos de li'oye, cpr bœuf^ que ma femme ne i:ou$,t;yra, point. Encores vous prieray-je inener la première dapce des pucelles, s'il, vous plaist ^e faire ta^t de bien çl; d'honneur pour la pareille (i,), ».
Mais lorsque Ps^uurge aririve à IjS question dont la solution met son esprit dans une si étrai>ge perplexité et que le théologien renvoie cette même solution à la vplonté de Pieu : « Monsieur ( dit Iç premier) , nos^re pèrç , je crois que vostre mieulx sei;a ne^pas venir à m,es nopçes. Le bfuyt et Ija trib^Ue <Jjçs gçns de nppçe^ vous r^naproyent tput le testamen^t, yoi^ ayijnjçz repous, silence et spji^litu,d,e; vousine y vien direz, pas, ce croy-je; et puys vous d^ncez sussiez mal, et se-
(r) I^ promesse que fait ici Panurge au tl^éqlpgien d^ Jul faire ouvrir « la dance des pucelles» ne doit pas étonner. Les ecclésiastiques ne sWfrayaient pas alors , comme à présent, des plaisirs inooceos. D'ailleurs, qui i^e se souvient de la danse df^ cardinaux du Concile de Trente ?
RABELAISfXMirE. 87
riea honteux, menant le premier bal. Je toui> envoyeray du rillé (des restes) en vostre chambre, de la livrée nuptiale (i) aussy, tous boyrez à nou.i ) s*il vous plaist. »
Dans le chapitre XXI*^ Binurge propose de nouveau la même question au médecin Ronili* bilis. Celui-ci après avoir fait^ dans le XXXI* chapitre, une longue disseriation médicale et développé successivement et longuement les cinq moyens de refréner la concupiscence , finalement conseille à Panurge de se marier, «c Monsieur nostre maisti^e, dist Panurge^ je le £eray, n*en doubtez, et bien toust, durant votre docte discours, ceste puLce que j'ay on Faufeille ma plus chatouillé que ne feit oncques; je vous retiens pour la feste ; nous y ferons chière et demye , je le vQus prometz. Vous y amènerez vostre femme , s'il vous plaist, avecques ses voisines, cela s'en* tend. Et jeu sans villenye. »
Mais lorsque Panurge, dans le chapitre XXXU% adresse au médecin sa seconde question , « Rondibilis declaire coqiiaige estre naturellement des appennaiges de mariaige.» Et cela, en se servant toujours d'expressions médicales, et en professant une hérésie monstrueuse à l'égard du beau sexe. Écoutons-le débiter ses maximes subversives : « Quand je dy femme, je dy ung sexe
(i) On nommait ainsi les vétemens que les époux distribuaient aux gens de la noce.
tant fragile , tant variable ( i ) , tant muable , tant inconstant et imperfaict , que nature me semble (parlant en tout honneur et révérence) s'estre eguarée de son bon sens par lequel elle avoyt créé et formé toutes choses, quand elle a basti la femme, etc. , etc. »
Puis Rondibilis, après avoir décrit le «t coqùaige» dans toute son étendue, finit, comme un bon médecin, par donner un remède , non pas pour guérir le mal, mais pour s'en préserver. Et, k cette fin , il raconte une parabole, dont la morale apprend que c'est aux maris jaloux que ce mal s'attache spécialement, et que ceux qui n'ont jamais de soupçons , de défiance , ni de haine , n'y sont pas exposés.
« Ha , ha , ha , dist Carpalim en riant , voylà ung remède plus naïf que l'anneau de Hans Garvel. Le dyable m'empourt si je ne le croy; le naturel des femmes est tel. Comme la foudre ne brise et ne brusle , sinon les matières dures ,
(i) Farium et mutabile fœmina,
(VxBG. , Enéid.)
La femme ! être chaDgeant , à ceut modes divers.
Femme semble ung cocbet à tent Qui se change et mue souvent.
( HsaBERSy roman de Dolopathos.)
Souvent femme varye , Est bien fou qui s'y fye.
( François I".)
RABBLAlSIBirirE. SQ
solides , resistentes , elle oe s'arreste es choses molles y vùydes et ccdentes; elle bruslera l'espée d'assier, sans endommaiger le fourreau de Te* lours ; elle consumera les os des cors , sans en* tommer (entamer) la chair qui les couvre : ttnsi ne bendent les femmes jamais la contention , subtilité f et contradiction de leurs esperitz , si* non envers ce que congnoistront leur estre prohibé et deffendu. Certes , dist Hippothadée , aul* cuns de nos docteurs disent que la première femme du monde , que les Hebrieux nomment Eve, à poine eust jamais entré en tentation de manger le fruict de tout sçavoir, s'il ne luy eust esté deffendu ; que ainsi soyt , considères comment le tentateur cauteleux lui rememBra (rappela) on premier mot la deffense sus ce fiiicle, comme voulant inférer : Il t'est deffendu, tu en doibz doncques manger, ou tu ne seroys pas femme. »
Carpalim voulant aussi de son côté prouver que « les femmes aiment ordinairement les choses deffendues , » nous apprend , dans le XXXIV^ chapitre, qu'au temps , où il faisait la débauche à Orléans , il n'avait pas « couleur de rhetoricque plus valiable, ne argument plus persuasif envers les dames, pour les mettre aux teilles, et attirer on jeu d'amours, que vifvement, aperteraent (ouvertement), detestablement remonstrant comment leurs maritz estoyent d'elle jalouz ; et Ponocratès dit qu'il a ouï conter « que
go G4LWIC
le pape Jtan XXI , passaat ung jour par Fonshe- "frauit (Fontevraut), feut requiz de Vabbease ei dâs mères discrettes leur concéder ung induit, moyeiuiaot lequel se peusaeiit coofesser les unes es auhres » alléguant que les fenuoes de retigioû ont quelques petites imperfections secrettes, lesquelles honte insupportable leur est déceler aux hoooaies confessieurs.««.< Il n'y a rien, respondist le pape, que voulentiers ne vous octroje, mais, i^ y ▼oy ung iiicouvenient C'est que la coules* sion doist estre tenue secrette. Vous aultres fenunes, à peine la cèleriez. Très-bien, dirent* elles , et mieux que ne font les hommes. »
Le Saint-Père avant de leur accorder cet induit tant désiré, les prie de lui garder une petite boite dans laqu^le il avait, à leur insu, ftit mettre une linotte, leur défendant de l'ouvrir a si;is poine de censure ecclésiastique et d'exco>iD munication eter* nelle. » A peine la boîte fut-elle entre les mains des nonnes, que vaincues par le pe»icbant de leur sexe , elles l'ouvrent el laissent échapper Foiseau.» Le pape ayant «u la chose «leur re* monstra que chose tro<p difficille leur s^royt receler les confessions y veu que n'avoyent si peu de tQiîQpô tenu en secret la boyte tant recocnmendée. »
A la fin de sooa histoire , Ponocratès s'adressant à Rondibilia, lui laiit des compliment sur son savoir et lui dit qu'il ne l'a pas. ire vu defMÛs qu'à Montpellier ils ont jioué avec piusieurs de levrs
RABUUISIIKIÎE. g$
« antiçquf S amjs^yparipi lesquels ^ trçiMve Fran^ çojrs Rabelais, « la morale comédie (i) de celluy» qui avoyt espousé une femme muta.... Le bon mary vouloyt que elle parlast. Elle parla piar l'art du lAedicin et du chirurgien, qui luy coupparent ung çneyUglotte que elle avoyt soubz la langue. La paroUe recouverte y elle parla tant et tant que son mary retourna au medicin pour remède de la faire taire. Le medicin respoodist en son art bien avoir remèdes propres pour faire parler les femmes y n'en avoir pour les faire taire. Remède unicque esitre surdité du mary^ contre ces* tuy interminable parlement de femmes (2). Le paillard devint sourd ^ par ne sçay quels charmes que ils feirent; sa fcmi^e, voyant que il estoyt squxd devenu , qu^elIe parloyt en vain > de luy n'estpyt entçndue^ devint enraigée. Puys, le medicin demandant son salaire , le mary respondist que il ^sitoy t vr^yme^t SQurd ♦. et quq il n'entendoyt sa demande. L^ medidu luy jecta ou doz ne s^ay quelle poudra par la vertus de laquelle il devint fol. Adoncques k fol mary et la femme ei^raigée se ralliarcnt ensemble > et tant battirent
(i) Tïons n'avons pu trouver aucuiu renseignemoDs sur cett« piè9«< li parait qu'elle fut composée par Rabelais , qui ne la fit jamais imprimer.
(2) Il est inutile de faire observer combien de traits admirables notre Molière a puisés dans ce cbapi^, pour les transporter dans le Médecin maigre lui, lie chapitre suivant a. fourni , i lui tout seuli, une scène eor tière 4u Jfiaria^e forcé.
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les medicin et chirurgien que ilz les laissarent à demy-mortz. »
« Retournons à nos moutons , dist Panurge (à
Rondibilis) Monsieur nostre raaistre, je croy
bien que on jour de mes nopces vous serez ailleurs empesché à voz praticques , et que n'y pourrez comparoitre : je vous excuse Je vous en-
voyray du rillé en vostre maison et serez tousjours nostre amy Puys s'approcha de luy, et
luy meit en main sans mot dire quatre nobles à la rose. Rondibilis les print très-bien , puys luy dist en effroy, comme indigné : Hé , hé, hé, monsieur, il ne falloyt rien , grand mercy toutes foys. De meschantes gens jamays je ne prendz rien , rien jamays de gens de bien je ne refuse. Je suis tousjours à vostre commendement. En payant , dist Panurge. Cela s'entend, respondist Rondibilis. »
Enfin Panurge consulte Trouillogan , le philosophe, et lui dit: « Panurge se doibt-il marier,
ou non ? Tous les deux , respondist Trouillogan.
Qu'ay-je ouy ? demanda Panurge et doncques
me doibz-je marier ou non? Ne l'ung ne l'autre, respondist Trouillogan. Le dyable m'emport , dist
Panurge, si je ne deviens resveur, et si je vous
entendz. Attende:^. Je mettray mes lunettes à ceste aureille gausche pour vous ouyr plus clair. «Enfin, lorsque , dans le chapitre XXXVP, Panurge réitère la même question au futur, au futur passé et
BABELAISinfHS. 9^
au conditionnel , cdubci ne répond que comme Marphurius du M€aiage forcé {}).
Enfin , dans le XXXVn* chapitre , Pantagruel propose à Panui^e « prendre conseil de quelque fol , » dit que la plupart du temps « sont les fous qui ont le plus de sens : « En ceste manière (dit-il) voyons-nous , entre les jongleurs , à la distribution des rosles , le personnaige du sot et du badin estre tousjours représenté par le plus périt (habile) et perfaict de leur compaignie* » ^
Pantagruel cite en outre ce jugement d*un fou qui , à son avis , jugea mieux que ne l'eût put fiiire le tribunal de La Ratie j à Rome , et l'Aréopage»
. A Paris , devant la montre d'un rôtisseur, un fsicquin ( porte-faix ) mangeait son pain à la fumée du rôti. liC rôtisseur le regardait , et , lors* qu'il eut mangé tout son pain , il le somma de lui payer la fumée de son rôti. Celui-ci refusant de le faire , il lui proposa de prendre pour juge de leur différend « Seigny Joan , le fol , citadin de Paris , » et le porte-faix y consentit. Seigny, après avoir ouï le sujet de leur différend , demanda au porte-faix une pièce d'argent que celui-ci lui donna tout aussitôt. Le fou la fit sonner à plu-
(i) Troufllogan est le type sur lequel est composé Marphurius ; doos ferons seulement observer que Molière sait encore embellir les emprunt» qn*il fait à Rabelais. Par exemple , la scène où il place Marphurius est plus dramatique que celle de Trouillogan, parce que Sganarelle, ayant frappé Marphurius , veut à son tour lui persuader que la chose est douteuse.
sieurs reprisc^s ssur la table de tfâVàil du rôtisseur;» puys, en majesté présidetitàle , tenatit sa
marotte on poitig j i^om^ie si fèusi ung sceptre
toussant préalablement deuz ou troiz bonnes foys , dist à haulte voix : La court vous dict que le facquin ^ qui ha son pain mangé à la fumée du roust (rôti), civilement ha payé le roustisseur on son de son argent. Ordonne ladicte court que chascun se retire en sa chascuniere, sanâ dépens et pour cause. »
Panurge convaincu p^r cet exemple s'écrie :
<t pHr mon ame je le veulxt d Pantagruel choisit
Triboulet (i) etPanurge ratifie son choix, et fait assaut avec son maître en épithètes applicables à ce fou» A la fin de ce chapitre XXXVIII% Pantagruel envoie Cârpalim à Blois pour lui amener Triboulet et va lui-même en Myrelingues, accompagné de Panurge, Epistemon, Ponocrates, Frère Jean , Gymnaste , RhiTiotome et autres de se^ domestiques.
(i) Pott de Fran<^is I
g6 GALERIE
En effet il demande à Bridoye la raison pour laquelle il juge les procès par les dés, et celui-ci répond à sa question en citant toute une bibliothèque d'auteurs de droit , et nous apprend que de son temps la procédure était aussi compliquée que de nos jours. Enfin ce chapitre , le XL% le XU* où il raconte l'histoire de Perrin Dandin et de son fils , et le XLIir, sont une satire trèssavante et très.- forte contre les suppôts de la chicane.
Dans le chapitre XLIU% Pantagruel demande la grâce de Bridoye à Trinquamelle qui est indigné qu'il décide les procès par le sort des dés, et retourne avec ses compagnons auprès de Gargantua.
Le chapitre XLIV* contient le récit par Épistemon d'un fait qui arriva en Asie , sous le proconsulat de Cn. Dolabella.
a Une femme, en Smyrne , de son premier niary eut ung enfant nommé Abecé. T^ mary defunct , après certain temps elle se remaria ; et , de son second mary, eut ung filz nommé Effegé.
Advint que cestuy mary et son filz, occulte-
ment , en trahison , de guet à pens, tuarent Abecé. La femme, entendent la trahison et meschan-
ceté les feit mourir tous deuz, vengeant la
mort de son filz premier. Elle feut par la justice appréhendée, et menée devant Cn. Dolabella. En sa présence elle confessa le cas^ sans rien dissimuler; seulement alleguoyt que, de droict et par
RABELAISIRKNE. ^'J
raison , elle les avoyt occiz li trouva Taffiiire
tant ambiguë , qae il ne savoyt en quelle partie
incliner 11 envoya es Areopagites en Athènes,
entendre quel seroyt sus ce leur adviz et juge» ment. Les Areopagites feirent response que , cent ans après , personnellement on leur envoyast les parties contendentes » affin de respondre à certains interroguatoyres qui n'estoyent on procèsverbal contenu. C'estoyt dire que tant grande leur sembloyt la perplexité et obscurité de la matière , que ilz ne savoyent que en dire ne juger. »
Le chapitre est terminé par des discussions entre Pantagruel et Epistemon pour savoir si le juge Bridoye avait ou n'avait pas raison de juger par le sort des dés.
Dans le chapitre XLY*, on voit « comment Pa-
nurge se conseille à Triboulet Panurge à sa
venue (de Blois) , lui donna une vessie de porc bien enflée , et resonnante à cause des poys qui dedans estoyent ; plus nue espée de boys bien dorée ; plus une petite gibessiere faicte d'une cocque de tortue ; plus une bouteille clissée , plaine de vin breton, et ung quarteron de pommes blan-
dureau f pommes de Saint Jean) Triboulet
ceignit l'espée et la gibessiere , print la vessie en main , mangea part des pommes et beut tout le vin. » Alors Panurge lui expose son affaire. « Dès qu'il eust achevé, Triboulet luy bailla ung grand coup de poing entre les deuz espaules , luy rendit en main la bouteille, le nazardoyt avecques la
vessie de porc, et, pour toute response, luy dist, branlant bien fort la teste : Par Dieu, fol enraigé, guare moyne , cornemuse de Buzanczay. Ces paroles achevées, s'escarta de la coropaignie, et jouoyt de la vessie, se délectant on mélodieux son des poys. Depuys, ne feut possible tyrer de luy mot quelconque; et, le voulant Panurge d'advantaige interroger, Triboulet tyra son espée de boys, et l'en voulut ferir (frapper). »
Dans le chapitre XLVP, Rabelais raconte « COMMENT Pantagruel et Panurge diversement
INTERPRÈTENT LES PAROLLES DE TrIBOULET. » Le
premier prétend que le Fou royal en lui disant : « Guare moyne » a voulu lui prédire qu'il serait déshonoré par un moyne; et que ces paroles, ce Cornemuse de Buzanczay» signifient qu'il sera «bien corné, cornard et cornemusard : notez oultre (continue Pantagruel) , que de la vessie il vous nazardoyt, et vous donna ung coup de poing sus l'eschine , cela presagit (présage) que d'elle serez battu, nazardé,et desrobbé, comme desrobbé aviez la vessie de porc aux petitz enfans de Vaubreton. »
« On rebours , respondit Panurge, il dict à
ma femme : Guare moyne. C'est ung moyneau que elle aura en délice, comme avoyt la Lesbie
de Catulle Plus dict que elle sera villaticque
(simple) et plaisante comme une belle cornemuse
deSaulieu ou de Buzanczay Il m'a donné ung
coup de poing sus ma bonne femme d'eschine
RABBLàlBIENNE. 9g
ce sont petites follastries entre ma femme et moy, comme advient à tous nouveaulx mariez. »
« Voicy bien ung aultre point , lequel ne considérez (ditPanurge au commencement du chapitre XLVir), est toutes foys le neud de la matière. Il m'a rendu en main la bouteille : cela , que signifie ? qu est-ce à dire? Par advanture , respondist Pantagruel, signifie que vostre femme sera yvroigne. On rebours9distPanurge,car elle estoyt vuyde.DËt cette bouteille lui rappelle le vœu qu'il a fait de consulter l'oracle de « la dive Bouteille; » et il jure par le Styx et l'Acheron de porter lunettes à son bonnet et de ne porter braguette à ses chausses qu'il ne l'ait accompli.
 la fin de ce chapitre , Panurge, pour montrer qu'il connaît la langue du Lanternois qu'il doit traverser, cite un quatrain rimé en cette langue singulière.
Le chapitre suivant, où l'auteur raconte
a COBOIEjrT GaBOANTUA REMONSTRE n'eSTRB LICrTB Es ElTf A^S SOT IIARIEB , SANS LE SÇEU ET ADVEU DE
LEURS. PERES ET MERES, j» est un de ces morceaux touchans de morale que Rabelais nous jette , escorté d'un cortège d'admirables plaisanteries , de sarcasmes , de lazzis , et , nous devons le dire , quelquefois d'extravagances.
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