‹ Rabelais analysé, ou, Explication de 76 figures gravées pour ses œuvresChapitre 39 sur 70 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

COMMENT PANTAGRUEL RBUCOITTRA UNE HAUP ^ ON KAVIRE ) DE VOYAfKIERS RETUVRNANS DU PATS DE LANTERNOTft.

Le cinquième jour, nos héros trouvent un navire venant du pays de Ijanternoys, dont les passagers leur racontent les moeurs les avertissant que «sus la fin de juillet subséquent, estoyt Tassignation du chapitre gênerai des lanternes, et qu'en passant le grand royaume de Geborieu , ils seraient « honorificquement receupzet traictez par le roy Ohabé, dominateur d'ycelle terre, lequel et tous ses subjectz pareillement parlent languaige françoys tourangeau. »

La gravure représente le fait que nous allons abréger de ce chapitre.

a Ung marchant de Taillebourg , nommé Dindenault..... voyant Panurge sans braguette, avecques ses lunettes attachées on bonnet, dist de luy à ses compaignons : Voyez là une belle médaille de coqu. Panurge entendent ce pro-

pous y demanda on marchant : Comment dyable seroys-je coqu, qui ne suys encores marié, comme

tu es y $elon que juger je peuz à ta troigne malgracieuse ? Ouy, Yrayement , respondist le marchant , je le suys J'ay une des plus belles , plus

advenentes , plus honnestes, plus preudes femmes eu mariaige qui soyt en tout le pays de Xain*

tonge; et n'en desplaise aux aultres Qu'en as-tu

à faire ? De quoy te mesles-tu ? Qui cs«tu ? Dond es*tu? Lunetier de l'antichrist , respondz, si tu es de Dieu.

a Je te demande, dist Panurge si, j'avoye

sacsacbezeuezinemassé ta tant belle» tant adve«*

nente, tant honneste, tant preude femme (i)

que feroys-tu? Respondz, 6 belinier de Ma-

humet t puysque tu es de tous les dyables. Je te donn^oys » respondist le marchant , ung coup d'espée sus ceste aureilie lunetiere, et te tueroys comme un bélier. Ce disant , desguainoyt sou

espée. Mais elle tenoyt on fourreau Panurge

recourt vers Pantagruel (a) à secours. Frère Jan meit la main à son bragmard fraischement es^ moulu , et eust felonnement occiz (tué) le mar-« chant , ne feust que le patron de la nauf , et aultres pa&sagierssuppliarent Pantagruel n'est re faict scandale on son vaisseau. Dont faut appoincté

(i) Hou» aroosM obKgé d'altérer le sens de ee passage , pour évite» la grosse oidure qn*i] contient.

(a) La |;raviire le repcésente au dernier plan, au milieu d*une ménagerie dans laquelle se trouvent des unicomes. L'artiste a sans doute oublié que Pantagruel les avait envoyées à son père , sous la conduite de HaKoorne.

tout leur différent ; et toucbareot les mains ensemble Panurge et le marchant, et beurent d'autant l'un à l'autre de hayt , en signe de parfaicte reconciliation. »

Mais si Panurge en agit ainsi , ce n'est que pour prendre plus sûrement le marchand. Dans le chapitre VP, il lui demande à lui acheter un de ses moutons , et Dindenaut lui répond : « O le vaillant achapteur de moutons ! Yray bis , tous pour* tez le minoys mon mye d'ung achapteur de moutons , mais bien d'ung coupeur de bourse ; p et comme Panurge lui fait de nouveau la même demande, «comment, respondist le marchant , l'en tendez- vous, nostre amy, mon voisin ? Ce sont moutons à la grande laine, moutons de Levant, moutons de haulte fustaye, moutons de haulte gresse De la toyson de ces moutons seront faitcz les fins drapz de Rouen , de la peau

seront faictz les beaulx marroquins, lesquelz on vendra pour marroquins turquins ou de Montelimart , on de Hcspaigne pour le pire. » Et le marchand continue , dans le VII* chapitre , à exposer les qualités admirables de ses moutons si au long, que le patron du navire impatienté lui dit : « C'est trop icy barguigné. Vendz-luy, si tu veulx : si tu ne veulx, ne l'amuse plus. Je le veulx , respondist le marchant, pour l'amour de vous. Mais il en payera troys livres tournoys de la pièce en choisissant. C'est beaucoup, dist Panurge, en noz pays j'en auroys bien cinq , voyre six pour telle

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somme de deniers. Advisez que ne soyt trop. » I^e marchand sans rien aviser^ ajoute au prix qu'il a demandé , des injures adressées à Panurge qu'il appelle lourdaui «et sot à la grande paye;» mais dans un instant lui-même paiera de sa fortune et de sa vie, l'apprentissage du contraire. Panurge conclut le marché, choisit un des plus beaux moulons et l'emporta hélant et poussant des cris auxquels répondaient les autres moutons, Pendant ce temps -là, le marchand disait aux matelots : a O que il a bien sçeu choisir le chaUant ! il s'y entend le paillard »

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