DE BASCHK LOUE SES GENS
Après que Chicquanous se fut retiré du château, le seigneur de Basché , assiste avec sa femme , les demoiselles de sa femme et ses gens à un splen-
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dide repas servi « soubz la treille de son jardin secret» et leur raconte que, sur ses vieux jours, maître François Villon, retiré chez Tabbé de Sainct-Maixent en Poitou y pour donner passetemps au peuple, « entreprint de faire jouer la passion en gestes et languaige poitevin. »
Après avoir fait tous ses préparatifs, il prie Etienne Tappecoue, sacristain des Cordeliers du lieu, de lui prêter une chappe et une étole pour en revêtir un vieux paysan qui devait représenter Dieu le père. Le sacristain refuse, alléguant qu*il lui est défendu de donner ou de prêter quoi que ce soit aux acteurs. Ne pouvant rien en tirer, Villon fit son rapport à ceux qui devaient jouer la passion , ce adjoutant que de Tappecoue Dieu feroyt vengeance et punition exemplaire bientoust. »
Le samedi suivant , Villon averti que le sacristain, monté sur la mule du couvent, était parti en quête pour Saint-Ligaire, et serait de retour sur les deux heures après midi, assemble de joyeux compagnons qui , à son exèinple , s'affublent de masques , de peaux d'animaux , de cornes de béliers et de bœufs, s'arment de bâtons noirs pleins de fusé;es, et suspendent à leurs ceintures «des grosses cymbales de vaches, et sonnettes de muletz à bruyt horrificque,» ainsi accoutrés, Villon les conduit à la rencontre de Tappecoue. L'ayant aperçu de loin , il dit à ses suppôts ces vers macaroniqnes :
Hic est de patriâ , natut de gente helisirà Qui solet antiquo bribas portare bisacco.
Celui-ci est du pays de belitres , lui qui a coutume de porter des bribes dans une vieille besace.
Enfin le sacristain arrive : « tous sortirent on che^ roin on devant de luy, en grand effroy^ jectant feu de louscoustéz sus luy et sa poultre (jument), sonnant de leurs cymbales et hurlans en dya^blés: Hho> hho, hho^ hho^ berronrrr, errourrrs, errourrrs, hou, hou, hho. »
La gravure représente le pauvre sacristain entouré de ces garnemens et jeté à terre par sa jument qui lance des ruades, et qui, au demeurant, s'enfuyant au galop, lui brise la tête. »
Après les avoir régalés de cette histoire, le seigneur de Basché boit à la santé de ses gens, double leurs gages, et leur fait de riches présens.
Dans le chapitre XIV, recommence , envers deux autres chicquanous, la même cérémonie que celle racontée dans le chapitre précédent. Chacun d'eux sort de ches le seigneur de Basché (c si bien accoustré que le sang lui sortoyt par la bouche, par le nez, par les aureilles, par les neilz. Au deraourant , courbattu , espauliré et froissée, testes nucque, dours(dos)^ poictrine,braz et tout. »
(c Cette narration meilleure, dist Épistemon
( dans le chapitre XVP) , seroyt si la pluie de ces jeunes guanteletz feust sus le groz prieur tum-
bée Il me soubvient, dist Pantagruel, à ce
propous, d'iing anticque gentilhomme romain,
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nommé L. Yeratius ; » et il raconte que ce gentil^ homme aimait à se promener dans les rues de Rome , suivi de valets portant des sacs pleins d'argent, frappait à coups de poings les passant dont les faces lui semblaient avenantes, et tout aussitôt j pour les empêcher de se plaindre , leur distribuait de l'argent a tant que il les rendoyt contens et satisfaictz, selon l'ordonnance d'une loi des Douce Tables. »
« Parla sacré botte de sainct Benoist, dist Frère Jan y présentement j'en sçauray la vérité. Adonc-
ques meit la main à son escarcelle , et en tira
vingt escutz on soleil. Pays dist à haulte voix en présence et audience d'une grande tourbe du peuple chicquanourroys : Qui veult guamgner vingt escutz d'or, pour estre battu en dyable? lo, io, io (moi), respondirent tous. Vous nous affolerez de coupz , monsieur, cela est seur, mais il y ha beau guaing, et tousaccouroyent à lafouUe, à qui seroyt premier en date, pour estre tant précieusement battu. Frère Jan de toute la trouppe, choisit ung chicquanous à rouge museaux lequel «si, en tout le territoire, n'estoyent que trente coupz de baston àguaingner,... en emboursoyt toujours vingt-huyct et demy (i). d
(i) Ce chapitre a fourni tout le comique de lalVf «oènedu II* acte des Pkddeurt.
Et si , dans la province ,
Il se donnait eo tout vingt coups de nerf de bœuf Mon père , pour sa part , eo emboursoit dix-oeuf.
. ( PUideurs , acte II*% scène T«.)
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Frère Jean frappe Rouge Museau de tant de coups de bâton qu'on l'eût cru assommé, puis il lui donne les vingt écns. Les autres disaient à Frère Jean : « Monsieur Frère Dyable , s'il vous plaist encores quelques-ungz battre pour moins
d'argent, nous sommes tous à vous » Sur ce.
Rouge Muzeau se récrie qu'ils veulent lui ôter ses pratiques, et menace de les assigner ; puis s'adressant de nouveau à Frère Jean, il lui dit : «Ne m'épargnez , je vous en prye. Je suys tout et trèstout à vous, monsieur le Dyable: teste, poulmon, boyaulx et tout » (i).
Dans le chapitre XVIP, intitulé : Comment Pantagruel PASSA LES ISLES DE ToHU ET BoHU , ET DE l'eSTRANGE mort de BrINGUENARILLES , AVALLEUR
DE moulins-a-Vent,» l'autcur nous apprend que Bringuanarilles « le grant Géant, » malade d'une indigestion de pelles, de poêlons, de chaudrons, de coquasses, de lèchefrites qu'il avait avalés et «en faulte de moulins à vent, desquelz ordinairement il se paissoyt,» était mort «estranglé, mangeant ung coing de beurre fraiz , à la gueulle d'ung four chauld, par l'ordonnance d'ung médicin. » Ce chapitre contient aussi un grand nombre d'exemples de morts extraordinaires.
Continuant sa route, Pantagruel rencontre neuf barques chargées de moines, «Jacobins,
(i) On se souvient que Henri IV avait coutume de dire en riaul : Je mis à vo(i3 tout entier, tète, trippes et boyaux.
RABELAIS! EHITE. I 2 1
Jésuites , Capussins , Hermites , Augustins , Bernardins , Célestins , Théalins , Égnatins , Âmadeans , Cordeliers , Carmes , Minimes et aultres saincts religieux , lesquelz alloyent on concile de Chesil, pour grabeler les articles de la foy contre les noveaulx hereticques. » Â leur vue , Panurge sent son cœur bonilir d'une sainte joie, «et ayant courtoysement salué les beatz pères , et recommendé le salut de son ame à leurs dévotes prières et menus suffraiges , feit jeter en leur nauf soixante - et - dix - huyct douzaines de jambons , nombre de caviarz (i), dizaines de cervelatz, centaines de boutargues (t.), et deux mille beaulx angelotz (3) , pour les âmes des trespassés. »
Soudain commence une tempête dont Rabelais fait une magnifique et exacte description dans ce chapitre XYIII*. Pendant sa durée, « Panurge
restoyt acropy sus le tiliac^ tout affligé et à
demy-mort; invocqua tous les benoistz sainctz et sainctes à son ayde , protesta de soy confesser en temps et lieu , puys s'escria en grant effroy, disant : O que troys et quatre foys heureux sont
ceulx qui plantent choulx! O Parces (Parques), que ne me filiates-vous pour planteur de choulx....
(i) Mets composé d'œufs de poissons.
(3) Saucissons faits avec des œufs d^esturgeoo ou de muge.
(3) V angelot ou nohle était une monnaie d*or, frappée en France pendant la domination éphémère des Anglais ; elle était appelée ainsi parce qu'elle portait la figure d'un an|$e armé d'une épée. Elle valait quatre-vingts gros Anglais.
l^^Si GALERIE
Je iiaye (je me noie) , je naye ; je meurs, bonnes gens , je meurs. »
Pendant que Pan urge , saisi de terreur,, pleure « comme une vache, assis.... comme ung magot,.... Pantagruel, préalablement avoir imploré l'ayde du ^rand Dieu servateur, et faicte Oraison publicque en fervente dévotion , par l'advizdu pilot tenoyt l'arbre (le timon) fort et ferme ; Frère Jan s'estoyt miz en pourpoint ^ pour secourir les cauchiers ( les matelots). Aussy estoyent Épistemon , Ponocratès, et les aultres. Panurge restoytlacul sus le tillac, plourant et lamentant,» et réprimande, à la fin du chapitre XIX% Frère Jean qui a prononcé le nom du diable.
La gravure LIP, qui s'attache a ce chapitre représente tous les matelots travaillant au salut du vaisseau , tandis que Panurge, assis à la poupe, pleure et se lamente.
Le chapitre XI'' contient la « continu ajion de