CHAPITRE XUI
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DES ASDOUII.I.XS.
Les deux armées étaient restées en présence l'une de l'autre et en silence : Pantagruel profite de ce moment pour demander à parlementer avec la reine des Andouilles Niphleseth, « ce que feut facillement accordé. La royne descendit en
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RABFLAISIENNE. 1 3 1
terre, et gratieuseinent salua Pantagruel, et le vetd voulentiers. v
La planche représente cette femme , reine des Andouilles, aux genoux de Pantagruel qui la relève avec bonté. Un peu plus loin, on voit ses gardes et sa voiture figurant assez bien les coches du temps d'Henri lY. Le fond est occupé par le charap de bataille sur lequel plane le porc ailé , vomissant des flots de moutarde.
Pantagruel se plaint de cette guerre à Niphle» seth qui s'excuse en disant que, par erreur, ses espions lui avaient rapporté que son aucien ennemi, Carême^Prenant ^ avait fait une descente dans nie des Ândouilles. « Puis le prya vouloir de grâce leur pardonner cette offence, alléguant que, en Andouilles, plustoust l'on treuvoyt m...e que fiel. » Elle termine sa harangue en lui proposant la souveraineté de sou île qu'elle tiendroit pour toujours de lui et ses successeurs à foi et hommage, et le tribut annuel de «soixanteet dix-huyct mille andouilles royales, pourra l'entrée de table , le servir six moys l'an. »
Pantagruel remercie gracieusement la reine des Andouilles, lui fait grâce et lui donne « ung beau petit coulteau parguoys (i), » puis lui demande quel est le monstre dont rapparition a eu lieu
(i) Petits couteaux de peu de yaleur et appelés ainsi parce qu'ils se fabriquaient à Pragtie, Ils out été remplacés par ces couteaux de deux sous que te peuple appelle Eustaches.
l3l GALERIE
il y a peu d'heures. Elle répond « que ce estoyt l'idée (la vue) de Mardigras, leur dieu tutélaire en temps de guerre, premier fundateur et original de la gent andouillicque. Pourtant sembloy t-il à ung pourceau , car andouilles feurent de pourceau extraictes. » Pantagruel demandant à quelle fin il avait jeté tant de moutarde à terre , a la royne respondist que moustarde estoyt leur sangreal (i) et baulme céleste; duquel mettant quelque peu dans les playes des andouilles terrassées , en bien peu de temps, les navrées guerrissoyent, les mortes resuscitoyent. »
La conversation se termina là et Pantagruel se retira dans son navire avec ses compagnons.
Dans le chapitre XLIIP, on voit « comment Pantagruel descendit en l'isle de Ruach , » dont les habitans ne vivent que de vent , ce qui n*est pas sans conséquence fâcheuse pour l'odorat.
a Vostre vivre, qui est de vent , ne vou3 couste rien ou bien peu (dit Pantagruel aux insulaires, dans le XLIV* chapitre), il ne faut que souffler. Voyre , respondist le potestat. Mais , en cestc vie mortelle, rien n'est beat de toutes partz. Souvent, quant sommes à table, nous alimentant de
(i) Saint-graal, calice dans lequel, selon la tradition, saint Joseph d'Arimalhie recueillit le sang de Jésus-Christ. Ce calice de verre vert, et qu'on a cru long- temps d'cineraude, était conservé à Gènes y sous le nom de Sacro Catino, Il exisic un roman de chevalerie , intitulé SaifU-Gmal, dans lequel on voit les aventures des chevaliers qui s^élaient mis « la recherche du précieux vase.
quelque bon et grand vent de dieu , comme de manne céleste, ayses comme pères , quelque petite pluye survient, laquelle nous le lottit (enlève) et abbat. Ainsi sont maintz repasts perduz par £iulte de victuailles. C'est, dist Panurge,
comme Jenin de Quinquenays J'en feiz na-
gueres ung dizain jolie t (i). »
« Jenio , Uatant ung loir ses no» noavMuU , Troubles encor et booillans en leur lie , Pria Qaeiot (a) aprester les naYeauU A leur mmffWf pour Csire chiere lie.
Celafeut faict; puys sans melancholie , Se vont coucker, belutent , prennent somme ; Mais ne ponvant Jenin dormir en somme , Tant fort vesnoyt Qoelot , et tant souvent , La compissa. Puys voilà , dit-il , comme Petite plnye abbat bien ung grand vent >»
Vous éprouvons quelquefois, ajouta le maire, un plus grand malheur. Un géant, nommé Brin-* guenarilles , vient une fois l'an , par ordonnance du médecin , se purger dans notre ile , et avale « comme pillule x> les moulins à vent qui nous font vivre. A quoi nous obvions en y mettant «force cocqz et force poulies , » ce qui , la première
(i) Ce « dizain joliet » est tant soit peu leste ; si nous nous sommes décidés à le rapporter, ce n'est que pour donner un échantillon des vers de Panurge.
(a) Sa femme.
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fois qu'il les avala , le fit tomber « en lipothymie , cardiacque passion , et convulsion horriticque et dangereuse , comme si quelque serpent luy feust
par la bouche entré dedans Testomach, car
ilz (les coqs et les poules) luy chantoyent dedans le cors et luy voUoyent à travers l'estomach »
a Oultre plus, disoyt le potestat, tous les regnardz du payz luy entroyent en gueulle, poursuivant les gelines (poules)». Maintenant , leur dit Pantagruel, ne craignez plus rien , bonnes gens, « ce grand Bringuenarilles , avalleur de moulins à vent, est mort suffoqué et estranglé, mangeant ung coin de beurre frayz à la gueulle d'ung four chauld , par l'ordonnance des medicins. »
Dans le chapitre suivant , il est dit « comment Pantagruel descendit en l^isle des Papefigues , j» ainsi nommée parce qu'un d'eux , dans une fête qui se donnait à Papimauie , île prochaine, avait fait la figue à un portrait du pape. Les Papimanes , indignés de cet outrage , avaient condamné les compatriotes du coupable à la même peine qui jadis fut imposée aux Milanais (i).
(i) Nous donnons cette anecdote telle que la rapporte Rabelais dans ce même chapitre , en nous servant de ses expressions.
•« Les Milanoys s'estoyent contre luy ( Frédéric Barberousse) absent rebellez et avoyent Timperatrice sa femme chassée hors la ville ignominieusement, montée sus une vieille mule nommée Thacor, à chevaulcbons de rebours , sçavoir est le cul tourné vers la teste de la mule , et la face vers la croppiere. Frédéric, à son retour, les ayant subjuguez et resserrez, feit
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C'est ]à que Pantagruel vit ce que la gravure représente. Il y avait « dedans le benoistier. ( de la chapelle dans laquelle il entra) ung homme vestu d'estoUes, et tout dedans l'eaue caché comme ung canard on plonge , excepté ung peu de nez pour respirer. Autour de luy estoyent troys prebstres bien raz et tonsurez, lisanslegrimoyre, et conjurans les dyables. »
Dans le chapitre XLVI', Tauteur raconte <c comment LE PETrr DTABLE FEUT TROMPi PAR UN LABOU- REUR DE Papefiguiere, » et le suivant qui est la source d'où La Fontaine a tiré son charmant conte du Diable de Pape/iguière y rapporte «comment LE DTABLE FFUT TROMPÉ PAR UNE VIEILLE DE
Papefiguiere. »
telle diligence que il recouTra la célèbre mule Thacor. Adoncques , on milieu do grand brouet ( halle), par son ordonnance , le bonrreau meit .èa membres honteux de Thaco^ une 6gue , presens et foyant les citadins captifz; puys, cria de par l'empereur à son de trompe, que quiconoques d'yoeulx vouldroyt la mort évader, arrachast publicquement la figue avecques les dens, puis la remeit on propre lieu sans ayde des mains. Quieoncqnes en feroyt refus seroyt sus l'instant pendu et estranglé. Aulcun d'yoeulx eurent honte et horreur de telle tant abominable amende , la postpouaarent i la crainte de mort et furent penduz. Es aultres la crainte domina sus telle honte. Tceulx , avoir à belles dens tiré la figue , la montroyent au boye ( bourreau ) apertement , disans : Ecco lo fico , (voici la figue.) «
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