SAR GARE EI IN T
Le isthme, comme une portoire.
Portoire, portouoire, portoëre. La portoire est une hotte
de vendangeurs, un panier cintré à dossier plat. Dans les
pays montagneux, on se sert de paniers ou de baquets de ce genre, attachés de chaque côté du bât des ânes ou des mulets pour porter des fardeaux.
Chacun des vaisseaux de la flotte de Pantagruel, sauf un, — le second, — qui avait une lanterne pour indiquer que
(2}L.. IT, ch. x.
(2) THÉVENIN, Dict. des mots grecs en médecine.
cette flotte devait passer par le pays de Lanternoiïs (1), avait
pour divise (2) un objet cher à Bacchus : le premier une bou-
teille, le troisième un hanap, le quatrième un potet à deux anses, le cinquième un broc, le sixième un bourrabaquin monachal (3), le septième un entonnoir, le huitième un gobelet, le neuvième une brinde (4), le dixième une breusse (5), le onzième « une portoire d'or faicte à la mosaïque », le douzième un barrault (6). « De mode que personne. voyant ce noble convoi de navires en leurs divises ; ne dist due les voyagiers (7) estoient touts buveurs. »
« La vis du pressoir montré par Gagne-beaucoup à Pantagruel et à ses serviteurs (8), s'appeloit recepte (9); la met (10), despense ; la croue (11), estat; le tesson (12), deniers comptés et non receus ; les fusts (13), souffrance ; les béliers (14), radietur ; les jumelles, recuperetur (15); les cuves, plus valeur ; les ansées (16), roles ; les foul-
(1) C’est La Rochelle, la patrie de Xénomanes, Jean Alphonse le Saintongeois ; c’est le pays de Maillezais, du savant évèque d’Estissac. C’est là que se trouve le château de Légugé où Rabelais a bu à longues gorgées à la dive bouteille de la science, en compagnie de Pierre Lamy, de Jean Bouchet, de Tiraqueau, de Barthélemy de Salignac.
(2) Devise, emblème.
(3) Voy. plus loin : Le boyau c..…., comme un bourrabaquin monachal. (4) Voy. plus loin : Le colon, comme une brinde.
(5) Grande tasse.
(6) Mesure de liquide du Languedoc contenant vingt-sept pintes. (7) Les voyageurs.
(S)L VV eLET
(9) Recette (du latin recepla, sous-entendu formula ; formule reçue du médecin), ce qui est reçu en argent ou autrement.
(10) Le conduit par où s'écoule le vin, du latin mealus. En anatomie, on donneencore le nom de méat urinaire à l’orifice externe du canalde l’urèthre.
(11) L'écrou, de l'allemand schraube, vis; fait de schrauben, tordre, tourner. Les Anglais disent screw (Le Duchat).
(12) L'arbre.
(13) Les fûts, du latin fustis, qui signifiait proprement bâton à frapper les criminels.
(14) Les deux arbres qui en forment le fût.
(15) Terme latin de droit ainsi que le précédent.
(16) Vaisseaux à anse, du latin ansa, sorte de demi-couvercle attaché à un pot, à un seau, à un panier, etc,
loires (1), acquits; les hottes, validation; les portoires,
ordonnance valable ; les seilles, le pouvoir ; l’entonnoir, le quitus. »
Chez les gens dont la luette est rudimentaire ou n'existe pas, — ce qui est l'exception, — l'isthme du gosier ressemble à l’ouverture d'une portoire, chez ceux dont la luette est
bien développée, à une couple de portoires vue d’en
haut.
La luette, comme une sarbataine.
La luette doit son nom à la ressemblance qu'elle a avec un grain de raisin allongé (du latin uva, d’où l’on a fait d’abord uvette, ensuite, en préposant l’article, l’uvette, puis luette). C'est un petit corps charnu, cylindrique ou conoïde, suspendu à la partie moyenne du bord postéro-inférieur du voile du palais.
« Pantagruel bailla (2) au roi des Dipsodes (3) et des Géants une hboète pleine de euphorbe (4) et de grains de coccognide (5), conficts en eau ardente (6) en forme de composte (7)... Mais tout soubdain qu'il en eut avalé une
(1) Instruments pour fouler, et aussi grands cuviers.
(2) Donna.
(3) Altérés, du grec àtba, soif.
(4) Personne n'ignore que les Euphorbiacées sont riches en sucs laiïteux dont les propriétés soit purgatives, soit caustiques, soit à la fois purgatives et caustiques, ont été mises à profit de toute antiquité. Qui n’a pas entendu parler du mancenillier, l'arbre de la mort, Hippomane mancenilla, cet arbre si redouté des explorateurs et qui a donné lieu à tant de récits fantastiques ? Qui n'a pas vu l'huile fournie par les graines du ricin ?
(o) Le garou (Daphne gnidium, coccum de Gnide, cocco gnidio) contient un acide vésicant, l'acide coccognidique. « Le coccum de Gnide (cocco gnidio) a la couleur du coccus ou graine d’écarlate; il est plus gros qu'un grain de poivre et d’une qualité extrêmement chaude : aussi l’avalet-on dans du pain, pour qu'il passe sans brûler le gosier. » (PLINE, Hist. nat., 1. XXVIKL, ch. xzvr.) On en fait maintenant une pommade épispastique.
(6) L’eau-de-vie, encore appelée eau ardente en Provence et en Italie, eau de feu par les sauvages. à
(7) Compote, confiture, du latin composita.
cueillerée, lui vint tel eschauffement de gorge avecques ulcération de la luette que la langue lui pela. » |
La sarbataine, encore appelée sarbarreau, sarbatane, sarbacane (1) (de l'italien cerbollana, mot fait de Carpi, lieu où l'instrument était fabriqué, et du latin canna, roseau [A. Demmin}), est constituée par un tube avec lequel on lance de petites balles en terre en soufflant par un des bouts. Elle est encore employée aujourd’hui pour chasser les petits oiseaux (2). Comme arme de guerre, elle a servi à lancer des flèches empoisonnées, le feu grégeois qui s'en échappait en traits de fusées, et de petites balles appelées dragées. |
Comme la sarbacane n ELA qu'un simple tube de verre, de bois ou de métal, qui varie seulement par la longueur et par l'épaisseur, je crois inutile d’en fournir un dessin.
Le gaviet, comme un peloton d'estouppes.
Le gaviel, le gavion, le gosier, l'arrière-bouche, le pharynx.
Littré s'exprime ainsi à propos de ce mot: « Origine inconnue, la forme la plus ancienne est gosilier, primitif gosil. En patois lorrain on dit gosse pour gosier, d'où le verbe gosser, gosser un dindon. » — « Gosse, ajoute le même auteur, pourrait bien être le primitif de gosier, mais d'où vient gosse ? »
Diaz le fait venir du latin cavus, creux. Dans Du Cange, on trouve gaviette pour gosier ou jabot. Gaf en wallon et gave en picard signifient Jabot, gosier. Dans le Roman du Renard, qui est très vraisemblablement du XII° ou du xu1° siècle, on lit aussi gave pour gosier.
(1) Le mot correct est sarbatanne. « Le changement du { en c s’est accompli en raison de la ressemblance qu'on a remarquée entre cet instrument et une canne. » (Lrrrré, Dict. élymol. de la langue franç.)
(2) La sarbacane moderne est souvent formée par des roseaux vissés bout à bout.
Un de mes amis, agrégé de l’Université, philologue très érudit, élève de M. Gaston Pâris, a vu successivement employer gave, gaviot, gaviete, gaviette, gavion, gosil, gosilier, | gouzier pour gosier.
Les lignes ci-dessous justifient cette assertion :
« Telles ulcères souvent commencent par les gencives et cheminent jusqu'au palais et enfin gaignent jusques à la luette et gavion. » (A. Paré, XI, 17.)
SE Damoiselle Ade
La fille le Roy est malade,
Il a passé huit Jours entiers
Que ne pot bpirre ne mangiers,
Quar une areste de poisson
Lui aresta au gavion
Or est li Roy si corociez
S'il la pert ne sera pas liez (1).
(Fable du vilain mire (2); MoxracGLox et Raynaup, fable IT, 161.)
Les mules (3) au talon, Le petit cancre (4) au menton, La male (5) toux au poulmon (6), Le catarrhe au gavion, Le gros froncle (7) au croupion.
(RageLais, Prologue du 1. IV.)
« Du stomach vient et n’est un panicle (8) qui monte
(1}: Gal.
(2) Mire, myre, chirurgien plutôt que médecin; celui-ci se nommait physicien. En anglais physician veut encore dire médecin.
(3) Des ampoules, des gerçures, des engelures. Suivant Le Duchat, mule vient de mol et mol de mouillé. En médecine vétérinaire on appelait effectivement autrefois mules les fentes ou crevasses qui apparaissent audessus du talon du cheval lorsqu'après avoir marché dans la boue pendant toute une journée d'hiver on ramène l'animal, ayant encore les pieds mouillés, à l'écurie. (Voy. La Maréchalerie de Laurent RusSE, trad. franc., ch. 116, des Mules ou Seracies.)
(4) Bouton, excroissance, ulcère, du latin cancer.
(5) Mauvaise, du latin malus.
(6) Poumon.
(7) Furoncle. |
(8) Panicle, panicula, de panus, fil de tisserand, fil en peloton.
par le gosilier, lequel gosilier est diet ysophage. » (I. DE MoNDEVILLE.)
Qu'on n'aille pas induire de ces dernières lignes à une erreur anatomique de ma part. Le pharynx a été longtemps confondu avec l’æœsophage sous le terme générique de gula.
En résumé, le pharynx (en grec gépuré, arrière-bouche) est une espèce de vestibule membraneux commun aux voies digestives el aux voies respiratoires, situé entre Ja cavité buccale et la cavité nasale, d'une part, et l'œsophage et le larynx, d'autre part. Il a la forme d’une demi-gouttière ouverte en avant. Il est constitué par une membrane muqueuse, une membrane fibreyse, des musclés intriqués, prodigieusement multipliés par Sautorini, rayonnant dans divers sens, et par un tissu cellulaire filamenteux, très lâche, qui n’est jamais graisseux, Jamais infiltré de sérosité.
C'est à sa structure si compliquée que le pharynx a dû, sans doute, d'être comparé par les anatomistes du moyen
âge à un panicle, un peloton d’estouppes, etc.
De ce que l’auteur de (Gargantua S'est servi dans sa litanie anatomique du mot gaviet pour désigner les parties situées immédiatement en arrière des piliers du voile du palais, il ne s'ensuit pas qu'il ait ignoré les noms de ces parties.
La description fantastique de la bouche et de la gorge de Pantagruel et une remarque de Bacbue (1) (1 V, ch. XLII) aux voyageurs qui lui rendent visite sont très instructives à cet égard.
« Je cheminois dans la bouche de Pantagruel — raconte le spirituel écrivain, — comme l’on faict en Sophie (2) à Constantinople, et y vid de grands rochers, comme les monts des Dannois, je croi que c’estoient ses dents... de fortes
(1) Mot hébreux qui signifie bouteille, on y trouve une onomatopée, (2) Sainte-Sophie.
et grosses villes, non moins grands que Lyon ou Poictiers, Aspharage (1), entre autres. Je délibérai d'y aller et la trouvai belle, bien forte, et en bel aer, mais à l'entrée les por-tiers me demandarent mon bulletin (2), de quoy je fus fort esbahi, et leur demandai : « Messieurs, y ha il ici dangier de peste? — O Seigneur, dirent-ils, l'on se meurt ici auprès (3) tant (4) que le charriot (5) court par les rues. — Vray Dieu, dis-je, et où? » A quoi ils me dire que c'estoient en Laringues et Pharingues (6).
« Ha, dist Bacbuc, voilà que c'est non considérer en soy, ne (7) entendre les mouvements que faict la langue musculeuse (8), lorsque le boire dessus coule pour descendre non ès (9) poulmons par l'artère inéguale {10) comme a esté l'opinion du bon Platon, Plutarque, Macrobe et aultres, mais en l’estomach par l’'œsophage. »
(1) Aspharage, le gosier, dpdpayos ; en attique asptpayos, gargouillements,
(2) Ce bulletin s'appelle aujourd'hui patente : patente brute, patente suspecte, patente nette, suivant que les médecins denos lazarets affirment, soupçonnent ou nient l'existence d'une maladie contagieuse chez les gens qu'ils sont chargés de visiter. « Falloit que les soldats fussent visités par les médecins pour voir s'ils estoient malades et qu'ils eussent toujours sur eux leur patente pour faire foy, signée de son capitaine et de son médecin. » (BRANTOME, Rodomontades espagnoles.)
(3) Ici près.
(4) Tellement, dans de telles proportions.
(5) Pendant les grandes épidémies on débarrassait, jadis, les maisons des cadavres en entassant ceux-ci, hâtivement et pêle-mèêle, dans des voitures qui circulaient à travers les rues.
(6) Dans le pharynx et le larynx.
(7) Ni.
(8) Galien {Liv. des alim. de bon.et méch. suce, ch. 1v), Riolan (Anthropographia, |. IV, ch. xvin), Arantius, etc., ont soutenu que la langue était une glande. Jul. Casserius Placent, au Liv. de l'organe du goût, ch. v, a appelé la langue « non pas à la vérité un muscle, mais une partie musculeuse ». Ce n’est donc pas sans raison que Rabelais a parlé incidemment ici des mouvements de la langue et de sa musculature,
(g) Dans les poumons.
(10) La trachée-artère. (Voy. Appareil respiratoire, L'aspre artère, comme un gouet.) Hippocrate la nomme: la vectrice des boissons.
L'estomach, comme un bauldrier.
L'estomac est la portion du tube digestif qui fait suite à l’œsophage. C'est une vaste poche membraneuse, logée dans la partie supérieure du ventre, au-dessous du diaphragme et du foie. « L'axe ou le grand diamètre de l'estomac est, observe Sappey (1), oblique de haut en bas. de gauche à droite et d'avant en arrière. Mais cette obliquité est peu prononcée, et l'on peut dire d’une manière générale que la direction prédominante de cet organe est à la fois transversale et horizontale. »
à mme N QUE