‹ Rabelais, anatomiste et physiologisteChapitre 25 sur 61 · RATS (EAU \ ET · texte numérisé non relu

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Les boyaulx, comme un tramail.

Les boyaux d'un homme mourant de faim, étant revenus sur eux-mêmes, réduits parfois même à un cylindre plein de la grosseur du pouce ou du petit doigt (Cruveilhier), il y a une différence moins sensible chez lui que chez un autre entre le paquet intestinal et un paquet de cordes.

Tels devaient être les intestins de Quaresmeprenant qui vivait de privations.

La rétraction du tube digestif sur lui-même chez les gens qui ont été soumis à un long jeûne,:et sa dilatation chez les gros mangeurs étaient, qu'on n’en doute pas, parfai-

(1) Les anses du petit intestin correspondent aux cordelettes super-posées attachées à la corde périphérique plus grosse du tramail massé, mouillé et reposant sur le sol, et le gros intestin et ses appendices graisseux (franges épiploïques), à cette corde périphérique munie de ses flotteurs ou de ses poids de fond.

ANATOMIE DESCRIPTIVE Ri7

tement connues de Maître François. Panurge, qui, en abordant pour la première fois Pantagruel l’a imploré en ces termes : « Excellent maître, pourquoi ne me donnez-vous pas de pain? car vous me voyez périr misérablement de faim (1) », s'écrie plus tard ne manquant de rien: «Il m'est advis que le boyau m'eslargit. Je l’avois nagaires bien serré et constipé (2). »

L'intestin jeun, comme un daviet.

Le petit intestin se compose de trois parties:

Le duodénum, ainsi appelé parce qu'il a douze travers de doigt (du grec âèexx, douze, et 3er, doigt). C'est la première.

Le jéjunum, l'intestin jeun, ainsi appelé parce qu'on le trouve ordinairement vide sur le cadavre. C'est la seconde.

L'iléon, ainsi appelé à cause de sa disposition entortillée (ew, tourner, entortiller), ou parce qu'il occupe le voisinage des os illaques. C'est la troisième.

L'intestin jeun ou jéjunum se continue sans ligne de démarcation précise avec l'iléon, de sorte que le plus grand nombre des anatomistes contemporains les décrivent ensemble. Cela est d'autant plus logique que ces deux parties de l'intestin grêle ont la même structure, le même rôle physiologique et sont aussi flexueuses l’une que l’autre.

Les replis que forment le jéjunum et l'iléon ont reçu le nom de circonvolutions: chacune de ces circonvolutions peut être comparée à une anse concave en dedans, convexe

(1) En grec dans le texte. (L. II, ch. 1x.)

(2) L. IH, ch. xxxvur. Voici ce que dit dans ses Mémoires Saint-Simon de l’autopsie de Louis XIV : « On lui trouva la capacité de l'estomac et des intestins double au moins des hommes de sa taille; ce qui est fort extraordinaire, et ce qui était cause qu'il était si grand mangeur. » Mais non, c’est parce qu'il était grand mangeur que Louis XIV avait le tube digestif si large. L’excès de nourriture est la cause principale de la dilatation de l'estomac, maladie si commune actuellement.

du côté des parois abdominales, représentant un cercle à peu près complet, ou plus exactement une moitié de huit de chiffres.

Daviet, instrument dont on se sert pour arracher les dents. D'après Le Duchat, le mot davier dérive du mot allemand {aube, pigeon, parce que la pince de cet instrument est faite comme le bec d’un pigeon. Il y a des daviers de différentes formes, et parmi eux il en est quelques-uns dont la courbure de la pince égale celle des anses intesti-

nales (1).

L'intestin borgne, comme un plastron.

En raison des différences de calibre, de rapports, de structure, ete., qu'il présente dans son long trajet, le gros intestin a été divisé en cæcum, en côlon, subdivisé luimême en plusieurs portions, et en rectum. Depuis la fin de Piléon jusqu'à l'origine du rectum, les parois du gros intestin offrent une série de bosselures et de sillons qui

lui donnent quelque ressemblance avec l'appareil chimique [ | IST

consistant en une longue série d’aludelles.

Le cæcum ou intestin borgne (2), qui fait suite à l'iléon, est un vaste cul-de-sac, — d’où les noms sous lesquels il est désioné, — situé immédiatement au-dessus de los de la hanche du côté droit. Ilest pourvu à sa partie postéro-imférieure d’un appendice, l’appendice cæcal, appelé aussi vermiculaire parce qu'on l’a comparé à un ver lombric.

On lit dans Ambroise Paré (3) : « 11 semble admis que par l’intestin cœcum Galien ait entendu ceste apophyse

(1) En admettant que Maître François ait entendu désigner ici le davier qui sert à crocheter les serrures, la comparaison serait encore exacte, puisque le davier des serruriers ressemble au davier des dentistes. Panurge

avait «un daviet, un pélican, un crochet et quelques aultres ferrements,

dont il n'y avoit porte, ni coffre qu'il ne crochetast ». (L. II, ch. xvr.) (2) Du latin cæcus, aveugle.

(3) Ambroise Paré, loc. cil. suprä, p. 110.

nm.

longue et estroite (1), et de faictle commun des anatomistes l'entend ainsi ; mais Vesalius a bon droit aurait en cela reprins (2) Galien : pourquoi Sylvius l’excusant veut que par le cœcum nous entendions le commencement du colon. » Maître François — sa comparaison le prouve — a été justement de l'avis de Vésale.

L'inlestin borgne, comme un plastron.

Plastron, pansière. Habillement d'acier de la partie du corps comprise entre les mamelles et la ceinture. C'est le devant de ce que nous appelons aujourd'hui très improprement la cuirasse.

« Les Corinthiens, par les espions advertis que contre eulx Philippe, roy de Macédoine, venoit en grand arroi (3), touts furent non à tort espouventés, et ne furent négligents soi soignement mettre chascun en office (4) et debvoir. Les uns polissoient corselets, vernissoient hallecrets (5), nettoyoient bardes (6), chanfreins..…. hoguines (3), plastrons, etc. » (Prologue du livre IT.)

(1) L’appendice cæcal.

(2) Repris.

(3) Ordre de bataille, train, équipage; du latin arrigere, dresser. (4) Même sens que devoir.

(5) Halecret et aussi halcret, corselet de fer battu.

(6) Armure qui couvrait le poitrail et la croupe du cheval.

(7) Cuissards, jambards.

Un des archers d'Alexandre avait des flèches dont le fer était « tant grand et poisant (1) qu'il en persoit brancs d'acier (2), boucliers espais, plastrons » (3).

L'ampoule cæcale, brillante, d'un blanc bleuâtre avec des reflets métalliques, fixée dans la fosse 1liaque, et dont on ne distingue pas généralement la face postérieure mi l’appendice vermiculaire, a d'autant plus d’analogie avec la pansière que celle-ci a été constituée pendant longtemps par des lames d'acier bombées, superposées, pouvant se mouvoir les unes sur les autres suivant les inflexions du torse. Telle était la pansière que portaient en 1515 les arquebusiers des bandes suisses au service dela France (4), celle du chevalier Adam Gall, mort en 1574, et qui est conservée à l’Arsenal Impérial de Vienne, celle qui a appartenu au duc d'Albe (1508-1582), le bourreau des Pays-Bas (collection d'Ambras, à Vienne), etc.

Le côlon, comme une brinde.

Le côlon (io, de xow, je retarde), ainsi dénommé parce que les matières excrémentitielles y cheminent lentement, forme presque la totalité du gros intestin. Il est bosselé comme le cæcum qu'il continue, mais il est beaucoup moins volumineux.

C'est le côlon qui est le siège de cette maladie si dou-

loureuse, accompagnée d'un développement considérable ER de gaz, qu'on appelle entéralgie ou colique nerveuse. « Toute maladie naist et procède de ventosité, comme

(1) Piquant, perçant, du latin pungere.

(2) Villon, dans son testament, a légué son épée branc d'acier ou braquemart, selon la note de Marot, à un certain Jehan le Cornu. Dans le glossaire de L. Barré, on lit: « Branc d'acier, lourde épée à un seul tranchant. » De l'allemand brand, feu.

(3) L. IV, ch. xxxiv.

(4) Voy. E. Figrrée, Histoire des troupes étrangères au service de la France ; Paris, 1854, p, 50.

déduict Hippocrates (Lib. de Flalibus) (1). Mais la plus épidémiale est la colique venteuse. Pour y remédier les habitants de l’isle de Ruach (2) usent de ventoses (3) amples, et y rendent force ventosités. » (L. IV, ch. xLurr.)

Brinde, vase à boire dont on se servait autrefois pour porter des toasts. On ditencore « être dans les brindes », pour êtreivre ; « porter une brinde », pour boire à la santé de quelqu'un. Selon Ménage et Darmesteter, ce mot vient du flamand /4 breng't u.

La poupe du neuvième navire de la flotte de Pantagruel « pour divise (4) avoit une brinde de fin or obrysé (5) ». J'ignore quelle était la forme de la brinde. Ce que je sais, c'est que parmi les trois coupes que Viollet-Le-Duc affirme, dans son Dictionnaire raisonné du mobilier français, avoir été principalement employées au moyen âge, il en est une qui était cylindrique et bosselée comme le côlon.

Le boyau c.., comme un bourrabaquin monachal.

Le boyua c.…, le rectum, la dernière partie du gros intestin. Ses parois sont lisses, et son orifice inférieur — fermé par un anneau musculaire, le sphincter de lanus, dont Rabelais a indiqué le mode de fonctionnement (Voy. Physiologie des Muscles) — présente à 3 centimètres au-dessus de l’anus une dilatation considérable dite ampoule rectale. Il a une direction à peu près rectiligne, d’où le nom de rectum sous lequel il est désigné.

(1) HippOCRATE, Livre des Vents.

(2) Mot hébreu qui signifie vent, souffle. Les îles Loffoden, suivant M. Ducrot. En vieux celtique, Loffoden est composé de deux mots : lof}, qui veut dire vent, flatuosité du ventre; et oden, route, ensemble, route des vents. En bas breton actuel, loff et oden signifient encore la même chose. (Ducror, loc. cit. suprà, p. 18.) « Loff est un trope, a écrit d'autre part Jal (Arch. nav., p.179) ; c'est le côté d’où vient le vent, pour le vent lui-même. »

(3) Ventouses, du latin ventosus, plein de vent; dans la basse latinité on dit ventosæ. * |

(4) Devise.

(©) Affiné, épuré par le feu, du grec 66puov.

Bourrabaquin monachal, flacon de moine, flacon de cuir très allongé. Bourrabaquin est un diminutif de bourrac, outre, On disait aussi bourraquin (1). (Lacombe.)

Panurge souhaite aux frères mendiants « d'avoir sem- \ piternellement double pitance et que le grand bourraba- 1 quin, plein du milieu, trotte de ranco (2) par leurs tables ». È

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