‹ Rabelais, anatomiste et physiologisteChapitre 33 sur 61 · LIL CE · texte numérisé non relu

LIL CE

(4) « L’aile est mauvaise, le croupion passable, le cou bon quand on en à Ôté la peau. » Jean de la Bruyère Champier (1. XV, ch. vin de son De le cibaria) a écrit : Vulqgus jactat collum avium, sed præserlim gallinacei generis, bonum cule detractä. Ali claritati oculorum ofjicere crediderunt. Par « médicin d'eau doulce », Le Duchat croit que Rabelais a voulu dire : « médecin dont les remèdes ne font pas plus de bien ou de mal que sice n'était de l’eau douce ».

() Les homards, du grec xapuaoos.

(6) Jules Janin, qui lisait assidèment Gargantua, s'est souvenu sans doute de cette expression quand il a appelé le homard le cardinal des mers.

(7) LAC EREES

(8) Le xvi siècle s'est gorgé.de charcuterie et de salaisons. Leur éloge revient sans cesse dans Rabelais. Ici, c'est frère Jean apportant pour

salaisons, « les langues de bœuf fumées, boutargues (1) et tels aultres sont avant-coureurs, aguillons de vin, compulsoires de beuvettes ». — « La laitue tempère la soif (2). » — « Nature nous instruit cueillir et manger les fruicts

entrer en vin « quatre horrificques (énormes) pastés de jambon ». Là, ce sont les cuisiniers royaux tuant « bœufs pour estre à Mardy-gras salés, affin qu'en la primevère (au printemps) ils eussent bœufs de saison à Las pour au commencement des repas faire commémoration des salures ». Au nombre des « beaulx livres », conservés précieusement dans la bibliothèque Saint-Victor à Paris, figurent : Des Pois au lard, cum commento,; l’Aguillon de vin; le Tripier de bon pensement; Majoris, de modo faciendi boudinos; Beda, de oplimilate triparum ; Reverendi patris fratris Lubini, provincialis Bavardiæ, de Croquendis lardonibus libri tres, etc.

Dans l’île Farouche (c'est l’île Grimm pour M. Ducrot ; —voy. Ducror, loc. cit. suprà, p.17 ; — en vieille langue gothique, Grimm veutdire: furieux, féroce, farouche, toujours en rage), où l’on adore Mardigras, quarantedeux mille Andouilles, attifées comme dans les féeries populaires et commandées par les capitaines Riflandouille et Taïlleboudin, attaquent « alentour du chasteau de Saloir et de la forteresse de Caques » l’armée de Pantagruel. Frère Jean, dont la mémoire est excellente, assiste par bonheur à ce combat. Il songe au cheval de Troie et fait construire « une grande truye en bois » capable de loger dans ses flancs deux cents cuisiniers, appelés : « Saulpiquet (sauce piquante), Grasboyau, Pillemortier, Croquelardon, Tirelardon, Frizelardon, Grattelardon, Guaillardon (par syncope, Guaillartlardon), auquel se joint Boudinandière, etc. » En vain, « les Godiveaulx et les Saulcissons à cheval » tendent une embuscade à Pantagruel. Le héros Gymnaste coupe en deux de son épée le fabuleux général Cervelat. Enfin l'infante Niphleseth (phallus en hébreu) et soixante-dix-huit mille de ses sujettes « Andouilles royales » sont envoyées à Gargantua qui en fait présent au « grand roy de Paris ». Mais, hélas! « par faulte de moustarde (baulme naturel et restaurant d'andouilles) moururent presque toutes ».

Ce malheur est toutefois bientôt compensé. Les voyageurs retrouvent, en effet, chez les Gastrolâtres, « d’autres andouilles caparaçonnées de moustarde fine, boudins, saulcisses, cervelats, saulcissons, langues de bœuf fumées, jambons, hures de sanglier, saumates (cretons, menues fritures, de l'italien sommala).

En ce temps-là, le jambon était un des premiers mets du repas. (Voy. les Contes d'Eutrapel, ch. xxx, et les Vigiles du roi Charles VIT, nouv. édit., t. I, p 80.)

(3) Cervelas d'œufs de muge ou d’esturgeon confits dans l'huile.

(2) Les Romains terminaient, comme nous, leur repas par une salade, et principalement par une salade de laitue. Au moyen âge, on procédait en sens inverse.

Gargantua mangeait de la salade au début de ses repas, mais les

quand ils sontmeurs (1). » — Les poires de bons chrétiens cuites « en casserons (2) par quartiers avecques un peu de vin » sont très salubres, « tant és malades comme és sains » (3). — « C’est viande (4) céleste manger à déjeusner raisins avec fouaces fraisches mesmement (5), des pineaulx, des fiers (6), des muscadeaulx (7), de la bicane (8), des foirars (9) pour ceux qui sont constipés du ventre. »

Il est de vieilles coutumes qui avaient du bon. La cure de raisins est de ce nombre. Voulez-vous débarrasser vos viscères de l’enduit qui les engorge? Faites une cure de raisins. Mangez-en autant de grains que vous voudrez, mais en évitant d’avaler les pépins et les pellicules, qui sont des corps indigestes et sans utilité. Ce qui agit dans le grain, c'est le jus qui contient tous les principes d’un excellent savon : des tartrates, des malates de potasse, neutralisants bien supérieurs au sel de Vichy (bicarbonate de soude) et un acide

frères fredons à la fin du leur : « 11s commencçoient leur repas par formage, et l’achevoient par moustarde et laictue, comme tesmoigne Martial avoir esté l'usage des anciens. » Dans l’épigramme 14 du livre XIII de Martial, on trouve en effet les deux vers suivants :

Claudere quæ cœnas lactuca solebat avorum

Dic mihi, cur nostras inchoat ille dapes.

A Rome, la salade de laitue était jadis servie de préférence le soir, d'après le conseil de Dioscoride, qui avait reconnu les propriétés tempérantes et hypnotiques de la plante en question. L'empereur Auguste fit élever une statue à son médecin Musa qui l'avait guéri au moyen de la laitue. A l'heure actuelle, le suc de laitue, ou lactucarium, entre dans la rer de la plupart des potions calmantes et antispasmodiques.

(1) Quand ils sont trop verts, ils contiennent un principe âcre qu irrite la muqueuse digestive et provoque la diarrhée.

(2) En casseroles.

(3) Pline dit (1 XVIII, ch. vu) que toutes les poires sont RÉFQURS et indigestes, sauf quand elles sont cuites.

(4) Dans le sens de mets, d'aliments; vivanda en basse latinité, fait de vivere, signifie tout ce qui fait vivre.

(5) Principalement.

(6) Raisins appelés aussi fumés.

(7) Raisins muscats.

(8) Raisins à faire le verjus.

(9) En Guyenne on appelle ainsi les raisins appelés pineaux en Touraine.

susceptible de se dédoubler comme l'acide du vinaigre en alcool et en acide carbonique. Sous l'influence de ce jus « divin », les selles se multiplient entraînant l'acide urique, les engorgements du foie disparaissent, l’hypochondrie s’envole colorant l'avenir des tons les plus rosés, les affections cutanées s’éteignent laissant le calme et la douce chaleur dans les régions où régnait la veille un prurit dévorant. N’en déplaise à Brillat-Savarin, il est très bon de prendre quelquefois son vin en pilules.

Le roi des condiments, le vinaigre, qui excite la sécrétion des glandes salivaires et des follicules gastriques dont les sucs sont indispensables à la digestion des viandes noires, est prôné par Maître François :

… Manger levrault, c'est malheur Sans de vinaigre avoir mémoire (1):

Vinaigre est son ameet valeur.

Retenez-le en poinct péremptoire (2).

Les chevaliers de Pantagruel « feirent rostir leur venaison. Et après, grande chère à force vinaigre (3). »

Les ragoûts sont en général mal supportés par les estomacs délabrés. Il en est de même des sauces, sauf de quelques-unes, la sauce Robert ou sauce au pauvre homme,

GRLSAT, ch, xxvir.

Connilz rostis, aussi poulaille Sont bons pour estre bien repuz Avec la saulce du verjus.

(Guillaume Bunez, Conseils pour se préserver de la peste.)

(2) Le lièvre au vinaigre était très prisé de nos aïeux, qui attribuaient à la chair, aux viscères et mème au sang de cet animal une foule de vertus. La chair conservait ou donnait la beauté; les glandes génitales guérissaient les douleurs de la vessie; les rognons, la goutte; le sang, la dysenterie, etc.

« Cette cuisse de levrault est bonne pour les goutteux, » a écrit luimème, sérieusement ou ironiquement, Rabelais (ch. xxxix, L. D).

En cela, nos aïeux n’ont cru, au surplus, que ce qu'ont cru les Romains. (Voy. Puine, I. XXVIIE, ch. zx, et l'épigramme de MARTIAL : Si quando leporem...)

(3) L. II, ch. xxvi.

entre autres (1): « tans salubre et nécessaire aulx connils (2) rostis, canars, porc frait, œufs pochés, merlus salés ».

En aidant son maître Rondellet dans ses recherches sur les poissons, Maître François a retrouvé le garum, cette saumure célébrée par Horace, Martial et Ausone (3), et en a envoyé à E. Dolet, avec ces vers :

Ouod medici quondam tant facere priores Ignotum nostris en tibi millo Garum.

Vini addes acidi quantum vis, quantum olet vis. Sunt quibus est oleo plus sapidum bulyrum.

Dejectam, assiduus libris dum incumbis, orexim

Nulla tibi melius pharmaca restiluent, | Nulla et aliquaculi mage delergent piluitam,

Nulla alvum poterunt solvere commodius.

Mirere id potius, quantum vis dulcia, sumpto,

Salsamenta, Garo, nulla placere tibi (4).

«Ce Garum, que nos médecins ne connaissent plus, et que leurs prédécesseurs estimèrent tant, je te l'envoie. Tu ajouteras, à ton gré, du vinaigre et de lhuile ; 1l en est cependant qui préfèrent le goût du beurre. Pour toi qui passes ta vie courbé sur les livres, il n’est point de meilleur remède pour te rendre l'appétit, te balayer les humeurs et te relâcher plus commodément le ventre. Surtout, et cela ne sera point sans t’étonner, quelle que soit la finesse des condiments

(1) L. IV, ch. x. La sauce Robert, encore indiquée dans les livres de cuisine, est une sauce dans la composition de laquelle entrent du vinaigre et de la moutarde.

(2) Mieux conils, lapins, du latin cuniculus; on disait aussi connin.

(3) Pline et Dioscoride en ont donné la recette. Mais cette recette était complètement tombée dans l'oubli. (Voy.S. RonDELLET, Histoire des Poissons, trad. franc. de Laurent Joubert; Lyon, MCLIII, 1. V, ch. xrv. — Du Picarel, pp. 126-127, 1. VIT, ch. x. -— De la Sardine, p.181 etl. VII, ch. 111. — Des Anchoies, p. 177.)

(4) Floretum philosqphicum seu ludus Meudonianus in terminos totius philosophiæ autore Antonio Le Roy presbylero Cenomanensi 1 V. Licent opus elucubralum Meudoninij in Musæo clariss. Fr. Rabelæsi, elc. Parisiis, 1649. (Propræfalione, I, itj.)

dont tu te sers, nul pour toi ne vaudra le Garum quand tu l'auras goûté. »

Veut-on savoir ce que le prêtre-médecin pensait du réoime quadragésimal? Il n’y a pas d'aliments plus excitants que ceux qui sont prescrits par l'Église pendant le Carême (1) : « febves, pois, phaséols (2), chiches (3), oignons, noix (4), huistres, harens, salures (5), garon (6), salades toutes composées d'herbes vénéréiques (7), comme éruce, nasitord (8), targon (9), cresson, berle (10), response (11), pavot cornu, houbelon (12), figues, riz, raisins (13) ».

Le pain, qui est la base de notre nourriture, doit, comme l'indique Pantagruel (14), être salé et fermenté pour être léger et sapide. « Chose on (15) monde plus les humains ne

GR ELN ch. xxIx.

(2) Haricots, du latin phaseolus.

(3) Les fèves, les pois, les haricots, les chiches, le riz sont les aliments végétaux qui contiennent le plus de matières azotées, principes essentiels de la nutrition.

(4) Les hygiénistes croient que l'action stimulante exercée par les oignons et les noix est due à une substance âcre et amère.

() Les salaisons et la chair de poisson sont très nutritives. La chair de la morue salée renferme 5,2 0/0 d'azote, celle de la raie 3,83, celle du maquereau, 3,74, etc., alors que celle du bœuf n'en renferme que 3,53. La chair du homard est plus riche en azote que celle du gibier.

(6) Poisson appelé autrefois en Languedoc picarel. II doit son nom moderne à Rabelais qui s’en est servi pour recomposer le garum.

(7) Aphrodisiaques, du latin venereus, de Vénus.

(8) Cresson alénois.

(9) Estragon.

(10) Plante de la famille des Ombellifères.

(11) La médecine tire un grand parti de la plupart de ces plantes et surtout des Crucifères (cresson, raiponce) qui sont reconstituantes.

(12) Le lupulin du houblon passe pour réunir les propriétés narcotiques aux propriétés aromatiques et toniques.

(13) Les fruits les plus nourrissants sont les figues, et surtout les figues sèches, les dattes, les raisins secs, les pruneaux; les fruits les moins nourrissants, les cerises, les oranges, les groseilles, etc. Pendant le carème, on ne peut manger que des figues et des raisins secs, c'est-à-dire les plus nourrissants de tous les fruits à leur maximum de puissance nutritive.

(4) E. IV, ch. Lx.

(15) Au,

rend à maladie subjects, que de pain non fermenté, non salé user (1). »

Poursuivons. Après les aliments solides, les aliments liquides, les boissons.

La menthe, qui entre dans la composition d’une excellente liqueur, rend le sang plus fluide. « En tesmoignage, sont les champs de l’isle de Samos (2), dicts Panema (5), c'est-à-dire tout sanglant, auxquels Bacchus les Amazones (4) acconceut(»), fuyantes de la contrée des Ephésians (6), et les mit toutes à mort par phlébotomie (7), de mode que (8) le dict champ estoit de sang tout embu (9)et couvert. D'ond (10) vous pourrez d’oresenavant entendre mieulx que n’ha descript Aristoteles, en ses problèmes (11), pourquoy jadis on disoit

(1) Le pain sans levain et sans sel est fade, indigeste et moins nourissant. Le levain ou la levure transforme une portion de la fécule de la farine en dextrine et en glycose. Ainsi est commencé le travail de transformation de la fécule de la farine en dextrine et en glycose, que complète l'action de la salive.

Le sel entre dans la composition de divers tissus de l'organisme, du tissu musculaire entre autres. Il active la sécrétion des liquides de l’estomac indispensables à la digestion des aliments azotés. Les animaux ont, de même que l'homme, un goût prononcé pour le sel et le mangent avec awidité.

(2) Ile de la mer Égée.

(3) Du grec rä&, ravrés, tout, et aïua, sang. (Voy. PLUTARQUE, dans ses Demandes des choses grecques, ch. xcvr.)

(4) Femmes guerrières habitant la Cappadoce, sur les bords du fleuve Thermodon, et qui brûlaient le sein droit de leurs filles pour les rendre plus aptes à tirer de l'arc (du grec «, privatif, et ma£os, mamelle).

. (5) Atteignit, rejoignit, du latin adconcipere, de ad, augmentatif, et capere, prendre.

(6) L'Ionie. R

(7) Par ouverture des veines ; du grec ot, veine, et toun fait de Tépvw, Je coupe.

(8) De sorte que.

(9) Imprégné, imbibé, du latin in, dans, dedans, et bibere, boire.

(10) D'où.

(11) Aristote a avancé (Sect. 20, Probl. 2) que la menthe étant froide par elle-même ne convient pas aux soldats. Le père de la botanique, Dioscoride, a, d'autre part, prétendu que les feuilles de menthe jetées dans le lait l'empêchent de se cailler et de se mettre en fromage. Selon LŒivis,

en proverbe commun: « En temps de guerre, ne mange et ne plante menthe. » La raison est, car en temps de guerre sont ordinairement despartis (1) coups sans respect (2), or que l’homme blessé, s'il ha celluy (3) jour manié ou mangé menthe, impossible est, ou bien difficile, lui restreindre (4) le sang (5). » | |

Le vin, pris avec modération, donne des forces; «les académies l’afferment (6), rendants l’étymologie de Vin, lequel ils disenten grec oINos, estre comme vis, force, puissance. (7) » — Le vin rouge est « l’esperon du fromage ». — Le vin blanc « soulage les rognons » (8). — « L'hypocras clairet est salubre et stomachal (9). »

Trousseau et Pidoux, la menthe n'empêche pas la coagulation du lait, mais la retarde. Au dire de Linné, les vaches qui mangent de cette labiée dans les pâturages ont un lait beaucoup plus séreux. Hippocrate a écrit, enfin, que « le lait est le frère du sang » et Galien (1. IV, De l'Usage des parties, ch. vu, et De ven. sect. contre Erasistrale, ch. v), que le lait est engendré du sang menstruel. Les Anciens ont conclu par analogie.

(1) Distribué, du latin despartiri.

(2) Sans égard, au hasard, du latin respectus, fait de respicere, regarder, avoir égard.

(3) Ce jour-là.

(4) Arrêter, du latin resfringere.

RON ech. xxxIx.

(6) L'affirment.

(7).B. V, ch. xzv.

(8) Est diurétique, fait uriner. Le vin blanc est la base des vins médicamenteux diurétiques de Jrousssqu de Delbrènes, de Tessier, de Corvisart, etc.

(9) Vin (rouge ou blanc) aromatisé. Voici la recette qu'en donne Taillevent : « Pour une pinte, trois tréseaulx (trois gros) de cynamone fine et parée, un tréseau de mesche ou deux qui veult; deux tréseaulx de girofle ; et de suc fin six onces, et mettez en poudre; et le fault tout mettre en un contonoir (entonnoir) avec le vin, et le pot dessoubs, et le passer sans qu'il soit coulé, et tant plus est passé et mieux vault; mais qu'il ne soit esventé. »

La cannelle (Laurus cinnamomum de la famille des Laurinées) et les clous de girofles (Caryophyllus aromaticus de la famille des Myrtacées) administrés dans du vin sont excitants, stomachiques et toniques. Toutes les anciennes compositions Clales et alexipharmaques contenaient de la cannelle.

L'hypocras parfumé avec Juncus odoralus de Pline, le Squinanthum des

Pris avec excès, le vin blanc, comme le vin rouge, amène la goutte, rougit et déforme le nez, desquame la langue, irrite la muqueuse gastro-intestinale, etc.

Parmi les ancêtres de Pantagruel (1), 11 y en avait dont le nez « sembloit la fleute d’un alambie (2), tout dia-

apothicaires, était moins prisé que celui qui n'était pas parfumé, parce qu'on supposait, sans doute à cause de l’analogie verbale, qu'il pouvait donner l'esquinancie. (Voy. Puixe, 1. XII, ch. xxn, et 1. XIV, ch. xvi, et la re des Sérées de BoUcHET.)

« Voulez-vous encore un traict d'hypocras blanc? demande Panurge à Rondibilis. N'ayez paour de l’esquinance, non. Il n'y a dedans ne squinanthi, ne zinzembre (gingembre), ne graine de Paradis (cardamome). Il n'y ha que la belle cinamome triée et le beau sucre fin, avecques le bon vin blanc du creu (cru) de la Devinière. » (L. IT, ch. xxxr1.)

Ménage et d’autres attribuent à tort l'invention de l'hypocras à Hippocrate. Le mot hypocras vient du grec 6x0, sous et xpäotçs, mélange, dérivé de xepavvuu, je mêle.

(1) Prol. du I. IT.

(2) La flûte de l’alambic est le tuyau allongé cylindro-conique qui fait communiquer le chapiteau avec le serpentin.

D'après M. Berthelot, les appareils distillatoires proprement dits ont été inventés en Égypte au cours des premiers siècles de l'ère chrétienne et décrits dans les traités de deux femmes alchimistes appelées Cléopâtre et Marie. Ce sont ces appareils qui ont conduit, par leurs transformations, à la découverte de l’alambic décrit dès la fin du 1v° siècle de notre ère par Synesius. (BERTHELOT, {a Chimie-au moyen âge.)

C'est: Arnaud de Villeneuve qui paraît, le premier, avoir employé le terme d'eau-de-vie, pour désigner le produit de la distillation du vin. Encore l’a-t-il employé, non comme terme spécifique, mais pour marquer l'assimilation de ce produit avec l’élixir de longue vie. En réalité, c’est sous la dénomination d'eau ardente, c'est-à-dire inflammable, que l'alcool apparaît d'abord.

Dans le Livre des feux de Marcus Græcus, livre dont les manuscrits ne remontent pas au-delà de l'an 1300, la préparation de l'eau ardente est aussi indiquée :

« Préparation de l’eau ardente. — Prenez un vin noir, épais, vieux. Pour un quart de livre, ajoutez deux scrupules de soufre vif, en poudre très fine, une ou deux livres de tartre extrait d’un bon vin blanc, et deux scrupules de sel commun en gros fragments. Placez le tout dans un bon alambic de plomb, mettez le chapiteau au-dessus et vous distillerez l’eau ardente, vous la conserverez dans un vase de terre bien fermé. »

Les origines de la physique et de la chimie sont encore obscures et ceux qu'ils préoccupent ne seront pas fâchés de trouver dans Pantagruel non seulement l'indication de l’eau ardente (Voy. la Luelte, comme une sar-

Re 2°: ‘ : ar OR r mp" * 4 RePe.

pré (1), tout estincelé de bubelettes (2); pullulant (3), purpuré, à pompettes (4), tout esmaillé, tout boutonné, et brodé de gueules (5). Et tel avez vu le chanoine Panzoult, el Piedebois, médicin d’Angiers : de laquelle race peu furent qui aimassent la ptisane (6). »

« Les bourgeois d’Aurelians (7) avoient tant bu de vins poulsés (8) qu'ils ne faisoient que cracher aussy blanc comme coton de Malthe. (9) » |

« Du blanc verse, la langue me pelle (10), » s’écrie un des invités de la noce de Gargamelle.

Gargantua avait les intestins relächés « tant de sa complexion naturelle que de la disposition accidentale qui lui estoit advenue par trop humer de purée septembrale (11) ».

L'alcool sous toutes ses formes (vin, liqueurs, etc.) pris le matin à jeun 1rrite la muqueuse stomacale, en provoque l'inflammation et détermine plus rapidement des accidents d'intoxication. « Boire si tost après le dormir, ce n’est vescu en diète de médicine (12). » ’

Le vin n'est pas seulement un aliment, c’est aussi, inlus

bataine), mais encore des deux parties essentielles de l’alambic moderne, la flûte et le ballon. (Voy. Anat. des formes : la teste contournée comme un alambic.)

(1) Teinté de plusieurs couleurs et surtout de violet. Le diaprum est un électuaire de prunes violettes.

(2) De petites bubes, du grec Bouéuv, grosseur, tumeur.

(3) Croissant à vue d'œil.

(4) Chargé de verrues de toutes formes et de toutes dimensions.

(5) Brodé de dessins rouges. Terme de blason.

(6) Tisane.

(7) Orléans, Aurelia, embellie par l’empereur Aurélien.

(8) La pousse ou tourne est une fermentation supplémentaire du vin au contact de l'air. Le vin poussé n’a aucun effet nuisible sur l’économie.

(9) Coton renommé pour sa blancheur et sa densité.

(10) Le professeur Fonssagrives a étudié scientifiquement cet état spécial de la langue des buveurs.

(11) L’entérite des buveurs est caractérisée par des selles liquides se produisant généralement le matin.

(12) Dans le sens de régime (1. I, ch. xrr).

et extra, un agent thérapeutique précieux. Au dire de Rochas, ancien inspecteur général du corps de santé de la marine, c'est même le remède le plus efficace contre le mal de mer (1). C'était celui des Thalassiens (2). Avant de prendre

congé de Pantagruel et de ses compagnons sur le point de s’'embarquer, ils « feirent de leurs maisons force vivres et vinage apporter. Touts burent à eulx : ils burent à touts. Ce fut la cause pourquoy personne de l'assemblée onques par la marine (3) ne rendit sa gorge (4), et n'eut perturbation d’estomach ne (5) de teste. Auquel mconvénient n'eussent tant commodement obvié, buvants par quelques jours paravant (6) de l’eau marine (7), ou pure, ou mistionnée (8) avecques le vin, usants de chairs de coings, de l’escorce de citron, de jus de grenade aigres et doulces, ou tenants longue diète : ou se couvrants l’estomach de papier, au aultrement faisants ce que les fols médicins ordonnent à ceulx qui montent sus mer (9). »

Avant l'emploi de l'acide phénique, de l'iodoforme, des sels de mercure, du salol, etc., le pansement à l'alcool était d'un usage courant en chirurgie. L'action bienfaisante des composés alcooliques, vin, Jus de raisin, etc., sur les plaies et les contusions, était connue du professeur Schyron (10)

En mer

(6) RC avant.

) Eau salée, :

9) Tous les lentes en der ici (L. IV, ch. 1) par Maître François ont été, en effet, employés infructueusement contre le mal de mer.

(10) « Vous devriez bien nous envoyer, a écrit ailleurs Rabelais, de cet excellent vin que le célèbre docteur Scurron vante pour la guérison et la dessication des playes. »

L'orthographe exacte du nom du maître de Rabelais est Schyron. (Voy. Névrologie : Le conare, comme une vèze.)

Guy de Chauliac, le chirurgien des papes Clément VI, Innocent VI et

| * 1hV1:344 h ; t té MH

et de Maître François, son élève. Parmi les divers serviteurs de Gargantua et de Pantagruel qui ont dû à un pansement à l'alcool « d’'estre tantost guaris » je me contenterai d'indiquer :

Forgier, auquel « les boviers, bergers et métayers de Seuillé et de Sinais, avec gros raisins chenins (1) estuvarent (2) les jambes contusionnées. »

Et Epistemon (3), décapité, auquel Panurge « nettoya très-bien de beau vin blanc le col et puis la teste; après les oignit de je ne scay quel oignement (4), et les afusta (5) justement vène contre vène, nerf contre nerf, spondyle contre spondyle, affin qu'il ne fust torti-colli. Ce faict, luy feit à l’entour quinze ou seze points d’aguille (6), affin qu'elle ne tombast derechef. »

Etancher la soif avec des boissons froides fut de tout temps un plaisir recherché. Le sensuel Horace enveloppait de neige l’amphore contenant son falerne.

Par le chaud qu'il faisait, nous n'avions point de glace. Point de glace, bon Dieu ! dans le fort de l'été ! Au mois de juin !...

s'écrie un des convives du festin ridicule.

« Lorsqu'entrastes en Lybie, demande à Picrochole (7)

Urbain V, qui a préconisé le pansement à l'alcool, n’en est pas, comme on le pense généralement, l'inventeur. Hippocrate a dit, bien longtemps avant lui : « Laver les plaies avec du vin est toujours utile. » Comme pour justifier le vers d’'Horace :

Mulla renascentur quæ jam cecidere,

ce pansement, délaissé depuis un quart de siècle, vient d'être remis en honneur en Allemagne, par MM. Lœw, Salzewedel, Bardeleben, etc.

(1) Raisin dont on fait le gros vin.

(2) Pansèrent, lavèrent.

(3) Savant, du grec érisraua, je connais.

(4) Onguent, du latin unguere, oindre.

(o) Les ajusta.

(6) Aiguille.

(7) Picrochole, l'homme à la bile amère; du grec rwo00:, amère, et yon, bile. (Voy. Ahat. chirurg.) sol ; SEE

un de ses officiers, la caravane de la Mécha (1) ne vous fournit-elle de vin à suffisance ?

«— Voire : mais, dist-il, nous ne busmes poinct frais. »

« Buvez frais, si faire se peult (2)... Buvez bon et frais assez (3), comme vous diriez sus le commencement du second degré (4), » recommande Maître François à ses clients (5). |

Boire frais, si faire se peut, est un conseil d'hygiène qui a besoin d'explication.

La fraicheur des boissons n'est pas un luxe, c’est une nécessité. À la température de 4°, les boissons exercent une action stimulante sur l'estomac et l’intestin ; elles favorisent la digestion ; plus froides elles font crisper les

(1) Mecque.

Page 1