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chaque jour, je me plais à le répéter, des objets, et prineipalement des objets usuels, qu’on croyait d'invention récente. Ce qui n'est pas douteux, c'est que le mot truelle, diminutif de frua (cuiller), signifie une chose creuse et appartient à la même famille que le verbe grec rw (trouer, creuser). Quant à la truelle des maçons, qui n’a pas changé de forme depuis la période romaine (Viollet-Le-Duc), elle ne
Les rognons, comme une truelle.
ressemble pas au rein, et la truelle d'argent pour découper et servir le poisson n'est ordinairement pas emmanchée de côté.
Les pores uretères, comme une crémaillière.
Les pores urétères, les uretères. Ce sont deux canaux
qui portent l'urine des reins à la vessie. Ils s'étendent obli-
quement de la région rénale à la région pelvienne. Crémaillière, appareil de cuisine que tout le monde connaît. La crémaillère ancienne se composait d’une tige ver-
comme un cathenat, l'est encore par : sa poitrine, comme un jeu de regnalles, etc.
Le jeu de regnalles est le jeu de l'orgue, plus connu sous le nom de jeu de voix humaines.
La poitrine amaigrie, avec ses saillies et ses creux successifs, a évidemment quelque ressemblance avec un jeu d’orgues.
166 ne RABELAIS ANATOMISTE
ticale supportant une barre horizontale mobile garnie de chaïnettes ou de tiges auxquelles on accrochait les mar-
Les pores uretères, comme une cremaillière.
mites. Celle du modèle ci-dessus a figuré à l'Exposition nationale de Tours, de 1892.
La vessie, comme un arc à jallet.
La vessie est un réservoir musculo-membraneux dans lequel l'urine, versée goutte à goutte, s’accumule et séjourne jusqu'au moment de son expulsion.
Pleine, elle a l'aspect d’un œuf énorme, à grand diamètre dirigé obliquement de haut en bas et d’arrière en avant. Vide, elle présente une forme arrondie, presque sphéroïdale. Quelquefois elle est aplatie d'avant en arrière, de sorte que son diamètre transversal s’allonge au point d’égaler ou même de surpasser son diamètre longitudinal. C'est ce qui s’observe surtout chez la femme.
Arc à jallel ou à Jalet. Arbalète de chasse plus légère
et plus petite que les arbalètes de guerre et qui lançait, au lieu des carreaux-flèches, de petites balles de plomb et même de terre glaise, etavec laquelle on tirait sur les oiseaux.
C'est une arbalète de ce genre que, sans doute, Grandgousier « feit faire à Pantagruel comme il estoit petit, pour s'esbattre après les oisillons ».
La vessie, comme un arc à jallet.
Les Allemands appelaient cette arbalète balestre, dès qu'elle était un peu grande. Jallet ou jalet paraît dériver du grec itew, millere, envoyer, lancer. L’arc à jallet, dont on voit le dessin, est représenté dans Racinet (le Costume historique, pl. 218; Paris, 1888).
La vessie, en revenant sur elle-même, chasse l'urine dans le canal de l’urèthre comme la corde de l'arc à jallet lance les balles.
Quand la vessie se remplit, elle remonte du bassin dans le ventre et le tend. L'effet inverse se produit quand elle se désemplit, d’où les expressions : avoir la vessie
tendue, relâchée, de lâcher de l’eau, le ventre, etc.
Le col d'icelle, comme un batail.
Le col d'icelle, le col de celle-ci ; le col de la vessie est l'orifice interne du canal de l’urèthre. Il est rond, évasé, plus large que l’orifice externe et offre à sa partie médiane une saillie longitudinale, dite crête uréthrale ou veru-montanum, dont l'extrémité postérieure est renflée. Par suite de l'augmentation de volume de la prostate, cette saillie est très prononcée chez les vieillards.
Le col d'icelle, comme un batail.
Batail, battant de cloche.
Il est fait mention, dans le chapitre xix du livre [, qu'un latiniste, demeurant près de l’'Hôtel-Dieu, désirait que les cloches de Notre-Dame « fussent de plume, et le batail fust d'une queue de régnard (1) : pource (2) qu’elles lui engendroient la chronique (3) aux tripes du cerveau (4) ». (Voy. Névrologie, Physiologie.)
Entre l'orifice évasé du col de l’urèthre et le veru-montanum et une clochette dont le battant touche la paroi, c’est-
(1) Renard.
(2) Parce qu'elles.
(3) Une maladie chronique, laquelle ? La migraine, répondent quelques commentateurs. Est-ce bien sûr ?
(4) Aux circonvolutions cérébrales dont les flexuosités rappellent en petit celles de l'intestin.
C1 A. Éc.
à-dire une clochette renversée dans le sens de son grand axe, il ya une certaine analogie.
L'urine, comme un papeîigue.
Papefique, hérétique, homme qui fait la figue au pape. Rabelais nous apprend lui-même l'origine de ce mot (1). Autrefois, les Papefigues étaient appelés Gaillardets (2). Un jour, ils insultèrent le portrait papal, et les Papimanes (3), pour se venger, leur déclarèrent la guerre, « taillarent (4) à fil d’espée tout homme portant barbe. Aulx femmes et jouvenceaulx pardonnarent avecques condition semblable à celle dont l’empereur Federic (5) Barberousse jadis usa envers les Milanois.
«Les Milanois s'estoient contre luy absent rebellés (6), et avoient l’impératrice sa femme (7) chassée hors la ville, ignominieusement montée sus une vieille mule nommée Thacor (8) à chevauchons de rebours (9). Federic à son retour, les ayant subjugués et resserrés (10), feit telle diligence (11) qu'il recouvra la célèbre mule Thacor. Adoncques (12), au milieu du grand Brouet {13), par son ordonnance, le bourreau
HEC 1Vch. xLv.
(2) Hommes qui n'ont pas peur, hardis gaillards.
(3) Les gens qui aiment le pape, qui sont dévoués au pape. On dit aujourd'hui les ultramontains.
(4) Tuèrent. :
(9) Frédéric.
(6) Révoltés, du latin rebellare.
(7) Béatrix.
(8) Thacor ou. Thecor en hébreu signifie anus, ulcère ou fic à l’anus. C’est le nom des fics dont furent affligés les Philistins. (Voy. Le Livre des Rois, ch. vi, vers 5.)
(9) En chevauchant à rebours. On disait autrefois à chevauchons, comme nous disons encore à tâtons, à reculons.
Cette peine, considérée comme infamante, était jadis appliquée principalement aux prostituées et aux femmes adultères.
(10) Renfermés, faits prisonniers.
(11) Agit si rapidement, avec une télle promptitude, du latin diligentia.
(12) Alors.
(13) « C’est la grande halle de Milan » (Briefve Déclaration). La place où
mist és membre honteux de Thacor une figue, présents et voyantsles citadins captifs: puis cria de par l’empereur, à son de trompe, que quiconques d'iceulx vouldroit la mort évader (1) arrachast publiquement la figue avecques les dents, puis la remist on propre lieu (2) sans ayde des mains. Quiconques en feroit refus, seroit sus l'instant pendu et estranglé. Aulcuns d'iceulx (3) eurent honte et horreur de telle tant abominable amende (4), Ia postposarent (5) à la craincte de mort, et furent pendus. És aultres la craincte de mort domina sus telle honte. Iceulx, avoir à bellesdents tiré la figue, la monstroient au boye (6) apertement (7) disants : £cco lo fico (8).
« En pareille ignominie, le reste de ces pauvres et désolés Gaillardets furent de mort garantis et saulvés. Furent faicts esclaves et tributaires, et leur fut imposé nom de Papefgues, parce qu'au portraict papal avoient faict la
figue (9). »
était située cette halle porte de nos jours le nom de place de Broglio, de Breuil en français, c'est-à-dire place du Petit Bois ou du Jardin. (1) Fuir.
(2) Au même lieu.
(3) Quelques-uns d’entre eux.
(4) Châtiment, punition; du latin emenda, pour emendatio, dérivé d'emendare, corriger.
(9) La mirent après, luipréférèrent; du latin post, après, et ponere, poser. (6) Au bourreau; de l'italien boja.
(7) Très visiblement; du latin aperté, ouvertement, nettement, (8) « Voici la figue », en italien.
(9) Cette périphrase se trouve dans maints écrits aticiens. Puisque par l’aide de Dieu Sommes mis en nostre lieu,
Et que nous faisons la figue Aux tyrans de la ligue...
(Leroux DE Lincy, Recueil des chants historiques, t: Ii, p: 487.) « C'est icy la vraye et souveraine liberté, qui donne de quoi faire la figue à la force. » (MonNTAIGNE, Essais, 1. I, ch. xvii.)
Plusieurs se sont trouvés qui, d’écharpes changeants, Au danger, ainsi qu'elle, 6nt souvent fait la figue.
(LA FONTAINE, la Chauve Souris el les Deux Belettes, 1. 11; fable 5.)
Faire la figue, c'était montrer le pouce passé entre l'index et le
Ce premier point fixé, il me reste à établir en quoi l'urine de Quaresmeprenant ressemblait à un ennemi du pape, à un hérésiarque: J'y arrive.
En 1546, l’année qui suivit la concession d'un privilège donné à Rabelais pour imprimer le tiers livre de Pantagruel, François I permettait d'employer les armes pour punir les Vaudois de Cabrières et de Mérindole. Grippeminaud d'Oppède fit revivre un arrêt rendu cinq ans auparavant par « les Chats-fourrés » du Parlement d'Aix, et les soldats se mirent en campagne. « Tout était horrible et cruel dans la sentence qui fut prononcée contre les hérétiques, nous apprend l'historien De Thou, et fut plus horrible et plus cruel encore dans l'exécution. Vingt-deux bourgs ou villages furent brûlés ou saccagés avec une inhumanité dont l'histoire des peuples les plus barbares présente à peine des exemples. Les malheureux habitants surpris pendant la nuit et poursuivis de rochers en rochers, à la lueur des feux qui consumaient leurs demeures, n'évitaient souvent une embûche que pour tomber dans une autre ; les cris pitoyables des vieillards, des femmes et des enfants, loin d'amollir le cœur des soldats forcenés de rage, comme leurs chefs, ne faisaient que les mettre sur la trace des fugitifs et marquer les endroits où ils devaient porter leur fureur, »
« Quiconque était soupçonné d’hérésie, affirme de son côté l'historien Macaulay, quel que fût son rang, son savoir, sa réputalion, devait se disculper à la satisfaction d’un tribunal sévère et vigilant ou mourir par le feu. »
médius, comme pour figurer une figue. En Italie, et principalement à Milan, ce geste a été considéré pendant fort longtemps comme excessivement injurieux.
La punition infligée aux Milanais par Frédéric Barberousse pourrait bien avoir pour origine, comme nos jeux populaires de la poële et du farinier, le tpuyod!orou des Grecs, ou quête dans la lie, sorte d'amusement qui consistait à mettre les mains derrière le dos et à saisir avec la bouche un objet placé au fond d’un plat de lie.
L'urine de Quaresmeprenant était brûlante, corrosive, avait la température d’un papefigue sur le bûcher (1). Elle était en rapport avec la nourriture échauffante que prenait le fidèle observateur des lois du carême. (Voy. Physiologie de l'appareil digestif, aliments du carème.)
PHYSIOLOGIE. — Après avoir analysé les phénomènes de la digestion et de la respiration, Rabelais a rendu compte de la façon dont s’opèrent les sécrétions de l'urine et du liquide spermatique.
« Les rognons, par les vènes émulgentes (2), tirent du sang, dit-il, l'aiguosité (3), que vous nommez urine, et par les uretères la découllent en bas. Au bas trouve réceptacle propre : c’est la vessie, laquelle en temps opportun la vuide hors. »
Soumettons cette théorie à la critique de la science contemporaine. Les Poissons ont une veine rénale afférente ou, si l'on veut, une veine porte rénale. Cette veine porte rénale existe chez les Batraciens, les Reptiles et même aussi chez les Oiseaux, s'il faut en croire les travaux de Jacobson.
(1) En admettant que par Papefigues Rabelais ait entendu désigner, comme le pense M. Ducrot, les habitants des îles Heiligoland, la conclusion serait la même. « En 1519, dit M. Ducrot, Christian IT, surnommé le Cruel, roi de Danemark, envahit la Norvège et ses îles, massacra les évèques, les prêtres et les moines, détruisit le culte catholique, et força les habitants à faire la figue au pape en embrassant le luthéranisme, après avoir ravagé, brûlé, saccagé tout le pays.
« Irrités de ces cruautés inouïes, les quatre états du royaume, le clergé, les nobles, les bourgeois et les paysans, s’insurgent, prennent les armes, massacrent les Danois, et forcent Christian IT à s'enfuir en son pays. Le culte catholique est partout rétabli : mais on ne put relever aussi vite les ruines dont ce pays désolé était couvert. » (Ducror, loc. cit. suprà, p. 18.)
(2) Les veines des reins, du latin emulgere, épuiser à force de tirer.
(3) La partie aqueuse, l'eau, du latin aqua. C'est à leur situation auprès de lacs limpides ou d'étangs marécageux que les villes d’Aiguebelle (aqua, eau, et bella, belle, en basse latinité), Aigueperse (aqua sparsa, eau éparse), Aigues-Mortes (aquæ morluæ, eaux mortes, eaux croupissantes), Aigues-Vives (aquæ vivæ, eaux courantes), etc., doivent d’être ainsi dénommées. On dit encore aigue pour eau, dans tout le Midi de la France.
La veine porte rénale de tous ces Vertébrés concourt puissamment à la sécrétion urinaire.
Les Mammifères n'ont pas de veine porte rénale, mais CI. Bernard a découvert que, chez eux, la veine cave a deux usages : celui de porter le sang au cœur et de le rapporter par reflux au rein; joue, par conséquent, le rôle de veine porte rénale indirecte. Des expériences ultérieures de Béraud ont établi enfin que, chez ceux-ci, « l'artère rénale et par moments la veine rénale concourent à la sécrétion urinaire » (1). ES
En écrivant : « les rognons par les vènes émulgentes, tirent du sang l’aiguosité, que vous nommezurine, » Rabelais a donc, après Galien, exprimé une vérité relative, du moins en ce qui concerne les Mammifères, y compris l’homme.
La sécrétion urinaire est augmentée par l’ingestion de diverses substances médicamenteuses. Rabelais en cite plusieurs à. propos du déluge urinal qui noya les Dipsodes et les Géants assiégés dans leur camp (2). « Panurge donna à manger à Pantagruel quelque diable de drogues composées. de lithontripon (3), néphrocatarticon (4), coudignac cantharidisé (5) et aultres espèces diurétiques (6). »
(1) Béraun, Éléments de physiologie de l'homme, t. IE, p.152 ; Paris, 1857.
(2) L. IT, ch. xxvunr. Pour M. Ducrot, les Dipsodes, en grec altéré (de ôba, soif), ce sont les Scythes. « Dans le mot « Scythi », Rabelais lit, dit-il (loc. cit. suprà, p. 6), sitis, en latin la soif, et Joue sur ce mot avec d'autant plus de raison que cette contrée, très fertile en quelques parties, est remplie de déserts de sable; l'hiver, les habitants ne peuvent se désaltérer : les fleuves, les lacs, les rivières, tout est gelé pendant neuf mois de l’année. » |
(3) Le lithontripon (de A@os, pierre, et tetlts, broiement) est l'essence des lithontriptiques. Les lithontriptiques sont des substances qu'on croyait propres à dissoudre les pierres dans la vessie, le jaspe vert, le sang de ! bouc mèlé à du vin blanc, par exemple.
(4) Le néphrocatarticon (de veypos, rein, et de zxédapou, purgation) est une substance qui servait à vider les rognons. Mais laquelle ? Lee
(5) La confiture de coings, à laquelle on a ajouté de la poudre de cantharides dont l’action sur l'appareil génito-urinaire est toute-puissante.
(6) Espèces est un terme générique qui désigne en médecine un
Jusqu'au xvirt siècle, l'examen des urines a joué un
rôle capital en médecine. Dans le tableau la Femme
hydropique qui est universellement regardé comme le chef-d'œuvre de G. Dow, un médecin contemple attentivement les urines de la malade, qui sont contenues dans un ballon de verre à long col. Parmi les nombreux ouvrages ayant trait à l'examen des urines, qui ont été publiés par les savants du moyen âge, je me bornerai à indiquer le Tractatus de urinis de Rondellet, le De Urinis de Montagnana, le De Urinis d'Actuarius, les Carmina de urinarum judiciis d'Egidius, et le De Cautelis urinarum de Bernard Gordon. Dans le dernier, il est fait mention de différents tours de passe-passe et d’un choix de réponses équivoques propres à tirer d’embarras les uropathes de cette époque, auxquels le liquide sécrété par les reins d'une personne souffrante n'indiquait rien. Cette vogue de l’uroscopie aux x1v°, xvt et xvit siècles est attestée par tous les vieux conteurs(1) et par divers passages de Gargantua et de Pantagruel. Prinse (2) Italie, remarque un des gouverneurs présomptueux de Picrochole(3), voila Naples, Calabre, Apoule (4)
ensemble de racines, de fleurs ou autres parties végétales douées de propriétés analogues, Il y a des espèces astringentes, laxatives,narcotiques, etc. Les espèces diurétiques ou qui font uriner (en grec Gtoupntixds, fait de dtovoéw, J'urine) sont le chiendent, l’asperge, la guimauve, one
(1) Merlin Coccaie dit :
« Le médicin trottant par la ville va contempler les urines. » (L. II.)
Jean Bouchet :
« Elle fust contraincte de demeurer au lict malade... son espoux y fist venir plusieurs médicins, mais ils n’eussent peu cognoistre son mal au poux, ne a l'urine. » (Le Panegyric de Loys de la Trimoille, ch. vn.)
Marguerite de Navarre :
« Quand elles perceurent qu'elle ne se disposoit à garison, elles ordon-
nèrent que l’une d'elle yroit à Rouen porter son urine à ung médecin
de grande renommée. » (Cent Nouvelles nouvelles, Xx1.) De diverses phrases de Caton et de Cicéron, on peut inférer que
l'examen des urines était également considéré comme un moyen précieux
de diagnostic chez les Grecs et les Romains.
(2) L'Italie prise.
(3) L. T, ch.xxxarr (4) L’Apulie, aujourd'hui la Pouille.
ROMET
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ANÂTOMIE DESCRIPTIVE 199
et Sicile toutes à sac, et Malthe avec. Je voudrois bien que les plaisants chevaliers, jadis Rhodiens (1) vous résistassent, pour voir de leur urine (2). »
Bringuenarilles (3), avaleur de moulins à vent, « sus l'heure de sa digestion, estoit en griève maladie tombé, par certaine crudité d’estomach, causée de ce (comme disoient les médicins) que la vertus concoctrice de son estomach, apte naturellement à moulins à vent touts brandifs (4) digérer, n’avoit pu à perfection consommer les paelles (5) et coquasses (6) : les chauldrons et marmites avoit assez bien digéré. Comme disoient cognoistre (7) aulx hypostases (8) et énéorèmes (9) de quatre bussarts (10) d'urine qu'il avoit à ce matin en deux fois rendu. Pour le secourir usarent de divers remèdes selon l’art. Mais le mal fut plus fort que les remèdes. »
« Comme ORAN est par Herophilus blasmé Callia-
nax, en qui, à un patient l'interroguant et demandant :
Et mon urine, vous dict-elle poinct que je meure? » il (11)
follement respondit : « Non, si t'eust Latona (12) mère des beaulx enfants Phœbus et Diane engendré (13). »
(1) Les chevaliers de Malte, primitivement les chevaliers de Rhodes, (2) Tant elle serait curieuse à voir, modifiée par les émotions du combat ou de la peur.
(3) Fendeur de naseaux. De bringer, frotter, fouetter, et narilles, les narines. (L.-IV, ch. xvir.) (4) Tout entiers.
) Pelles.
(6) Coquasses, de coquere, cuire; coquemars, (7) Connaître.
. (8) Hypostases ou hypostathmes, sédiments de l'urine, ) Nébulosités dans l'urine, du grec à, dans, et aiwgew, suspendre, (10) 864 pintes.
(11) Celui-ci, Callianax.
(12) Latone, fille de Céos et de Phœæbé, a eu de Jupiter deux énfants, Phœbus-Apollon et Diane.
(13) Lettre au cardinal de Châtillon, 1. IV. Rabelais a commis ici une erreur. Ce n’est pas Hérophile qui a blâmé Callianax son disciple, mais Bacchius. « Voici, dit Le Duchat, ce qu'on lit dans Galien, sur le sixième
livre d'Hippocrates (Des Maladies épidémiques, p.482 et 483 du t. IX de l’édit.
Stercus el urina medici sunt prandia prima.
Ex aliis paleas, ex istis collige grana (1)...
déclare Panurge au docteur Rondibilis. | « — Vous prenez mal, dist Rondibilis : le vers subsé-
quent est tel :
Nobis sunt signa, vobis sunt prandia digna (2).
« Si ma femme se porte mal : j'en vouldrois voir l'urine (3), toucher le pouls et voir la disposition du bas ventre, et des parties umbilicaires (4), comme nous commande Hippocrates, >, Aphoris. 35, avant oultre procéder. — Non, non, dist Panurge, cela ne faict à propos. C’est pour
de Chartier): Car quelques-uns d’entre les médecins tiennent des discours d'une fatuité incroyable, semblables à ceux que cite Zeuxis du livre de Bacchius, où cet auteur a rapporté les paroles et les actions d'Hérophile et de ses sectateurs. Il raconte de Callianax l'Hérophilien que, voyant un malade qui lui disoit : — Mourrai-je? — Oui, lui répondit-1l par un vers grec : oui, sans doute à moins que vous ne soyez le fils de Latone. A un autre malade qui lui demandoit la mème chose, il répondit : Patrocle est bien mort, qui valoit infiniment mieux que vous. »
(1) Les matières fécales et l'urine sont les mets préférés du médecin ; : des autres recueille la paille et de ceux-ci la graine.
Le premier de ces deux vers est une allusion à un règlement de Henri II, dont voici le texte : « Sur les déclarations des personnes décédées par la faute des médecins, il en sera informé et rendu justice comme de tout autre homicide, et seront les médecins mercenaires tenus de goûter les excréments de leurs patients et de leur impartir tout autre sollicitude, autrement seront réputés avoir été cause de leur mort et décès. » (Voy. MERCIER, Tableau de Paris, Vi1, p. 227.)
« Le second vers que Panurge accole plaisamment au premier est emprunté à un brocard de droit qui n’a aucun rapport avec le sujet. » (BurGauD DES MARETS et RATHERY.)
Dans la Briefve Déclaration, attribuée à Rabelais, on lit : « Maschm..., vivant d’excrement. Ainsi est par Aristophanes, in Plulo, nommé Æsculapius, en mocquerie commune à tous les médicins. »
(2) Nous trouvons dans ces matières des éléments pour 1 nos diagnostics, mais ce sont des mets dignes de vous. « Réponse, remarque judinor M. L. Sardou, que devait naturellement faire le médecin Ron- : dibilis. »
(3) Dans son traité De Urinis, Rondéllet a recommandé que le méde- ; cin « voye l'urine des malades ».
(4) Ombulicales, du latin umbilicus, ombilic, nombril.
nous aultres légistes, qui avons la rubrique {1) De ventre inspiciendo (2). Je luy appreste un clystère barbarin (3). Ne laissez vos affaires d’ailleurs plus urgents (4). Je vous
envoyerai du rillé (5) en vostre maison; et serez toujours
nostre amy.
« Puys s’approcha de luy, et luy mist en main sans mot dire quatre nobles à la rose (6). Rondibilis les print (7) très bien, puis luy dist en effroy, comme indigné : — Hé, hé, hé, monsieur, il ne falloit rien. Grand mercy toutesfois. De méchantes gents jamais je ne prends rien (8). Rien jamais
(1) Titre, du latin ruber, rouge. Dans les livres anciens, les titres et certaines remarques étaient imprimés à l'encre rouge. (2) De l'inspection du ventre, Digestes, 1. XXV, t. IV. (3) « On comprend, observent Burgaud des Marets et Rathery, quelest le clystère que Panurge apporte à sa femme; mais pourquoi l’appelletil barbarin? Nous pensons que c’est là une facétie italienne dont l'origine nous échappe. »
Cette expression se rencontre dans diverses pièces de théâtre du proyen àge LA FEMME (Elle reproche à son mari de la négliger) Enda j'ay le cueur si fasché Que je vouldrois estre en purgatoire.
L'HOMME Vous faut-il un suppositoire Ou (ung) clistère barbarin ?