‹ Rabelais, anatomiste et physiologisteChapitre 51 sur 61 · ER RE · texte numérisé non relu

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nus, 416 Epid.] (1), respondre à ceulx qui trouveroient la prosopopée (2) estrange : «Ainsy me suis-je accoustré, non pour me gorgiaser (3) et pomper (4); mais pour le gré du malade, lequel je visite, auquel seul je veulx entièrement complaire, en rien ne l'offenser (5) ne fascher. »

N'est-ce pas là le conseil déontologique paraphrasé du D' Dechambre : « La dignité du médecin est le corollaire obligé de la noblesse de son art. Cette dignité se montrera dans toutes les actions de sa vie publique ou privée. »

Il est non moins indispensable que le médecin fasse bien attention « aux paroles, propos, abouchements (6) et confabulations (7), qu'il doibt tenir avecques les malades, de la part desquels seroit appelé.

« Comme grandement est par Herophilus blasmé Callianax (8), médicin, qui, a un patient l’interroguant et demandant : « Mourrai-je ? » impudentement (9) respondit :

Et Patroclus à mort succomba bien :

Qui plus estoit que n'es, homme de bien (10).

dit, au fol. 268 : « Philonium, guwvuny, medicamentum vanodynum, a Philone medico authore. »

La robe nommée philonium a peut-être été inventée aussi par le médecin Philon.

(1) Au lieu de Petrus Alexandrinus, il faut lire Joannes Alexandrinus, auteur d'un livre Super epidemicorum Hippocratis lib., imprimé à Venise en 1483.

(2) « Déguisement, fiction de personnes » (Briefve Déclaration). Prosopopée dérive du mot grec rçdo&nov, visage, d'où l'on a tiré rpocwrasiny, masque.

(3) Faire le beau.

(4) Faire montre d'élégance, de luxe, d'une mise pompeuse.

(5) Le blesser et aussi lui nuire, du latin offendere.

(6) Premiers mots de la conversation.

(7) Entretiens, du latin confabulari.

(8) J'ai dit antérieurement (Voy. Anat. descriptive, Appareil urinaire, p- 199, note 13) que ce n'est pas Hérophile qui a blâmé Callianäx, mais Bacchius. |

(9) Effrontément, du latin impudenter.

(10) Ces vers sont tirés de l’Zliade, chant XXI, vers 107.

À un aultre voulant entendre l'estat de sa maladie, et l’interroguant à la mode du noble Patelin : « Et mon urine vous dict-elle poinct que je meure? (1) » il (2) follement respondit : « Non, si t’eust Latona (5) mère des beauix enfants Phœbus et Diane engendré. » Pareillement est de CI. Galen, Hb. 4, comment. in 6 Epid. grandement vitupéré (4) Quintus son précepteur en médicine, lequel à un certain malade en (5) Rome, homme honorable, luy disant : « Vous avez desjeuné, nostre maistre, vostre haleine me sent le vin! » arrogamment respondit : « La tienne me sent la fiebvre : duquel est le flair et l'odeur plus délicieux, de la fiebvre ou du vin? »

Il importe, enfin, à celui qui est chargé de rendre la santé aux autres, de commencer par veiller soigneusement sur la sienne, de prêcher d'exemple. « Me demandez-vous pourquoi? Response irréfragable. lel est le vouloir du trèsbon, très-grand Dieu : onquel (6) je acquiesce (7), onquel je obtempère (8), duquel Je révère la sacrosaincte (9) parole dé bonnes nouvelles. C'est l'Evangile, onquel est dict, Luc, { (10), en horrible sarcasme et sanglante dérision, au médicin négligent de sa propre santé : « Médicin, ô, guéris toi-mesme.» CI. Gal., non pour telle révérence (11), en santé soi maintenoit, quoique quelque sentement (12) 1l eust des

(1) Vers de la farce de Maistre Pierre Pathelin.

(2) Celui-ci.

(3) Latone, fille de Céos et de Phœæbé, fut aimée de Jupiter dont elle eut deux enfants, Phœbus-Apollon et Diane.

(4) Réprimandé, blâmé, du latin viluperare.

7) Je crois, Je consens, du latin acquiescere.

Auquel j'obéis, du latin obtemperare.

Très sainte, sainte et sacrée, du latin sacer, sacré, et sanclus, saint.

ns Évangile selon saint Luc, ch. 1v. On sait que saint Luc, qui a publié en grec l'Évangile le plus estimé, était médecin, et à ce titre est avec saint Côme, etc., un des patrons des médecins.

(11) Considération, du latin reverentia.

(12) Opinion,

(5) À 6) Auquel.

sacres Bibles (1), eteust cognu (2) et fréquenté les saincts christians (3) de son temps, comme appert Lib. IT. de Usu partium (4), Uib. 11. de Differentus pulsuum (5), cap. 5. et ibidem lib. TT (6) cap. 2. et Lib. de Rerum affechibus (7) (s’il est de Galen); mais par crainte de tomber en ceste. vulgaire et satyrique moquerie :

’Inroôs ww, adtos Ehxeot Gouwy (8).

Médicin est des aultres en effect :

Toutesfois est d’ulcères tout infect.

« De mode qu'en grande braveté (9) ilse vente, et ne veult estre médiein estimé, si, depuis l'an de son age vingt et huictiesme jusques en sa haulte vieillesse, 1l n’ha vescu en santé entière, exceptez quelques fiebvres éphémères (10) de peu de durée : combren (11) que de son naturel il ne fust des plus sains, et eust l’estomach évidentement (12) dyscrasié (13). « Car, dict-1l, 4b.V. de Sanit. tuend. (14), difficilement sera cru le médicin avoir soing de la santé d’aultrui, qui de la sienne propre est négligent. » Encore plus

(1) Des livres sacrés, du grec Bl620s, livre, et du latin sacer, sacré.

(2) Connu.

(3) Chrétiens.

(4) L. II. De l’'Usage des parties.

(6) L. IT. Des Différences du pouls et des Pulsations du cœur, ch. 3.

(6) Et livre III, ch. 2, du mème ouvrage.

(7) On doit lire ici comme dans l'édition sans date de Lyon (Jean MARTIN), De Renum affectibus, des affections des reins.

(8) Plutarque, dans son discours contre l'épicurien Colotès, attribue cette sentence à un poète tragique grec. Les deux vers français qui suivent, et qui en sont la traduction, sont vraisemblablement de Rabelais.

(9) En grande bravade, bravement.

(10) « Lesquelles ne durent guère plus d’un jour naturel, sçavoir est 24 heures. » (Briefve Déclaration.)

(11) Quoique.

(L2) Évidemment.

(13) De mauvaise constitution. Ce mot est resté dans le langage médical et dans la langue d’oil. Du grec à, syllabe entraînant l’idée de peine, de difficulté, et xpäsx, constitution.

(14) L. V. De la manière de conserver sa Santé:

bravement se ventait Asclepiades (1) médicin avoir avecques Fortune convenu en ceste paction (2), que médicin réputé ne fust, si malade avoit esté depuis le temps qu'il commencea praticquer en l’art, Jusques à sa dernière vieillesse. À laquelle entier 1l parvint et vigoureux en touts ses membres, et de la Fortune triumphant. Finablement (3), sans maladie auleune précédente, feit (4) de vie à mort eschange, tombant par male garde (5) du hault de certains degrés mal emmortaisés (6) et pourris (7). »

Il arrive, malgré tout, qu'une maladie progresse et que tout espoir de guérison disparaisse. Alors « le prudent médicin, voyant par les signes prognostics (8) son maladeentrer en decours de mort, par quelques jours devant advertit les femmes, enfants, parents et amis du décès imminent du mari, père ou prochain, affin qu’en ce reste de temps qu'il ha de vivre, ils l’'admonestent (9) donner ordre à sa maison, exhorter et benire ses enfants, recommender la viduité de sa femme, desclarer ce qu'il sçaura estre nécessaire à l'entretenement (10) des pupilles; et ne soit de mort surprins (11) sans tester et ordonner de son ame et de sa maison » (12).

(1) Asclépiade, médecin de Bithynie au commencement du I® siècle avant Jésus-Christ, vint exercer son art à Rome, où il se fit une grande réputation et fonda une secte de médecins appelés Asclépiens.

(2) Traité, accord, du latin pactio. Consult. Pine, L IIT, ch. xxxvur. Finalement.

Dans le chapitre xxix du livre III, Rabelais avait déjà écrit «les bons médicins donnent tel ordre à la partie prophylactique et conservatrice de santé en leur endroict, qu'il n’ont besoing de la thérapeutique et curative par médicaments. »

(8) Pronostics.

(9) L’engagent instamment, du latin ad, augmentatif, et monere, avertir, prévenir.

(10) A l'entretien,

(11) Surpris.

(12) LM, che xxvVIts

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