‹ Rabelais. Avec une introdChapitre 11 sur 80 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

tail : d'un boufTon; car pour écrire de telles extravagances, il devait être Faiiiuseur en litre des grands personnages qui n'avaient d'autre raison de le souffrir auprès d'eux. Et là-dessus se sont bâties mille légendes ridicules, assimilant Rabelais à Panurge, et lui prêtant des tours dont Panurge aurait pu vraiment tirer vanité.

N'insistons pas sur ces absurdités. Quand Rabelais rangeait auprès de lui, dans la troupe des buveurs, Homère, Eschyle, Ennius, le vieux Gaton, il avait le droit de croire que personne ne le prendrait au mot. Les contemporains ne s'y étaient pas trompés. Quel que fût le succès de Gargantua et de Pantagruel, Rabelais fut toujours pour eux l'habile médecin dont on admirait la science presque universelle, le savant commentateur d'Hippocrate et de Galien.

Ce qu'il y a de plus frappant chez Rabelais, ce qui se montre dans son livre presque à chaque page, c'est en effet son savoir et sa passion pour l'élude. Quel est, en définitive, son dernier mot, la réponse de l'oracle? Eludiez, instruisez-vous. A chaque instant ce sont des auteurs à peine connus dont il allègue l'autorité, des exemples qu'il va chercher dans la mythologie comme dans l'histoire, et souvent avec des renvois précis aux textes invoqués. Qu'on lise les programmes d'études qu'il trace à Gargantua, à Pantagruel surtout : c'est tout simplement la science universelle que doivent posséder ses héros. Ce savoir encyclopédique, a-t-il pu l'acquérir lui-même? En lisant son livre, on serait tenté de le croire. C'était pourtant impossible, même au xvi'^ siècle. Une vie humaine n y aurait pu suffire. C'est au moins le but qu'il a rêvé d'atteindre, vers lequel ont tendu tous ses efforts. Ne cherchons pas dans son ouvrage les allégories auxquelles il n'a jamais pensé : il a pris soin de nous en avertir. Ne voyons pas dans la soif inextinguible de Pantagruel et de ses compagnons une ardeur insatiable d'apprendre. Même sans de telles explications, on reconnaît assez facilement dans tout ce qu'il écrit le savant elle travailleur.

Est-ce l'étude, la lecture des anciens, lecture non pas superficielle, mais attentive et réfléchie, qui ont fait son raisonnement si net et si droit? C'est avant tout un bon sens

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