‹ Rabelais. Avec une introdChapitre 14 sur 80 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

tnral, dans une causerie amicale pkilôt que dans une disseitalion. Sa gaieté ne l'abandonne jamais tout à fait. Dans ce qu'il juge coupable, il voit toujours aussi un peu de ridicule. C'est pour cela qu'après avoir sévèrement blâmé le désir des conquêtes injustes, violemment attaqué l'avidité de quelques juges, il rit de Picrochole comme de Grippe-Minaud.

Certains commentateurs ont cru trouver à chaque ligne dans Rabelais de mystérieuses allusions. Chacun de ses personnages représente pour eux un roi, un prince, un cardinal. Sous toutes ses inventions se cachent des événements historiques que leur perspicacité sait reconnaître. D'autres disent que ses bouffonneries sont plus sérieuses qu'elles n'en ont l'air, qu'il faut se méfier quand il rit, et tâcher de deviner sa véritable intention. Les uns et les autres abordent Rabelais avec mille précautions, mille soupçons, tournent et retournent chaque récit, chaque mot pour en trouver le sens. Ils se croiraient irrespectueux s'ils s'en tenaient à la surface et se contentaient du plaisir (pii ne coûte aucun effort. Ils ne s'aperçoivent pas que Rabelais s'est d'avance moqué d'eux. Rabelais n'a pas voulu que la lecture de son livre fût pour nous une fatigue. Ce qu'il veut dire, il le dit nettement, dût-on le trouver un peu hardi. Les rois, les puissants s'entendent dire de dures vérités. Les plus humbles reçoivent d'utiles leçons. Tâchons de profiter de sa sagesse : c'est le meilleur hommage à lui rendre ; mais sachons aussi rire franchement avec lui : c'est encore un hommage auquel il ne serait pas indifférent.

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