‹ Rabelais. Avec une introdChapitre 64 sur 80 · Quelle. — 2. Les deux premiers rameurs. — 3. Pont volant · texte numérisé non relu

Quelle. — 2. Les deux premiers rameurs. — 3. Pont volant

proche cestuy esquif. Vous aidcrayje encores là? Je suis allovy ' et affamé de bien faire et travailler comme quatre bœufs. Vraiemeat, voicy un beau lieu et bonnes gens. Enfants, avez vous encores affaire de mon aide? N'espargnez la sueur de mon corps, pour l'amour de Dieu. Adam (c'est l'homme) naquit pour labourer et travailler comme l'oiseau pour voler. Nostre Seigneur veut, entendez vous bien? que nous mangeons nostre pain en la sueur de nos corps, non pas rien ne faisans, comme ce penaillon ^ de moine que voyez, frère Jean, qui boit et meurt de peur. Voicy beau temps. A ceste heure connois je la response de Anacharsis, le noble philosophe, estre véritable, et bien en raison fondée, quand il, interrogé quelle navire lui sembloit la plus sure, respondit : celle qui seroit on ^ port.

— Encore mieux, dit Pantagruel, quand il, interrogé desquels plus grand estoit le nombre, des morts ou des vivans, respondit : « Entre lesquels comptez vous ceux qui naviguent sur mer? » Subtilement signifiant que ceux qui sus mer naviguent, tant près sont du continuel danger de mort, qu'ils vivent mourans, et meurent vivans. Ainsi Porcins Cato disoit de trois choses seulement soy repentir : savoir est, s'il avoit jamais son secret à femme révélé; si en oisiveté jamais avoit un jour passé, et si par mer il avoit pérégriné * en lieu autrement accessible par terre.

— Par le digne froc que je porte, dit frère Jean à Panurge, mon amy, durant la tempeste, tu as eu

1. J'ai une faim de loup. — 2. Guenille, guenillon. — 3. Dans le. — 4. Voyagé.

peur sans cause et sans raison. Car tes destinées fatales ne sont à périr en eau. Tu seras haut en Fair certainement pendu, ou bruslé gaillard comme un père. Seigneur, voulez vous un bon gaban * contre la pluie? Laissez moy ces manteaux de loup et de bedouaut ^ Faites escorcher Panurge, et de sa peau couvrez vous. Ne approchez pas du feu, et ne passez par devant les forges des mareschaux, de par Dieu. En un moment vous la verriez en cendres. Mais à la pluie exposez vous tant que voudrez, à la neige et à la gresle. Voire, par Dieu, jetez vous au plonge dedans le profond de l'eau, jà ne serez pour tant ^ mouillé. Faites en bottes d'hiver : jamais ne prendront eau. Faites en des nasses pour apprendre les jeunes gens à nager : ils apprendront sans danger.

— Sa peau, donc, dit Pantagruel, seroit comme l'herbe dite Cheveu de Vénus, laquelle jamais n'est mouillée ne remoitie, toujours est sèche, encore qu'elle fust au profond de l'eau tant que voudrez. Pourtant * est dite Adiantos '.

— Panurge mon amy, dit frère Jean, n'aie jamais peur de l'eau, je t'en prie. Par élément contraire sera ta vie terminée.

— Voire, respondit Panurge. Mais les cuisiniers des diables resvent quelquefois, et errent en leur office; et mettent souvent bouillir ce qu'on destinoit pour rostir, comme, en la cuisine de céans, les maistres queux souvent lardent perdrix, ramiers et bizets, en intention (comme est vraisemblable) de les mettre

1. Caban. — 2. Blaireau. — 3. Pour cela. — 4. C'est pourquoi. — 5. Non liumide.

rostir. Advient toutes fois que les perdrix aux choux, les ramiers aux pourreaulx, et les bizets ils mettent bouillir aux naveaux.

« Escoutez, beaux amis. Je proteste devant la noble compagnie que, de la chapelle vouée à monsieur saint Nicolas, entre Quande et Montsoreau, j'entends que sera une chapelle d'eau rose ' : en laquelle ne paistra vache ne veau : car je la jetteray au fond de l'eau.

— Voylà, dit Eusthènes, le galant! Voylà le galant, galant et demyl C'est vérifier le proverbe lombardique : passato el pericolo, gabato el santo ^. »

Comment après la t empeste Pantagruel descendit es isles des Macraeons.

Sus l'instant, nous descendismes au port d'une isle laquelle on nommoit l'isle des Macraeons ', Les bonnes gens du lieu nous reçurent honorablement. Un vieil Macrobe * (ainsi nommoient ils leur maistre eschevin) vouloit mener Pantagruel en la maison commune de la ville pour soy refraischir à son aise et prendre sa réfection. Mais il ne voulut partir du mole que tous ses gens ne fussent en terre. Après les avoir reconnus, commanda chascun estre mué ^ de vestemens, et toutes les munitions des naufs estre en terre exposées, à ce que toutes les chormes ® fis-

1. Un alambic à distiller l'eau de rose. — 2. Le péril passé, on se moque du saint — 3. Gens qui vivent longtemps. — 4. Homme de longue vie — 5. Changé. — 6. Équipages.

sent chère lie. Ce que fut incontinent fait. Et Dieu sait comment il y eut bu et galle. Tout le peuple du lieu apportoit vivres en abondance. Les Pantagruelistes leur en donnoient davantage. Vray est que leurs provisions estoient aucunement * endommagées par la tempeste précédente.

Le repas fini, Pantagruel pria un chascun soy mettre en office et devoir pour réparer le bris. Ce que firent, et de bon hait *. La réparation leur estoit facile, parce que tout le peuple de Fisle estoient charpentiers et tous artisans tels que voyez en i'Arsenac de Venise : et l'isle grande seulement estoit habitée en trois ports et dix paroisses. Le reste estoit bois de haute fustaye, et désert, comme si fust la forest de Ardenne.

A nostre instance, le vieil Macrobe monstra ce que estoit spectable ^ et insigne en l'isle. Et par la forest ombrageuse et déserte descouvrit plusieurs vieu.x: temples ruinés, plusieurs obélisces, pyramides, monumens, et sépulcres antiques, avec inscriptions et épitaphes divers : les uns en lettres hiéroglyphiques, les autres en langage ionique, les autres en langage arabique, agarène *, sclavonique ', et autres. Desquels Epistémon fit extrait curieusement ^.

Le vieil Macrobe en langage ionique demandoit à Pantagruel comment, et par quelle industrie et labeur estoit abordé à leur port celle journée en laquelle avoit esté troublement de l'air et tempeste de la mer tant horrifique. Pantagruel luy respondit que le haut

1. Un peu. — 2. Gaîment, de bon cœur. — 3. Digne d'être vu. — 4. Même sens que arabique. — 5. D'Esclavonie. — C. Soigneusement.

Servateur * avoit eu esgard à la simplicité et sincère afTection de ses gens : lesquels ne voyageoient pour gain ne trafique de marchandise. Une et seule cause les avoit en mer mis, savoir est studieux désir de voir, apprendre, connoistre, visiter l'oracle de Bacbuc, et avoir le mot de la Bouteille, sus quelques difficultés proposées par quelqu'un de la compagnie. Toutesfois, ce ne avoit esté sans grande affliction, et danger évident de naufrage. Puis luy demanda quelle cause luy sembloit estre de cestuy espouvantable fortunal -, et si les mers adjacentes d'icelle isle estoient ainsi ordinairement sujettes à tempeste, comme en la mer Océane sont les raz de Sanmaieu, Maumusson, et, en la mer Méditerranée, le gouffre de Satalie, Montargentan , Plombin, Capo Melio en Laconie, l'estruit de Gilbathar, le far de Messine, et autres.

Comment le bon Macrobe raconte à Pantagruel le manoir et discession des Héros.

Âdonc rcspondit le bon Macrobe : « Amis pérégrins ", icy est une des isles Sporades, non de vos Sporades qui sont en la mer Carpathie : mais des Sporades de l'Océan, jadis riche, fréquente, opulente, marchande, populeuse, et sujette au dominateur de Bretagne; maintenant, par laps de temps et sus la déclination du monde, pauvre et déserte, comme voyez. En ceste obscure forcsl que voyez longue et

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