‹ Rabelais. Avec une introdChapitre 65 sur 80 · Sauveur. — 2. Tempête. — 3. Étrangers, voyageurs · texte numérisé non relu

Sauveur. — 2. Tempête. — 3. Étrangers, voyageurs

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ample de plus de soixante et dix huit mille parasanges ' est l'habitation des Démons et Héros : lesquels sont devenus vieux, et croyons, plus ne misant le comète présentement lequel nous apparut par trois jours entiers précédens, que hier en soit mort quelqu'un, au trespas duquel soit excitée celle horrible lempeste que avez paty. Car, eux vivans, tout bien abonde en ce lieu et autres isles voisines : et en mer est bonache - et sérénité continuelle. Au trespas d'un chascun d'iceux, ordinairement oyons nous par la forest grandes et pitoyables lamentations, et voyons en terre pestes, vimères '' et afflictions, en l'air troublemens et ténèbres : en mer, tempeste et fortunal.

— Il y a, dit Pantagruel, de l'apparence en ce que dites. Car, comme la torche ou la chandelle, tout le temps qu'elle est vivante et ardente, luit es assistans, esclaire tout autour, délecte un chascun, et à chascun expose son service et sa clarté, ne fait mal ne desplaisir à personne; sus l'instant qu'elle est extaincte, par sa fumée et évaporation, elle infectionne l'air, elle nuit es assistans, et à un chascun desplaist : ainsi est il de ces âmes nobles et insignes. Tout le temps qu'elles habitent leurs corps, est leur demeure pacifique, utile, délectable, honorable; sur l'heure de leur discession *, communément adviennent par les isles et continens grands troublemens en l'air, ténèbres, fouldres, gresles : en terre concussions ^ tremblemens, estonnemens; eu mer fortunal

i. Mesure usitée chez les Perses et valant 30 stades. — 2. Calme. — 3. Accidents. — 4. Départ. — 5. Ébranlements.

FAITS ET DITS nÉROÏQUES DU NOBLE PANTAGRUEL 301

et tempeste, avec lamentations des peuples, mutations des religions, transport des royaumes, et eversions ' des républiques.

— ■ Nous, dit Epistémon, en avons naguères vu rexpérience on décès du preux et docte chevalier Guillaume du Bellay, lequel vivant, France estoit en telle félicité que tout le monde avoit sus elle envie, tout le monde se y rallioit, tout le monde la redoubtoit. Soudain après son trespas, elle a esté en raespris de tout le monde bien longuement.

— Ainsi, dit Pantagruel, mort Anchises à Drépani en Sicile, la tempeste donna terrible vexation à ^néas. C'est, par adventure, la cause pourquoy Hérodes, le tyran et cruel roy de Judée, soy voyant près de mort horrible et espouvantable en nature, et prévoyant que à sa mort les Juifs feroient feux de joie, fit en son Serrail, de toutes les villes, bourgades, et chasteaux de Judée, tous les nobles et magistrats convenir, sous couleur et occasion fraudulente de leur vouloir choses d'importance communiquer pour le régime et tuition - de la province. Iceux venus et comparans ^ en personnes fit en l'hippodrome du Serrail resserrer *. Puis dit à sa sœur Salomé et à son mary Alexandre : « Je suis assuré que de ma mort les Juifs se esjouiront; mais, si entendre voulez et exécuter ce que je vous diray, mes exèques ^ seront honorables, et y sera lamentation publique. Sus l'instant que seray trespassé, faites par les archiers de ma garde, esquels j'en ay expresse

1. Renversements. — 2. Gouvernement et protection. — 3. Se présentant. — 4. Enfermer. — 5. Obsèques.

commission donné, tuer tous ces nobles et magistrats, qui sont céans resserrés. Ainsi faisans, toute Judée, inaulgré soy, en ducil et lamentation sera, et semblera es estrangiers que ce soit à cause de mon trespas : comme si quelque ame Héroïque fusl décédée. » x\utant en afToctoit un désespéré tyran, quand il dit : « Moy mourant, la terre soit avec le feu meslée », c'est à dire : périsse tout le monde. Lequel mot Néron le truant changea, disant : moy vivant : comme atteste Suétone. Geste détestable parole, de laquelle parlent Cicero, llb. 2 de Finibua, et Sénèque, lib. 3 de Clémence, est par Dion Nicaeus et Suidas attribuée à l'empereur Tibère.

Comment Pantagruel raisonne sus la discession des âmes héroïques; et des prodiges horrinques qui précédèrent le trespas du feu seigneur de Langey.

« Je ne voudrois, dit Pantagruel continuant, n'avoi? pati la tourmente marine, laquelle tant nous a vexés et travaillés, pour non entendre ce que nous dit ce bon Macrobe. Encores suis je facilement induit à croire ce qu'il nous a dit du comète vu en l'air par certains jours précédans telle discession '. Car aucunes * telles âmes tant sont nobles, précieuses, et héroïques que de leur deslogement et trespas nous est certains jours davant donnée signification

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