INTRODUCTION XIII
A Paris, le chanoine de Saint-Maur n'est pas accueilli avec moins d'empressement. Il trouve là tous les savants qui depuis longtemps apprécient son mérite. 11 y trouve aussi les parents, les amis de son protecteur, le cardinal Du Bellay. A Turin, il a toute la confiance du vice-roi de Piémont, qui, sans doute, estime sa haute sagesse autant que sa science médicale. L'amitié des grands ne le rend pas orgueilleux. Il n'oublie pas ses amis d'autrefois. Il les nomme dans ses livres, où le bon Tiraqueau trouve place comme le noble seigneur de Langey. Mais son horizon s'est singulièrement élargi. Depuis qu'il a franchi les murs de son monastère, il a connu tout le monde savant; il a vu d'assez près la cour pontificale, et au moins entrevu la cour de France. C'est sans doate la connaissance du monde qui rend le quatrième livre, et même le troisième, plus satiriques, plus agressifs que les deux premiers. Il n'a jamais été dupe des dehors binllanls qui cachaient les intrigues, les bassesses, les injustices. 11 n'a pas trouvé chez les grands la franchise, la droiture qu'il avait aimées chez de plus humbles. Si sa bonne humeur est moins constante, c'est que le protégé de l'évêque de Paris a bien plus vu le monde que le médecin du grand hôpital de Lvon.
Mais Rabelais a eu beau s'instruire, beau trouver sur sa roule le mal plus souvent que le bien, il n'est jamais devenu misanthrope. Il avait trop d'amis sincères, fidèles, riévoués, pour prendre en haine le genre humain. Les nommer tous serait trop long; en citer quelques-uns n'est pas inutile. Les envieux, et d'après eux les crédules, ont souvent représenté Rabelais comme un bouffon, méprisé des honnêtes gens, toléré par quelques grands seigneurs qui s'amusent de ses facéties. On est heureux de montrer qu'il avait des amis de tout rang, qui faisaient autant de cas de son caractère que de son savoir.