‹ RabelaisChapitre 13 sur 89 · ADOLESCENCE DE GARGANTUA · texte numérisé non relu

ADOLESCENCE DE GARGANTUA

retournait à ses moutons, tournoit les truies au foin (1). battoit le chien devant le lion, mettoit la charrette devant les bœuf z, se gratoit où ne luy demangeoit poinct, tirait les vers du nez, trop embrassoit et peu estraignoit, mangeoit son pain blanc le premier, ferroit les cigalles (2), se chatouilloit pour se faire rire, ruoit très bien en cuisine, faisoit gerbe de feurre (paille) aux dieux, faisoit chanter Magnificat à matines et le trouvoit bien à propos, mangeoit choux et chioit pourrée, cognoissoit mousches en laict, faisoit perdre les pieds aux mouches, ratissoit le papier (3) . chaffourroit le parchemin, guaignoit au pied (4), tiroit au chevrotin (5), comptoit sans son hoste, battoit les buissons sans prendre les oizillons, croyoit que nues fussent poêles d’airain, et que vessies fussent lanternes, tiroit d’un sac deux moustures, faisoit de l’asne pour avoir du bren, de son poing faisoit un maillet, prenoit les grues du premier sault, ne vouloit que maille à maille on fist les haubergeons (6), de cheval donné tousjours regardoit en la gueulle, saultoit du coq à l’asne, mettoit entre deux verdes une mure, faisoit de la terre le fossé, gardoit la lune des loups. Si les nues tomboient, esperoit prendre les alouettes toutes rousties; faisoit de nécessité vertu, faisoit de tel pain soupe, se soucioit aussi peu des raiz (rasés) comme des tonduz. Tous les matins escorchoit le renard. Les petits chiens de son père mangeoient en son escuelle, luy de mesmes mangeoit avec eux. Il leur mordoit les oreilles, ils luy graphinoient le nez; il leur souffloit au cul, ils luy leschoient les badigoinces (7).

Et sabez quey, hillots ? Que mau de pire vous bire ! ce petit paillard tousjours tastonnoit ses gouvernantes cen dessus dessous, cen devant derrière, harry bourriquet, et desja commençoit exercer sa braguette, laquelle un chascun jour ses gouvernantes ornoient de b&aux bouquets, de beaux rubans, de belles fleurs, de beaux floequars; et

(1) Détourner la conversation.

(2) Perdre son temps.

(3) Barbouiller.

(4) S’enfuir.

(5) Boire.

(6) Cotte de mailles.

(7) Lèvres.

prssoient leur temps à la faire revenir entre leurs mains, comme un magdaléon d’entrait (1). Puis s’esclaff oient de rire quand elle levoit les oreilles, comme si le jeu leur eut plu. L’une la nommait ma petite dille, l’aultre ma pine, l’aultre ma branche de corail, l’aultre mon bondon, mon bouchon, mon vilbrequin, mon possouer (2), ma tarière, ma pendilloche, mon rude ebat roide et bas, mon dressouoir, ma petite andoille vermeille, ma petite couille bredouille. « Elle est à moy, disoit l’une. — C’est la mienne, disoit l’aultre. — Mov, disoit l’aultre, n’y auray je rien? Par ma foy, je la couperay doncques. — Ha couper! disoit l’aultre, vous luy feriez mal, madame; coupez vous la chose aux enfans? Il seroit Monsieur sans queue. »

Et pour s’esbattre comme les petits enfans du pays, luy firent un beau virollet (3) des aisles d’un moulin à vent de Mirebalays.

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