‹ RabelaisChapitre 18 sur 89 · COMMENT IL EMPORTA SON DRAP · texte numérisé non relu

COMMENT IL EMPORTA SON DRAP

det, tu ne concluds poinct in modo et figura. Voilà de quoy servent les suppositions et par va îogicalia. Pannus pro quo supponit? — Confuse , dist Bandouille, et distributive. — Je ne te demande pas, dist Janotus, baudet, quomodo supponit , mais pro quo: c’est, baudet, pro tibiis meis. Et pour ce le porteray je egomet, sicut suppositum portât adpositum (1). » Ainsi l’emporta en tapinois, comme fit Patelin son drap. Le bon fut quand le tousseux, glorieusement, en plein acte de Sorbone, requist ses chausses et saulcissés. Car péremptoirement lui furent déniées, par autant qu’il les avoit eues de Gargantua, selon les information sus ce faictes. Il leur remonstra que ce avait esté de gratis , et de sa libéralité, par laquelle ils n’estoient mie absouds de leurs promesses. Ce nonobstant, lui fut respondu qu’il se contentast de raison, et que autre bribe n’en auroit. « Raison ? dist Janotus ; nous n’en usons poinct céans. Traistres malheureux, vous ne valez rien. La terre ne porte gens plus mechans que vous estes. Je le scay bien : ne clochez pas devant les boiteux. J’ay exercé la meschanceté avec vous. Par la rate Dieu, j’advertiray le roy des énormes abus qui sont forgés céans, et par vos mains et menées. Et que je sois ladre, s’il ne vous fait tous vifs brûler comme bougres, traistres, hérétiques et séducteurs, ennemis de Dieu et de vertu. »

A ces mots, prirent articles contre luy; luy, de l’autre costé, les fit adjourner. Somme, le procès fut retenu par la court, et y est encores. Les sorbonicoles, sur ce point, firent veu de ne soy descroter, maistre Janot avec ses adhérens fit veu de ne se mouscher, jusques à ce qu’en fust dict par arrest definitif.

Par ces veux, sont jusques à présent demourés et crotteux et morveux : car la court n’a encores bien grabelë toutes les pièces. L’arrest sera donné es prochaines calendes grecques, c’est à dire jamais. Car vous sçavez qu’ilz font plus que nature, et contre leurs articles propres. Les articles de Paris chantent que Dieu seul peut "faire choses

(1) ... Et la petite logique. Pour qui le drap est-il là ?... Distribuez. — ... Comment est-il... Comme le dessus porte le dessous. Mais pour qui... pourjnes jambes... je la porterai moi-même...

infinies. Nature rien ne faict immortel: car elle met fin et période à toutes choses par elle produictes, car omnia orta cadunt, etc.

Mais ces avaîleurs de frimars font les procès devant eux pendans, et infinis, et immortelz. Ce que faisans, ont donné lieu et vérifié le dict de Chilon Lacedemonien, consacré en Delphes, disant misere estre compaigne de procès, et gens plaidoyans misérables. Car plus tost ont fin de leur vie que de leur droict prétendu.

L’ESTUDE ET DIETTE DE GARGANTUA SELON LA DISCIPLINE DE SES PROFESSEURS SORBONAGRES

Avant de voir comment Gargantua étudiait avec ses nouveaux maistres, Rabelais va nous dire à quelle mauvaise éducation V avaient contraint les vieux « tousseux » d'autrefois. '

Ce faict, voulut de tout son sens estudier à la discrétion de Ponocrates. Mais iceluy, pour le commencement, ordonna qu’il feroit à sa maniéré accoustumée, afin d’entendre par quel moyen, en si long temps, ses antiques précepteurs l’avoient rendu tant fat, niays et ignorant. ^4 . Il dispensait donc son temps en telle façon que, ordinairement, il s’esveilloit. entre huit et neuf heures, fust jour ou non : ainsi l’avoient ordonné ses regens théologiques allegans ce que dit David : Vanum est vobis ante lucem surgere (1).

Puis se gambayoit, penadoit (2), et paillardoit parmy le lict quelque temps, pour mieulx esbaudir ses esprits animaux; et se habilloit selon la saison, mais volontiers portoit il une grande et longue robe de grosse frise, fourrée de renards; après se peignoit du peigne de Almain, c’estoit des quatre doigts et le poulce. C. Car ses précepteurs disoient que soy aultrement peigner, laver et nettoyer, estoit perdre temps en ce monde.

Puis fiantoit, pissoit, rendoit sa gorge, rotoit, petoit,

(1) C’est folle que de se lever avant le soleil.

(2) Piaffer.

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