SUB BABEL AI S
▼Il
entendre dire des sottises et des ridiculités semblables à celles dont il s'est servi dans ses ouvrages ». Le savant se doublait de V observateur.
Dans tout cela, il n'était 'pas redevenu moine ainsi qu'il s'y était engagé envers le pape — bien plus nous savons par une poésie latine qu'à Lyon il avait eu un enfant qui ne vécut pas. Aussi adresse-t-il une nouvelle supplique, car, l'abbaye de Saint-Maur-des-F ossés dont son protecteur et ami du Bellay était abbé et où il désirait entrer ayant été érigée en collégiale, il allait se trouver chanoine et non moine. Rabelais voulait éviter toute contestation à ce sujet .
En 1539, il passe au service de Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, frère de Jean du Bellay et vice-roi du Piémont. Rabelais part donc pour Turin . Il en revient en 1543, accompagnant le seigneur de Langey, de retour en France: mais ce dernier, épuisé par ses campagnes, meurt en route, à demi ruiné par les achats de blé qu'il a faits de sa poche pour le Piémont affamé.
TJn an avant, en 1542, lors d'une réimpression de Gargantua et du premier livre de Pantagruel, il s'était cru obligé d'expurger ses livres. Les persécutions, résultats de la querelle de l'Eglise et de la Réforme, commençaient alors, François PT allait se jeter à corps perdu dans le catholicisme.
Quelle ne sera pas la colère de Rabelais contre Dolet quand ce dernier réédita, en 1545, l'édition princeps.
Mais Rabelais, en homme avisé, redoutant le sort de Dolet, et repoussant la fuite comme Clément Marot, hardiment va se mettre sous la protection royale. Il obtient de François PT un privilège pour son Tiers Livre, qu'il donne en 1546, malgré les colères de la Sorbonne ; l'année suivante, à Grenoble, paraissent les premiers chapitres du Quart Livre.
Nous retrouvons Rabelais à Metz. A quelle date exactement? En 1546, d'après les hypothèses les plus vraisemblables, un an avant l'avènement au trône de Henri 11. Ainsi ce n'est pas lorsque le roi qui l'avait protégé fut mort >(1547), et lorsque les du Bellay virent leur étoile politique pâlir devant celle des Guises, que Rabelais s'enfuit à Metz. Il quitta la ville, où il était médecin stipendié et
NOTICE
revint à Paris en 1547 alors que François Zer venait de mourir. Il ne fit qu'y passer et partit encore une fois pour Borne. Il y rejoignit le cardinal du Bellay qui , cherchant à rentrer en grâce , donna une fête splendide en l'honneur de la naissance de Louis d' Orléans , fils de Henri 11. Rabelais nous en a laissé un compte rendu dans la Sciomachie, relation qui fut envoyée au duc de Guise.
Pendant son absence , ses ennemis agissaient . Un moine de F ontevrault, Gabriel de Puits-H erbaut, le dénonça à la vindicte catholique. Rabelais y est représenté comme un ivrogne r « Tous les jours , dit-on , il ne fait que boire et manger comme un glouton , il vit à la grecque... c'est un homme impie et un railleur tyrannique. » Calomnie qui a fait son chemin. Déjà, en 1550, Calvin l'accusait de profaner V Evangile. Il faut reconnaître néanmoins que ces attaques restèrent alors vaines. Non seulement Rabelais ne craignit pas de rentrer en France, mais de plus il obtint un privilège royal pour le Quart Livre, qu'il dédia au cardinal Odet de Châtillon, et fut nommé à la cure de Meudon, terre et château que les Guise venaient d'acheter. Il y rencontra Ronsard, et, suivant un contemporain, de suite « ils se picotèrent ».
Il est probable qu'il n'exerça pas , se contentant de toucher les revenus; bientôt même il résigna sa cure.
Le Quart Livre plus osé que les trois autres allait paraître et, suivant M. Moland, une résiliation de son bénéfice lui fut imposée ou même conseillée par ses protecteurs.
En effet , le livre paru, la publication en fut suspendue par un arrêt du Parlement (1552), arrêt qui fut levé bientôt par Henri II revenant de la prise de Metz.
Peu après, Rabelais meurt, suivant les conjectures les plus probables, à Paris, sur la paroisse Saint-Paul, dans le cimetière de laquelle il fut enterré (1553).
Le Cinquième Livre fut édité partiellement neuf ans après sa mort et intégralement onze ans plus tard.
C'est une grosse question que celle de V authenticité du cinquième livre. Les uns, se basant sur ce qu'il y est fait mention d'un ouvrage de Scaliger, postérieur a la mort de Rabelais, et que le livre accuse des tendances calvinistes , alors que l'écrivain était en lutte avec elles, supposent un
faussaire qui aurait su s'approprier la façon d'écrire de Rabelais.
En effet , il y a de la lourdeur dans ce cinquième livre , et la plaisanterie y est dure et amère. A cela on peut objecter qu'il serait l'œuvre de Rabelais déjà âgé (soixante-trois ans environ). Outre que la phrase est embarrassée , souvent on a remarqué aussi que le caractère des personnages est faussé: frère Jean devient extatique et Pantagruel toujours si chaste , apparaît ivrogne et obscène. Mais il faut bien reconnaître qu'il y a de nombreuses parties grasses qui sont bien de Rabelais et auxquelles les rabelaisiens ne se trompent pas. Puis , qui aurait pu, meme dans l'état ou nous possédons le cinquième livre, s'identifier à ce point avec un écrivain aussi original , aussi personnel que Rabelais? Quel auteur, au xvi8 siècle, meme parmi les meilleurs, aurait pu le suivre... meme de loin?
Aussi nombre de critiques pensent-ils qu'il mourut, laissant le dernier livre inachevé , livre qui fut alors complété, retouché par une main étrangère.
Charles Simond.