‹ RabelaisChapitre 78 sur 89 · COMMENT LA QUINTE ESSENCE GUARISSOIT LES MALADES · texte numérisé non relu

COMMENT LA QUINTE ESSENCE GUARISSOIT LES MALADES

tre chanson, et gens debout. Puis les aveugles, les sourds, les muets, les gens apoplectiques de mesme. Ce que nous espouvanta, non à tort, et tombasmes en terre, nous prosternans comme gens ecstatiques et ravis en contemplation excessive et admiration des vertus qu’avions veu procéder de la dame, et ne fut en nostre pouvoir aucun mot dire .

Depuis, par son commandement, visitasmes le palais, et vismes choses tant nouvelles, admirables et estranges, qu’y pensant suis encores tout ravy en mon esprit. Rien toutesfois plus, par admiration, ne subvertit nos sens que l’exercice des gentilshommes de sa maison, abstracteurs, parazons, nedibins, spodizateurs et aultres, lesquels nous dirent franchement, sans dissimulation, que la dame royne fais’oit tout impossible, et guarissoit les incurables seulement : eux, ses officiers, faisoient et guarissoient le reste.

Là, je vis une jeune Parazon guarir les verolés, je dis de la bien fine, comme vous diriez de Rouen, seulement leur touchant le vertebre dentiforme d’un morceau de sabot par trois fois.

Un autre je vis hydropiques parfaitement guarir, timpanistes, ascites et hyposargues (1), leur frappant par neuf fois sus le ventre d’une besagüe Tenedie, sans solution de continuité.

Un guarissoit de toutes fiebvres sus l’heure, seulement à la ceinture des quarterains sus le costé gauche attachant une queue de renard.

Un, du mal des dents, seulement lavant, par trois fois, la racine de la dent affligée avec du vinaigre suzat, et au soleil par demie heure la laissant desseicher

Un autre, toute espece de goutte, fust chaulde, fust froide, fust pareillement naturelle, fust accidentale : seulement faisant es goutteux clorre la bouche et ouvrir les yeux.

Un autre je vis qui, en peu d’heures, guarit neuf bons gentilshommes du mal sainct François, les estant de toutes debtes, et à chascun d’eux mettant une corde au col, à laquelle pendoit une bourse pleine de dix mille escus au soleil.

(1) Hydropiques.

Un autre, par engin mirifique, jettoit les maisons par les fenestres : ainsi restoient emundées d’air pestilent.

Un autre guarissoit toutes les trois maniérés d’hetiques, atrophes, émaciés, sans bains, sans laict Tabian, sans dropace, pication, n’autre médicament : seulement les rendant moines par trois mois. Et nous affermoit que, si en l’estât monachal ils n’engressoient, ne par art, ne par nature, jamais n’engraisseroient.

Un autre vis accompagné de femmes en grand nombre, par deux bandes. L’une estoit de jeunes fillettes saffrettes, tendrettes, blondelettes, gracieuses, et de bonne volonté, ce me sembloit. L’autre, de vieilles ed entées, chassieuses, ridées, bazanées, cadavéreuses. Là, fut dit à Pantagruel qu’il refondoit les vieilles, les faisant ainsi rajeunir, et telles, par son art, devenir qu’estoient les fillettes là présentes, lesquelles il avoit cestuy jour refondues, et entièrement remises en pareille beauté, forme, elegance, grandeur et composition des membres, comme estoient en l’aage de quinze à seize ans, excepté seulement les talons, lesquels leur restoient trop plus courts que n’ estoient en leur première jeunesse.

Cela estoit la cause pourquoy elles, dorénavant, à toutes rencontres d’hommes, seront moult sub jettes et faciles à tomber à la renverse. La bande des vieilles attendoit l’autre fournée en très grande dévotion, et l’importunoient en toute instance, alleguans que chose est en nature intolérable quand beauté faut à cul de bonne volonté. Et avoit en son art pratique continuelle, et guain plus que médiocre. Pantagruel interroguoit, si par fonte pareillement faisoit les hommes vieux rajeunir : respondu luy fut que non.

COMMENT LES OFFICIERS DE LA QUINTE DIVERSEMENT S’EXERCENT ET COMMENT LA DAME NOUS RETINT EN ESTAT D’ABSTRACTEURS

Encore une 'parodie de ces questions oiseuses à la solution desquelles la scolastique passait son temps.

Je vis, après, grand nombre de ces officiers susdits, lesquels blanchissoient les Æthiopiens en peu d’heures, du fond d’un panier leur frottant seulement le ventre.

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