M ON DE VILLE
Qu'on n'aille pas induire de ces dernières lignes à une erreur anatomique de ma part. Le pharynx a été longtemps confondu avec l'œsophage sous le terme générique de giila.
En résumé, le pharynx (en grec cpapuy^, arriére-bouche) est une espèce de vestibule membraneux commun aux voies digestives et aux voies respiratoires, situé entre la cavité buccale et la cavité nasale, d'une part, et l'œsophage et le larynx, d'autre part. Il a la forme d'une demi-gouttière ouverte en avant. Il est constitué par une membrane muqueuse, une membrane fibreuse, des muscles intriqués, prodigieusement multipliés par Sautorini, rayonnant dans divers sens, et par un tissu cellulaire filamenteux, très lâche, qui n'est jamais graisseux, jamais infiltré de sérosité.
C'est à sa structure si compliquée que le pharynx a dû, sans doute, d'être comparé par les anatomistes du moyen âge à un panicle, un peloton d'estouppes^ etc.
De ce que l'auteur de Gargantua s'est servi dans sa litanie anatomique du mot gaviet pour désigner les parties situées immédiatement en arrière des piliers du voile du palais, il ne s'ensuit pas qu'il ait ignoré les noms de ces parties.
La description fantastique de la bouche et de la gorge de Pantagruel et une remarque de Bacbuc (i) (l. V, ch. XLii) aux voyageurs qui lui rendent visite sont très instructives à cet égard.
« Je cheminois dans la bouche de Pantagruel — raconte le spirituel écrivain, — comme l'on faict en Sophie (2) à Constantinople, ety vid de grands rochers, comme les monts des Dannois, je croi que c'estoient ses dents de fortes
(1) Mot hébreux qui signifie bouteille^ on y trouve une onomatopée»
(2) Sainte-Sophie.
et grosses villes, non moins grands que Lyon" ou Poicticrs, Aspharage (i), entre autres. Je délibérai d'y aller et la trouvai belle, bien forte, et en bel aer, mais à l'entrée les portiers me demandarent mon bulletin (2), de quoy je fus fort csbahi, et leur demandai : « Messieurs, y ha il ici dangier de peste? — 0 Seigneur, dirent-ils, l'on se meurt ici auprès (3) tant (4) que le charriot (5) court par les rues. — Vray Dieu, dis-je, et où? » A quoi ils me dire que c'estoient en Laringues et Pharingues (6).
« Ha, dist Bacbuc, voilà que c'est non considérer en soy, ne (7) entendre les mouvements que faictla langue musculeuse (8), lorsque le boire dessus coule pour descendre non ès (9) poulmons par l'artère inéguale (10) comme a esté l'opinion du bon Platon, Plutarque, Macrobe et aultres, mais en l'estomach par l'œsophage. »
(1) Aspharage, le gosier, o^âpayoç; en attique aoipapa-yo?, gargouillements.
(2) Ce bulletin s'appelle aujourd'hui patente : patente brute, patente suspecte, patente nette, suivant que les médecins de nos lazarets affirment, soupçonnent ou nient l'existence d'une maladie contagieuse chez les gens qu'ils sont chargés de visiter. « Falloit que les soldats fussent visités par les médecins pour voir s'ils estoient malades et qu'ils eussent toujours sur eux leur patente pour faire foy, signée de son capitaine et de son médecin. )) (Brantôme, Rodomonlades espagnoles.)
(3) Ici près.
(4) Tellement, dans de telles proportions.
(5) Pendant les grandes épidémies on débarrassait, jadis, les maisons des cadavres en entassant ceux-ci, hâtivement et pêle-mêle, dans des voitures qui circulaient à travers les rues.
(6) Dans le pharynx et le larynx.
(7) Ni.
(8) Galien {Liu. des alim. de bon. et mécli. suce, ch. iv), Kio\nn(Anlhropographia,\. IV, ch. xviii), Arantius, etc., ont soutenu que la langue était une glande.- Jul. Casserius Placent, au Liv. de l'organe du goûl, ch. v, a appelé la langue « non pas à la vérité un muscle, mais une partie musculeuse 'u Ce n'est donc pas sans raison que Rabelais a parlé incidemment ici des mouvements de la langue et de sa musculature.
(9) Dans les poumons.
(10) La trachée-artère. CV^oy. Appareil respiratoircj Uaspre arlère, comme un gouel.) Hippocrate la nomme : la Vectrice des boissons.
RABEI.AIS ANATOMISTE
L'estomach, comme un bauldrier.
L'estomac est la portion du tube cligestil' qui luit suite à l'œsophage. C'est une vaste poche membraneuse, logée dans la partie supérieure du ventre, au-dessous du diaphragme et du l'oie. « L'axe ou le grand diamètre de l'estomac est, observe Sappey (i), oblique de haut en bas, de gauche à droite et d'avant en arrière. Mais cette obliquité est peu prononcée, et l'on peut dire d'une' manière générale que la direction prédominante de cet organe est à la fois transversale et horizontale. »
L'eslomach, comme un bauldrier.
Bauldrier, bourse de cuir plate, en forme d'écharpe, qui se portait enroulée autour de la taille. Les habitants de nos campagnes usent encore d'une bourse analogue.
Bien faschés d'avoir si mal employés l'argent de leur bauldrier. (Brantôme, ch. i, t. IV, p. 3i5.)
Pendant le débat entre les fouaciers de Lerné et ceux du pays de Gargantua, Marquet appela Forgier en lui promettant des fouaces.
« Lors Forgier en toute simplesse (2) approcha, tirant
(1) Sappky, Tvailé iVanalomie descriptive, t. III, p. 96; Paris, 1857-1864. C'est aussi l'opinion de MM. Reynier, Souligoux, etc. (Voy. Bull, de la Soc. anal, de Pari.f, 1891, p. 709.)
(2) En toute simplicité, en toute confiance.
ANATOMIE DESCRIPTIVE ll3
un unzein (i) de son bauldrier, pensant que Marquct lui deut dépescher (2) de ses fouaces ; mais il lui bailla de son fouet si rudement à travers les jambes, que les nods (3) y apparaissoient. »
« Frère, dit un des chicanous à Trudon, je te donnerai unes belles, grandes, vieilles lettres royaulx que j'ai ici en mon bauldrier. » (L. IV, ch. xv.)
L'estomac occupe la même situation, a la même direction que le bauldrier. Il en a presque la configuration et les dimensions chez un homme comme Quaresmeprenant, émacié par des jeûnes prolongés et répétés. Sur sa face antérieure, on distingue une bande musculaire très accusée, dite cravate de Suisse, qui rappelle le bord inférieur saillant de la valve qui ferme le bauldrier en avant.
Dans le chapitre xliii du livre IV, Rabelais a comparé aussi, comme on le fait aujourd'hui, l'estomac à une cornemuse.
Le pylore, comme une fourche fière.
Lé pylore (portier, du grec toXy), porte, et ojpeuw, je garde) est l'orifice qui fait communiquer l'estomac avec l'intestin. Cet orifice est garni d'une valvule qui ressemble tantôt au diaphragme d'un instrument d'optique (4), tantôt, mais plus rarement, à un croissant à concavité supérieure (5).
(1) Le grand blanc, onze deniers, du latin iindecim, dix plus un.
(2) Dût s'empresser de lui donner.
(3) Les nœuds, du latin nocliis. La peau cinglée par un coup de l'ouet devient le siège d'une extravasation sanguine, appelée ecchymose. Dans les points atteints par les nœuds de la corde du l'ouet apparaissent des taches d'un bleu ardoise, « des bleues » et parfois même des nodosités.
(4) Sans en avoir cependant la parfaite régularité.
(5) Sur dix estomacs que j'ai ouverts pour vérifier si la comparaison de Rabelais était exacte, j'ai vu six fois la valvule pylorique avoir la
orme du diaphragme d'un instrument d'optique, trois fois, d'un croissant
La valvule pylorique paraît avoir pour usage d'apprécier le moment où les aliments sont assez modifiés dans leur consistance et leur composition chimique pour pouvoir Dasser de l'estomac dans l'intestin.
Le pylore, comme une fourche- ftère.
Foiirclie-fière, fourche-ferrée — ou iiérée, comme on disait autrefois, — à deux ou trois dents. Le mot fier vient par corruption du mot ferré. Les poètes burlesques appellent le trident de Neptune une fourche-fière. Dans les anciennes gravures, Neptune et Pluton sont représentés tenant à la main, le premier, une fourche-fière à trois dents, le second, une fourche-fière à deux dents.
La fourche, qui n'est plus qu'un outil d'agriculture, a été une arme de guerre {militarij fork en anglais, shirmgabel
dont la partie moyenne était plus ou moins échahci'ée et regardait eil haut; une fois, d'une cloison semij-onde dont le bord supérieur hori* zontal correspondait au diamètre transverse de l'intestin. La comparaison de Rabelais ne s'applique donc pas à tous les cas. N'en soyotls pas surpris. L'auteur de Garganlua n'a pas eu à sa disposition assez de cadavres pour se rendre compte des variations qu'offrent les divers systèmes organiques.
ANATOMIE DESCRIPTIVE ll5
en allemand) qui a commencé à apparaître vers la lin du xv^ siècle. On trouve h l'arsenal de Genève des l'ourches d'échelles d'escalades prises aux Savoisiens en 1602. La fourche de guerre est aussi mentionnée dans les récits du siège de Mons (1G91), où les grenadiers de l'ancien régiment Dauphin, commandés par Vauban, emportèrent d'assaut un ouvrage fortifié et saisirent les fourches des Autrichiens. C'est même depuis cet acte de bravoure que les sero-ents de ces grenadiers ont eu le droit de porter une fourche à la place de la hallebarde. Dans la collection Az, à Lintz, figure une fourche de guerre trident du xvii^ siècle.
Une aquarelle de Glockenthon, exécutée en i5o5 d'après nature (Arsenaux de Maximilien P'), donne une idée exacte de ce qu'était à cette date la fourche d'échelle allemande. L'oncle d'un de mes camarades d'internat à'^Tours et à Paris, M. Viollet, pharmacien, a eu en sa possession une vieille eau-forte où l'arme en question a la forme d'un croissant très échancré. Une fourche de guerre analogue, mais plus étroite, est dessinée dans un incunable du cabinet des estampes de Munich (1).
Sur le point d'être assiégés par Philippe de Macédoine, les Corinthiens « aiguisoient vouges, piques, rançons (2), hallebardes, hanicroches (3)... fourches-fières, etc. » (Prologue du 1. IIL)
Les boyaulx, comme un traraalL
Tramail, filet de pêche à trois nappes superposées dont la corde du pourtour, plus volumineuse que les autres, est garnie de flotteurs ou de poids de fond.
(1) A. Demmin, Guide des amaleurs d'armes el d'armures anciennes; Paris, 1869, pp. et 474-
(2) Arme dont le fer plat se terminait en pointe et était garni à la base de deux crochets recourbés qui lui donnaient la ligure d'une fleur de lis.
(3) Arme dont le fer était recourbé en crochet ; d'où, au llguré, anicroclw ou hanicroche pour accroc;
U6 RABELAIS ANATOMISTK
Les boyaiilx, les inlesLins qui s'étendenl du pylore à l'anus, ont été divisés, en raison de leur calibre diiïôrent, en intestin grêle ou petit intestin et en gros intestin. Le gros intestin est pourvu d'appendices graisseux et décrit dans l'abdomen un cercle presque complet qui circonscrit lu masse de l'intestin grêle (i).
Les boijaulx, comme un liumail.
Les boyaux d'un homme mourant de faim, étant revenus sur eux-mêmes, réduits parfois même à un cylindre plein de la grosseur du pouce ou du petit doigt (Cruveilhier), il y a une différence moins sensible chez lui que chez un autre entre le paquet intestinal et un paquet de cordes.
Tels devaient être les intestins de Quaresmeprenant qui vivait de privations.
La rétraction du tube digestif sur luiymôme chez les gens qui ont été soumis à un long jeûne, et sa dilatation chez les gros mangeurs étaient, qu'on n'en doute pas, parfai-
(i) Les anses du petit intestin correspondent aux cordelettes superposées attachées à la corde périphérique plus grosse du tramail massé, mouillé et reposant sur le sol, et le gros intestin et ses appendices graisseux (franges épiploïques), à cette corde périphérique munie de ses flotteurs ou de ses poids de fond.
tement connues de Maître François. Panurge, qui, en abordant pour la première fois Pantagruel l'a imploré en ces termes : « Excellent maître, pourquoi ne me donnez-vous pas de pain? car vous me voyez périr misérablement de faim (i) », s'écrie plus tard ne manquant de rien: « Il m'est advis que le boyau m'eslargit. Je l'avois nagaires bien serré et constipé (2). »
L'intestin jeun, comme un daviet.
Le petit intestin se compose de trois parties:
Le duodénum, ainsi appelé parce qu'il a douze travers
de doigt (du grec So^Sexa, douze, et ScJxxuXo;, doigt). C'est la
première.
Le jéjunum, Vinleslin jeun, ainsi appelé parce qu'on le trouve ordinairement vide sur le cadavre. C'est la seconde.
L'iléon, ainsi appelé à cause de sa disposition entortillée (ÏXeiv, tourner, entortiller), ou parce qu'il occupe le voisinage des os iliaques. C'est la troisième.
L'intestin jeun ou jéjunum se continue sans ligne de démarcation précise avec l'iléon, de sorte que le plus grand nombre des anatomistes contemporains les décrivent ensemble. Cela est d'autant plus logique que ces deux parties de l'intestin grêle ont la même structure, le même rôle physiologique et sont aussi flexueuses l'une que l'autre.
Les replis que forment le jéjunum et l'iléon ont reçu le nom de circonvolutions: chacune de ces circonvolutions peut être comparée à une anse concave en dedans, convexe
(1) Eii grec clans le texte. (L. II, ch. ix.)
(2) L. III, ch. XXXVIII. Voici ce que dit dans ses Mémoires Saint-Simon de laulopsie de Louis XIV : « On lui trouva la capacité de restomac et des intestins double au moins des hommes de sa taille; ce qui est fort extraordinaire, et ce qui était cause qu'il était si grand mangeur. » Mais non, c'est parce qu'il était grand mangeur que Louis XIV avait le tube digestif si large. L'excès de nourriture est la cause principale de la dilatation de l'estomac, maladie si commune actuellement.
du côté des parois abdominales, représenlanL un cercle à peu près complet, ou plus exactement une moitié de huit de chiffres.
Daviel, instrument dont on se sert pour arracher les dents. D'après Le Duchat, le mot davier dérive du mot allemand îaiibe, pigeon, parce que la pince de cet instrument est faite comme le bec d'un pigeon. Il y a des daviers de différentes formes, et parmi eux il en est quelques-uns dont la courbure de la pince égale celle des anses intestinales (i).
L'intestin borgne, comme un plastron.
En raison des différences de calibre, de rapports, de structure, etc., qu'il présente dans son long trajet, le gros intestin a été divisé en cxciim, en côlon, subdivisé luimôme en plusieurs portions, et en rectum. Depuis la fin de l'iléon jusqu'à l'origine du rectum, les parois du gros intestin offrent une série de bosselures et de sillons qui lui donnent quelque ressemblance avec l'appareil chiiniq"ue consistant en une longue série d'aludelles.
Le csecum ou intestin borgne (2), qui fait suite à l'iléon, est un vaste cul-de-sac, — d'où les noms sous lesquels il estdésio-né, — situé immédiatement au-dessus de l'os de la hanche du côté droit. Il est pourvu à sa partie postéro-inférieure d'un appendice, l'appendice csecal, appelé aussi vermiculaire parce qu'on l'a comparé à un ver lombric.
On lit dans Ambroise Paré (3) : « 11 semble admis que par l'intestin cœcum Galien ait entendu ceste apophyse
(1) En admettant que Maître François ail entendu désigner ici le davier qui sert à crocheter les serrures, la comiiaraison serait encore exacte, puisque le davier des serruriers ressemble au davier des dentistes. Panurge avait « un daviet, un pélican, un crocliet et quelques aultrcs ferrcmenis, dont il n'y avoit porte, ni coffre qu'il ne croclietast ». (L. Il, ch. xvi.)
(2) Du latin cœcus, aveugle.
(3) Ambroise Paré, loc. cil. siiprà, p. 110.
longue et estroite (i)-, et de l'aictle commun des anatomistes Ten'tend ainsi ; mais Vesalius a bon droit aurait en cela rcprins (2) Galien : pourquoi Sylvius l'excusant veut que par le cœcum nous entendions le commencement du colon. » Maître François — sa comparaison le prouve — a été justement de l'avis de Vésale.
L'intestin borgne, comme un plastron.
Plastron, pansière. Habillement d'acier de la partie du corps comprise entre les mamelles et la ceinture. C'est le devant de ce que nous appelons aujourd'hui très improprement la cuirasse.
« Les Corinthiens, par les espions advertis que contre eulx Phihppe, roy de Macédoine, venoit en grand arroi (3), touts furent non à tort espouventés, et ne furent négligents soi soignement mettre chascun en office (4) et debvoir. Les uns polissoient corselets, vernissoient hallecrets (5), nettoyoient bardes (6), chanfreins.... hoguines (7), plastrons, etc. w (Prologue du livre III.)
(1) L'appendice cœcal.
(2) Repris.
(3) Ordre de bataille, train, équipage; du latin arriçjere, dresser.
(4) Même sens que devoir.
(5) Halecret et aussi halcret, corselet de fer battu.
(6) Armure qui couvrait le poitrail et la croupe du cheval.
(7) Cuissards, jambards.
Un des archers d'Alexandre avait des flèches dont le fer était « tant grand et poisant (i) qu'il en persoit brancs d'acier (2), boucliers espais, plastrons » (3).
L'ampoule caecale, brillante, d'un blanc bleuâtre avec des reflets métalliques, fixée dans la fosse iliaque, et dont on ne distingue pas généralement la face postérieure ni l'appendice vermiculaire, a d'autant plus d'analogie avec la pansière que celle-ci a été constituée pendant longtemps par des lames d'acier bombées, superposées, pouvant se mouvoir les unes sur les autres suivant les inflexions du torse. Telle était la pansière que portaient en i5i5 les arquebusiers des bandes suisses au service delà France (4), celle du chevalier Adam Gall, mort en 1674, et qui est conservée à l'Arsenal Impérial de Vienne, celle, qui a appartenu au duc d'Albe (i5o8-i582), le bourreau des Pays-Bas (collection d'Ambras, à Vienne), etc.
Le côlon, comme une brinde.
Le côlon (>iw>>ov, de xwXuw, je retarde), ainsi dénommé parce que les matières excrémentitielles y cheminent lentement, forme presque la totalité du gros intestin. Il est bosselé comme le caecum qu'il continue, mais il est beaucoup moins volumineux.
C'est le côlon qui est le siège de cette maladie si douloureuse, accompagnée d'un développement considérable de gaz, qu'on appelle entéralgie ou colique nerveuse.
« Toute maladie naist et procède de ventosité, comme
(1) Piquant, perçant, du latin piingere.
(2) Villon, dans son testament, a légué son épée branc d"acier ou braquemart, selon la note de Marot, à un certain Jehan le Cornu. Dans le glossaire de L. Barré, on lit: « Branc d'acier, lourde épée à un seul tranchant. » De l'allemand brand, feu.
(3) L. IV, ch. xxxiv.
(4) Voy. E. Fieffée, Histoire des froiipes élrangères au service de la Fronce; Paris, 18.54, P- 5o.
déduict Ilippocrates [Lib. de Flalibns) (i). Mais la plus (^pidémiale est la colique venteuse. Pour y remédier les habitants de l'isle de Ruach (2) usent de ventôses (3) amples, Jt y rendent force ventosités. » (L. IV, ch. xliii.)
Brinde, vase à boire dont on se servait autrefois pour porterdes toasts. On ditencoreu être dans les brindes .),pour être ivre ; « porter une brinde », pour boire k la santé de quelqu'un. Selon Ménage et Darmesteter, ce mot vient du flamand Ik breng't it.
La poupe du neuvième navire de la flotte de Pantagruel « pour divise (4) avoit une brinde de fin or obrysé (5) ». J'ignore quelle était la forme de la brinde. Ce que je sais, c'est que parmi les trois coupes que Viollet-Le-Duc affirme, dans son Dictionnaire raisonné du mobilier français, avoir été principalement employées au moyen âge, il en est une qui était cylindrique et bosselée comme le côlon.
Le boyau c..., comme un bourrabaquin monachal.
Le boyau c..., le rectum, la dernière partie du gros intestin. Ses parois sont lisses, et son orifice inférieur — fermé par un anneau musculaire, le sphincter de l'anus, dont Rabelais a indiqué le mode de fonctionnement (Voy. Physiologie des Muscles) — présente à 3 centimètres au-dessus de l'anus une dilatation considérable dite ampoule rectale. Il a une direction à peu près rectiligne, d'où le nom de rectum sous lequel il est désigné.
(1) HiPPOCRATE, Livre des Venls.
(2) Mot hébreu qui signifie vent, souffle. Les îles Lofloden, suivant M. Ducrot. En vieux celtique, Loffoden est composé de deux mots : loff, qui veut dire vent, flatuosité du ventre ; et oden, route, ensemble, route des vents. En bas breton actuel, loff et oden signifient encore la même chose. (Ducrot, loc. cil. supvà, p'. 18.) « Loff est un trope, a écrit d'autre part Jal (Arch. nav., p. 179) ; c'est le côté d'où vient le vent, pour le vent lui-même. »
(3) Ventouses, du latin venlosus, plein de vent; dans la basse latinité on dit venlosœ.
(4) Devise.
(5) Afïîné, épuré par le feu, du grec o6puÇov.
Boiirrabaquin monachal, Ilacon de moino, flacon de cuir très allongé. Bourrabaquin est un diminutir de bourrac, outre. On disait aussi bourraquin (i). (Lacombe.)
Panurge souhaite aux frères mendiants « d'avoir sempiternellement double pitance et que le grand bourrabaquin, plein du milieu, trotte de ranco (2) par leurs tables ».
Le boyau c..., comme un bourrabaquin monachal.
Une des trois coupes que Viollet-Le-Duc assure qu'on fabriquait principalement au moyen âge ressemble à un long cornet. Les vases à boire du xvi^ et du xvii^ siècle, d'origine française, représentés dans l'important ouvrage de Garnier [Histoire de la verrerie et de V émaillerie ; Tours, mlxxxvi) sont cylindro-coniques. Parmi eux, il en est même un qu'on croirait vraiment avoir servi de modèle à l'artiste qui a dessiné le rectum figurant dans la section transversale du bassin, dont on voit la reproduction dans le Traité d'ana-
(1) D'après Le Duchat, Esmangart et Johanneau, bourraquin vient de l'espagnol boiracha, qui signifie flacon de cuir. (Voy. Ménage au mol bourrique.)
(2) A la ronde. (L. III, ch. xxm.)
tomie descriptive, de Gi-uveilliier et de Marc Séc édit., t. II, p. 1G9; Paris, i8G5).
Le rectum, de môme que les autres portions de l'intestin, se compose d'un certain nombre de membranes dont la plus interne, la muqueuse, se décolle facilement (i). C'est ce qui est arrivé à Gargamelle, sur le point d'accoucher, à « laquelle le fondement escapoit(2) une après-dinée, le troisiesme jour de febvrier, par trop avoir mangé de gaudebillaux (3). Gaudebillaux sont grasses tripes de coiraux. Coi-
(1) Le décollement de la muqueuse rectale constitue la maladie appelée en chirurgie: chute du rectum. Il peut être causé, comme chez Gargamelle pa "des efforts répétés et violents de défécation, après 1 absorption exagérée d'une nourriture lourde ou rafraîchissante. On se purge encore en Touraineavec du bouillon dans lequel on a fait cuire des issues (têtes, pieds, tripes, etc.) de bêtes à cornes.
« En traversant le gué de Vede, le cheval d'Eudemon enfonça e pied droict jusques au genoil dedans la panse d'un villain qui estoit là noye, et ne le povoit tirer hors : ainsi demeuroit empestré, jusquà ce que Gargantua, du bout de son baston, enfondra le reste des tripes du villa.n en reau, ce pendent que le cheval levoit le pied. Et, qui est chose merveilleuse en hippiatrie, fust ledict cheval guari d'un surot qu'il avoit en cellui pied >. (L I ch XXXVI ) Le surot est une tumeur dure située sur la partie latérale de la jambe du cheval et qui dépend du canon. « Rabelais, observe M le F. Brémond, en faisant ainsi guérir le cheval d hudemon a songé sans doute aux bains de tripes très employés de son temps. On s'en sert encore aujourd'hui, quoique rarement. Le bain de tripes a trouvé, il y a quelques années, un défenseur convaincu dans le chimiste populaire, Raspail. » (D-' F. Brémond, /oc. cil. supvà, note 112 ) Le bouillon de tripes, qu'on peut considérer comme une dissolution de gélatine mêlée de quelques matières grasses, est émollient
(2) Échappait, sortait; scappare en italien, escapar en espagnol et échapper en français ont le même sens.
(3) « Nonobstant les remonstrances » de son mari, « le bon homme Grandgousier », qui lui avoit observé « qu'elle approchoit de son terme et que cette tripaille n'estoit viande moult louable », elle en avait mangé .< seze muids, deux bussarts (482 pintes) et six tupins (potées). » (Ch. iv, 1. I.)
Louable en médecine signifie bien formé, complètement développé, de la qualité requise, et se dit sur tout du pus. C'est seulement quand le pus est louable qu'on ouvre un abcès. « En jugeant un procès crud, verd et au commencement, dangier seroit, déclare le juge Bridoye, de l'inconvénient que disent les médicins advenir quand on perse un apostême avant qu'il soit meur, quand on purge du corps humain quelque humeur nuisant, avant sa concoction. » (L. III, ch. xl.)
raiix sont bœufs engraissés à la crècho et prés guimaulx. Prés guimaulx sont qui portent herbe deux fois l'an. »
Dans le chapitre vi du livre I, Rabelais est revenu sur le môme sujet et en a profité pour indiquer la direction rectiligne de la dernière partie du gros intestin. « Peu de temps après, elle commença à souspirer, lamenter et crier. Soubdain vinrent à tas sages femmes de touts costés. Et la tastants, par le bas, trouvarent quelques pellauderies (i), assez de mauvais goust, et pensoient que ce fust l'enfant (2) ; mais c'estoit le fondement qui luy escapoit, à la moUification du droict inslestin (lequel vous appelez le boyau c...), par trop avoir mangé des tripes, comme avons déclairé cydessus. »