‹ Rabelais [electronic resource]Chapitre 24 sur 35 · APPAREIL GÉNITAL · texte numérisé non relu

APPAREIL GÉNITAL

Quaresmeprenant avoit :

Le perinaeum, comme un flageolet.

Le membre, comme une pantophle.

Lesc..., comme une guedoufle.

La penillière, comme une dariole.

Les vases spermatiques, comme un gasteau feuilleté.

Les parastates, comme un pot à plume.

Les génitoires, comme un rabbot.

La géniture, comme un cent de clous à latte. Et me contoit sa nourrice, qu'il, estant marié avec la Miquaresme, engendra seulement nombre de adverbes locaulx, et certains jeusnes doubles.

Le perineeum, comme un flageolet.

Le perinœam, le périnée. On définissait autrefois le périnée la région comprise entre la racine du pénis et l'anus; on la nomme aujourd'hui régiôn périnéale antérieure.

« Les gryphes d'un chat de mars (i) exulcérarent (2) tout le périnée (3) » de Gargantua.

Comme un flageolet, c'est-à-dire comme un instrument à vent, comme une flûte de Pan (syrinx). On sait que cette flûte est composée d'un certain nombre de tuyaux (roseaux) de différentes longueurs, assemblés les uns à côté des autres, et sur l'ouverture de chacun desquels la bouche se

(1) <( Une martre », disent tous les commentateurs. Une chatte, selon moi. (Voy. Anat. comparée.)

(2) Ulcérèrent, déchirèrent.

(3) L. I, ch. XIII.

promène successivement pour obtenir des sons. Au moyen âge, le syrinx (i) antique appelé fretel, frestel, fresteal, fretiau, sistre, a été employé clans les concerts (2). Au xi^ siècle, on le voit représenté dans l'antiphonaire provenant de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges (Biblioth. nat., latin, n" 1118). Une chape masque les saillies et les dépressions que forment les sept tuyaux juxtaposés, tout en laissant libre, pour recevoir le souffle de l'exécutant,

Le perinxitm, comme un flageolet.

l'orifice de chacun d'entre eux. C'est chez l'homme surtout sur une préparation à l'aponévrose périnéale moyenne, vue de face, que la ressemblance du fretel de l'abbaye de Saint- Martial de Limoges et du périnée saute aux yeux. — (Se reporter aux deux dessins ci-dessus.)

(1) Syrinx, fille du fleuve Ladon, était une des nymphes de Diane. Pan l'aima inutilement. Syrinx, fuyant sa poursuite, arriva sur les bords du Ladon et implora le secours de son père. Celui-ci la changea en roseau. Pan unit avec de la cire plusieurs morceaux de ce roseau et en forma la flûte.

(2) « Sonnent fleustes et fretel, » lit-on (v. 2049) dans le Roman de la Violelle (xiii» siècle).

Le membre, comme une pantophle.

Le membre, « le membre nerveux, caverneux (i), » la verge.

Panlophle, pentophle (2), pantoufle (3). Gargantua, soumis à la discipline des précepteurs sophistes, « disoit (4) que les mètes (5) etbournes de boire

Solerel ou pédieux du milku du XV' siictu.

Chaussure mililaire en maitlcs de Soulier français de la première moifer, des XIV» et xv siècles. lié du x.vi« siècle.

estoient, quand la personne buvant, le liège de ses pantophles enfloit en hault d'un demi pied ».

Constitué comme une pantophle, l'organe de Ouarespre-

(1) L III, ch. XVIII. Le membre viril est constitué en majeure partie par deux corps juxtaposés, érectiles, à peu près cylindriques, communiquant l'un avec l'autre, appelés corps caverneux, parce qu'ils sont remplis par des travées et des lamelles fibreuses, limitant des espaces irréguliers. En anatomie, le mot caverneux signifie: qui a de petites cavités, de petites cgHuIgs.

(2) Ce mot est orthographié de la sorte dans l'énumération des chaussures faites par Jehan Sallé, cordouonnier, pour le duc d'Orléans, Thierry, M de Clèves, etc. {Catalogue des archives du baron de Joursauvaull.)

(3) Spigelius {Anal., ch. x) a jugé, par la grandeur de la verge, du plus ou moins de penchant d'un individu pour l'acte vénérien. Selon Alex Petronius (1. II des Malad. ilal., ch. xvii), la verge grande est un témoignage d'esprit pesant et grossier, semblable à celui d un Ûne. D'après Dicmerbroeck {loc. cil. suprà, t. I, p. 171), « les gens de pei\ de sens et les stupides ont la verge grosse; ces règles néanmoins ne sont pas perpétuelles, et elles souffrent plusieurs exceptions ... , . .

■ Rabelais a fait dériver le mot pantounc du mot grec << 7:avTo?sXXo;, tout fait de liège, escorce de liège, suber »■ .

(4) L. I, ch. XXI.

(5) Mesures, du laliii mêla.

ANATOMIE DESCRIPTIVE 2o3

nant dont il s'agit était nécessairement susceptible, comme elle, « d'enfler en hault (i) ».

Il n'est gutn-e question de la pantoufle avant le xv^ siècle, et il me serait difficile de donner sur cette pantoufle primitive des renseignements quelque peu précis. Tout ce que je puis dire, c'est que les dessins du soleret ou pédieux, du milieu du xv« siècle (2), de la chaussure militaire en mailles de fer des xiv^ et xv^ siècles et du soulier français de la première moitié du xvi'' siècle (3), qu'on trouve dans le Guide des amateurs d'armes et d'armures anciennes de Demmin (Paris, 1869, p. 36o, fig. 9) et dans V Histoire de la chaussure de Paul Lacroix, Duchesne et Seré (Paris, 1862, pp. 65 et 72), et que je reproduis, ont l'aspect général de la verge, et qu'il estprésumable que d'autres chaussures^avaient alors la même forme.

Lèse..., comme une guedoufle

Le^j c..., le « palletoc des vases spermatiques », les bourses. Elles forment une poche à cavité double, située en avant du périnée dans l'intervalle des cuisses.

Dans le Morvan on appelle encore c... un assez long étui de bois, rempli d'eau, suspendu en avant, entre les deux cuisses, et dans lequel les faucheurs placent la pierre à aiguiser le dard.

La bourse de Gargantua « fut faicte de la c... d'un oriflant (4) »•

(1) Quaresmeprenant était faible, débile et déjà d'un certain âge, mais il abusait des aliments « vénéréique » et avait le nez puissant. (Voy. Analomie des formes: Le nez, comme un brodequin anlé en escusson.)

(2) D'après les bas-reliefs en marbre ayant fait partie de l'arc d'Alphonse V, roi d'Aragon, à Naples, à son entrée triomphale en i443, et une terre cuite de Nuremberg du xv" siècle, appartenant à A. Demmin et réprésentant Charlemagne.

(3) D'après Herbé.

' (4) Elépbant, 1. I, ch. viii. « Des bourses de ce prodigieux animalj dit Le Duchat, Rabelais fait une bourse îi mettre l'argent que le jeune

Si le terme anatomique qui sert à désigner ici le scrotum appartient aujourd'hui au langage libre et plus que familier, il a appartenu au langage scientifique, voire au langage poétique (i).

Dans la Brie-Champenoise on donne toujours, sans y entendre malice, le nom de c... aux habitants du petit village de Coilly ou Couilly.

Le professeur Malgaigne, qui a été, avec Littré,un des médecins les plus érudits de ce siècle, a toujours préféré ce terme à celui de bourses.

Gitedoiifîe, coutoufle, contofle, gothelfe, guédolfe, guiédoufle, guedousle, guesdoule. A la page 483 du tome I du Glossaire archéologique du moyen âge de Gay (Paris, 1887), on lit :

Gargantua portoit ordinairement sur soi ; et ce qui le porte à cela, c'est que comme anciennement les Particuliers faisoient leurs bourses de la peau qui enveloppe les testicules de bélier, il faloit qu'un Géant et un grand Prince comme Gargantua eût une bourse incomparablement plus grosse, puisqu'elle devait être proportionnée aux richesses et à la taille de cet homme extraordinaire. » .

Cette interprétation de Le Duchat est confirmée par la phrase suivante que ie relève dans le chapitre xvii du livre III.

« Panurge présenta à la sybille de Panzoust un bourrabaquin garni de breuvage, une c... de bélier pleine de Karolus nouvellement forgés (l'rappés) : enfin, avec une proiunde révérence, lui mist au doigt médical

une verge d'or. » .

Panzoult est un petit bourg du Chinonais. La Sibylle en question a habité, près de ce bourg, une grotte que l'on voit encore.

Le karolus est une monnaie de biUon qui valait quatre deniers tournois (à peu près quatre centimes) et qui remonte à Charles Vlil. biic est marquée d'un K, première lettre du mot Karolus, Charles.

Le doigt médical des Anciens est l'annulaire. « On s est généralement accordé à porter les anneaux principalement à la main gauche et au doigt qui est à côté du plus petit et qu'on appelle doigt médical. » (Macrobe, Srt//(/'/îfl/<'s, VII, i3.)

( 0 VoY feuillet 43 b du Roman de la Rose ; Clément Marot, Dialogue de deux Amoureux ; Dodoens, Ilisl. des plantes, trad. de Charles de l'Escluse, Anvers, i557, p. 162 ; Ambr. Paré, passim; Antoine du Pinet Commentaires de M. Pierre-André Mallhiolus,hyon, 1872, p. 473; Gui-Patin, correspondance, lettres du 6 janvier i654 et du 24 «vi;il .i647; rf« Calholicon ou Nouvelles des régions de la lune, ch. vi ; Satire Ménippée, harangue de Rose ; etc., etc.

ANATOMIE DESCRIPTIVE 2o5

<( Couloufle, vaseà double récipient et à deux becs opposés l'un à l'auti-c, dont la courbure est disposée en sens inverse ; il est plus connu sous le nom de guédoufle.

Une contofle d'argent pesant un marc et demy La m. 745. Valent III, 6.

(Inventaire de Raoul de Clermonl.) »

Etala page 801 du môme tome:

« Coutoufle ou Gothelphe au xiv^ siècle était peu différent d'une sorte d'huilier à deux becs fabriqué, au xviiie siècle, dans les verreries de la Lorraine. »

Les c..., comme une guédoufle.

D'après Le Duchat : « La figure de la Guédoufle, qui est celle d'un trèfle dont on a ôté la feuille d'en bas, convient très-bien à ce qu'ici Rabelais dit lui ressembler. »

Maître François nous apprend, enfin, qu'il y avait deux ustensiles de ce genre : un dans lequel on ne mettait que de l'huile, l'autre dans lequel on ne mettait que du vinaigre.

Panurge « avoit une petite guédoufle pleine de vieille huile, et quand il trouvoit ou femme, ou homme qui eust quelque belle robe, il leur en graissoit et gastoit tous les plus beaulx endroicts (1). »

(1) L. II, ch. XVI.

« Une guedoutte do vinai^n*e, une salière de lerre, un goubeleL de Bcauvois, etc. », entraient dans la composition du trophée élevé en mémoire des levrauts par l'inçorrigible vaurien (i).

Le Musée de Cluny possède une guédoufle dont on ignore la provenance, mais que M. Saglio, l'éminent directeur de- ce Musée, croit dater du xvi'^ ou du xyii"^ siècle. Grâce h M. le D^Dureau, dont la complaisance égale le savoir, j'ai pu en obtenir un dessin pour l'édification de mes lecteurs.

On trouve diverses expressions médicales dans la longue énumération des qualités des organes génitaux externes de frère Jean, — jeune, débordant de santé et capable de renouveler le plus fameux des exploits d'Hercule, — par Panurge (2), grisonnant et mal guéri par Mercure des blessures contractées dans les bras de Vénus (3) ; j'en cite quelques-unes (4) :

(1) L. II, ch. XXVII.

(2) L. III, ch. XXVI.

(3) u Tu me reproches mon poil grisonnant, répond -il au londateur de l'ordre des Théiémites... Vray est qu'en moi je recognois quelque signe indicatif de vieillesse : je dy verde vieillesse, ne le dict k personne ; il demourera secret entre nous deux. C'est que je trouve le bon vin meilleur et plus à mon goust savoureux que ne soulois (que je n'avais coutume, du latin solere); plus que ne le soulois je crains le rencontre du maulvais vin. Note que cela arguë je ne scay quoy du ponent (couchant), et signifie que midy est passé. » (L III, ch. xxviii.)

En entendant raconter par Epistemon, de retour des Enfers, que ceux qui n'ont pas eu la maladie de Fracastor dans ce monde l'auront dans l'autre, Panurge s'écrie : « J'en suis doncques quitte. Car je y ai esté jusques au trou de Gilbathar, et remply les bondes de Hercules, et ai abattu des plus meures. » (L. II, ch. xxx.)

Les bondes d'Hercule sont les colonnes qu'Hercule a élevées près du

détroit de Gibraltar. , r t -

(/) Les adjectifs de l'énumération qui suit, ainsi que ceux de Unumcration dont il sera question plus loin (Voy. Anat. chirurgicale), sont plus ou moins nombreux et rangés dans un ordre différent dans les diverses éditions.

/ laicté, laiteux (2).

1 goildronné, épais, visqueux.

C...(i) uiASPEHMATisANT, riche j aromatisant, exlialant une odeur forte en sperme, liquide.] comme les aromates.

/ gréné , contenant des graines , des [ germes ou spei'matozoïdes.

C... DALGAMALA, propre au mariage. Du mot arabe algam, qui veut dire mélange d'or et de mercure, et du mot grec Tâ(jLoç, mariage.

G... FEUTRÉ, garni de poils, comme le feutre.

C... GÉMEAU, double, géminé. C'est l'état normal. On a signalé, par exception, l'absence d'une ou des deux glandes génitales (anorchidie simple ou double ; du grec à, privatif, etopxtç, testicule) ; la fusion des deux glaïules en une seule (synorchidie, du grec (Tuv, ensemble, et op/i?) ; l'existence de trois et même de cinq glandes génitales (triorchidie et pentorchidie, du grec TpeT;, trois, 7tévT£, cinq, et opxi;.)

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