C... MUscuLEux, bien musclé
C... MANUAL, de quoi remplir la main, volumineux. L'atrophie du testicule ou microrchidie (du grec (;L[xpo'ç, petit, et op^iç) est une cause d'impuissance. La microrchidie constitue la maladie appelée féminisme, maladie féminine (3).
C... p.\.LLEToouÉ, etc., entouré, revêtu d'un palletoc. C'est ce palleloc moulé sur son contenu que Maître François a compai'é à une guedoufle. Il est composé de plusieurs couches qui sont, en procédant de dehors en dedans : 1° la peau ou scrotum (du latin scrotum, sac ou bourse de cuir) ; 2° une couche musculo-
(1) Certains commentateurs voient dans cette énumération une parodie de la litanie des Saints. La répétition du mot C... semblerait effectivement l'indiquer. Observons cependant que ces longs dénombrements de qualités et de défauts étaient dans le goût du temps. (Voy. le Monologue des noiiveaiilz sol:, Recueil des poésies françaises, t. I, p. 12 et suiv., ainsi que le Monologue des solz Joyeulx, dans la même collection, t. l, p. i5 et suiv.)
(2) Je reproduis quelques pages plus loin un passage du livre III (Voy. Physiologie), où le sperme est comparé au lait des nourrices.
(3) Elle est commune dans le Caucase, où ceux qui en sont atteints sont nommés énarrés. Le microrchide reste pendant toute sa vie un grand enfant.
RABELAIS ANATOMISTË
claslique, le dartos (du grec Bapxo'ç, écorché) ; 3° une tunique entièrement musculeuse, la lunique crylhroïde (du grec ÈpuOpôç, rouge, et eïSoç, forme) ; /l" une tunique celiuleuse ; 5" une tunique séreuse.
Le paletot actuel est le palletoc, le justaucorps modifié de nos aïeux.
La penillière, comme une dariole.
hsL penillière, le pénil, la région couverte de poils située au-dessus des organes sexuels.
(( Le feu que j'avois jecté au giron de mon paillard rostisseur lui brusla tout le penil, » déclare Panurge à Pantagruel.
Dariole, gâteau à la crôme.
« Les porphyres, les marbres du palais du seigneur Stozzi sont beaulx, observe le moine Pierre Lardon; je n'en dict poinct de mal : mais les darioles d'Amiens sont meilleures à mon goust. » (L. IV, ch. xi.)
La toison annelée du bas-ventre perdu dans le pus crémeux d'un écoulement uréthral ou cachée sous une carapace de concrétions melliformes engendrées par le défaut de soins ou la vermine.
De ces deux opinions, la première me paraît la plus vraisemblable. Quaresmeprenant était atteint en effet, quelquefois, d'une blennorrhée, par suite de la nourriture échauffante qu'il prenait : « aubers salés (i), casquets (2), morions salés (3) et salades salées » (4).
(1) Aubers salés, jeu de mot avec salade (casque). L'armure appelée aubert couvre avec le torse une partie de la tète, du cou et la nuque, et peut, par conséquent, être considérée comme une espèce de salade ou casque.
(2) Autre jeu de mot avec salade (casque). Le casquet est une armure de tète, une sorte de salade.
(3) Nouveau jeu de mot. — Voy. au paragraphe suivant la définition
du terme morion.
(4) Môme jeu de mot. La salade est une sorte de casque sans crèle. Ce mot vient sans doute de l'espagnol celada (petit casque).
«Aubers salés, etc., toutes viandes de Carême indigestes et de haut
Les vases spermatiques, comme un gasteau feuilleté.
Les vases spermatiques, les glandes qui sécrètent le sperme, les testicules (1). Ils ont la forme d'un ovoïde aplati latéralement.
Dans rcxclamation de Panurge en quête d'une prude femme : « Dieu gard' de mal les pelotons ! (2) » on trouve, disent judicieusement Esmangart, Johanneau et le D""!-^. Brémond, une indication succincte de la structure de ces glandes.
Le parenchyme testiculaire est composé, en effet, de tubes très étroits, enroulés sur eux-mêmes et groupés au nombre de trois à six pour constituer des pelotons ou lobules qu'on peut séparer les uns des autres ainsi que les différentes couches d'un gasteau feuilleté. Les tubes spermatiques constituant ces lobules aboutissent, à droite comme à gauche, à un organe collecteur appelé épididyme (parastate), auquel
goût, dit Le Duchat, dont les noms sont communs à autant de dilTérentes formes de casques accompagnés de leur coiffe de maille qu'on appcloit salade. » Le même commentateur croit que, par morions salés, « on peut aussi entendre de petites morilles salées pour l'iiyver ».
Ily a deux espèces d'écoulements uréthraux : l'un virulent, l'autre non virulent provoqué :
Soit par des relations intimes avec une femme lymphatique, en dehors ou pendant la période cataméniale ;
Soit par une nourriture échauffante ou l'absorption en excès de boissons fermentées (bière) ;
Soit par l'injection de substances irritantes dans le canal excréteur de l'urine et du sperme. Il n'est pas un médecin militaire qui ne sache que, parmi les fraudes employées par les soldats pour tâcher d'entrer à l'hôpital, la production volontaire de la blennorrhagie par l'injection d'une forte solution d'eau de savon ou une macération de garou est une des plus communes.
L'assertion sus-indiquée de Maître François donne à croire qu'il a su distinguer l'écoulement uréthral virulentde l'écoulement uréthral non virulent.
(i) Ainsi nommés parce qu'ils sont la marque, le témoignage de la virilité, du latin leslis, témoin. Les Romains n'admettaient pas à témoigner en justice ceux qui étaient privés de ces organes, comme n'étant pas des hommes.
. (2) L. III, ch. VII.
•210 RAOKLAIS ANATOMISTE
l'ait SLiilc un conduit vecteurqiii « en longs ambages et flexuosités » (Voy. plus loin Physiologie), aboutit à un réservoir dit vésicule séminale (génitoire).
« Ayants (i) vidé et cspuisé en ce jour précédent touts vos vases spermatiqucs, au jour subséquent (2) y en peutil tant avoir? » demande Panurge au frère Fredon.
« Fr. — Plus.
« Pan. — Ils ont, ou je resve l'herbe de l'indie célébrée par Théophraste (3). »
Les vases spennaliques, comme un gusleau feuillelé.
Maître François ne s'est servi qu'une fois du mot testicule, c'est quand il a mis dans la bouche du châtelain prodigue de Salmigondiji (4) ces paroles qui sont une allusion à la légende de la papesse Jeanne (5) : « Il ne sera jamais pape, car : testiciilos non habel. »
(1) Les auteurs d'alors, encore sous l'empire des règles latines, écrivaient tous les participes présents en les faisant varier, et alors même que ces participes avaient des régimes ou compléments,
(2) Suivant, du latin siib, après, et seqiii, qui suit, qui vient après.
(3) Théophraste, 1. III, ch. v.
(4) L. III, ch. XII.
(5) Et la reproduction mi-l'rançaise, mi-latilie de ce dicton rimé, très 1-épandu au moyen âge :
Testiciilos qui non habet Esse papa non polesl.
Celui qui n'a pas de testicules ne peut ])ns èlt'e pape.
Une légende datant du viu'^ siècle prétend qu'une femme élue pape sOu^ le nom de Jean VIII, sans qu'on se l'ût préalablement assuré de son sexe, aui^it, au grand scandalede la chrétienté, accouché pendantune procession.
Jean Bouchet et le Père Mabillon oui contribué à donner quelque
ANATOMIE UESCRU'TIVE
Les parastates, comme un pot à plume.
Les paraslales (i), les épididymes. L'épididyme (du grec £:rt, sur, et Si'Suijioç, testicule) est la première partie du canal qui conduit le sperme du testicule à la vésicule séminale du même côté.
Pol à plu me ^ morion, casque ou salade à cimier des hommes d'armes à pied. Le morion du xvi*' siècle était rond, allongé et couronné d'un cimier coloré fait d'une matière
Les paraslales, comme un pol à plume.
souple. Sa visière, relevée en triangle par devant et abaissée latéralement pour protéger les oreilles, était réunie au couvre-nuque.
Quelquefois, cependant, il n'avait pas de rabat protecteur. Dans la nef latérale gauche de l'église romano-gothique de l'abbaye de Luxeuil, aujourd'hui église paroissiale, on voit une série de vitraux représentant diverses scènes de la Passion et dont tous les personnages sont, sauf le Christ, la Vierge et une des saintes femmes, costumés comme du
créance au conte de la papesse Jeanne, en déclarant très gravement, le premier, dans ses Annales d' Aquitaine , le second, • dans son Diariiun ilalicuni, que, depuis cette époque, les cardinaux chargés d'élire le successeur de aaint Pierre font constater de visu si lesliculos liabel.
(i) Du grec Twapà, auprès, ctï««(jLai, je suis placé, placé auprès du testicule;
lemps (le François P'' (i). Au nombre do ces personnages ligure (7*= vitrail) un soldat dont le pot h plume, dépourvu do. rabat protecteur, rappelle, encore plus exactement que celui dont je donne le dessin, une coupe antéro-postérieure horizontale du testicule, à quelque distance de l'épididyme (2).
« L'épididyme, disent MM. Cruveilhier et Marc Sée, est couché à la manière d'un cimier de casque, le long du bord supérieur du testicule (3). »
Rabelais l'avait dit bien longtemps avant eux.
Les génitoires, comme un rabbot.
Les génitoires, les vésicules séminales, sont deux poches membraneuses situéesdans le ventre, au voisinage de l'anus, et dans lesquelles séjourne, jusqu'à son expulsion au dehors, le liquide spermatique.
(( Elles ont la forme, dit Sappey, d'un cône dont la base serait arrondie et la surface un peu comprimée de haut en bas . »
« La teste perdue, ne périt que la personne, dit Panurge (4)'; les c... perdues , périroit toute humaine nature. C'est ce qui meut le galant (5) Cl. Galen, lib. 1, de Spermale, à bravement conclure, que mieulx (c'est-à-dire
(1) Qu'on ne soit pas trop surpris de cet anachronisme. Les artistes du moyen âge en ont commis bien d'autres. Jésus de la sainte Famille de Rubens (Anvers) apprend à lire dfins le Nouveau Testament ; dans une des vieilles tapisseries de l'église de Notre -Dame- de -Nantilly, a Saumur un des soldats de Titus assiégeant Jérusalem tient une arquebuse- uii des saints de Solesmes (chapelle et sépulcre de Notre-Seigneur), Joseph d'Arimathie, est habillé comme du temps de Louis XI et décore du collier de quelque ordre de chevalerie; les Romains de la légion Thebaine qui ornent la l'açade de la cathédrale Saint-Maurice, d Angers, sont revêtus, chacun, d'une armure complète, etc.
(o) Ces vitraux sont modernes, mais copiés sur des anciens.
(3) Cruveilhikr et Marc Sée, Trailé d'analomie descriplioe, 4«éd.,t.lL
367; Paris, i865.
(A) L. 111, ch. viii. .
5 Estimable, méritant; du latin ualcnle, nhM\! de valens, participe de valere, valoir, avoir du prix, du mérite. « Allusion à Y«Xr.vd{, nom grec de Galien, » dit Le Duchal.
nioindi'o. mal) seroit poinct de cœur n'avoir, que poinct n'avoir de géniloires. Car là consiste, comme én un sacré repositoire (i), le germe conservatir de l'humain lignage (2). »
« Les Utopicns avoient les génitoires tant féconds, et les Utopiennes portoient matrices tant amples, gloutes (3), tenaces (4) et ccllulées (5) par bonne architecture, que,
(1) Réceptacle sacré, tabernacle, du latin reposiliim.
(2) «Les testicules sont plus précieux que le cœur lui-même, puisque, indépendamment delà ciialeur et de la vie qu'ils impriment aux animaux, ils leur fournissent le germe conservatif de l'humain lignage.» (Cl. Galien, 1. I, de la Semence.)
(3) Goulues, avides, du latin gliilo. Aristole et Platon ont regardé la matrice comme un animal avide de sperme.
Riolan, qui n'ignorait pas la nature musculeuse de cet organe, a écrit (Anlhropographie, Paris, 1629) : « J'advoue IVanchement que je ne suis pas encore bien esclaircy sur l'usage de certain petit nerl qu'on treuve enfermé dans la trompe de la matrice par exprez, sur ce qu'on lient qu'il attire à soy la semence et la cache. »
Il est assez curieux de retrouver la théorie de la matrice gloutonne dans le livre sur la Slêrililé, que vient de faire paraître M. le D' Lutaud, médecin de Saint-Lazare. «Pendant la copulation, dit M. Lutaud, l'utérus entre lui-même en jeu. Sous l'influence de l'excitation génésique, sa tunique musculaire ouvre l'orifice du col, expulse les sécrétions et produit en même temps une sorte d'aspiration du sperme. »
(4) Gardant, conservant, retenant si bien la semence; du latin lenere. « Si la femme doit concevoir, la semence ne tombe pas au dehors, mais demeure dans les matrices. En effet, les matrices ayant reçu et s'étant fermées, la gardent à l'intérieur, l'orifice se serrant vermiculairement par l'effet du liquide. » (Hippocrate, trad. Littré, vol. VII, p. 477.)
(5) Divisée en cellules, en loges, en compartiments. Pour Hali- Abbas, la matrice était divisée en trois loges ; pour Mundinus, Nicolas et Achillinus, en sept; pour Bonaceolus et Enneas, en dix. Vésale a décrit une crête saillante dans l'intérieur de cet organe. « L'utérus possède, a déclaré Diemerbroeck {loc. cil. siiprà, t. I, p. 3i3), une ligne ou suture un peu élevée qui le divise parle milieu en deux parties : la droite et la gauche. Hippocrate et Galien disent que les mâles sont conçus en celle-là, et les femelles en celle-ci. »
L'adjectif cellulé se retrouve, avec le sens que je lui attribue, dans Guy de Chauliac, Mundinus et Déranger de Carpi, le seul anatomiste du moyen Age qui ait protesté contre l'opinion générale, alors, de la division de la matrice en plusieurs loges. J'en fournis la preuve :
« Bien que l'amary (la matrice) n'ait que deux seins ou cavités maniiestes suivant le nombre des mamelles, toutefois elle a chacune d'icelles (de celles-ci) triplement cellulée, et une au milieu, de sorte cjue, selon
iu/| n.MÎI'LMS ANATOMISTE
on (i) bout do chascun ncuviesme mois, sept enfants poiiile moins, que masles, que femelles (2), naissoient chascun mariage. »
Babbe, rabboî, navet, grosse rave ; du latin rapa ou rapiim^ fait dans la même signification du grec pâcpu;
ou ^«Troç (3).
Les géiiiloires, rommc un vahhol.
A trois siècles de distance, Sappey s'est rencontré, sans le savoir, avec Rabelais.
Mundinus, on y Irouve sept réceptacles. » (Guy de Chauliac, Grande Chirurgie, p. 77, édit. Joubert, Rouen, 1682.)
« Concavilas vero ejiis habel seplem cellulax, 1res in parle dexlra el ires in parle sinislra el unani in summilale vel medio ejiis. La cavité de l'utérus a sept cellules, trois à droite, trois à gauche et une, au milieu, à la partie supérieure. » (Mundinus, Analomia, éditée par Dryander, professeur à Marpug, imprimerie de Clusthiar Egenolphus.)
« Esl piiriim mendaciiim dicere quod malrix habeal seplem cellitlas. C'est un mensonge absolu que de dire que la matrice a sept cellules. » (Carpi Commenlaria ciim amplissimis ' addilionibus super analomiam Minr dini iina ciim lexlii ejiisdeni in prislinum nilorem redaclo, p. 184.)
Maître François a cru, avec ses contemporains, que l'utérus de la femme était cloisonné, comme il a cru que celui-ci était pourvu de cotylédons, doué d'une mobilité extrême et en rapport avec les principales parties du corps. (Yoy. Physiologie de l'appareil génital de la femme.)
(1) Au.
(2) Tant mûlos que femelles. (L. 111 ch. i.)
(3) En Auvergne on nomme rabiole une sortv de grosse rave ou de turneps.
ANATOMIE DESCRIPITVE
La géniture, comme un cent de clous à latte. Et me contoit sa nourrice, qu'il, estant marié avec la Miquaresme, engendra seulement nombre de adverbes locaulx, et certains jeusnes doubles (i).
Le mot géniture signifie aujourd'hui descendance, progéniture. Jadis il servait à désigner à la fois :
1° Les parties génitales de l'homme et celles de la femme ;
2° L'œuf fécondé dans le sein de la mère lorsqu'il n'est encore qu'une masse informe dans son organisation (2). Hippocrate étend ce temps jusqu'au sixième jour, après lequel la géniture prend le nom d'embryon -et celui de fœtus. (Voy. Hippocrate, De Geniiurâ, et Galien, De Semble, cap. 9.)
3" La semence de l'homme et celle de la femme. (Voy. Hippocrate, De Naliirâ pueri ; Amb. Paré, OEuvresXXU; J. Chrestian, Génération de l'homme, p. 102, iSSg. )
Quel sens a-t-il ici ? Rabelais n'a certainement pas entendu désigner par ce terme l'appareil génital, puisqu'il en a étudié séparément chacune des parties, ni le produit de la conception, puisqu'il s'agit d'un homme. 11 a entendu
(1) (( De tout le carême, il n'y a que la mi-carème où, dans la communion de Rome, il soit permis de se marier. C'est ce qui a l'ait naître à Rabelais la pensée de marier ce jour-là avec Quaresmeprenant ou le . carême : et comme le carême est stérile en fait de noces, de là vient que d'un tel mariage il ne provient que des adverbes locaux et certains jeûnes doubles ; les jeûnes commençant, en effet, à se renforcer après la mi-carème, et chacun voulant savoir d'où l'on vient, où l'on va, et par où il faut aller pour gagner des indulgences ». (Le Duchat).
(2) Ma voix ne vous soit point amt're ; Sachez que je suis dame Nature Que vous formay en voire mère Tantôt après la géniture; De moy avez l'orme et ligure El complexion corporelle Et de Dieu la noble âme et fière El la vertu spirituelle.
(L.VCOMDE.)
HAIUÎLAIS ANATOMISTK
désigner la semence humaine (i), el on se demande avec un suprême étonnemenl... s'il n'aurait pas eu notion des spermatozoïdes.
La semence humaine (en grec, (jTtÉp|i.a) tient en suspension des corps dits animalcules spermatiques, spermatozoïdes, spermatozoaires, visibles seulement au microscope. Les spermatozoïdes sont pourvus d'un renflement antérieur (tête ou disque) terminé par une pointe onduleuse très fine (queue). Ce ne sont point, comme on l'a cru, des animalcules ou des êtres reproduisant en petit le corps de l'homme, mais de simples éléments cellulaires. Le sperme qui n'en possède pas n'est pas de la semence, tant au point de vue anatomique qu'au point de vue physiologique. Pas de spermatozoïdes dans le liquide sécrété par les testicules, pas de fécondation.
C'est dans une lettre datée du mois de novembre 16G7, mais publiée seulement en 1678 (2), sous le litre : Observalions sur les animalcules de la semence humaine, que Leeuwenhoeck a fait connaître qu'il venait de découvrir des animalcules dans le sperme (3).
(1) « La semence, dit Diemerbroeck {loc. cil. sitprà, 1. 1, p. 35o), est appelée tantôt sperme, tantôt géniture: et quoique Aristote, I, Z>e Ovl. animal, c. 18, semble mettre quelque distinction entre la géniture et le sperme, comme si celle-ci était la semence des animaux qui s'accouplent, et celleci de ce qui ne s'accouple pas, comme les plantes ; néanmoins, parce que le philosophe lui-même conlbndpar tout ailleurs ces noms, ainsi que fait Galien et plusieurs autres, nous aussi, nous nous servirons indiferemment de ce nom pour une seule et même chose. »
Une dernière preuve qu'en attribuant ici au mot géniture la signification de sperme je ne me trompe pas, c'est que, dans le chapitre xxxi du livre III on lit encore qu' « Hippocrates maintient grande portion de la géniture sourdre du cerveau et de l'espine du dos ».
(2) Tram, pliil., n" i4i, pp. 1041 el 1043. Société royale de Londres.
(3) La découverte des spermatozoïdes a été contestée à Leeuwenhoeck par Hartsoeker (Essais de dioplriqiie). « Si Leeuwenhoeck, dit Buffon, n'est pas le premier qui ait fait cette découverte, il est celui qui l'a suivie le plus loin et le plus accréditée. » (Buffon, Ilisl. nalm'.,î)e\a Génération des animaux.) Leeuwenhoeck a été obligé de reconnaître lui-même que les spermatozoïdes avaient été vus avant lui par un étudiant de Leyden, L, Hamm,
Si l'invention du microscope n'était pas, — du moins on le prétend (i), — postérieure d'une quarantaine d'années à Rabelais, on pourrait croire qu'il a vu les spermatozoïdes ; d'autant (2) mieux :
1" Qu'en raison de l'aberration de sphéricité des lentilles primitives les éléments fécondants du liquide spermatique examinés avec ces lentilles ont une tête très arrondie, une queue droite, courte, rcctiligne, ressemblent étrangement, en un mot, à « des clous h latte ». Ainsi les a décrits et représentés Leeuwenhoeck lui-même ;
(1) C'est vers 1690 que furent, dit-on, fabriqués par Hans Janssens et son fils Zaccharias les premiers microscopes. Ce qui n'est pas douteux, c'est que les lentilles ou globes de verre et leur pouvoir grossissant étaient connus des Anciens. Lyard en a ramassé une dans les ruines de Ninive. Néron, dont la vue était mauvaise, regardait les combats des gladiateurs au moyen d'une sorte de lunette ou plutôt d'une lorgnette munie d'une lentille d'émeraude. Vittori (De Glypîographiâ, 1759) raconte qu'il a trouvé, au musée Vittorio, des pierres précieuses ayant la grosseur de la moitié d'une lentille portant des gravures de figures invisibles à l'œil nu. Dans l'histoire de la l'Académie des Inscriptions (ch. i, p. 276), on peut lire la description du célèbre cachet de Michel Angelo, qui, mesurant i5 millimètres de long sur 12 millimètres de large, présente 17 figures d'animaux, une naissance de Bacchus avec une cérémonie rapportée aux Pyanepsis, fêtes athéniennes en l'honneur d'Apollon. L'invention du microscope a été, enfin, attribuée tour à tour h Bacon, à Métius d'Alkmar, à Porta, à Galilée, etc.
Une lentille sertie dans une monture métallique, composée de deux lames, à laquelle s'adaptait un porte-objet mû par une vis : tel est le microscope avec lequel Leeuwenhoeck a fait ses observations, celui qu'il a légué à la Société royale de Londres. Le savant anglais a ignoré l'usage du miroir qui sert à éclairer les objets et tenu son petit appareil à la main en le tournant vers la lumière du jour ou d'une chandelle.
(2) Hippocrate, dans son traité De Dielâ, paraît avoir insinué que les semences d'animaux sont remplies d'animalcules. Platon l'a énoncé d'une manière formelle dans le Tiinée (p. 1088, trad, de Marcus Picenos). Démocrite a parlé de certains vers qui prennent la nature humaine. Aristote a soutenu que les premiers hommes sont sortis de terre sous l'aspect d'un ver, etc. On dira peut-être que Maître François, très érudit, a admis a priori, à l'exemple des auteurs précités, qu'il y avait dans le sperme des éléments imperceptibles dont chacun était le résumé du corps humain. A cela je répondrai : Pourquoi leur a-t-il donné la lorme qu'ils ont dans les planches de Leeuwenhoeck? Pourquoi a-t-il limité leur nombre à cent ?
2" Que. le chiiïre cent concorde avec la diminution du nombre des spermatozoïdes chez un homme d'un certain Age, émacié et. vivant de privations (i) ;
Spermuloztiuli's. ihik arec nos mirro.-icopes.
Spermalozoïdes, riin nrec les microscopes de Lecnwenhoeck.
Cloux à lui le.
H" Qu'il n'est pas besoin d'un très fort grossissement pour voir les spermatozoïdes (2), que Leeuwenhoeck luimôme les a vus avec des doublets et des triple ts (3) ;
4° Qu'au moyen âge les Arabes étaient réputés les premiers lunettiers du monde et avaient des rapports constants avec la Faculté de Montpellier où a étudié Rabelais (4) ;
Je n'insiste pas. Pour terminer, je ferai seulement observer que c'est folie de croire qu'une invention quelconque ait été l'œuvre d'un seul jour et l'œuvre d'un seul homme (5).
(1) Il y a des milliers de spermatozoïdes dans une goutte de sperme grosse comme une tète d'épingle.
(2) A un grossissement de 3oo à 400 fois, on voit que leur longueur totale est, chez l'homme, de i/ao" de millimètre, et le grand diamètre de leur tète de i/Soo" à 1/200° de millimètre.
(3) Avec des microscopes, différant sensiblement, par conséquent, du microscope composé actuel.
(4) Rabelais a parlé couramment l'arabe. Un paragraphe entier du chapitre ix du livre II est écrit en arabe, et, en plus des termes anatomiques Alkalim, Miracli, Sipliac, D'Ahjmala, etc., que j'ai cités, on trouve encore dans l'épopée pantagruélique les termes astronomiques arabes, Azimiilh, Almicanlarah, etc.
(5) A l'époque où parut Newton, Descartes avait changé la face des sciences mathématiques par l'application féconde de l'algèbre à la théorie des courbes et des fonctions variables. La géométrie de l'infini, dontcelte théorie renfermait le germe, commençait A percer de toutes parts. Wallis, Vren, Huyghens venaient de trouver les lois du mouvement. La découverte de Galilée sur la chute des graves, et d'Huyghens sur les développées et la
Quel immense laps de temps s'estécoulé entre la découverte de la vapeur et son application à [la traction des wagons ! On commence seulement à emmagasiner l'électricité, qui est connue depuis Ampère.
Il V a quelques siècles, il était plus prudent de garder le secret d'une invention scientifique que de la divulguer. Chassé de son monastère, emprisonné, Roger Bacon est mort en murmurant : « que les hommes ne valaient pas la
force centrifuge conduisaient h la théorie du mouvement dans les courbes. Képler avait déterminé l'ellipse que décrivent les planètes. Enfin Hook avait très bien vu que les mouvements de ces planètes sont les résultats d'une force de projection combinée avec la force attractive du soleil. La mécanique céleste n'attendait qu'un homme de plus pour être constituée à l'état de science parfaite. Cet homme fut Newton.
Combien de siècles avait-il fallu pour faire éclore Descartes, Wallis, Vren, Huyghens, Képler, Galilée, Hook, Euclide et Archimède, les prédécesseurs de Newton'?
C'est à l'imprimerie que le siècle de Rabelais doit son éclat. Elle a vulgarisé et mis à la portée de tous des documents précieux qui contenaient en germe toute la science moderne. Que d'inventions regardées comme récentes, dont l'origine se perd dans la nuit des temps. N'a-t-on pas rencontré dans les dolmens des crânes trépanés pour guérir des maladies locales ou générales; dans les hypogées de Thèbes et dans le cimetière étrusque de Tarquinia (Italie), le cimetière des douze villes confédérées du Latium, des. dents cariées aurifiées; dans la maison d'un médecin de Pompéï, la sonde uréthrale à double courbure de Sims? N'a-t-on pas extrait des tourbières du Danemark des lurs ou grands cors de bronze donnant 22 tons (4 octaves et demie) d'une pureté, d'une clarté, d'une douceur et en même temps d'une force répondant aux exigences d'une oreille exercée. Ces lurs, toujours trouvés par paire, ne donnent-ils pas à croire que ce sont les Scandinaves de l'âge du bronze qui ont doté la civilisation moderne de l'harmonie? N'a-t-on pas recueilli dans des décombres à Sofia et dans les sarcophages d'Antinoë (Egypte) des miroirs qui établissent d'une façon positive qu'au temps des empereurs romains la fabrication du verre métallisé était chose courante? N'a-t-on pas, enfin, retiré également des sarcophages d'Antinoé des soieries du répertoire byzantin de Lyon qui témoignent qu'au 11° siècle les tisserands étaient déjà maîtres de tous les procédés en usage aujourd'hui? De tous les procédés, je le répète. A tel point que, devant certains brochés, des membres de la Chambre de commerce de Lyon se sont écriés : « Mais c'est du Jacquart ! » Et que telle étoffe de haute lisse ressemble tellement à ce que nous connaissons, qu'on n'a pu la désigner que sous le nom de Gobelins. Les Gobelin comme Jacquart n'ont donc rien inventé; ils ont retrouvé un art qui s'était perdu.
peine qu'on s'occupAI, de leur avancement. » Dans sa Maffia nniversalis naturœ eî arlis^ Schott raconte que Scheiner, un des plus grands savants de son temps, a été considéré comme magicien et privé de sépulture, parce qu'on avait trouvé chez lui, après son décès, un vilrtim piilicarium (i) duquel le diable s'était échappé transformé en puce.
Les jeitsnes doubles. Les jeûnes doubles, les abstinences doubles commandées par l'Eglise et aussi les jeûnes doubles, les monstres doubles ou Pygopages (a). On devine le jeu de mots qu'a voulu faire Rabelais. Gomme Velpeau, son compatriote et son confrère, Maître François en a fait beaucoup d'autres.
Panurge entraîne Anarche, roi des Amaurotes (3), vêtu d'une livrée « pers et vert (4) », en observant que cette livrée (( luy advenoit (5), veu qu'il avoit été pervers ». — « Clerice (6), dist Homenaz, clerice^ esclaire icy a double lanternes. »
Au cours de la fête qui précède la délivrance de Gargamelle, un buveur s'écrie : « Le grand Dieu feit (7) les planètes, et nous faisons les plats-nets. »
Dans les Enfers, « Nicolas Pape tiers (8) estoit papetier ».
(1) Employés particulièrement pour observer des puces et des mouches, les plus anciens microscopes simples étaient qualifiés de tombeaux ou cimetières de petits animaux, de vilra pulicaria, de vilra muscaria.
(2) Les Pygopages sont des monstres composés de deux individus à ombilics distincts, soudés à la région fessière. Ils se divisent en trois tribus : les monstres en X, les pages, les monstres en Y renversé, les adelphes, les monstres en Y, les dymes. Cette monstruosité rare est produite par la soudure de deux germes dans le même ovule. Hélène- Judith, Millie-Christine, Rosa-Josepha en sont des spécimens.
(3) Gens obscurs, inconnus, du grec àjxaupoç, noir. L'amaurose est une maladie des yeux caractérisée par la perte de la vision.
(4) Vieux mot presque inusité qui servait à désigner une étoffe d'une couleur intermédiaire entre le vert et le bleu.
(5) Convenait, du latin advenive.
(6) Clerc, en latin deviens.
(7) Fit.
(S) Troisième du nom,
Avant de manger, la reine du pays de Lanternois (i) prenait « en guise de pilules qui sentent si bon (je dis anle cibum) (a) pour soi desgraisser Testomach, unecuillerée de pétasunne «. « N'asardons rien, s'exclame le poltron Panurge, à ce (3) que ne soyons nazardés. » Triboulet est fol a lalere (4), altéré; le capitaine Tripet meurt estripé; le général Cervelat, escervelé. Frère Jean interrompt le service divin pour le service du vin. De Lyra (5), délire, etc.
Adverbes locaiilx. « Les adverbes latins unde, quà, qiio, les stations d'où on vient, où on va, et par où il faut aller pour gagner les indulgences. » (Alphabet de l'auteur.)
Physiologie. — « Chascun membre du plus précieux de son nourrisscment (G) décide (7) et rogne, dit Rabe-
(1) La Rochelle, loyer de la Réforme, pays des lumières, de la science.
(2) L'aloès est un des médicaments purgatifs le plus anciennement employés. Les pilules ante cibum, encove ordonnées aujourd'hui, et qu'on prend avant de manger, comprennent :
AloèsduCap 6 parties.
Extrait de quinquina 3 —
Cannelle i —
Sirop d'absinthe q. s.
(3) Pour que, alin que nous ne soyons pas. (L. IV, ch. lv.)
(4) Lalere, a lalere. Légat a lalere, cardinal envoyé cxtraordinairement par le pape auprès d'un prince chrétien, ainsi nommé de lalus, laleris, côté, parce que le pape ne nomme à cet emploi que des cardinauxdétachés d'auprès de sa personne, tirés de son conseil. Maître François a-t-il entendu, dans le cas présent, faire allusion à l'état mental d'un légat altéré ? On l'a dit en se basant sur ce que le môme Triboulet est qualifié antérieurement, par l'irrespectueux Panurge, de fol papal, épiscopal, consistorial, conclaviste, etc., etc. Cette interprétation est très discutable.
(5) Juif qui s'est fait cordelier et qui, dans ses commentaires de la Bible, a introduit les rêveries des rabbins. (L. III, ch. i.)
(6) Des parties les plus précieuses des aliments absorbés et transformés, du sang par conséquent. « La semence ou géniturc, dit Ambroise Paré, provient de toutes les parties du corps. » (A. Paré, OEiwres XXII.)
« Je pense, a écrit Buffon, que les molécules organiques renvoyées de toutes les parties du corps dans les testicules ou dans les vésicules séminales du mâle et dans les testicules ou telle autre partie que l'on voudra de la femelle, y forment la liqueur .séminale, laquelle, dans l'un ou l'autre sexe, est une espèce d'extrait de toutes les parties du corps. » (Buffon, Histoire naturelle des animaux.)
(7) Choisit.
EABKLAIS ANATOMISTE
lais (i), une portion, et la renvoyé en bas. Nature y ha préparé vases et réceptacles opportuns, par lesquels descendant és génitoires, en longs ambages et flexuosités, reçoipt Torme compétente (2) et trouve lieux idoines (3), tant en ' l'homme comme en la femme, pour conserver et perpétuelle genre humain. »
La sécrétion spermatique, qui a pour objet la conservation de l'espèce, et la digestion, qui a pour objet la conservation de l'individu, sont les deux fonctions physiologiques les plus importantes. « Entre les dons, grâces et prérogatives, desquelles le souverain plasmateur (4) Dieu tout puissant ha endouairé (5) et aorné(G) l'humaine nature à son commencement, celle (7) me semble singulière (8) et excellente, par laquelle elle peult en estât mortel acquérir espèce d'immortalité, et en décours (9) de vie transitoire perpétuer son nom et sa semence. Ce que est faict par lignée issue de nous en mariage légitime (10). »
C'est pour ces motifs que Maître François s'est certainement étendu aussi longuement sur la sécrétion spermatique que sur la digestion. Dans les réponses du médecin Rondibilis à Panurge, qui lui demande s'il doit se marier, on trouve une énumération à peu près complète des causes qui influent sur cette sécrétion.
(1) L. III, ch. IV.
(2) Convenable, du latin compelens.
■ (3) Propres, du latin idonèus.
(4) Le souverain Créateur de riionime. IlXâofia, la créature, l'homine Jbrmc du limon de la terre. On nomme aujourd'hui plasma la partie liquide des sucs nutritifs, et notamment le sang. Rabelais médecin s'est servi à diverses reprises du mot plasmalure pour désigner l'ensemble de l'organisme. — « Dieu notre plasmateur » {Nef des darnes ver^ ineuses, par Symphorien Ciiampier ; Lyon, i5o3).
(5) Doué, doté.
(6) Orné, du latin adornaliis.
(7) Celle-ci.
(8) Unique, particulière, du latin singiilaris.
■ (9) Cours l'apide, du latin decursns. (10) L. Il, ch; VIII.
« Vous dictes, ol)scrve le doeteur Rondibilis à Panui-ge, que sentez en vous les poignants aguillons de sensualité. Je trouve en nostre faculté de médicine, et l'avons prins de la résolution (i) des anciens platoniques (2), que la concupiscence charnelle est réfrénée par cinq moyens : .
(( Par le vin prins intempôramment ; car par l'intempérance du vin advient au corps humain refroidissement de sang, résolution (8) des nerfs, dissipation .de semence générative, hébétation des sens, perversion des mouvements, qui sont toutes impertinences (4) à l'acte de génération. De faict, vous voyez peinct Bacchus, dieu des ivrognes, sans barbe et en habit de femme, tout efféminé, comme eunuche (5)... Aultrement est du vin prins tempéramment (6). L'antique proverbe nous le désigne (7), auquel (8) est dict : que Venus se morfond sans la compagnie de Cerès et Bacchus (g). Et estoit l'opinion des anciens, selon le récit de Diodore sicilien (10), mesmement des Lampsaciens (11), comme atteste le grand Pausianias (12), que messer Priapus fut fils de Bacchus et Venus. »
Les effets généraux de l'alcool sur le système nerveux sont bien tels. Quant à ses effets particuliers sur les fonctions delà génération, il est reconnu partons les hygiénistes
(I) Pris, appris, de la décision.
{2) Disciples de Platon.
(3) Dépression des nerfs.
(4) Dispositions impropres, du latiu impet'linens.
(5) Eunuque.
(6) Avec modération.
(7) Nous le montre, nous l'indique,
(8) Dans lequel.
(9) Sans pain ni vin.
Verbiim, Ilercle, hic veruni est : sirie deM'e et Baticlio Friget Venus...
(lertes ce proverbe est vrai : sans Cérès et Bacchus, Vénus est transie de froid. (Térence, Euneuchus, aCte ÏV, scène v;)
(10) Diodore de Sicile, 1. V, VI.
(II) Peuples qui habitaient Lampsatjue dans l'Asie Mineure. (12) Pausanias, lib. IX, 3i.
HABELAIS ANATOMISTli
que l'alcool pris passagèrement en excès excite les désirs vénériens, mais que pris habituellement en excès il aiïaiblit les fonctions génératrices. Examinons les auti'es moyens proposés par Rondibilis à son client :
« Secondement, par certaines drogues et plantes, lesquelles rendent l'homme rei'roidy, maléficié et impotent à génération. L'expérience y est en nymphéa heraclia (i), amerine saule (2), chenevé (3), periclimenos (4), tamarix (5), vitex (6), mandragore (7), ciguë, orchis le petit (8), la peau d'un hippopotame (9), et aullres, lesquelles dedans les corps humains, tant par leurs vertus élémentaires, que par leurs propriétés spécifiques, glacent et mortifient le germe prolifique ; ou dissipent les esperits qui le debvoient conduire aux lieux destinés par nature; ou opilent (10) les voies et conduicts par lesquels povoit (11) estre expulsé.
(1) Le nénuphar, ou volet d'eau douce, de la famille des Nymphéacées.
(2) Selon Mai'ty, qui a raison en celte circonstance, il laul écrire ces deux mots sans les séparer par une virgule. VAmerina salix est, en effet, une sorte d'osier d'Amérie, en Ombrie, qui n'est rien autre chose que Vamerino des Provençaux.
(3) Chènevis.
(4) Le chèvrefeuille. (Voy. Pline, 1. XXVII, ch. xii.)
(5) Le tamaris ou tamarin.
(6) « Le nom de vilex, disent Burgaud des Marets et Rathery, servait à désigner les Verbénacées, telles que VAgiius caslus ou gattilier, arbrisseau aromatique. »
(7) L'empereur Julien a cependant mentionné, dans son épître à Callixène, qu'il buvait du jus de mandragore pour s'exciter au jeu de l'amour.
(8) D'après Théophraste (1. IX, ch. xix), « le plus grand des deux tubercules de l'orchis ou salyrion, pris dans du lait de chien, favorise l'acte vénérien, tandis qu'au contraire le plus petit l'empêche ».
Le Satyrion a dû sa réputation à son odeur spermatique et à la ressemblance de son "bulbe avec la glande séminale, d'où son autre nom d' Orchis.
(9) Il était également admis au temps de Rabelais que les goutteux étaient soulagés en portant, au-dessus du genou, une jarretière faite avec, un morceau de la peau du même animal.
(10) Bouchent; du latin oppilare. Au livre I, chapitre 11, des Causes des symptômes, de Galicn, il est dit que « l'influence de la faculté animale est empêchée lorsque le nerf qui a en soi des ouvertures est ou bouché ou comi)rimé ».
(u) Pouvait.
Comme au contraire nous en avons qui cschauflcnt, excitent et habilitent à l'acte vénérien (i). »
Je ne veux pas discuter la propriété anaplirodisiaque de toutes les herbes indiquées par Rondibilis. On attribue cependant encore cette propriété au nénuphar, au gattilier (vitex), à la ciguë. Quant au tamarin, à l'amérino, au chèvrefeuille (periclimenos), au chènevis (chenevé), il est douteux qu'ils la possèdent.
« Tiercement (2), dist Rondibilis, par labeur assidu. Car enicelluy est faicte si grande dissolution (3) du corps, que le sang, qui est par icelluy (4) espars pour l'alimentation d'un chascun membre, n'ha temps, ne (5) loisir, ne faculté de
(1) Rabelais en a cité quelques-uns : les aliments du carènic (Voy. Physiologie de l'Appareil digestif), les l'ustigations des reins, l'émcraude.
Panurge compare les Cliicanous, qui mouraient de laim s'ils n'étaient pas battus, « aux gens qui ne peuvent le cercle caverneux vers le cercle équatorial dresser, s'ils ne sont très bien fouettés ».
C'est principalement, en effet, sur les organes chargés de la reproduction qu'agit la flagellation. Les personnes qui ont lu les Confessions de Rousseau savent ce qu'il éprouvait, encore enfant, sous l'influence des corrections de M"" Lambercier. Et, sans évoquer les obscénités du règne de Néron, ni les flagellations de Henri III et de ses mignons, sans renvoyer au discours 11 des Dames galanles de Brantôme, sans feuilleter le traité de Meibomius : De flarjrornm usa in re venereâ, ni Vllisloire (les Flagellons de l'abbé Boileau, on pourrait trouver, dans l'aveu des modernes prétresses de Cythère, mille exemples de résurrections opérées sous leurs verges ensanglantées.
La braguette de Gargantua était fixée par « deux crochets d'esmail, en un chascun desquels estoit enchâssée une grosse esmcraugde de la grosseur d'une pomme d'orange. Car, ainsy que dictOrpheus, libro deLapidibiis, et Pline, libro ullimo, elle ha vertu érective et confortative du membre naturel ».
Dans les Poèmes orphiques, l'émeraude est donnée comme un puissant aphrodisiaque. Il n'est pas question de ce corps dans le dernier livre de Pline, quoi qu'en dise Rabelais. « L'émeraude, a écrit, en 1669, Robert de Berquen, conserve la chasteté et découvre l'adultère, ne pouvant du tout souffrir l'impudicité autrement qu'elle se rompt de soi-même en pièces, ainsi que le fait entendre Agricola. » (Daubrée, Mémoires de rinslilul, 1891.)
(2) Troisièmement, du latin îerlius.
(3) Affaiblissement, anéantissement, du latin dlssolnliù.
(4) Dans celui-ci.
(5) Ni.
22(5 lUBELAlS ANAlKJMISTË
rendre celle (i) résudalion séminale (2) et superfluilé de la tierce concoction (3). Nature particulièrement se la réserve, comme trop (4) plus nécessaire à la conservation de son individu, qu'à la multiplication de l'espèce et genre humain. Ainsy est dicte Diane chaste, laquelle continuellement travaille h la chasse. Ainsy jadis estoient dicts les castres, comme castes (5) esquels continuellement travailloient les athlètes et souldars (6). Ainsy escript Hippoc. lib. de Aëre, Aqiia et Locis (7), de quelques peuples en Scythie, lesquels, de son temps, plus estoient impotents (8) que eunuches (9) h l'esbatement (10) vénérien, parce que continueliement ils estoient à cheval et au travail (11). Gomme au contraire disent les phylosophes, oisiveté estre mère de luxure. Quand l'on demandoit à Ovide, quelle cause fut pourquoy ^gistus devint adultère? rien plus ne respondoit, sinon qu'il estoit otieux (12).
(1) Dans le sens de cctlc.
(2) Sécrétion de la semence spennalique, du latin resudalio, lait de fesitdere, rendre un liquide, le rejeter.
(3) Voy. Appareil digestil'.
(4) Beaucoup.
(5) Les camps [cadra, en latin), comme chastes [casla, en latin). Jeu de mots emprunté à Isidore qui dit, au livre IX de ses Elymologies : « Dicla aiilem castra, quasi casla, ed quôd ibi caslrarelur libido. On les appelle castres, comme qui dirait castes — chastes, — parce que tout désir vénérien en était banni. »
(6) Les soldats.
(7) Au livre de l'Air, de l'Eau et des Lieux.
(8) Impuissants, du latin impolens.
(9) Eunuques.
(10) Au jeu, k l'amusement.
(11) La microrchidie ou atrophie du testicule (de (xi/pô;, petit, et ôpxK, testicule) était en quelque sorte endémique chez les Scythes, aussi l'impuissance était-elle Iréquente parmi eux. La microrchidie est la maladie féminine d'Aristote. (Voy. Les c..., comme une r/uedoufJc.)
(12) Oisif, du latin oliosus. Dans l'ouvrage d'Ovide intitulé DeRemedw amoris (l. I, v. iGi), on lit :
Qucreliir /Eçjijslus qiiare sil faclus aduller, In pi'omplti causa csl, desidiosus erat.
On demande pourquoi /Egysle devint adultère, la cause péremp-
toire est qu'il était paresseux.
ANAÏOMIE DESCRIPTIVE 227
Et qui osteroit oisiveté du inonde, bien tost pôriroient les arts de Cupido (i) ; son arc, sa trousse et ses flèches luy seroient en charge inutile, jamais n'en fériroit (2) personne. Car il n'est mie si bon archier (3), qu'il puisse férir les grues volants par l'aer, et les cerfs relancés par les bocages (comme bien faisoient les Parthes), c'est à dire les humains tracassants (/|) et travaillants : il les demande cois (5), assis, couchés, et à séjour (6). De faict, Théophraste, quelque fois interrogué quelle beste ou quelle chose il pensoit estre amourettes, respondit que c'estoient passions d'esperits otieux. Diogenes pareillement disoit paillardise estre l'occupation des gents non aultrement occupés (7). Pourtant (8), Canachus (9) Sicyonien, sculpteur, voulant donner entendre qu'oisiveté, paresse, nonchaloir (10), estoient les gouvernantes de ruffiennerie (11), feit (12) la statue de Venus assise, non debout, comme avoient faict ses prédécesseurs. »
Il n'est pas besoin de longs commentaires pour démontrer que les travaux manuels, et encore plus le surmenage physique, chassent les idées érotiques. Les ouvriers et les paysans sont moins portés vers les plaisirs de la chair que les citadins et les oisifs. Et les raisons que donne de ce fait
(1) Traduction de ce vers d'Ovide :
Otia si Mlas, pericre Ciipidinis arles.
{De Reniedio amoris, 1. I, v. i3g.)
(2) N'en IVappcrait, du latin ferire.
(3) Il n'est si bon archer.
(4) Se donnant du tracas, du tourment, de l'activité.
(5) Tranquilles, du latin qiiieliis.
(6) En repos.
(7) « Cette apophthegme est de Diogèjie le Cynique, dans Diocjènc de Laerce. » (Le Duchat.)
(8) A cause de tout cela.
(9) Voy. les Corinlhiaqiies de Pausanias. » (Le Duchat.)
(10) Nonchalance.
(11) De débauche.
(12) Fit.
le médecin du moyen âge sont encore admises par les physiologistes d'aujourd'hui.
« Ouartement (i), par fervente estude. Car en icelle est faicte Incrédible (2) résolution des esperits, tellement qu'il n'en reste de quoy porter aux lieux destinés ceste résudation générative(3), et enfler le nerf caverneux (/,), duquel l'office est hors la projecter, pour la propagation d'humaine nature. Qu'ainsy soit (5), contemplez la forme (6) d'un homme attentif à quelque estude, vous voirrez en luy toutes les artères du cerveau bandées, comme la chorde d'une arbaleste, pour lui fournir dextrement (7) esperits suffisants à emplir les ventricules du sens commun, de l'imagination et appréhension (8) , de la ratiocination (9) et résolution, de la mémoirô et récordation (10) ; et agilement courrir de l'un à l'aultre par les conduicts manifestes ( 1 1 ) en anatomie, sus ( 1 2) la fmdu rets admirable (i3), onquel (i4) se terminent les
(1) Quatrièmement, du latin quarlus.
(2) Incroyable, du latin incredibilis.
(3) VoY- p. 226, note 2.
/. Les nerfs caverneux sont ceux qui se distribuent aux deux corps caverneux qui, avec le prépuce et l'urèthre, constituent la verge. (Voy. Le r^^cL^e une panlophle,^. -2, note 1.) - Par nerf caverneux, on doit ie crois, entendre ici les corps caverneux dont rérect.on est nécessat; pour « projecter hors la résudation générative ». Je le crois d'autant Xs 1» qu'Aristote et Galien ont dit que la semence du mâle, essentiellement chaude, contenait un souffle qui dilatait les corps caverneux et en provoquait 1 érection; 2» que Rabelais a appelé (1. III, ch. x-^'iii) la verge le membre nerveux, caverneux ».
(5) Pour en juger.
(6) L'apparence, l'attitude. ^ r - ^ , 7 Avec dextérité, rapidité, du latin dexler, forme du grec o3Çc:apo« ou
^,^X droit, qui est du côté droit; parce qu'on travaille avec plus d'adresse de la main droite que de la gauche.
(8) Appréhension, du latin upprehenlio.
(9) Raisonnement, du latin raliocinolio.
(10) Souvenance, du latin recovdaUo.
(11) Apparents, du latin maiiifcsliis.
(Îb) Voy. Angéiologie : Le vais admirable, comme un chanfrein ; et Névrologie. Physiologie.
(i4) Dans lequel.
artères, lesquelles de la senestre armoire (i) du cœur prcnoient leur origine, et les esperits vitaulx affinoient (2) en longs ambages (3), pour estre faicts animaulx. Démode qu'en (4) tel personnage studieux vous voirrez suspendues toutes les facultés naturelles, cesser touts sens extérieurs : brief (5) vous le jugerez n'estre en soy vivant, estre hors soy abstraict par ecstase (6), et direz que Socrates n'abusoit du terme quand il disoit : Phylosophie n'estre aultre chose que méditation de mort. Par adventure est ce pour quoy Democritus s'aveugla (7), moins estimant la perte de la vue, que diminution de ses contemplations (8), lesquelles il sentoit interrompues par l'esgarement des yeulx (9). Ainsy est vierge dicte Pallas, déesse de sapience (10), tutrice (11) des gens studieux. Ainsy sont les Muses vierges ;' ainsy demeurent les Charités (12) en pudicité éternelle. Et me soubvient avoir leu (i3) que Cupido quelquesfois interrogué de sa mère Venus, pour quoy il n'assailloit (i4) les Muses, res-
(1) Du ventricule gauche.
(2) Purifiaient, rendaient plus subtils, du latin affîngere, formé de ad, augmentatir, et fingere, façonnçr.
(3) En longs détours. Les artères vertébrales et les carotides internes, qui sont les branches d'origine du rets admirable (hexagone artériel de Willis), ont un trajet très compliqué.
(4) De manière que.
(5) Bref.
(6) Extase.
(7) « La grande passion que Démocrite avait pour l'étude fit qu'il s'aveugla lui-même pour se mettre hors d'état de pouvoir s'appliquer à d'autres choses. Il exposa à découvert une plaque d'airain, qui renvoyait vers ses yeux les rayons du soleil, dont la chaleur lui fit à la fin perdre la vue. » (FÉNELON, Abrégé de la vie des plus illuslres philosophes. — Voy. également Cicéron, Queslions lusculanes, 1. V, et Plutaroue, Trailé de la Curiosité.)
(8) Méditations, du latin conlemplalio.
(9) La distraction que produit la vue du monde extérieur.
(10) De la sagesse, du latin sapienîia. (i 1) protectrice.
(12) Les Grâces, que l'on confond souvent avec les Muses, du grec XâfiTîç. 'H. Xâpiç, la plus jeune des Grâces, Aglaé ou Charis.
(13) Dans Lucien, au dialogue intitulé : Vénus et Cupidon.
(14) Il n'attaquait pas.
RAMELAIS ANATOMISTE
pondit qu'il les trouvoit tant belles, tant nettes (i), tant honestes, tant pudiques et continuellement occupées, l'une à contemplation des astres, l'aultre h supputation des nombres, l'aultre à dimension des corps géométriques, l'aultre à invention rhétorique, l'aultre à composition poétique, l'aultre ii disposition de musique, que, approchant d'elles, il desbandoit son arc, l'ermoit sa trousse (2), esteignoit son flambeau, de honte et craincte de leur nuire. Puis ostoit le bandeau de ses yeulx pour plus apertement (3) les voir en l'ace, et ouïr leurs plaisants chants et odes poétiques. Là prenoit le plus grand plaisir du monde. Tellement que souventil se sentoit tout ravy en leurs beautés et bonnes grâces, et s'endormoit à l'harmonie. Tant s'en fault qu'il les voulsist (4) assaillir, ou de leurs estudes distraire. En cestuy article (5), je comprend ce qu'escript Hippocrates au livre sus dict, parlant des Scythes, et au livre intitulé (6) De genitiirâ, disant touts humains estre à génération impotents (7) esquels (8) l'on ha line fois coupé les artères parotides (9) qui sont à costé des aureilles, par la raison cy-devant exposée quand je vous parlois de la résolution des esperits et du sang spirituel, duquel les artères sont réceptacles (10) :
(1) Pui-es.
(2) Son carquois.
(3) Distinctement, du latin aperlè.
(4) Voulut, participe passé de l'ancien verbe vouloir.
(5) En ce qui touche cette articulation, cette assertion.
(6) De la géniture, de la semence.
(7) Impuissants, du latin impolens.
(8) Auxquels.
(9) Du grec 7:aoà, auprès et où;, tLîdî oreille. On appelle encore poro//V/<'.'! les glandes salivàires situées près des oreilles. Chacune de ces glandes est traversée par l'artère carotide externe.
(10) « Les artères sont destinées pour porter le sang spiritueux. Non pas que le sang artériel soit tout spiritueux, mais c'est que sa plus grande partie étant telle, il tire d'elle, comme étant sa plus noble partie, sa dénomination. Car il faut remarquer que des parties du sang, les unes sont plus, les autres moins spiritueuses. En éfet, il ne faut pas crou-e que le chyle, qui après s'être mêlé avec le sang dans la veine cave, entre pour la première fois dans le cœur, y acquière dabord et sur le champ
ANATOMIE PESCRIPTIVE
aussy qu'il maintient (i) grande portion de la géniture (•i) sourdre du cerveau et de l'espine du dos (3). »
Que le sperme soit sécrété directement par les testicules au lieu d'y être, comme on le croyait autrefois, porté de la moelle et du cerveau, il ne s'ensuit pas moins que l'excès des travaux intellectuels, appliqués aux lettres, aux sciences ou aux arts, est reconnu comme une cause d'affaiblissement de la virilité, de l'éloig'nement des désirs vénériens et, eniin, de l'impuissance.
à cette même entrée, autant de spirituosité, qu'en ont déjà acquis les autres particules du sang qui avoient auparavant été mêlées avec le chyle, et qui par la circulation ont passé souvent par le cœur, et y ont été plusieurs fois dilatées. Car tout ainsi que dans la distilation du vin, plus le vin est distilé de fois, plus l'esprit qu'on en tire est subtil, pur et éficace : de même, plus le sang est dilaté de fois dans le cœur, plus les particules spiritueuses se débarrassent et se séparent de la masse épaisse, et plus elles s'atténuent. Celles qui sont moins spiritueuses, et non suffisamment atténuées, et qui, par cette raison là sont peu propres pour la nutrition, retournent au cœur, par le moyen des veines, afin qu'y étant de nouveau raréfiées, elles acquièrent une plus grande spirituosité. »
(DiEMERBROECK, lOC. cU. Slipi'à, t. Il, p. 498.)
(1) Ainsi qu'Hippocrate assure.
(2) De la semence.
(3) Selon Hippocrale, le liquide spermatique est une sécrétion des parties les plus fortes et les plus essentielles de tout ce qu'il y a d'humide dans le corps et particulièrement dans la tête, « parce que ceux auxquels on a coupé les artères auprès des oreilles ne produisent plus qu'une semence faible et souvent inféconde. » (Hippocrate, lib.De Genihirâ, p. 127, et lib. DeDielâ, p. 198; Lugd. Bat., t. I, i665.)
Il existe un dessin, extrêmement curieux, intitulé De Coïlii, dont l'auteur est un contemporain de Rabelais, un grand peintre doublé d'un grand savant. J'ai nommé Léonard de Vinci. C'est la reproduction par le trait des anciennes doctrines concernant la génération dans l'espèce, humaine. Chez l'homme, on voit des canaux qui charrient de la moelle et du cerveau aux testicules le sperme nécessaire à la fécondation, et les canaux qui portent des poumons k la verge le souffle qui, d'après Galien, produisait l'érection. Chez la femme, on aperçoit une matrice assez bizarre, de laquelle naissent des conduits qui vont se terminer aux mamelles, en conformité de la théorie hippocratique, qui voulait que les règles se transformassent en lait, après la délivrance, pour servir k l'allaitement.
Aujourd'hui encore, on croit dans le peuple que la semence humaine vient de la moelle. Les bouchers, pour désigner le haut de la moelle, disent toujours « l'amourette ». A côté de cette dénomination erronée, rappelons
« Quintement, par Tactc vénérien » IVéquemmcnt répété.
L'abus des rapports sexuels entraîne non seulement l'impuissance, mais encore la spermatorrhée, qui débilite l'organisme.
A ces causes de la diminution de la sécrétion spermatique, il faut généralement ajouter, enfin, le défaut de fonctionnement régulier des glandes génitales et la vieillesse.
(( Panurge, mon ami doulx, remarque (i) le fondateur de l'abbaye de Thélème (2), je ne te conseille chose que je ne fisse, si j'estois en ton lieu. Seulement aye égard considération de tousjours bien lier et continuer tes coups. Si tu y fais intermission (3)..., t'adviendra ce qu'advient aux nourrices. Si elles désistent (4) allaicter enfants, elles perdent leur laict. Si continuellement n'exerce ta mentule (5), elle perdra son laict... Par non usage sont perdus touts privilèges (6)... Pourtant (7)..., maintien tout ce bas et menu populaire, troglodyte (8), braguetodyte (9), en estât de labourage sempiternel. Donne ordre qu'ils ne vivent en gentilshommes, de leurs rentes, sans rien faire.
« Le temps matte toutes choses. Il n'est le marbre ne (10) le porphyre, qui n'ait sa vieillesse et décadence. Desja voi-je ton poil grisonner en teste. Ta barbe, par les distinctions • du gris, du blanc, du tanné et du noir, me semble une mappe-monde. Regarde icy. Voila Asie; icy sont Tigris et
qu'ils nomment très exactement la matrice la << portière » (de porter), et le fœtus enveloppé de ses membranes, « l'enfant de chœur ».
(1) L. III, ch. XXVII et XXVIII.
(2) Du mot grec Ulr,[>.«, qui signifie volonté.
(3) Si tu espaces d'une manière régulière. Conservé dans ce sens.
(4) Si elles renoncent, si elles cessent, du latin desistere.
(5) La verge. En latin menhtln.
(6) Ancienne maxime de droit canonique.
(7) Pour ce motif, à cause de cela.
(8) Logé dans un lieu obscur, du grec TpwYÀoBiTr.c, formé de iç,A^M, trou, et de ôiivto ou j'entre.
(9) Mot forgé, caché dans la braguette.
(10) Ni.
Euphrates (i). Vorla Afrique; icy osL la montagne de la Lune (2) ; voids-tu les palus (3) du Nil? Deçà est Europe : voids-tu Theleine? Ce toupet icy tout blanc, sont les monts Ilypei-borées (4)... mon ami, quand les neiges sont és (5) montagnes, je di la teste et le menton, il n'y ha pas grande chaleur dans les vallées de la braguette. »
« Ce qu'il y a de vif et de moelle est étouffe, par ses longueries, » a dit Montaigne, ennuyé par un discoureur prolixe. Pour ne p^as encourir ce reproche, je passerai sans transition de la description des organes génitaux de l'homme h celle des organes génitaux de la femme. La naissance de Garo-antua a fourni à Maître François — je le rappelle (Voy. Angéiologie) — l'occasion de parler des organes génitaux de la femme, dès le vi'^ chapitre du livre L
« Gargamelle (6) commença à se porter mal du bas... Peu de temps après, elle commença à souspirer, lamenter et crier. Soubdain vindrent(7) à tas sages-femmes detouts costés (8).
(1) Grand fleuve d'Asie qui va se jeter dans le golfe Persique après avoir reçu un autre fleuve, le Tigre.
(2) Les montagnes de la Lune (en arabe El-Kamar) limitent au sud l'ancienne Nigritie ou Soudan.
(3) Les marais, du latin palus.
(4) Du grec ûzip, augmentatif, et (3op£a;, vent du nord. — Montagnes de la Sarmatie. Je Irouvo dans le dictionnaire de N.Landais que« c'est Voltaire qui, le premier, a dans VOrphelin de Chine, francisé l'adjectif latin hijperboreiis pour en faire le mot hyperborée «. N. Landais n'a pas lu Rabelais.
(5) Aux sommets des montagnes. Panurge n'avait cependant que « trente et cinq ans ou environ » quand il a rencontré Pantagruel. (Voy. 1. II, ch. xvi.)
(6) Grande gorge, en patois languedocien.
(7) Vini"ent.
(8) « Pendant fort longtemps, les femmes en couches, même les reines, ont été soignées exclusivement par des sages-femmes. Astruc prétend que ce n'est qu'en i663 qu'on a commencé à la cour de France à se servir d'un accoucheur, et ce fut, dit-il, dans une de ces occasions où l'honneur en danger ne prend conseil que du trouble qui l'égaré et viole une partie des régies pour sauver l'autre. Qui le croirait? ce fut la honte qui fit, pour la première fois, recourir à des hommes. Un roi, qui connaissait le pouvoir de l'exemple sur le trône et qui voulait cacher ses faiblesses et ménager la délicatesse de celle qui les partageait, crut ne pouvoir remettre en de meilleures mains un secret si cher. On craignait que la
RABEr.AIS ANATOMISTE
« EL hi tastant par le bas, trouvarciiL (i) quelques pellaudei'ies (2), assez de maulvais goust, et pensoient que ce fust l'enfant (3) ; mais c'estoit le fondement qui lui escapoit (4), à la mollification du di-oict intestin (lequel vous appelez le boyau c.) (5), par avoir (6) trop mangé de tripes, comme avons déclairé cy-dessus (7).
« D'ond (8) une... vieille de la compagnie (9), laquelle avoit réputation d'estre grande médicine... lui feit (10) un restrictif (11) si horrible (12), que touts les larris (i3) tant (i4) furent oppilés (i5) et reserrés, que à grand'-peinc avecques les dents vous les eussiez eslargis...
présence d'une sage-femme dans le palais, où les soupçons régnaient déjà, ne fournît un nouvel aliment à la maligne curiosité des courtisans. On se servit pour leur donner le change d'un chirurgien, que son ministère attachait à la cour. C'est ainsi que Jupiter confiait quelquefois à des dieux subalternes, plutôt qu'à des déesses, son embarras et le soin de dérober auxyeux de Juiion le fruit de ses infidélités. >'(IIisloire médicale cl pliilosophi(jue de la femme, par le D'' Menville de Ponsan, 2= édit., t. I, p. 409.)
(1) Trouvèrent.
(2) Lamelles de peau, rognures de peau. En Normandie, on nomme les mégissiers : paultiers.
(3) Allusion à l'ignorance des accoucheuses du temps. .
(4) Échappait, sortait, tombait ; scnppare en italien, escapar en espagnol et échapper en français ont la même signification.
(5) Le rectum.
(6) Pour avoir.
(7) Voy. Appareil digestif : Le boyau c..., comme un bonrvabaquin monachal.
(8) Par suite, pour ce motif.
(9) De la corporation des sages-femmes.
(10) Lui fit.
(11) Restrainctif, en langue romane, un remède astringent, du latin reslringere. Un restrainctif, en vieux langage médical, est un remède qui resserre le ventre. Dans certains cas de chute du fondement, on conseille encore aujourd'hui des topiques astringents (injection. Uniment, pommade).
(12) Énergique, excessif, violent, du latin horribilis.
(13) Le col de la matrice et les parois vaginales, du celte larrua, qui veut dire peau, cuir, membrane. Ce sens est attribué également au terme larris dans un passage des Cenl Nouvelles nouvelles, qu'il est impossible de reproduire.
(14) Furent si bien.
(15) Bouchés, du \alh\ oppilare. Le remède, dont la dose était *xces-
ANATOMIR DESCRIPTIVE î235
(( Par cest inconvénient (i) l'uronl au-dessus relasclu-s (a) les cotylédons (3) de la matrice, par lesquels (/|) sursaulta (5) l'enfant, et entra en la vène creuse (6), et gravant (7), par le diaphragme jusques au dessus des espaules, on (8) la
sive, avait agi à la l'ois sur le rectum et sur les organes creux avec lesquels celui-ci est immédiatement en rapport en bas et en avant.
(1) Dans le sens du mot latin inconvénient, qui ne s'accorde pas avec les vues, les projets, les espérances, etc. ; formé de in négatif, et de con~ uenire, convenir, s'accorder.
(2) En vertu de la vieille théorie du sïriclum et du laxiim d'Asclépiade et de Cœlius Aurclianus, qui prétend que, dans deux parties organiques voisines, lorsque Tune est resserrée, l'autre est relâchée. En faisant prescrire pour Gargamelle un << restrictif si hori'ible » par une des sages-femmes. Maître François a donc eu ses raisons. Il a rendu impossible, d'une part, la sortie de l'enfant par les voies naturelles, et rendu possible, d'autre part, le saut de l'enfant au-dessus des cotylédons couvrant les deux parois de la matrice écartées Tune de l'autre.
(3) II ne s'agit pas ici des villosités ou franges vascnlaires du délivre ou placenta, ni de celles de la membrane qui enveloppe complètement le fœtus, du chorion (du grec, 70'piov, fait de /.topsty, contenir).
« Les cotylédons sont, dit Dioclès de Caryste, des bras de poulpes ou des cornes, excroissances en forme de mamelles larges à la base, terminées en pointe au sommet, sur les deux côtés de l'utérus, créées par prévoyance par la nature pour exercer le fœtus à attirer le mamelon du sein. » Aristote en a l'ait mention (1. VII, ch. v). Dans le Trailé des chairs d'Hippocrate (trad. Littré, vol. VIII, p. SgS), il est mentionné que » l'enfant dans le ventre maternel ayant les lèvres continuellement collées suce la matrice... Il n'aurait pas de matières excrémentitielles s'il n'avait sucé dans la matrice; et à la naissance il ne saurait prendre tout d'abord le mamelon, si dans l'utérus il n'avait usé de la succion. » L'influence deDémocrite surl'anatomic a été considérable. (Voy. Diogène DE L.\ERTE et l'étude magistrale de F. Leclerc sur les médecins arabes) et il y a lieu de soupçonner que les lignes précitées d'Hippocrate ont été inspirées par le philosophe d'Abdère. Celui-ci a affirmé, en effet, « que c'est parce que l'enfant s'est nourri préalablement en suçant des sortes de tétines, situées dans la matrice, qu'il sait, dès qu'il est né, tirer avec les lèvres le lait des mamelles de sa mère ». A Vésale et à Arantius revient l'honneur d'avoir démontré péremptoirement que des cotylédons de ce genre n'existent pas chez la femme.
(4) Au-dessus desquels.
(.5) Sauta.
(6) Les veines caves inférieure et supérieure. (Voy. Angéiologie, Physiologie.)
(7) Montant.
(8) Où.
dicte vènc se part (i) en deux, print (a) son chemin h gausche, et sortit par l'aureille senestrc (3). »
Il appert de ce passage et de ce que j'ai dit antérieurement (Voy. Les géniloires, comme un rabbol) que Rabelais a admis non seulement la division de la matrice de la femme en plusieurs compartiments, mais encore la présence dans ce viscère d'excroissances mamelonnées, « cotylédons, » créées par la nature pour permettre au fœtus de s'exercer à la succion. Ne plaçons pas pour cela Maître François bien au-dessous de Vésale. Ce dernier n'a pas dépassé luimôme de beaucoup Achillinus, Béranger de Carpi, Gabriel
(1) Se divise, se partage, du latin parliri.
En traitant de l'appareil circulatoire, j'ai (îtabli que l'illustre professeur dont la Faculté de médecine de Montpellier garde si pieusement le souvenir, a l'ait mention çà et là, dans Garganlua et dans Panlagriiel, des veines rénales, des veines caves supérieure et inférieure (véne creuse) et de la valvule qu'offre la veine cave inférieure à son entrée dans le cœur, des veines jugulaires et qu'il a fait justement cheminer l'énorme fœtus dans le tronc veineux brachio-céphalique gauche, qui est plus large que le tronc veineux brachio-céphalique di'oit. Le moment est venu d'observer que Maître François n'a pas dit un mot des veines utéro-ovariennes, qui relient la matrice à la veine rénale gauche et à la veine cave inférieure, et par l'une ou l'autre desquelles veines utéro-ovariennes Gargantua a dû aussi forcément passer. Le commentateur deGalicnles a évidemment connues. Elles ont été, en effet, décrites en ces termes par le savant médecin de Pergame : « De la veine cave et de l'aorte partent également deux vaisseaux, deux veines et deux artères. Elles se divisent en deux groupes, comprenant chacun une artère et une veine. Le groupe droit se porte sur les parties latérales droites de l'utérus, le groupe gauche sur les parties latérales gauches. Avant d'atteindre la matrice, ces vaisseaux donnent quelques branches aux testicules (ovaires), puis elles viennent se ramifier et se perdre dans les tissus utérins. Ces vaisseaux naissent un peu au-dessous de ceux qui se rendent dans les reins. Les veines sont beaucoup plus grosses que les artères. Chez certaines femmes, ces vaisseaux pourraient provenir, à ce qu'assure Hérophile, des vaisseaux rénaux. Je n'ai rencontré que très rarement cette disposition chez les animaux, sauf chez les singes. Je ne dis donc pas qu'Hérophilc n'ait pas raison pour la femme. C'était en effet, à ce qu'il me semble d'après mon expérience personnelle, un excellent anatojniste qui a travaillé beaucoup plus souvent sur les cadavres humains que sur les cadavres des animaux. » (Liv. de la dissecl. de rulcnis, trad. Daremberg.)
(2) Prit.
(3) Gauche, du latin sinisler.
de Zcrbis, clc. (i), dans sa description de l'appareil génital Icminin (2).
La longue tirade de Rondibilis sur le mode de genèse de l'hystérie chez la femme fourmille également d'assertions erronées. C'est une compilation pleine de verve, d'élégance et d'érudition, mais très diffuse et que je négligerais, si je ne tenais, avant tout, à être impartial et complet.
« La nature ha dedans le corps des femmes, posé en lieu secret et intestin (3), professe Rondibilis, un animal, un membre (4), lequel n'est (5) és homme; onquel quelquesfois sont engendrées certaines humeurs salses (6), nitreuses (7), bauracineuses (8), acres, mordicantes, lancinantes, chatoil-
(1) Achillinus, Béranger de Carpi, Gabriel de Zerbis vivaient au iv« siècle. Achillinus et Béranger de Carpi, professeurs à Bologne, ont découvert, le premier la membrane hymen, le second l'unité de l'utérus; Gabriel de Zerbis de Vérone a isolé tous les ligaments de l'utérus, saut le ligament rond.
(2) Il a prétendu que la matrice était divisée en deux par une crèlc saillante et oublié la plupart des ligaments de ce viscère.
(3) Intérieur, du latin inîeslinus.
(4) La matrice a été considérée par Platon comme un animal; puis par Guy de Chauliac, Mundinus, Mathieu de Gradibus, etc., comme un membre viril retourné et interne. « Elle est, dit Guy de Chauliac, comme la verge renversée ou mise au dedans, au quatorzième de l'usage des parties. Car elle a au-dessous deux bras cellulaires avec les testicules, comme la bourse des testicules. Elle a aussi un ventre commun au milieu comme les parties du pénil . Elle a son col en bras canulé comme la verge. Elle a aussi la vulve comme une balance et la mitre. Elle a aussi le tentigo comme un prépuce. Elle a aussi sa longueur comme la verge de huit ou neuf doigts. Et, bien qu'elle n'ait que deux seins ou cavités manifestes suivant le nombre des mamelles, toutefois elle a chacune d'icelles triplement cellulée, et une au milieu, de sorte que, selon Mundinus, on y trouve sept réceptacles. Elle a colligence ou alliance avec le cerveau, le cœur, le foie, Testomac, et est attachée au dos. Entre elle et les mamelles sont continuées les veines du lait et des menstrues, à raison de quoi, dit Galien au chapitre vi, Hippocratc disait le lait estre frère des menstrues. » (Guy de Chauliac, Grande Chirurgie, p. 77, édit. Joubert, Rouen, 1682.)
(5) Qui n'existe pas chez les hommes.
(6) Salées.
(7) Contenant du nitrc, du salpêtre.
. (8) Renfermant du borax. Dans les œuvres de Bernard Palissy, borax est écrit bourrac.
lantes (i) amèrement : par la poincture (2) et rrctillement doloreiix (3) desquelles (car ce membre est tout nerveux et de vif sentiment) tout le corps est en elles esbranlé, touts les sens ravis, toutes affections intérimées (4), touts pansements (5) confondus. De manière que, si Nature ne leur eust arrosé le front d'un peu de honte, vous les voirriez comme forsenées, courrir l'aguillctte (G), plus espouvenblement, que ne feirent (7) onques (8) les Prœtides (9), les Mimallonides (10), ne (11) les Tliyades (12) bacchiques au
(1) Chaloiiillantes.
(2) La piqûre, du latin piiiujcre.
(3) Douloureux.
(4) ' Éteintes, du latin inlevimcve.
(5) Pensées.
(6) On disait jadis des femmes de mauvaise vie qui sollicitaient les passants dans les rues qu'elles couraient raiguillelte.
C'est pourquoi je recherche une jeune fiUetle, Experte dès longtemps à courir l'aiguillelte.
(M. RÉGNIER. Épîlre IL)
Suivant quelques étymologistes, cette locution aurait pris naissance à Toulouse, où, au moyen ûge, les prostituées étaient obligées de porter, comme une marque d'infamie, une aiguillette sur l'épaule.
Suivant d'autres, elle serait née à Beaucaire, où, la veille de la foire, les femmes de moeurs faciles célébraient la sainte Madeleine, en organisant entre elles une course dont le prix était un paquet d'aiguillettes, c'est-à-dire un paquet de tresses ou cordons ferrés par les deux bouts.
Cette dernière explication est évidemment la plus plausible.
(7) Firent.
(8) Jamais.
(9) Les Proétides, fdles de Proétus, roi d'Argos, étaient au nombre de trois, savoir : Lysippe, Yphinoé et Yphianasse. Ayant négligé le culte de Bacchus, au dire des uns, ayant osé comparer leur beauté à celle de Junon, au dire des autres, elles furent punies par un accès de démence qui leur fit croire qu'elles étaient changées en génisses. Le divin Mélampe les guérit en épousant l'une d'entre elles.
Prœlides implerunl falsis mugitibus agros,
(Virgile, ÉgL VI, v. 48.)
(10) Mimallonides, Mimallones (Strat.). Mimallonides (Ovide). Les bacchantes, les prêtresses de Bacchus. Les Mimallonides ont tiré leur nom du mont Mimas, en Asie Mineure, où elles célébraient leurs orgies.
(11) Ni.
(12) Thyades, du grec O'jw, être en furie. Autre nom donné aux bacchantes, parce que, dans les célébrations des orgies, elles couraient, çii et là, tout échevelées, vêtues de peauX de tigre, avec une vivacité qui res-
ANA.TOMIE DESCRIPTIVE 289
jour de leurs bacchanales (i) ; parce que cestuy terrible animal a colliguance (2) à toutes les parties principales du corps, comme est évident en l'anatomie.
« Je le nomme animal, suivant la doctrine, tant des académiques (3) que des péripatétiques (4). Car, si mouvement propre est indice certain de chose animée, comme cscript Aristoteles (5), et tout ce qui de soy se meut est dict animal, a bon droict Platon le nomme animal (6), recognoissant(7) en luy mouvements propres de suffocation, de précipitation, de corrugation (8), de indignation : voire si violents, que bien souvent par eulx est tollu (9) à la femme tout aultre sens et mouvement, comme si fust lipothymie (10), syncope, épilepsie, apoplexie, et vraie ressemblance de mort. Oultre plus, nous voyons en icelluy discrétion (11) des odeurs manifeste (12), et le sentent les femmes fuir les
semblait à de la fureur, en tenant des thyrses, des torches, des flambeaux et en poussant des hurlements effroyables.
(1) Fêtes de Bacchus.
(2) Alliance, union, relation.
(3) Les disciples de Platon. On les appelait ainsi parce que Platon donnait ses leçons dans un jardin célèbre, Acadeimis, situé dans le Céramique, faubourg important d'Athènes.
(4) Les philosophes de l'école d'Arislote. On les qualifiait de la sorte soit parce qu'ils se réunissaient dans les salles (:iEp{jtaTtî) du lycée, soit parce que leur maître pi'ofessait en se promenant {::spina.xciv, se promener).
(5) Aristote.
(6) « La matrice, dit Platon, est un animal qui désire ardemment engendrer des enfants ; lorsqu'il l'estc longtemps stérile après l'époque de la puberté, il a peine à le supporter ; il s'indigne, il parcourt tout le corps, obstruant les issues de l'air, arrêtant la respiration, jetant le corps dans des dangers extrêmes et occasionnant diverses maladies, jusqu'à ce que le désir et l'amour, réunissant l'homme et la femme, fassent naître un fruit, et le cueillent comme sur un arbre, semant dans la matrice, comme dans un champ, des animaux invisibles par leur petitesse et encore informes. "(Platon, le Timée, édit. Cousin, t. XII, p. 2^1.)
(7) Reconnaissant.
(8) De phssement, de froissement, de contraction, du latin cùrriicjave.
(9) Est enlevé, ravi, du latin lollere.
(10) « Défaillance du cœur » (alphabet de l'auteur). Évanouissement léger, en grec ).ei7:oO'j[Afa, formé de XeJjtw, je manque, et 0u[j.6s, esprit, courage.
(11) DiscerMcincnt, pouvoir de distinguer, du latin discrelio.
(12) Évident, certain, du latin manifeslus.
puantes, suivre les aromatiques (i). Je scay que Cl. Galen (2) s'efforce prouver que ne sont mouvements propres et de soy, mais par accident; et qu'aultres de sa secte travaillent à démonstrer que ce ne soit en luy discrétion (3) sensitive des odeurs, mais efficace (4) diverse (5), procédente de la diversité des substances odoréés. Mais, si vous examinez studieusement et pesez en la balance de Critolaiis (G)
(1) C'est la codification de la théorie de rutcrus mobile qui a dominé pendant de longs siècles l'histoire de l'hystérie.
<( Cette névrose, dit Hippocrate, s'observe surtout chez les femmes qui n'ont pas de rapports sexuels, et chez les femmes d'un certain âge plutôt que chez les jeunes, parce que les vaisseaux sont plus vides, et la matrice, desséchée par la l'atigue, est vide aussi et légère et se déplace; elle se jette sur le foie, y adhère et se porte aux hypocondres; elle court, va en haut vers le fluide. Or, le foie est plein de fluide. Quand elle s'est jetée sur le foie, elle cause une suffocation subite, interceptant la voie respiratoire qui est dans le ventre. Parfois, en même temps, du phlegme descend de la tète aux hypochondres ; alors la matrice quitte le foie, retourne à sa place, et la suffocation cesse; ayant pompé du fluide et étant devenue pesante, la matrice retourne ; d'autres fois, elle se porte vers les lombes ou vers les hanches et cause des souffrances. » (Hippocrate, édit. Littré, t. VII, p. 3.3.)
Le traitement hippocratique de l'hystérie est le reflet et le corollaire de la théorie ci-dessus énoncée. « Comme les accidents convulsifs, ajoute le père de la médecine, surviennent surtout chez les vieilles filles et chez les veuves qui, étant jeunes et ayant eu des enfants, restent dans la viduilé, le mieux est de les engager à se marier. » (T. VII, p. 3i5.)
« Quant aux médicaments antispasmodiques, les fétides font funl'utérus en haut, les aromatiques l'attirent eu bas. On placera donc des substances fétides sous les narines : asphalte, soufre, corne, mèche de lampe, huile de veau marin, et on fera des fumigations aromatiques aux parties génitales. » (T. VII, p. 343.)
(2) Galien a maintenu l'arigine utérine de l'hystérie, mais repousse comme absurde l'idée d'une matrice mobile se déplaçant comme un animal. « Ceux qui ont accrédité, remarque-t-il, ces erreurs n'avaient aucune connaissance en anatomie,'car les personnes exercées dans celte science savent que les mouvements de la matrice sont impossibles. >' (Galien, De Locis effeclis, lib. VI, pp. 3-38.) C'est la rétention dans la matrice des humeurs, et surtout du liquide séminal, qui est pour Galicn la véritable cause de la névrose.
(3) Discernement, du latin discrelio, fait de discernere, discerner, distinguer.
(4) Vertu, du latin ejficacia.
(5 Contraire, opposé, du latin divevms.
(6) Philosophe péripatéticien que les Athéniens envoyèrent en ambas-
ANATOMIE DESCmPTIVE a/j 1
leurs propos et raisons, vous trouverez qu'en ceste matière, et beaucoup d'aultres, ils ont parlé par gayeté de cœur et affection (i) de reprendre leurs majeurs (2), plus que par rechcrchement (3) de vérité. En cette disputation (/,) je n'entreray plus avant. Seulement vous dirayque petite n'est la* louange des preudes femmes, lesquelles ont vescu pudiquement et sans blasme, et ont eu la vertus déranger ccsttuy (5) effréné animal à l'obéissance de raison. »
En anatomie et en physiologie humaines, c'est l'anatomie et la physiologie des organes génitaux delà femme que Rabelais a le plus mal connu. Lui, l'anatomiste habile, qui a fait une coupe des ventricules du cerveau identique à celle qui est reproduite dans le Traité d'analomie de Beaunis et Bouchard (Voy. plus loin, Névrologie : Les ventricules, comme un lirefond) .et des comparaisons anatomiques que Gruvei- Ihier, Marc Sée, Sappey, etc., croient avoir faites les premiers ; lui, l'humaniste par excellence, a ignoré ou n'a pas mentionné les ouvrages d'Aetius (6) et de Paul d'Egine, où se trouve une explication des accidents hystériques qui se rapproche de la nôtre, n'a tenu aucun compte des sages réserves de Galien, cru avec Platon, Hippocrate, Kernel,
sade à Rome avec Canéade et Diogène, l'an i55 avant Jésus-Christ. Crilolaûs appartenait à la troisième Académie qui enseignait que la probabilité est le dernier degré de la science. On peut admettre que les expressions « peser en la balance de Crilolaûs » veulent dire : en tenant compte du pour et du contre.
(1) L'ambition, le désir, du latin a/feclio.
(2) Ceux qui les ont précédés, du latin moyores, les ancêtres, les aïeux.
Fernel, qu'on a appelé le réformateur de la médecine, Fernel, le contemporain de Rabelais, a adressé le môme reproche à Galien: « En prétendant que la matrice ne peut se déplacer dans l'abdomen et encore moins dans la poitrine, Galien, dit-il, s'est trompé ; j'ai senti, dans plusieurs cas, cet organe remonter sous ma main jusque dans l'estomac. » (Fernel, De Morbo parliiun qiiœ sub diaphvacjmale sunl, cap. xvi, iilere .iijmpl.)
(3) Recherche.
(4) Débat, controverse, du latin dispiilalio.
(5) Ce.
(6) Aetius, Serm., IV, cap. lxviii.
Mundinus eL Guy de Chauliac, que la matrice cellulée, garnie de cotylédons, mobile à l'extrême, avait colligence ou alliance avec toutes les parties principales du corps. Pourquoi ? Parce qu'il n'a disséqué et ne pouvait guère disséquer, comme ses contemporains, que des cadavres d'hommes, des cadavres de criminels (i).
Qu'on me pardonne cette digression ; je reviens à la naissance de Gargantua.
Va-t-on se récrier sur la façon dont il est venu au
monde ?
« Pourquoy ne le croiriez-vous ? Pour ce, dictes-vous. qu'il n'y a nulle apparence. Je vous di que, pour ceste seule cause, vous le debvez croire en foy parfaicte ; car les sorbonnistes disent que foy est argument des choses de
nulle apparence.
(( Est-ce contre nostre loy, nostre foy, contre raison, contre la saincte escripture? De ma part, je ne trouve rien escript és (2) Bibles sainctes, qui soit contre cela. Mais si le vouloir de Dieu tel eust esté, diriez-vous qu'il ne l'eust pu faire? Ha ! pour grâce (3), n'emburelucoquez (4) jamais vos esperits de ces vaines pensées. Car je vous di, que à Dieu rien n'est impossible. Et s'il vouloit, les femmes auroient doresenavant ainsy leurs enfants par l'aureiUe. Bacchus (o)
(1) Et aussi, comme je Tai indiqué quelques lignes plus haut, parce eue L remmes en couches ou atteintes de maladies du bas-ventre étaient alors soignées principalement, sinon exclusivement, par les sages-
femmes.
(2) Dans les.
(4Î l7âltZ.. ne tourmentez. Le verbe emburelucoqu^r se retrouve nu c anitre viii du livre II et au chapitre xxii du livre II . Suivant Le ZÎTn signifie : « Ne vous remplissez pas la tèlc de chimères sembl^Wes à celfesque les moines ont accoutumées de loger sous leurcapu-
''75)'B^'rrus>.ls de Jupiter et de Sémélé. Bémélé étant morte en état de gr« lupilcr enrerma Bacchus dans sa cuisse, où celui-ci resta ton, le temps quMl aurait du demeurer dans le sein maternel.
ne fut-il pas engendré par la cuisse de Jupiter? Roquelaillade (i) nas(juit-il pas du talon de sa mère? Croquemouclic, de la pantoufle de sa nourrice? Minerve (2) nasquit-elle pas du cerveau par l'aurei'lle de Jupiter? Adonis (3) par l'escorce d'un arbre de myrrhe? Castor et Pollux, de la coque d'un œuf, pont (4) et esclos par Leda (5)? Mais vous seriez bien d'advantage esbahisetestonnés, si jevous exposois présentement tout le chapitre de Pline, onquel (6) parle des enfantements eslranges et contre nature. Et toutesfois je ne suis poinct menteur tant asseuré (7) comme il ha esté. Lisez le septiesme de sa Naturelle Histoire, chap. 3 (8), et ne m'en tabustez (9) plus l'entendement. »
(1) Rabelais l'ait certainement allusion à une légende de la l'aniille de la Roquelaillade. Il existe encore, dans l'Aude, près de Carcassonne, où a habité l'auteur de l'épopée pantagruélique, un hameau de la Roquetaillade.
(2) Déesse de la sagesse et de la guerre, qui sortit tout armée du cerveau de Jupiter.
(3) Prince célèbre par sa beauté, né du commerce incestueux de Cynéras, roi de Chypre, et de sa fille Myrrha. Après s?i naissance, sa mère devint l'arbre qui porte la myrrhe.
(4) Pondu.
(5) Léda, femme de Tyndare, roi de Sparte, fut aimée de Jupiter qui triompha d'elle sous la l'orme d'un cygne. Plus tard elle accoucha de deux œufs, de l'un desquels sortirent Pollux et Hélène, et de l'autre Castor et Clytemnestre.
(6) Dans lequel il.
(7) Effronté.
(8) C'est au chapitre iv et non au chapitre jii du livre VII qu'on trouve le texte de Pline auquel renvoie Rabelais. Le voici :
« Il est avéré qu'il peut naître trois enfants à la fois, témoins les Horaces et les Curiaces. Un plus grand nombre est regardé comme un prodige, excepté en Egypte, oij l'eau du Nil augmente la fécondité... Trogue nous apprend qu'en Egypte les femmes mettent au monde jusqu'à sept enfants à la fois... Quelques individus naissent avec les deux -sexes... Alcippe mit au monde un éléphant, mais ce fait est un de ceux qu'on regarde comme des présages sinistres. Ce fut au commencement de la guerre des Marses qu'une esclave accoucha d'un serpent. On a l'exemple d'un enfant qui rentra aussitôt dans le ventre de sa mère, à Sagonte, l'année où cette ville fut détruite par Annibal. (Pline, ch. iv, 1. VII, Accoiichcmenls merveilleux, Irad. de Grandsagne.)
(9) Ne m'en tourmentez plus. Le verbe tabuster est un diminutif, une contraction du verbe tarabuster.
En faisant accouclici' lu l'emmc de Grandgousier par loreille, le prôtrc-médecin a été inspiré par d'autres motifs que ceux qu'il accuse. Ces motifs, quels sont-ils? Ceux-ci, je présume :
In principio erat verbum, et verbum eral apud Deum
et Deiis eral verbum et verbum caro fadum est, lit-on
dans l'Évangile selon saint Jean. Nos bons aïeux ont paraphrasé (Voy. la dissertation de Grimaldi) à la Musset cet article de foi (i). Un noël de la Monnoye abonde en détails d'une naïveté charmante sur la conception et l'enfantement par l'oreille du divin enfant. Dans \ Histoire de la peinture sur verre, de Lenoir (t. II), figure le dessin d'un vitrail qui pendant la tourmente révolutionnaire, a été, grâce à l'intervention de l'évêque constitutionnel Grégoire et de Lenoir, transporté de l'église 1 Saint-Leu au couvent des Petits-Augustins (alors le musée des monuments français, maintenant l'École des Beaux- Arts). Ce vitrail, aujourd'hui
n\ Où le père a passé, passera bien renfanl.
(Musset, le Rhin allemand.)
<< Je suis entré en elle par le sommet de la tète, » dit Jeshu au sujet de la conception de la Vierge Marie. « Le Verbe du Père est entre par ?:r 11 d la femme bénie,'» lit-on dans le bréviaire des Maromtes Selon saint Augustin et le pape Félix, la Vierge est devenue enceinte par 1 o e lie Dans une hymne de saint Éphrem, dont Tinspn-ateur serait, d an ès Voisin, saint Grégoire Néocésarée ou le Thaumaturge, on trouve cette afflati;»: « Vinjo, per onrem concepisH ; Vierg^ as conçu par roreille. .. (Voy. Voltaire, Dicl. philosoph., au mot Généalogie.)
On chante maintenant dans les églises catholiques : Maude, Virgo, mater Cliristi, Quae per aarem concepisli.
Du temps d'Agobart, on y chantait : « Le Verbe est entré par foreiUe dp la Vierge Marie, et il en est sorti par la porte dorée. »
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produit de la conception.