‹ Rabelais [electronic resource]Chapitre 26 sur 35 · CONCEPTION DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

CONCEPTION DE LA VIERGE

disparu, représente (Voy. la planche ci-jointe) une colombe (le Saint-Esprit) planant au-dessus de la Vierge, sur l'une des oreilles de laquelle il envoie un rayon lumineux, au centre duquel se trouve un petit fœtus avec une croix (Jésus) (i). A quelque distance de la Vierge se tient l'ar^ change Gabriel, qui vient de lui parler.

Le grand railleur s'est-il associé, avec une désinvolture toute gauloise, aux innocentes plaisanteries de ses contemporains? II me paraît difficile de soutenir le contraire.

Ce qui est certain, c'est qu'en prolongeant la durée de la grossesse de Gargamelle au-delà du terme accoutumé Maître François a voulu protester contre l'opinion des médecins, des légistes et des philosophes grecs et romains qui ont déclaré légitime « l'enfant né de femme l'unziesme mois après la mort de son mary » (2).

A savoir :

« HiPPOCRATES, lib. de Alimenlo (3) ; « Pline, lib. VII, cap." V (4) ;

(1) M. le D'- A. Bureau, bibliothécaire de l'Académie de médecine, m'a écrit qu'il a trouvé l'indication d'un vitrail analogue dans un des catalogues de la librairie Tross, à Paris.

(2) L. I, ch. III.

(3) « Le fœtus est l'ormé le 35" jour ; il se remue le 70® et il sort le 2io« ; d'autres disent qu'il n'est formé que le 45° jour, qu'il ne remue que le 76" et qu'il sort le 2io«; il y en a qui pensent qu'il a besoin de 5o jours pour être formé, de 100 jours pour se remuer, qu'il sort le 300" jour. Cela est et cela n'est point, suivant les cas. Les enfants restent dans le sein de leur mère pendant tout leur temps, ou n'y restent que partie de ce temps. Il y en a davantage de ceux qui restent moins que de ceux qui restent plus » (HippocRATE, trad. Gardeil.)

(4) « L'homme reçoit le jour à toutes les époques de l'année et la durée de la grossesse n'a pas de terme fixe. 11 naît des enfants au 7° mois, au 8" et jusqu'au commencement du 10* et du 11". Ceux qui naissent avant le 7» ne vivent pas; ce n'est que lorsqu'ils ont été conçus la veille ou le lenmain de la pleine lune ou pendant l'interlune que des enfants naissent avant le 7° mois. Il est commun en Égypte de voir naître des enfants h 8 mois... La durée de la grossesse varie beaucoup. Vestilia, successivement femme de C. Herditius, de Pomponius et d'Orsitus, citoyens très distingués, après être accouchée quatre fois de suite au 7° mois, eut Suillius Rufus au 1 1°, puis Corbulon au 7", enfin elle eut au 8" Gésonée, femme

« Plaute, in Cislellaria {\) \

« Marcus Varuo, en la satire inscripte le TeslamenU alléguant l'autorité d'Aristoteles (î2) à ce propos (3) ; (( Censorinus, lib. de Die natali (4) ; « Aristot., lib. VII, cap. m et iv, de Nalura Anima-

liiim (5) ; . .

« Gellius, lib. III, cap. xvi (6);

de l'empereur Caligula... Le préteur Papirius, sans s'arrêter aux réclamations d'un héritier collatéral, donna droit de possession h un enlant sur la déclaration de la mère qu'elle avait été enceinte pendant i3 mois, jugeant qu'on ne pouvait préciser la durée d'une grossesse. » (Pline, trad. de Gransagne.)

(1) « Celle-ci mit une enfant au monde après le lo" mois passé,.-,. Celle-là accouche dans le courant du lo'' mois. » (Plaute.)

(2) D'Aristote.

(3) L'opinion de Varron est rapportée plus loin par Aulu-Gelle.

(4) « Que la femme puisse accoucher au bout de 7 mois, c'est un point reconnu par la plupart des auteurs, tels que Theano, Aristote, Dioclès, Evenor, Straton, Empédocle, Epigène et beaucoup d'autres encore dont les colonnes serrées n'effrayent point, cependant, Eutyphron de Gnide, qui nie intrépidement cette possibilité.. Il est combattu à son tour par presque tous les philosophes qui, à l'exemple d'Epicharme, nient que l'enfantement ait lieu dans le 8" mois. Dioclès de Caryste, néanmoins, et Aristote, de Stagire, ont pensé le contraire. Quant à la naissance dans le qo et 10° mois, elle est admise, et par la plupart des Chaldéens, et par Aristote dont je viens de parler. Epigène de Byzance ne la nie point pour le 9° mois, ni Hippocrate de l'île de Cos pour le io% mais. le u-' mois, admis par Aristote seul, est rejeté par tous les autres. » (Censorinus,

trad. Mangeart.) ^

(5) « Le temps de la gestation des animaux est limite a un espace hxe; le terme où ils mettent bas n'est point sujet à variation. L'homme seul naît à différents termes ; il naît à 7 mois, à 8, à 9, à 10. Ce dernier terme est le plus ordinaire. Quelquefois la durée de la grossesse entame le 11' mois.... l'ignorance de la véritable époque de la grossesse est vraisemblablement encore ce qui fait croire aux femmes qu'elles accouchent à plus de 11 mois. » (Aristote, trad. Camus.) ^ > a^.

(6) Et les médecins et les philosophes les plus célèbres ont eleve des questions sur le temps de la naissance d'un enfant et de la gestation do la mère. L'opinion la plus généralement reçue, et qu'on regarde mcme comme certaine, est que, le sein de la mère ayant été ieconde, cl e met au monde son fruit, rarement au 7% jamais au 8», souvent au 9" et assez souvent.au 10" mois; et que non le commencement de ce io« mois, mais la fin donne l'époque la plus longue et la plus reculée. Ce te opinion

. se trouve appuyée l'ar cet endroit de la Ci.lellairc dePlaute, où cet ancien , poète comique dit :

<( Servius (i), in ecl. exposant ce mètre (2) de Virgile : Malri longa decem, etc.. (3).

« Et mille autres fols (4). Le nombre desquels ha esté par les légistes accreu... »

Celle avec laquelle il avait eu commerce accoucha d'une petite fille h la fin du 10° mois.

Ménandre, poète plus ancien encorè et très versé dans les opinions savantes, insinue la même chose dans sa comédie intitulée Plociiis où il s'exprime ainsi :

<( La femme accouche le lo'^ mois. »

Cœcilius, dans une autre comédie sur le môme sujet et ayant le même titre, pièce qu'il a presque entièrement imitée de Ménandre, ne passe pas, comme son modèle, le 8= mois sous silence, en parlant des mois destinés aux accouchements ; mais il dit :

« Une femme a-t-elle coutume d'enfanter au 10° mois? Certainement elle le peut, de même qu'au 9°, au 7° et au 8°. »

M. Varron nous est garant que Cœcilius n'a point dit cela inconsidérément, et qu'il a eu ses motifs pour être [d'un autre avis que Ménandre et plusieurs autres écrivains; car il assure que souvent on a vu des enfants naître au 8° mois. Il ajoute qu'un enfant peut demeurer 11 mois dans le sein de sa mère, et il appuie ces deux assertions de l'autorité d'Aristote.

Outre ce que je viens de rapporter des différents auteurs, je crois

devoir citer au lecteur une particularité remarquable que j'ai entendue au sujet d'une dame romaine. Une dame connue par la sûreté de ses mœurs, et dont l'honneur ne pouvait être révoqué en doute, accoucha 11 mois après la mort de son mari. Cette affaire fit grand bruit; on l'accusa d'avoir eu un commerce illicite après la mort de son époux, parce que la loi portée par les décemvirs détermine l'époque de l'enfantement au 10° et non au 11° mois. Mais l'empereur Adrien, au tribunal duquel la cause fut portée, décida que l'accouchement était possible au 11". J'ai même lu ce décret impérial dans lequel le prince assure n'avoir pris cette décision que d'après l'avis des anciens philosophes et médecins les plus célèbres. Aujourd'hui même, dans la satire de M. Varron, ayant pour titre le Teslamenl, j'ai lu ces paroles : » Si un ou plusieurs enfants m'arrivent au 10° mois, ce sont des ânes à la lyre ; je les déshérite; si c'est au 11*, à la manière d'Aristote, je n'en fais pas plus de différence qu'avec les précédents que de Titus et d'Accius. Ces dernières paroles font allusion au vieux proverbe sur les choses qui ne différaient guère entre elles. » (Aulu-Gelle, Niiils ailiques, trad. V. Verger.)

(1) Servius Maurus Honoratus, grammairien du v* siècle, commentateur de Virgile.

(2) Vers, du latin melnim, mesure.

(3) Le vers complet est :

Malri longa decem lulcrinl faslidia merises.

(4) Fous.

On a reproché à Rabelais de ne pas être exempt d'un défaut qu'il a repris chez les savants de son temps : d'abuser de l'érudition, d'avoir la manie des citations. C'est exact ; mais, s'il est pédant avec les pédants, c'est un peu h la façon de Socrate, qui se faisait sophiste pour désarçonner les sophistes. On n'aura aucun doute à cet égard si on lit les passages des ouvrages des auteurs précités. En traitant de « fols » ces auteurs, en n'admettant pas les naissances tardives, Rabelais n'a cependant pas été entièrement dans le vrai. De nos jours, les accoucheurs conviennent que la grossesse peut se prolonger jusqu'au dixième mois et qu'il est même fort probable que cela arrive plus souvent qu'on ne croit. Cette prolongation d'un mois étant admise, quelle peut être la durée maximum du séjour de l'enfant dans le sein maternel ? « Sans affirmer la réalité des gestations de douze à treize mois, le fait, dit Joulin ( i ), ne me paraît pas absolument impossible. Les adversaires des naissances tardives invoquaient à l'appui de leur opinion l'ordre immuable de la nature. Ce sont là des phrases vides de sens ; car on constate à chaque instant que la nature s'écarte de cet ordre prétendu immuable (2). »

Maître François a été lui-même consulté par lettre (3) sur une naissance avant terme, par Mgr Pélissier, évêque de Maguelonne, ambassadeur de Sa Majesté François I" à Venise. On ne connaît pas sa réponse, mais, d'après ce qui précède, elle est facile à deviner. Je reproduis cette lettre à titre de document :

(1) Joulin, Tmilé complet d'accouchemenls, p. 456, Paris, 1867.

(2) Le premier, en France, j'ai établi, avec de nombreux faits à l'appui, l'exactitude de cette proposition, en ce qui concerne la texture du corps humain (Voy.LE Double, Z>e rÉpididymilc blennorrhacjiquc dans les cas de hernie inguinale, devaricocèle ou d'anomalies de V appareil gênilal, Pans, 1879, et Traité des variations du système musculaire de l'homme et de leur signi/icalion au point de vue de l'Anthropologie zoologiqae, Pans, iSç)?-)

(3) Cette lettre, tirée du manuscrit 142 de la bibliothèque, d Ar es a été communiquée au Comité des travaux historiques par M l abbé Ver acque et publiée par M. Marty-Laveaux, dans le tome III, p. 882 de son édition de Rabelais,

ANATOMIlî DESCRIPTIVE

A Monsieur le docteur Rabelais.

Venise, le 28 juillet ifi/Jo.

Je ne vous escripvis point dernièrement tant pour la presse que j'avois que aussi pour ce que ne avois receu aucune lettre de vous ne scaurois argument méritant vous faire entendre. Ce néanmoins, pour m'entrelenir toujours que puissions avoir nouvelles l'un de l'autre, n'ay point vouleu discontinuer de vous escrire, et pour n'avoir a présant meilleure matière vous ay bien vouleu advertir de ce que nous avons icy touchant certaine consultation qui me semble appartenir pour vostre profession et suffyence a vous. C'est q-ue mons. Philipus Saccus, présidant de Milan, a mandé icy et a Boulogne a consulter aux collèges des docteurs si une fille que luy est née est sienne, et est pourvuivre et si doibt estre tenue pour légitime : et ce d'autant que du 1539, le XX6 d'octobre a quatre heures de nuit avant la pleine lune se assembla la première fois avecque elle : or du i54o le XIII d'avril sa dicte femme luy a faict una picta piche. Se disputa si cest enfantement est de sept mois et s'il est pour vuivre et est légitime. Tous les docteurs se travaillent, mais en somme quasi la plus grande partie si incline a l'opinion qu'elle ne soit point de sept mois. Par quoy ne pourroit survuivre, et advenant d'avanture qu'elle survesquit ne l'estimeroit point légitime ne de sept mois ains de neuf a la barbe del signor présidente à Boulogne. Sont encores ceux qui attendent la résolution du dict collège, ce néanmoins certains icy treuvent, tant pour la raison d'Hipocrates comme des anciens et de Pline, que cest enfantement peut arriver au semestre et par conséquent estre vital et légitime, et tous leurs fondemens sont que les anciens, non seulement Hebrieux, mais Arabes et Caldéens, content leurs mois selon le cours et pérégrination de la lune et selon icelle considèrent le temps de l'enfant, de sorte que toutes et quantes fois que a ung enfantement se trouvoient sept lunes ils le tenoient pour sepmestre, comme se peut voir par ce que Pline en escript en son libvre septiesme au chap. 5, et en Hipocrates au livre de semestre parle nonobstant que le dict libvre soit corrompu en ce lieu la, et par ainsi mal traduit par mons. Labro de Vavena. Je aurois bien a plaisir que vous m'en mandissiés vostre advis, d'autant que la chose de soy mesmes est digne d'estre examinée, et le sieur mérite bien que tous les serviteurs du Roy luy disent le proficiat tout ainsi qu'il a mérité et est affectionné de sa majesté.

Pl'iLISSIER,

Eveque de Magucloniic, Ambassadeur de François 1" à Venise.

Quand il est impossible à une mère d'allaiter son enfant, elle doit le confier à une nourrice.

En racontant « comment Pantagruel transporta une colonie de Utopiens enDipsodie, et explora par sorts virgilianes (i), quel sera le mariage de Panurge », Rabelais a montré que le choix d'une nourrice n'est pas chose indifférente.

« Avec le laict de leurs mères nourrices, les Utopiens avoient pareillement succé la doulceur et débonnaireté.

« Jupin (2) ha esté le plus fort ruffian... (3) qui onques (4) fut (5), paillard, tousjours fumant comme un verrat (6) : aussy fut-il nourri par une truie en Dicté (7) de Candie, si Agathocles babylonien (8) ne ment ; et plus bouquin (9) que n'est un bouc : aussy disent les aultres qu'il fut allaicté d'une chèvre. »

Ainsi que le grand Ancêtre, les doctrinaires de l'Ecole d'Alexandrie soutenaient que nous suçons avec le lait le germe de nos passions et de nos inclinations futures, de nos vertus et de nos vices. Caligula, ce monstre de cruauté,

(1) Les vers de Virgile.

(2) Jupiter, fils de Saturne et de Rhée, le plus puissant des dieux.

(3) Débauché.

(4) Que quiconque ne fût.

(5) Il s'est métamorphosé en coq pour séduire Junon, sa sœur; en taureau pour enlever Europe ; en pluie d'or pour pénétrer jusqu'à Danaé en .cygne pour tromper Léda ; en pigeon pour charmer Phthie ; en satyre pour surprendre Antiope ; en aigle pour porter Ganymède au ciel. Il s'est présenté à Alcmène sous la forme de son mari ; il a pris la taille et la figure d'un jeune homme pour plaire à Sémélé; il a emprunté les traits de Diane pour en imposer à la nymphe Calisto ; il s'est fait berger pour vaincre la résistance de Mnémosyne

(6) Porc entier et aussi sanglier, du latin verres.

(7) Montagne de l'île de Candie, dans la Méditerranée, autrefois l'île de Crête.

(8) Voy. Athénée, 1. I, ch. v.

(9) Plus bouc. Le bouc a, comme le mulet, une réputation de lubricité bien établie. Quant à la truie, elle recherche les approches du nulle, quoiqu'en état de gestation, ce qui est un excès parmi les animaux dont la femelle, dans presque toutes les espèces, refuse le mâle dès qu'elle est fécondée.

et Néron, ce type d'immoralité, ce spécimen des mœurs corrompues de ia Rome impériale, leur servaient de principaux exemples. Ils prétendaient que la férocité de Galigula lui venait de ce que sa nourrice frottait de sang ses mamelons avant de les lui présenter. Quant à Néron, sa nourrice était ivrogne, et il passa des bras de cette mégère dans ceux d'une danseuse et d'un barbier. Mithridate, dans un langage figuré, mais emprunté aux idées que je rappelle, disait que les Romains avaient pris le goût du sang dans le lait de la louve qui avait nourri leurs premiers chefs.

D'accord aussi avec cette théorie (i), les poètes et les auteurs anciens, Macrobe (2),Colunielle (3) et Virgile lui-même, font allaiter ^eurs héros par des lionnes, des tigresses, etc. Didon, abandonnée par Énée, l'apostrophe en ces termes :

Nec tibi diva parens generis, nec Dardanus aiiclor ; Perfide^ sed duris geniiit te cautibus horrens, Caiicasiis, Hircanseque admorunt ubera tigres.

{Énéide.)

Non, tu n'es pas le fils d'une déesse, non, tu ne descends pas de Dardanus ; perfide, tu es sorti des roches hérissées du Caucase, et tu as sucé le lait des tigresses dç l'Hyrcanie.

Sans m'appesantir davantage sur ces citations que je pourrais multiplier' à l'infini, je dirai que l'éducation commence dès le premier jour de la- naissance, et que les passions de la personne qui nourrit n'agissent pas seulement sur la santé de l'enfant, mais encore sur son caractère. Une nourrice craintive, courageuse ou méchante peut, jusqu'à

(i) Mauriceau, un des médecins -accoucheurs les plus éminents du XVII' siècle, croyait encore fermement à cette influence de l'allaitement sur le caractère. « On apprivoise les lions, a-t-il écrit, en leur faisant téter une vache ou une ânesse, tandis que le chien devient farouche s'il est allaité par une louve. »

(i) Macrobe, Saliivn.^Wh. IV.

(3) CoLUMELLE, De Re rusticâ.

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un ccrlain point, rendre son nourrisson courageux, crainlil" ou mdchant. Certainement, si l'on attribue au lait, comme les philosophes de l'École d'Alexandrie et Rabelais, cette influence exercée par la femme sur l'enfant, on avance une chose fausse; mais si l'on ne reconnaît, pour expliquer le fait en question, que la puissance de l'éducation, c'est-à-dire l'action de causes cérébrales directes et puissantes, opérant sur un cerveau infantile, modifiant l'organisation de sa masse et l'imprégnant d'idées nouvelles, l'assertion cesse d'être inexacte, il s'agit d'un phénomène physiologique, naturel, facile à concevoir.

C'est à la mère qu'il appartient de façonner le moral de son enfant à l'image du sien, d'approuver devant lui ce qui est bien, de lui faire entendre ce qui est mal, ce qu'il doit éviter. La raison, qui se forme plus tard, conserve toujours quelque chose de ce mystérieux assolement, et, de même que l'homme porte sur sa figure le signe de son siècle, la marque distinctive de sa nation, celui que sa mère a nourri de son lait, qu'elle a élevé sur ses genoux, porte toujours en lui un reflet des vertus de la famille, qualités héréditaires qui circulent avec le sang et finissent par faire partie intégrante du tempérament. Les préceptes qu'il recueille dans son adolescence s'altèrent et s'effacent comme un vernis qui s'use et se détruit, mais ce qu'il aura appris, encore vêtu de langes, il le conservera comme l'essence de lui-môme.

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