ORGANES DES SENS
Quarcsmeprenant avoit :
Les narines, comme un béguin.
La langue, comme une harpe.
Les tympanes, comme un moulinet.
Les nerfs optiques, comme un fusil.
L'epidermis, comme un beluteau.
Les narines, comme un béguin.
Béguin^ coiffe d'enfant.
« Ce que (i) faict les aureilles des asnes si grandes, déclare Panurge, c'est parce que leurs mères ne leur mettoient poinct de béguin en la teste, comme dict d'Alliaco (2) en ses Suppositions (3). »
Les narines très larges, très ouvertes.
La langue, comme une harpe.
La harpe ancienne a la forma de la langue. Telle est la forme de celle que tient Apollon dans le tableau Apollon jouant de la harpe que possède le musée de Tours (4). C'est celle dont le dessin accompagne ce texte.
On nomme frein ou filet de la langue un repli muqueux
(1) Ce qui fait.
(2) Pierre d'Ailli, docteur eu Sorbonne, archevêque do Cambrai, mort en 1/(25.
(3) L. II, ch. XVI.
(4) Une harpe analogue se voit sur la coupe de Castel-Duranle, de i525 (Apollon et Marsyas), qui est la propriété du musée du Louvre.
254 HAliELAlS ANATOMISTE
étendu de la face inférieure de cet organe au plancher de la bouche. C'était jadis et c est encore un préjuge, h peu près général, que la section de ce frein est indispensable pour assurer aux enfants une parole facile.
Au xviii'' siècle, on disait couramment d'un grand parleur : « 11 n'a pas de lilet. »
La langue, comme une harpe.
Dans son épître iv, Boileau s'exprime en ces termes :
Tout charme en un enfant dont la langue sans fard, A peine du filet encore débarrassée, Sait d'un air innocent bégayer sa pensée.
M. Sébillot affirme que l'usage de couper le frein ou siiblel est très répandu dans les campagnes de la haute . Bretagne.
M. Moisset assure que, dans l'Yonne, c'est une opinion acceptée par tous que le nouveau-né dont on aurait omis de couper le frein de la langue serait muet.
Dans le Poitou, on répond à un bavard : « Celui (jui t'a coupé le lignoiix n'a pas volé ses cinq sous. »
u 11 faut remarquer avec soin, avance Riolan, que la
ANATOMIE DESClUFTIVE
nature n'a mis de frein qu'à la langue seulement et aux parties honteuses; parce qu'elle a voulu que, sur toutes choses, les hommes fussent modestes dans l'usage de ces organes. »
Le frein de la langue ne rend réellement la prononciation etla succion difliciles que lorsqu'il est très court ; alors, mais alors seulement, il est indiqué de le sectionner. Il est question de cette petite opération dans la comédie {la Femme mule) (i), composée par Rabelais et jouée à Montpellier, en i53i ou i532, par lui et ses camarades, Antoine Saporta (2), Guy Bourguier, Balthazar Noyer, Tolet (3), Jean Quentin (4), François Robinet (5) et Jean Perdrier (6) :
Il s'agit d'un « bon mary qui avoit espousé une femme mute. Il vouloit qu'elle parlast. Elle parla par l'art du médicin et du chirurgien, qui luy couparent (7) un encyliglotte (8) qu'elle avoit soubs la langue. La parole recouverte (9), elle parla tant et tant, que son mary retourna au
(1) Muette, du latin miilits. M. Dubouchet a retrouvé dans le Liber Procuraloris de la Faculté de Montpellier, ad. ann. i53o, l'indication de la somme payée à l'auteur : « Pro composilore moralitalis, slulliœ et comédie qiialuov aureos, ualenles VI II libres Tiironensium. »
(2) Antoine Saporta, d'origine espagnole, a été professeur en médecine et chancelier de l'Université de Montpellier.
(3) Pierre Tolet a été médecin de l'hôpital de Lyon et a laissé divers ouvrages importants : un Trailé de la goiille ; une traduction des œuvres de Paul d'Égine, etc.
(4) Peut-être Jean Quintiani quia habité Venise en i546 et qui a pris à partie Galien dans un opuscule intitulé : Vid. Is. Spach. Bibliolh. med. iinp. Francofurt, iSgi.
(5) François Robinet a exercé la médecine à Ypres.
(6) Rabelais était le précepteur de Jean Perdrier, à l'époque (i53i ou i532) où cette pièce a été représentée. (Voy. Histoire abrégée de la ville de Montpellier avec un abrégé de la vie de quelques hommes illustres, tant en droit civil qu'en médecine de la dite ville qui s'y sont rendus recommandables, par M. Serre, 2" part., pp. 24 et 26; MontpeUier, mdccxix.)
(7) Coupèrent.
(8) « Ancyloglotte ou Encyliglotte. Une maladie de la langue, scavoir est un cmpcschement ou rétraction d'iccllc (de celle-ci) : le RI ou lilet des petits enfants ; en Poitevin le Ligon; ày/.jXQs, crochus, contre-bas, cl^lffr.-.a. Voy. Paul Eginote, liv. 6, cli. 29. » (Alphabet de l'auteur françois.)
(9) Recouvrée.
médicin pour remède de la faire laire. Le inédiciii respondit en son art bien avoir remèdes propres (i) pour faire parler les femmes; n'en avoir pour les faire taire. Remède unique estre surdité du mary (a) contre cestuy (3) interminable parlement (4) de femme. »
On sait que c'est dans cette comédie de Maître François que Molière a puisé les éléments de son Médecin malgré lai.
Le D'" Chervin a démontré que les sourds-muets ne parlent pas parce qu'ils n'entendent pas et leur apprend à parler en lisant sur les lèvres de leurs interlocuteurs les lettres qui composent les mots (5). Si grand que soit . le mérite de M. Chervin. les lignes qui suivent n'en corroborent pas moins, jusqu'à un certain point, l'opinion émise par Esmangart et Johanneau, à propos de la conversation mimée de Nazedecabre (G), et de Panurge (Voy. Ostéologie : Lalkatim, comme un billart), que Rabelais a eu peut-être notion du langage par gestes des sourdsmuets, perfectionné, longtemps après lui, par Animant et les abbés de l'Epée et Sicart :
« Conseil prenez de quelque mut (7), recommande Pantagruel à Panurge. — J'en suis d'advis, respondit Panurge. — Mais, dist Pantagruel, il conviendroit que le mut fust sourd de sa naissance, et par conséquent mut. Car il n'est mut plus naïf (8), que celluy qui onques n'ouït (9). —
(1) ElTicace, souverain, du latin propriiis.
(2) Ulinam mil hic siirdus, aul hsec miila facla sil, dit Davus, dans VAdrienne de Térence.
(3) Cet.
(4) Bavardage. (L. III, ch. xxxiv.)
(5) D'après la l'orme qu'elles prennent en les accentuant, (fi) Naz de cabre, nez de chèvre, en patois languedocien.
(7) Muet, du latin mnlus, tiré du grec [lùm, je ferme la bouche, doù mystère. On dit encore rage-mue pour rage muette.
(8) Dans le sens du mot latin nalivus, naturel, inné, sans fard, sans artifice.
(9) N'entendit jamais.
ANATOMIC DESCHII'TIVI' .^^y
CoiniiKMit, respoiidiL Paiiurge, riMiLciulez? Si vrai l'iisl (|uc riioinmc ne pariasL, qui n'eust ouï parler, je vous meiiieroie à logicalenicnt inférer une proposition bien abhorrente (i) et paradoxe. Mais laissons la. Vous doncques ne croyez ce qu'escript Hérodote (a) des deux enfants gardés dedans une case (3) i)ar le vouloir (/|) de Psammetic (f)), roy des Egyptiens, et nourris (6) en perpétuel silence : lesquels, après certain temps, prononcearent (7) ceste parole, Beciis, laquelle en langue Phrygienne signilie pain ? — Rien moins, respondit Pantagruel. C'est abus dire que ayons langage naturel ; les langages sont par institutions arbitraires et convenances (8) des peuples ; les voix (9), comme disent les dialecticians, ne signifient naturellement, mais à plaisir (10). Je ne vous di ce propos sans cause (11). Car Bartole, /. I, de Verbor. obligal., racompte que, de son temps, fut en Eugube (12) un nommé messer Ncllo de Gabrielis, lequel par accident estoit sourd devenu : ce
(1) Absurde, ridicule, du latin abhovrens.
(2) Au commencement du livre II.
(3) Cabane, chaumière, du latin casa.
(4) La volonté.
(5) Psammétique, qui a (construit le labyrinthe.
(6) Élevés, du latin milrilns.
{7) Prononcèrent.
(8) Accords, conventions, du latin convenienlia.
(9) Les mots, les paroles, du latin voi.
(10) Comme il plaît, comme on veut.
(11) Épicure a écrit que, «dans la première formation du langage, les hommes ont agi d'une manière inconsciente, poussés par la nature comme le sont les animaux, en beuglant, en jappant, etc. Pour ce qui est du développement du langage il s'est plus tard elTectué par suite de conventions entre les hommes. » Cette opinion est une des plus justes qui aient été exprimées jusqu'ici. Les mots ne sont que des «institutions arbitraires et convenances des peuples » et le langage mimé a précédé le langage parlé (Voy. Luchèce, De Naliirâ rerum, trad. A. Lelevre; A. de Brosses, Tmilé de la j'ormnlion mécanique des langues, Paris, 176."); Whityiiv, la Vie du langage, liibliolh. scient, inlernal.; Zaborowskj, l'Origine du langage, Paris, 1879, etc.)
(12) Eugubbio ou Gulibio, ville de l'Apeiniin pi'ès de laquelle on a trouvé, en i/,^/,, sept inscrii)tions très curieuses, gravées sur bronze, en langue ombrienne.
nonobstant entcndoit tout homme Italian, parlant tant secrètement que ce l'usl, seulement à la vue de ses gestes et mouvement des baulièvres (i). J'ai d'advantage leu, en auteur (2) docte et élégant (3), que Tiridates, roy d'Arménie, au temps de Néron, visita Rome, et lut receu en solennité honorable et pompes magnifiques, al'fin de l'entretenir en amitié sempiternelle du sénat et peuple romain : et n'y eut chose mémorable (4) en la cité, qui ne luy fustmonstrée et exposée. A son département (5), l'empereur luy i'eit de grands dons et excessifs; oultreluy feit option (6) de choisir ce que plus en Rome luy plairoit, avec promesse jurée de non l'esconduire, quoy qu'il demandast. Il demanda seulement un joueur de farce, lequel il avoit vu au théâtre, et n'entendant ce qu'il disoit, entendoit ce qu'il exprimoit par signes et gesticulations (7) : alléguant que soubs sa domination estoient peuples de divers langages, pour auxquels respondre et parler luy convenoit user de plusieurs truchemens (8) : il (9) seul à touts sufliroit. Car, en matière de signifier (10), par gestes, estoit tant excellent, qu'il sembloit parler des doigts. Pourtant vous fault choisir un
(1) Des lèvres. Pour Le Duchat ce mot vient de bis, deux, et labra, lèvres, et pour Esmangart et Johanneau de ban et lèvres ; Vn de ban s'étant changé en u comme dans couvent, de con-oenlus La dernière étymologie me paraît plus plausible que la première. On ht en effet baulèvres dans l'édition de i552.
(2) Lucien, Dialogue de la danse.
(3) Élégant, du latin elecjans, signifie ici plein de goût, de charme.
(4) De fameux, de beau ; du latin memorabilis.
(5) A son départ.
6 Lui permit, lui donna le droit.
(7) L'histoire nous apprend que certains mimes célèbres de 1 ancienne Rome rendaient avec une perfection inouïe les sensations et les sentiments des personnages de la fable qu'ils représentaient. De nos jours encore et d'une manière assez parfaite, on joue, à Naples, de petites pièces dont le public comprend parfaitement le sens dans tous ses détails sans qu'aucune parole soit prononcée.
(8) Interprètes.
(q) Celui-ci seul. . , ,
(10) Dans le sens du verbe latin sicjn ificare, se faire entendre, comprendi e.
ANATOMIE DESCRIPTIVE aSf)
mut sourd de nature, aHin que ses gestes (i) et signes soient non feincts, fardés ne (2) affectés. »
Les tympanes, comme un moulinet.
Les lijmpanes, l'oreille moyenne, la caisse du tympan. Chez l'homme, l'organe de l'ouïe comprend trois parties :
Une externe, formée par le pavillon de l'oreille et le conduit auditif externe;
Une moyenne, la caisse du tympan, ainsi nommée parce qu'elle ressemble à un tambour (du grec AaTtavov, tambour) ;
Les Ujmpancs, comme un moiiUnel.
Une interne, l'oreille interne constituée par des canaux renfermant un liquide dans lequel baignent les extrémités du nerf acoustique.
La caisse du tympan est traversée par une chaîne de petits osselets, dit osselets de l'ouïe, qui transmet, à la manière d'une poutre unissant les parois opposées d'un appartement, les vibrations de l'oreille externe à l'oreille interne.
On appelait autrefois, et on appelle encore aujourd'hui,
(1) En laliii (jealns, les luouvemeiils du corps et ijriiicii)aleineiil des mains et des bras.
(2) Ni.
monlinel un pelil luoulin à vciil dont on lait mouvoir les ailettes en sourilunt dans une tige creuse de sureau qui lui sert de support.
Près de l'île de Ganeph (i), pendant le sommeil de Pantagruel, « Carpalim (2) d'une coquille de noït grollière (3) l'arsoit un beau, petit, joyeux et harmonieux moulinet h aisle de quatre belles petites aisses d'un tranchoir de vergne » (4)-
(, Lequel enfant s'esbatoit par soy, à ung petit moulinet l'aict d'une grosse noix. » (Froissart, vol. 4, ^h. 2.)
La tige creuse de sureau du moulinet est l'homologue du conduit auditif externe, et la caisse du moulinet, l'homologue de la caisse du tympan.
Les nerfs optiques, comme un fusil.
Les nerfs optiques, les nerfs de la vision. Chacun d'eux décrit une légère courbe à concavité interne et mesure 5 centimètres de longueur.
« Les productions mammillaires étant ôtées, la première paire de nerfs, que l'on appelle \a paire optique, se présente d'abord à la vue. » (Diemerbroeck.)
Parmi les objets dont l'usage, comme celui des mouchettes, a presque disparu, il faut citer le briquet, remplacé presque partout aujourd'hui par des allumettes chimiques. Le briquet ancien, appelé fasilz, fusil ou foisil (de l'italien focile, fait, avec la môme acception, du latin focas, feu), consistait dans un morceau d'acier dont la percussion sur
(1) Eu hébreu, byi)Ocrisie. <■ Celle île d'hypocnsie, c'est Saint-Valéry, flil M Vvicvol (loc. cil. saprà, Y>. 2G).
(2) 'Nom d'un des doniesliques de Pantagruel. Prompl, alerte, du grec
'"■"Ts^Drnoix mangée par les grottes. Les grolles ou freux (par contraction du latin frnrjilerja, formé de fnujcs, fruits, et de /<v/.,r, cuedhr,. parce nu" ^stux se nourrissent do fruits) sont des o.seaux qu. Uennent le milieu eiUre les corbeaux et les cornedles.
(/,) De quatre belles petites planches d un rond de vergv.c.
unsilexfaisaitjaillir des étincelles, (luicommuniquaient le feu à des matières très innammables, telles que l'amadou, le bois pourri, le papier, le vieux linge brûlé, etc. Cette sorte de batterie perfectionnée a été appliquée, vers iG85, au mousquet, qu'on a, depuis, appelé fusil.
Voulez-vous ouïi' chansonnette De tous les cris de Paris?
L'un crie : Allumette !
L'autre : Fusilz, bon Fusilz !
Chanson nouvelle de tous les cris de Paris et se chante sur la volte de Provence, (xvi" siècle, collect. Maupas, t. I, f. 2/J3.)
Panurge avait « un fusil garni d'esmorche (i) d'allumettes, de pierre à feu, et tout aultre appareil à ce requis » (2).
L'arme (ou devise) de la Maison de Bourgogne était un fusil en forme de B (Bourgogne), posé sur trois pierres, avec ces mots : Priùs ferii quam flamma micel, qu'on peut traduire : « qui me heurte m'enflamme » (3). C'est ce fusil, sculpté à profusion sur les tombeaux, les voûtes, les stalles, le jubé et les façades de l'église de Brou (Ain) (4), où des lions le présentent solennellement du haut de leurs colonnes, et entrant avec son caillou dans la composition du collier de la Toison d'or (.5), c'est ce fusil, dis-jc, qui me paraît donner la meilleure idée de la paire optique, des nerfs
(1) D'amorce.
(2) L. II, ch. XVI.
(3) Et signifiant, dit de Barante, auteur des Mémoires de Bouvcjocjne : '< La paix si l'on ne le travaillait, et la guerre si l'on lo voulait ol'fenser. »
(4) Construite au commencement du xvi= siècle, par Marguerite d'Autriche, fille de l'empereur Maximilien et tante de Charles-Quint, devenue duchesse de Savoie par son mariage avec Pliilibert le Beau.
(5) Philippe le Bon, qui a donné le briquet pour arme ou devise à la maison de Bourgogne, a tellement été épris de ce symbole que, lorsqu'il a créé, en i/|a.5, l'ordre de la Toison d'or, il a voulu que le collier lïit fait de « l'usilz touclians à pierre, dont partent étincelles ardens » (art. III des statuts). Il est enco"re tel aujourd'Iiui.
RAREIAIS ANATOMISTK
optiques (i), depuis leur chiasma (a) ou enlre-croisemcnt au-dessous du cerveau, jusqu'au bord antérieur de la membrane appelée rétine, qui les prolonge a l'intérieur de chacun
des deux yeux.
Qu'il me soit permis d'ajouter que la percussion, l'attrition des nerfs optiques ne provoquent pas de la douleur, mais des sensations lumineuses. Un coup de poing sur l'œil, quand il ne le crève pas, « fait, selon une expression populaire, voir trente-six chandelles » (3); c'est un choc qui fait jaillir également des étincelles du briquet.
Les nerfs optiques, comme un fusil.
On lit dans Gargantua (ch. xx) « que les larmes venoient és yeulx de Ponocrates et d'Eudemon (4) esclaffés de rire (5), par la véhémente concussion de la substance du cerveau, à laquelle (6) furent exprimées (7) ces humidités lachry-
(1) On trouvera ce briquet, plus ou moins finement ciselé, représenté dans le Blason des armoiries de tous les chevaliers de la Toison dor, par J.-B. MAUKiCE, La Haye, 1667; Vllisloire des Ducs de Bourgogne par de Barante, 1839, t. V, p. 280; le Guide de Végltse de Brou, par M. 1 abbe H.-P. Bourg, 1896, p. 90, etc.
(a'i Du grec, Xi'aaaa, entre-croisement.
3 La lésion d'un nerf sensoriel lait naître des sensations en rapport ■avec ses fonctions : des sensations lumineuses, s'il s'agit du nerf optique , des sensations auditives, s'il s'agit du nerf acoustique, etc. ^
(4) Nom d'un page de Gargantua, bon génie; du grec eu, bien, et oaf|xo>v, i->i.nviflenrp dieu, génie, démon (bon ou mauvais).
' ,5 D^^^^^^ du GrL Dictionnaire de médecine, le ^vo^ssenr
Adelon s'est étendu assez longuement sur le mécanisme du nre à chaudes larmes.
l'î Sicile:," Ih-ées, du lalin e.pri,nere. Je li. encore A la pnge 35, du Yome II de VA„<.lo,^ie de Dieme,-b,-oeok : . Dnns 1. InMesse les mem-
malos et transcoiilées (i) jouxte (2) les nerfs optiques ».
La joie, la tristesse, etc., déterminent bien un écoulement plus considérable des larmes, mais ces larmes pro-
brancsdu cerveau, conjoincteraent avec le cerveau même, se retirent et se resserrent; d'où vient que les humeurs séreuses du sang artériel (auxquelles ce viscère humide et visqueux communique un peu de viscidité) sont exprimées des glandes de l'écorce et de la substance môme du cerveau (dans les petits vaisseaux et dans les pores duquel il se porte beaucoup de sang artériel) comme aussi de la glande pituiteuse et des petites glandules du plexus choroïde, dans les ventricules, et de ceux-ci elles tombent en abondance par les productions papillaires, et par les pores de l'os cribleux, dans les parties fongueuses des narines intérieures ; et comme k cause de leur quantité ou viscidité elles ne peuvent pas les traverser si promptement, les plus subtiles et les plus séreuses sortent par les trous étroits lacrimaux qui sont sur les côtés, et se portent dans les grands angles des yeux, où en les mouillant entièrement, et s'écoulant au dehors, elles forment les larmes...
a Les larmes qui s'écoulent dans les grands excès de rire ont la même cause; car, dans cette contraction alternative des muscles de la tète et aussi du cerveau et de ses membranes, il se fait du cerveau et des glandes dont on a parlé ci-dessus, une forte expression de ces humeurs séreuses dans les ventricules, et d'eux dans les productions papillaires d'où elles s'écoulent au palais, aux narines, etc.. » (Pour détails complémentaires, voy. plus loin Névrologie et Aristote, Problêmes ; B. ScoRTiAs, De Nal. el Incremenl. Nili, 1. II, ch. ii ; Grégoire DE Nysse, De Ilom. opific, ch. ii; Moletius, De Slriict. Iiom. ; Coringius, Du 5ermen? ; Septalius, Comment, sur la secl. Z des problèmes d'Arislole ; Descartes, Trailé des passions de Fâme, par. 2, art. 128, i3o et i3i, etc.)
(1) Conduites en coulant. Dans les chapitres vi et vu du livre VIII de YUsarje des parties, Galien a décrit longuement un conduit qui, passant à travers des tubercules mammillaires (Voy. Névrologie : Les addilamenls mammillaires, comme un bobelin), est chargèdc conduire des ventricules supérieurs ou latéraux du cerveau jusqu'à l'os cribleux (l'elhmoïde) les humeurs pituiteuses accumulées dans ces ventricules.
Le même auteur (eodem loco, ch. m), J. Sylvius [Seconde ApoL), Riolan [Anlhropocj., 1. V, ch. l), J. Casserius {De la Fabr. du nez, sect. 3, ch. l), Hoffmannus {InsliL), F. de leBoë, Sylvius (Disp. 4, th. 33), F. Puteus, Du Laurens, etc., ont soutenu que le corps de l'os situé au milieu de la base du crâne, du sphénoïde, était percé de trous par lesquels coulaient dans les fosses nasales les excréments pituiteux de la glande pituitaire (Voy. Névrologie : Venîonnoir, comme un oiseau de masson) et du ventricule moyen du cerveau. La croyance à une communication entre le crâne et les fosses nasales est demeurée vivace dans le peuple, qui donne encore le nom de rhume de cerveau au coryza ou inflammation de la muqueuse des fosses nasales.
(2) Auprès, le long des, du latin juxla.
viennent d'une glande, dite jj-lande lacrymale, située sous la paupière, la partie externe de Forbite et non du cerveau, « en transcoulant jouxte les nerls optiques, » comme l'ont cru Galien, tSabelais, etc.
L'epidermis, comme un beluteau.
La peau est composée de deux couches : une couche superticielle, r(3p/rferm(3, et une couche profonde, le derme; L'cpiderme (du grec è-rtl, sur, et, 8£p|i.a, peau) est une membrane mince, résistante, criblée de petits trous correspondant aux poils et aux orifices des glandes qui sécrètent la sueur et l'humeur sébacée. C'est la pellicule grisâtre que soulève la sérosité du vésicatoire.
L'ciiidcrinis, comme, un hetalcnu.
Beluleau, bluteau, blutoir, crible pour bluter ou passer la farine (du latin bhitare, ancien mot barbare qui signifie vider, parce qu'en secouant le blutoir il se vide insensiblement).
« Loire pétrissoit sa paste ; sa femme belutoit la farine (i). »
Dans le dessin ci-desus, l'épiderme comparé au beluteau est l'épiderme de la paume de la main vu par sa face profonde à un grossissement de 8 diamètres. Il représente
(i) L. IV, ch. XIV.
ANATOMIR DESCRIPTIVE
le nombre tics oriliccs qu'on observe dans celle réoion sur un espace de 26 millimètres carrés.
Rabelais a-t-il vu ces orifices (1) ? A-t-il été conduit à se prononcer d'une façon aussi catégorique par l'existence et la croissance des poils et par le dépôt à la surface de la peau de la sueur et de l'humeur sébacée? Comme pour les spermatozoïdes, je ne puis le dire.
Constatation de visu ou induction logique, il n'est pas moins vrai que Maître François a émis une opinion qui a été énoncée en ces termes, mais seulement en 16G4, par Malpighi :
« Quand on soumet l'épiderme à l'action de l'eau bouillante, la partie superticielle ou cornée, tenace, résistante, bien que plus mince de moitié en général, se détache sous forme de lame, alors que la partie profonde se présente sous forme de lambeaux criblés de trous et figurant un réseau (2). »
Opinion encore contestée après les délicates et patientes recherches de Grew (3) et d'Albinus (4) (i684-i685).
Physiologie. Odorat. — L'éternuement est provoqué par toutes les causes qui font naître une sensation pénible sur la muqueuse qui tapisse les fosses nasales. Parmi les sternutatoires, le suc desséché et pulvérisé de l'euphorbe {Euphorbia offtcinarum) est un des plus actifs, Panurge en plaçait dans son mouchoir. « Et quand il se trouvoit en compagnie de quelques bonnes dames, il les mettoit sus le propos de lingerie, demandant : « Et cest ouvrage, est-il de Flandres, ou de Hainault ? » Et puys tiroit son mouchenez (5) disant : « Tenez, tenez, voyez en ci (6) de
(1) On les voit avec un grossissement de 4 diamètres.
(2) Malpighi (Marc), Epislola de exlerno laclus organo, 1664.
(3) Nehem Grew, Philosoph. Trantacl., p. 566, 1684.
(4) Albinus, Disserl. de poris humani corporis, Francofnrli adViadr., in-4, et in Haller, Diaserl. Anal., i. III, i685.
(5) Mouchoir.
(6) En voici.
l'ouvrage : elle est de Foiilignan ou FouLarahic (i). >» Et le secouoit bien fort à leur nez, et les faisoit esternuer quatre heures sans repos, »
Ouïe. — L'oreille, qui distingue la hauteur, l'intensité et le timbre du son, n'en perçoit pas toujours l'origine. Les ventriloques (a) ou engastrimythes (3) donnent à croire que les paroles qu'ils prononcent viennent du ventre. La ventriloquie (/j) a été cultivée de tout temps par un certain nombre d'individus et ceux-ci considérés tantôt comme des êtres divins et inspirés (5), tantôt comme des démoniaques dignes du bûcher (6). Dans le chapitre lviii du livre IV, il est question de leur généalogie :
« Les Engastrimythes soi disoient estre descendus de l'antique race d'Eurycles, et sur ce alléguoient le tesmoignage d'Aristophanes en la comédie intitulée les Tahons, ou mousches-guespes. D'ond (7) anciennement estoient dicts Eurycliens (8), comme escript Plato (9), et Plutarche on (10)
(1) Fontigiian et Fontarabie, villes d'Espagne, sur la Bidassoa. Par ouvrage de Fontignan « on doit entendre, dit Le Duchat, cette sorte de point que le Roman Bourgeois, p. 89, appelle le Ponlignac k la différence de celui de Gènes ».
(2) Parler du ventre, du latin vcnler, ventre, et loqui, parler.
(3) Du grec èv, dans, ^aa-rip, ventre, et fxu6o;, parole.
(4) « Le mécanisme de la ventriloquie réside dans une expiration lente et graduée, fdée en quelque sorte, expiration qui est toujours précédée d'une forte inspiration au moyen de laquelle le ventriloque introduit dans ses poumons une masse d'air dont il ménage la sortie. » (Richerand.)
(5) Par saint Chrysostome, Origène, l'archevêque Eustathi. La célèbre Pythonisse d'Endor et maintes autres sibylles environnaient leurs prédictions d'un prestige plus éclatant en usant de la ventriloquie.
(6) Par Augustinus Steuchus, dit Eugubinus, évèque de Ghïsaimo, en Candie.
(7) D'où.
(8) <( Devineurs Engastricns ab Eurt/clc EnyaslrimijUio, ciijiis menunil Scholiasl. Arisloph. in Vcspis, el Cœliiis Boduj., liv. 8, ch. 10. » (Alphabet de l'auteur françois.) Euryclès était un devin fameux d'Athènes, surnomm.l'Engastrimyihe, parce qu'on croyait qu'il avait dans le ventre un démon qui lui révélait l'avenir.
(9) Dans celui de ses dialogues intitulé le Sophiste.
(10) Au.
ANATOMIE DESCRIPTIVE î^Oy
livre de la CossaLion des oracles. És saincLs décrets, 26, q. .'^ sont appelés Ventrilocjues ; et aussy les nomme en langue ionique Ilippocrales, lib. 5., Epid. (i), comme parlants du ventre. Sophocles les appelle Sternomantes (2). C'estoient divinateurs, enchanteurs, et abuseurs de simple peuple, semblants, non de la bouche, mais du ventre parler et respondre à ceulx qui les interrogeoient. Telle estoit, environ l'an de nostre benoist Servateur (3) i5i3, Jacobe Rodogine (4), italiane, femme de basse maison. Du ventre de laquelle nous avons souvent ouï, aussy ont aultres infinis en Ferrare (5) et ailleurs, la voix de l'esperit immunde, certainement basse, foible, et petite; toutesfois bien articulée, distincte, et intelligible, lors que, par la curiosité des riches seigneurs et princes de la Gaulle Cisalpine (G), elle estoiL appelée et mandée. Lesquels, pour oster toute doubte de fiction et fraude occulte, la faisoient despouiller toute nue, et luy faisoient clorre la bouche et le nez. »
— Les longues lectures, les travaux délicats réclamant une contraction permanente et persistante du muscle ciliaire (le muscle de l'accommodation) ont une action nuisible bien démontrée sur les yeux. Que de gens eussent peut-être eu une bonne vue qui l'ont perdue par suite d'une application trop continue dans leur enfance!
(1) Hippocratc a cru que les ventriloques parlaient réellement du ventre. Dans le deuxième livre des Épidémies, il est noté que la femme de Ptolémarque étant alTectée d'une angine, il soi'lait de sa poitrine des sons pareils à ceux qui parlent la bouche close.
(2) « La sternomantie, dit l'alphabet de l'auteur, est la divination qui se fait quand l'cspi'it malin parle et rend response du profond de la poitrine de celluy dedans le corps duquel il est entré. » Du grec oTê'pvov, poitrine.
(3) Conservateur, sauveur, libérateur, du latin seroalor.
(4) De Rovigo, ville d'Italie, d'où Cœlius Rhodiginus a tiré lui-même son surnom de Rhodiginus.
(.5) Et aussi un nomi:)re infini d'auti-es à Ferrare.
(6) L'ancienne paille des Gaules comprise entre le mont Cenis et le Rubicon.
Celte vériLé est |ji'ocluni(''e d'une Incon plaisante au chapiti-c « Des faicts du noble Pantagruel en son jeune âge ». <( Au regard de se rompre Tort la teste à estudier, il ne le faisoit mie (i), de paour (2) (pu-, la vue luy diminuast. »
Rapprochons de ce chapitre celui où est noté l'effet désastreux qu'a sur la rétine, dans les pays couverts de neige, la réverbération de la lumière. « Le blanc extériorement (3) disgrège (4) etespart (5) la vue, dissolvent manifestementles esperits visifs (G), selon l'opinion d'Aristoteles en ses problèmes (7), et des perspectifs ; et le voyez par expérience, quand vous passez les monts couverts de neige : en sorte
(1) Pas.
(2) De peur.
(3) Extérieurement.
(4) Sépare, divise, disperse.
(5) Même sens que mot précédent. « Éparpille, diverge » glcssaire de L. Barré.
(6) Galien, suivant en cela la pensée d'Hérophile, dit (I. VIII do V Usage des parlies, ch. vi, et 1. XVI, ch. m) que les nerfs optiques sont creux, ont un trou manii'cste.Plcmpius, au livre I de son Ophlhalmofjraphir, a indiqué la manière de trouver ce ti*ou. Le cordon fibro-perveux, dit neri optique, qui unit la vésicule oculaire à la vésicule cérébrale est effectivement creux. (Voy, Névrologie : Les nerfs, comme un robinel.)
Tous les pliilosophes et les médecins du moyen Age, et Descartes luimême (Voy. sa Dioplriqiie et aussi son livre do V Homme, art. 18, 19 et 20) ont pensé que les yeux étaient redevables de la faculté de voir aux esprits animaux ou visifs qui y affluaient en plus ou moins grande quantité par la cavité qu'offre chaque nerf en question. Riolan a enseigné {Animado. sur Bauhin) que la jonction du nerf optique droit et du nerf optique gauche avait lieu par rintcrmédiaii-e d'un petit canal ayant la forme de la lettre H. Bauhin, Mercatus, Sennert et plusieurs autres ont affirmé que cette jonction avait lieu par le mélange total de la substance des deux nerfs pour que les esprits visifs pussent passer avec facilité d'un œil dans l'autre pour augmenter l'étendue et l'acuité de la vision, <- non seulement dans les personnes saines, mais encore chez les personnes qui n'ont qu'un œil et chez lesquelles cet œil unique doit avoi'" la force de deux. » Aristote, Galien, Alexander ont déclaré que ces esprits visifs, viciés, de mauvaise qualité, ternissaient les miroirs en sortant des yeux et communiquaient par contagion l'ophlbalmio.
(7) « La couleur verte médiocrement excite et esnicut l'organe de la voue, partant luy donne soulagement et le conforte : ce que peut faire la couleur blanclu", attendu qu'elle excite, esmeut et change grandement
ANATOMIE DESCRIPTIVE afjCJ
que VOUS plaignez de ne povoir bien i-egarder, ainsy que Xenoplîon escript estre advenu à ses genLs : et eoinme Galen expose amplement libro X de Usa parlium (i). »
A ces lignes relatives à lorgane de la vision qu'on relève dans Gargantua et Pantagruel il faut ajouter les suivantes :
(( Galen, lib. 9, de l'Usage de nos membres (2), dict la teste estre Caicte pour les yeulx. Car nature eust pu mettre nos testes aux genoulx ou aux coubtes (3); mais ordonnant
lorgane d'icellc ; à cause qu'elle tend à une plus grande violence etexcellence. Car, d'autant plus que l'objet sensible est excellent, d'autant plus il débilite et destruict le sons. « {Les Problèmes iVArUlole, par Nicolas
BOiNFONS.)
(1) «Rappelez-vous comment une lumière vive et brillante fatigue les yeux. Peut-ôtre ignorez-vous à quel point furent incommodés les soldats qui marchaient, sous la conduite de Xénophon, par des chemins couverts d'une neige épaisse; car je ne serais pas étonné que vous n'ayez pas souci des écrits de cet historien. Vous ignorez également, je pense, que Denys, tyran de Syracuse, avait fait élever au-dessus de la prison et enduire de plâtre une pièce, d'ailleurs très brillante et très éclatante : qu'après un long séjour au fond des cachots, il y faisait monter les prisonniers ; plongés si longtemps dans d'épaisses ténèbres et revoyant un jour brillant, ils devaient contempler la lumière avec ravissement, mais ils perdaient bientôt les yeux Si vous n'en croyez pas Xénophon, vous pouvez apprendre
par expérience combien un voyage dans les pays de neige est pernicieux pour les yeux. » (Galien, De l'Ulililé des parlies, 1. X, ch. m, trad. Daremberg.)
(2) Ce n'est pas dans le livre IX mais dans le livre VIII de VUtililé des parlies que se trouve ce passage de Galien : « La tète a paru, à beaucoup de personnes, avoir été créée en vue de l'encéphale, et renfermer conséquemment tous les sens comme les serviteurs et les satellites d'un grand roi, mais les crabes etlcs autres crustacés n'ont pas de tète. La partie qui dirige les sens et les mouvements volontaires est certainement placée dans le thorax, à l'endroit où chez eux se trouvent tous les organes des sens (1. VIII, ch. 11). Il est évident que la tète n'est pas créée en vue de l'encéphale : pour nos yeux, les établir en un lieu bas était contraii'e à l'utilité qu'ils présentent; les fixer sur un col nu n'était pas sans danger, et la nature, ne voulant ni les priver d'une partie de leur utilité, ni abolir leur sécurité, a imaginé de les établir dans un lieu élevé et propre en môme temps à les proléger. » (L. VIII, ch. v.)
(3) Coudes, du latin cubihis. On donne encore le nom de cubilus à l'os iidernc de l'avant-bras, dont une partie de l'extrémité supérieure forme la saillie postérieure mobile de l'articulation du coude. (Voy. Ostéologie : Les focUes, comme faucilles.)
270 UAHELAIS ANATOMISTE
les yeulx pour descouvrir au loing, licha (i) la Leste, comme en un baston au plus hault du corps; comme nous voyons les' phares et haultes tours sus les havres de mer estre érigées, pour de loing estre vue la lanterne (a). »
Toucher. — Une des caractéristiques du génie de Rabelais, c'est de passer du noble au familier, du sévère au plaisant, sans gêne et sans disparate. Jamais écrivain n'a fait plus lestement et plus facilement volte-face. La sueur humaine est salée. Elle est composée d'eau, des sels ordinaires du sang (le chlorure de sodium (3) domine : 22 p. 100), de principes gras et de plusieurs acides. Partant de là, ■Maître François a expliqué, avec un dévergondage inouï d'imagination, pourquoi la mer a un goût de saumure. «Au temps que Phœbus bailla (4) le gouvernement de son charriot lucifique (5) à son fils Phaeton (G), ledict Phaeton, malapprins (7) en l'art, et ne sçavant (8) ensuivre la ligne ecliptique entre les deux tropiques de la sphère du soleil, varia de son chemin, et tant approcha de terre, qu'il mist à sec toutes les contrées subjacentes... Adonc la terre fut tant eschaufée, qu'il luy vint une sueur énorme, dont elle sua toute la mer qui par ce est salée : car toute sueur est salée. Ce que vous direz estre vrai si vous vouler taster de la vostre. »
Organe d'absorption, d'exhalation et de tact, la peau, pour conserver l'intégrité de ses fonctions, a besoin d'être débarrassée fréquemment de la poussière et des produits qu'elle sécrète (humeur sébacée, sueur, cellules épidermiques). Quand sa puissance éliminatrice est affaiblie, des
(1) Fixa, plaça.
(2) L. III, ch. vu.
(3) Le chlorure de sodium est le sel de cuisine.
(4) Donna accorda (1. Il, ch. 11).
(5) Qui porte la lumière, lumineux, du laliii Iticifer.
(6) Phaeton, fils d'Apollon et de Climènc, une des Oc(}anides,
(7) Mal appris.
(8) Sachant, du latin scire.
accidents morbides apparaissent; si elle est recouverte d'un enduit imperméable, la mort survient (i).
A une époque où la propreté était loin d'être considérée comme une recommandation dans les collèges (2), les cloîtres et môme les palais (3), l'auteur de Gargantua et de Pantagruel à insisté sur la nécessité de la balnéation, et même sur les avantages de la friction, du massage et de la sudation.
Devant le manoir des Thélémites « estoient les nata-
(1) En voilà un exemple éclatant. On célébrait à Palerme une lète populaire, mélange bizarre de traditions mythologiques et de pratiques chrétiennes. Au nombre des spectacles offerts à la cuinosité des habitants et des étrangers accourus de toutes parts, on admirait une brillante cavalcade composée de groupes de cavaliers splendidement costumés et de chars ornés de trophées et d'emblèmes allégoriques. Parmi ces chars, il en était un qui attirait principalement les regards : c'était celui de la Richesse figurée par un jeune gai'çon qui avait consenti à laisser recouvrir son corps entier de feuilles d'or.
Pendant six heures consécutives, le long cortège parcourut les rues de la ville, soulevant sur son - passage les exclamations joyeuses de la foule. Mais hélas! cette fête si gaie devait se terminer dans le deuil et la tristesse.
Quand on voulut retirer le pauvre enfant de son enveloppe dorée, il ne restait plus de lui qu'un cadavre bientôt refroidi.
C'est ce fait qui a donné au physicien Foucault, de passage à Palerme, l'idée de ses belles recherches sur la chaleur animale, et c'est à la thermophysique qu'est dû l'emploi plus méthodique, plus scientifique de l'eau dans le traitement des maladies (hydrothérapie).
(2) « Sauf la chaire du professeur, les classes n'avaient au xv° siècle ni banc, ni siège d'aucune sorte; elles étaientjonchéesde paille pendantl'hiver et d'herbe pendant l'été. Les élèves devaient se vautrer dans cette litière soi-disant pour faire acte d'humilité. Leur uniforme, consistant en une robe longue et serrée à la taille, était fait pour ramasser l'ordure et aussi pour la couvrir. Qui pourrait dire ce qui se cachait sous l'habit scolastique? Nous en avons l'idée par un article qui fut inscrit dans les règlements intérieurs. Au réfectoire, pendant toute la durée du repas (qu'on nous pardonne la crudité de ce détail historique), il était défendu de porter la
main à son bonnet, tant l'état des tètes inspirait de crainte C'est par là
que se forma la renommée proverbiale dont a joui si longtemps la crasse des collèges. » (Quicuerat, Histoire de Sainle-Barbe, collège, communauté, iiistilution ; Paris, Hachette.)
(3) Fagon, le médecin de Louis XIV, nous apprend, dans son journal que le grand roi ne s'est baigné qu'une fois dans sa vie.
HAIÎELAIS ANATOMISTE
Loires (i), avec les bains iniriluiucs à triple solier (2), bien garnis de touts assorlinieiiLs, et Toison d'eau demyrrlie » (3).
« Gargantua nageoit en prol'unde eau, à Tendroict, à l'envers, de costé, de tout le corps, des seuls pieds, une main en l'aer, en (4) laquelle tenant un livre transpassoit (5) toute la rivière de Seine sans icelluy (6) mouiller, et tirant par ses dents son manteau... Puis d'une main entroit par grande force en un basteau : d'icelluy (7) se jectoit derechef en l'eau, la teste la première : sondoit le parfond (8), plongeoit és abysmcs et goulphres.
« Issant de l'eau (<)), roidement montoit encontre la montagne, et dévaloit (10) aussy franchement, etc. »
Puis :
« Le temps ainsy employé, luy frotté, nettoyé et refraischi d'habillements, tout doulcement retournoit. »
N'est-ce pas là le grand bain ou bain d'immersion, pris dans une rivière ou dans une piscine de natation — ainsi
(1) Lieux où l'on nage, du lalin nalaloria.
(2) A triple étage (en latin soliiini), c'est-à-dire un bain chaud, un ijain tiède et un baiu l'roid, dans chacun desquels Teau était distribuée au moyen de canaux telle qu'il la fallait.
(3) La myrrhe est une gomme résine d'une odein- suave. « Une petite quantité dans l'eau l'orme un liquide excellent pour l'aire des lotions stimulantes. » (D'' E. Brémond.) Chez les Hébreux, on trottait d'huile et de myrrhe pendant dix mois les fdles destinées au roi.
(4) Avec laquelle.
(5) Traversait. Sous la discipline de ses premiers précepteurs sophistes, Gargantua était très sale. Il se peignait avec un peigne quelque peu primitif, les (( quatre doigts et le poulce. Car ses premiers précepteurs disoiiînt que soy aultrement peigner, laver et nettoyer, estoit perdre son temps en ce monde. » Ponocrate s'est excusé en ces termes auprès de Grandgousier de n'avoir pas placé Gargantua au collège de Monlaigu : «Mieuix sont traictés les forcés (les forçats) entre les Maures etTarlares, les meurtriers en la prison criminelle, voire certes les chiens en vostre nuiison, que ne sont ces malautrus audiet collège de pouillcric. » (L. I, ch. xxxvii.)
(6) Sans mouiller celui-ci, ce livre.
(7) De celui-ci, de ce bateau.
(8) Le fond.
(9) Sortant de l'eau.
(10) Descendait.
que le recommandait Priessnitz, le fondateur de l'hydrothérapie, — bain d'immersion au sortir du(|uel, l)ien essuyé, énergiquement Irictionué et promi)tement habillé, on va l'aire» une promenade plus ou moins longue en marchant plus ou moins vite ?