‹ Rabelais [electronic resource]Chapitre 28 sur 35 · NÉVROLOGIE OU ÉTUDE DES NERFS · texte numérisé non relu

NÉVROLOGIE OU ÉTUDE DES NERFS

Quaresmeprenant avoil :

Les membranes, comme la coqueluche d'un moine. La cervelle, en grandeur, couleur, substance et

vigueur, semblable au c... gausche d'un ciron masle. Les ventricules d'icelle, comme un tirefond. La voulte, comme une goimphe.

Le conare, comme une veze.

L'entonnoir, comme un oiseau de masson.

Les additaments mammillaires, comme un bobelin. L'excrescence vermiforme, comme un pilemaille. La nuque, comme un fallot.

La mouelle, comme un bissac.

Les nerfs, comme un robinet.

Les esperits animaulx, comme grands coups de poing. Les esperits vitaulx, comme longues chiquenauldes.

Les membranes, comme la coqueluche d'un moine.

Les membranes (du latin membraiia, parchemin), les méninges, sont des gaines qui protègent les centres nerveux. Elles sont au nombre de trois. Rabelais n'en a connu que deux. Frère Jean des Entommeures « tranchit les deux méninges » d'un des archers chargés de sa garde. La troisième méninge, appelée arachnoïde (du grec «pâ^, toile d'araignée, et sTSoç, ressemblance, qui ressemble à une toile d'araignée), fort mince, transparente, très dilTicile ^ isoler

ANATOMIE DESCRIPTIVE tîjb

entièrement, n'a été déci'ite que longtemps après la mort de l'auteur de Gargantua. L'inflammation des membranes constitue la terrible maladie appelée méningite.

Coqueluche, capuchon, partie de l'habit de certains moines qui leur couvre la tête. On dit familièrement prendre le capuchon, pour se faire moine. Un certain nombre d'étymologistes avancent que le nom de coqueluche, déjà attribué, en i4i4i temps de Charles VI, au catarrhe spasmodique et contagieux des bronches (Mézeray), dérive

de la coqueluche (i) qu'ont portée primitivement les enfants atteints de cette maladie. Comme celui des moines, ce capuchon était généralement rond.

Les membranes enveloppent le cerveau à la manière d'un capuchon. Le dessin ci-dessus de Hirschfeld et Léveillé {Névrologie ou description et iconographie du sgstème nerveux et des organes des sens de l'homme, avec 92 planches dessinées d'après nature, Paris, i853) en est une preuve évidente.

(1) Pour d'autres il dériverait de coquelicot (pavot rouge, Papnver rhœcm de la famille des Papavéracées) parce que les fleurs de cette plante ont été employées jadis dans la toux suffocante et convulsive, dans la toux bleue des enfants (Marcus) ou de la ressemblance de cette toux avec le chant d'un coq.

HABKLAIS ANATOMISTE

La cervelle, en grandeur, couleur, substance et vigueur, semblable au c... gausche d'un ciron masle.

Le. leslicale gauche est i)lus volumineux que le testicule droit, mais constitué, ainsi que lui, par une substance d'un gris rougeâtre, assez peu consistante, dite pulpe testiculaire.

Le cerveau des aliénés et des idiots est revenu sur luimôme, piqueté de rouge et ramolli.

En établissant un parallèle entre la cervelle de Quaresmeprenant et la glande génitale d'un ciron, un des animaux les plus infimes de la création, Rabelais confirme ce qu'il a donné antérieurement à entendre de l'état mental du personnage susdit. En choisissant la glande gauche, plus grosse que la glande droite (i), il tempère légèrement sa comparaison.

Les ventricules d'icelle, comme un tirefond.

Le cerveau est creusé de cavités, dites ventricules. Ces ventricules sont au nombre de trois : un moyen, vertical, plus large à sa partie inférieure qu'à sa partie supérieure et qui est moins une cavité qu'une fente [fissura média, Gordon), et deux latéraux, horizontaux, communiquant entre eux par l'intermédiaire du précédent (2).

(0 Maîlrc François s^est très bien aperçu que le testicule gauche est plus bri que le testicule droit, et ce qui le démontre, cest que, Pour m.eux . rquer'son amitié à frère Jean, Panurge en hu 1-^1- le p -

sieurs fois l'adjectif gauche au mot c... « uion c... gausche ... (L. 111, ch XVII.) Ce mot a encore un sens amical dans le peuple.

Il est à remarquer que, dans les «y«t^™«« «/■^^'^^'^^''^f^'^'f ' " ^ que quelques parties, le savant anatomisle a toujours chois ulks qui étaient considéVées de son ten.ps comme les plus importantes.

Tire-fond^ instrument d'acier avec lequel le chirurgien enlève la pièce d'os qu'il a. sciée avec le trépan.

Pour démontrer l'exactitude absolue de la comparaison de Maître François, il me suffira d'accoler (Voy. le dessin ci-dessous) une coupe transversale et verticale du

Lc.f venlricules d'icelle, comme un lire fond.

cerveau en arrière des tubercules mamillaires (i) et le tire-fond, qui est dessiné dans le X*' livre des œuvres d'Ambroise Paré (p. 343, Paris, 1628).

La voulte, comme une goimphe.

La voiilte, la voûte c> trois piliers, le trigone cérébral, est une cloison constituée par deux bandelettes de tissu nerveux, plates, blanches, juxtaposées, qui recouvrent le ventricule moyen du cerveau en décrivant une courbe à concavité inférieure. Cette partie du cerveau était jadis appelée « tortue, par la raison qu'il semble, dit Diemerbroeck, qu'en la

culos de cet organe, où s'opérait la transformation des esprits vitaux en esprits animaux et s'accumulait l'humeur pituiteuse ; les méninges, dont les contractions unies à celles du tissu cérébral chassaient cette humeur excrémentitielle des ventricules ; les tubercules mamillaires et la glande pituitaire chargés de conduire des ventricules cette même humeur h des trous percés dans la base du crâne, etc.

(1) Elle est représentée dans le Traité d'analomic humaine (de Beaunis et Bouchard).

•jyH RABELAIS ANATOMISTE

manic'ire des tortues, ou des voûtes dans les bâtiments, elle soûtient toute la masse du cerveau qui est appuyée dessus, et cela afin que le troisième ventricule n'en soit pas comprimé » (i).

Goimphe; yoHicptoatç, en grec, signifie assemblage,' réunion de plusieurs pièces en une seule. On donnait autrefois le nom de goimpbe à un bonnet de femme composé de divers morceaux. J'ai entendu, dans le xMorvan, dire encore goim-

La vouttc, comme une goimphe.

pher sainte Catherine, pour : coiffer sainte Catherine. Jusque sous le règne de François P^ les femmes ont porté une coiffe sur laquelle était posée une bande d'étoffe, dont les pans pouvaient être et étaient généralement relevés sur le sommet delà tête, ainsi que le montre un des dessins (2) ci-dessus. Ces pans relevés donnaient plus de liberté au cou et plus de coquetterie à la coiffure.

Le conare, comme une veze.

Le conare, la glande pinéale, est une petite excroissance ôpithéliale avec quelques éléments nerveux, située sur la

(l) DllîMHHHROECK (/oc. C(7. .S»/nV/, t. Il, p. 2/,l).

(2 C'est la copie de la coilïurc d'une dos suivanlos de Marguerite de Valois, reine de Navarre, sœur de Franç;ois I-, anteur.de 17/<7)/«/m'/-o«,

ANATOMIE DESCRIPTIVE ayÇ)

ligne médiane du cerveau, en arrière du ventricule moyen. Galien et Oribase l'ont comparé à un cône (d'où ses noms divers de conare, conarium, xomptov, cône; pinea, pomme de pin, etc.).

La g-lande pinéale est un vestige de l'œil pariétal impair et médian des Sauriens iguanidcs. Descartes en avait l'ait le siège de l'âme.

Le conare, comme une veie.

Veze, cornemuse, en langage poitevin et saintongeois. Divers commentateurs écrivent un veze. En patois poitevin et saintongeois, ce mot est féminin. Il vient, selon Esmangart et Johanneau, de vesica, vessie.

Les Andouilles farouches marchaient au combat « au son des vezes et piboles ».

Dans l'île de Ruach (i), où « le noble Scurron (2)

des Cenl Nouvelles nouvelles, etc. (Ancienne collection Pillet, de Tours. Portrait en pied de Marguerite de Valois et de deux de ses dames d'honneur.)

(1) Les îles LoCfoden, selon M. Ducrot [lac. cil. suprà, p. 18). En vieux ' celtique, Loffoden est composé de deux mots : lo/f, qui veut dire vent, flatuosité du ventre, et oden, route; ensemble, route des vents. En bas breton actuel, lo/f et oden signifient encore la même chose. « Loff est un trope; c'est le côté d'où vient le vent, pour le vent lui-même. » (Jal, Arcli. nav.,]). 179.)

(2) Un des maîtres de Rabelais, Son nom exact est Schyron, ainsi

:iHo RABELAIS ANATOMISTK

mtHlicin, passant un jour, nous compLoiL quo le Gicrcc (i) est si Tort qu'il renverse les charrelles chargées... on avoit robé (2) au roy une veze pleine du vent propre (lue jadis à Ulysses (3) donna le bon ronlleur Eolus (4) pour guider sa nauC (5) en temps calme. Lequel il gardoit religieusement, comme un aultre Sangreal (G), et en guérissoit plusieurs énormes maladies. »

(( Tellement que ceste mariée ne voulut jamais bouger de Ui où elle estoit, que les menours ne l'allassent prendre et que les piboleux et vezeurs n'eussent soufflé là. » (Bou- CHET, Serée, f).)

La glande pinéale est une réduction minuscule du sac de peau de la cornemuse, distendu par le souffle du musicien. Pour plus de précision scientifique et pour mieux faire ressortir l'identité de forme des deux objets comparés, j'ai fait représenter, dans les dessins qui viennent à l'appui de ces lignes, la glande pinéale telle qu'elle est figurée ' dans la seconde édition du Sijslëme nerveux de Vhomme, de Van Gehuchten (Louvain, 1897, p. ii5), et une cornemuse poitevine du xvi'^ siècle dont le tuyau d'embouchure, rejeté en arrière, est masqué par le sac. Cette vèze appar-

qu'en témoigne l'inscription suivante, gravée sur la porte du théâtre anatomique que Henri II fit construire à Montpellier : Curaniibiis Johanne Schijronio, Antonio Saporla, Gnillielmo Bondeletio et J. Bocatio i556. (Voy. Tessier, addil. k Téloge de G. Rondellet, et V Histoire de V Université de Montpellier, de J.-E. Strobelger ; Nuremberg, 1625, en latin.)

(1) Le vent circius (ouest-nord-ouest), que désiraient les peuples de la Narbonnaise pour purger leur pays des mauvaises exhalaisons.

(2) Dérobé, volé.

(3) Ulysse, fils de Laërtc et d'AnticIée, roi d'Ithaque, dont Homère a narré les aventures dans V Odyssée.

(4) Éole, iils de Jupiter, dieu des vents et des tempêtes. 11 régiiad sur • l'Éolie (aujourd'hui les îles Lipari), et fit cadeau à Ulysse d'outrés dans

lesquelles étaient renlermés les vents contraires à sa navigation.

(5) Navire, du latin navis.

(6) Sangreal ou saint Graal, espèce de calice dans lequel, suivant l'Écriture, Josepii d'Arimathie recueillit le sang qui coulait du corps du Christ. On entend aussi par ce nom le grand plat creux dans lequel on prétend que Jésus découpa l'agneau pascal.

tient à une famille poitevine amie de la mienne. Un instrument analogue, mais avec trois tuyaux apparents, est sculpté en ronde-bosse sur le chapiteau en bois d'un des piliers de la petite porte de la façade de la maison d'Adam (xv*' siècle), regardant la place Sainte-Croix, à Angers. On en voit un autre à quatre- tuyaux entre les bras d'un des musiciens du tableau le Concert de Famille de Jacques Jordaens.

L'entonnoir, comme un oiseau de masson.

L'entonnoir est un cordon rougeâtre, creux, comprimé d'arrière en avant et évasé supérieurement (i), placé audessous du ventricule moyen. L'entonnoir, encore appelé choana, infiindibiilum, tige du corps pituitaire, est terminé

L'enlonnoir, comme un oiseau de mnsson. ^2

par un corps grisâtre ovalaire, formé d'un lobule épithélial et d'un lobule glandulaire intimement unis, le corps pituitaire. Les anciens anatomistes ont donné à ces deux lobules intimement unis le nom de corps pituitaire, parce qu'ils ont cru que ce corps avait pour usage de recevoir les humeurs pituiteuses amassées dans le troisième ventricule ou ventricule moyen du cerveau, et de les conduire à des trous percés dans le corps de l'os, situé au milieu de la

(1) Cette partie évasée était désignée autrefois sous le nom de bassin.

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base du crâne, du sphénoïde, d'où elles s'écoulaieiil dans les fosses nasales. Il est dénommé glans piluilam excipient par Vésale.

Oiseau de masson, sorte de hotte composée de deux planchettes disposées en équerre, et qui sert à porter le mortier sur les bâtiments en construction. On retrouve l'oiseau de maçon sur les bas-reliefs de la colonne Trajane et sur plusieurs de nos monuments des premiers temps du moyen âge. Dans quelques provinces de France, les maçons emploient encore cette hotte, et partout les couvreurs en font usage pour porter les ardoises sur les toits.

L'entonnoir, la glande pituitaire, les bandelettes optiques et le chiasma des nerfs optiques rappellent l'oiseau de maçon. Jadis, quand on croyait que la glande pituitaire était presque carrée, plus dure et plus plate (1) que les autres glandes, la comparaison en question a pu paraître bonne.

Les additaments mammillaires, comme un bobelin.

Les additaments mammillaires, les tubercules mamillaires, sont deux petits corps sphériques, très rapprochés l'un de l'autre, qu'on trouve à la face inférieure du cerveau.

Les additaments mammillaires, comme un bobelin.

Additament vient du latin additamentiim, addition, augmentation, etmammillaire, de/namm/Za, petite mamelle, parce que les Anciens « n'ont pas mis ces productions au nombre des

(1) Voy. DiEMERBnoECK, loc. cil. snprà, t. II, p. 270.

McrI's (i), qu'elles sont livs blanches, et i|ue l'extrémité de chacune d'entre elles est ronde en l'orme de mamelon ».

(DiEMERBROECK.)

Dobelin, peloton de laine ou de fil (2). On dit encore bobeliner ou boubeliner, pour bobiner, pelotonner.

Chaque tubercule mamillaire est semblable à un petit peloton de fil blanc. L'analogie est d'autant plus évidente que chacun d'eux est formé par l'enroulement sur elle-même de l'extrémité antérieure d'un des faisceaux nerveux qui entre dans la composition de la voûte du cerveau. (Gasserius, Cruveilhier, Luys, etc.).

L'excrescence vermiforme, comme unpilemaille.

U excrescence vermiforme^ excroissance qui a la forme d'un ver, excrescentia vermiformis en latin. On l'appelle

L'excrescence vermiforme, comme un pilemaillc.

(1) Je rappelle qu'on a décrit autrefois dans leur intérieur un conduit chargé de porter les humeurs pituiteuses des ventricules latéraux du cerveau aux fosses nasales, en passant par les trous de l'ethmoïde (os cribleux). Pour les anciens anatomistes, les » additaments mammillaires », encore appelés productions niamillaires ou papillaires, n'étaient que des annexes du cerveau; les origines des conduits de la pituite.

(2) On appelait aussi autrefois bobelin une espèce de savatedont se servaient les gens du bas peuple. Il est évident que cette chaussure n'a aucun rapport avec les << additaments mammillaires »,

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aujourd'hui éminence vevmi forme. Celle émineuce csl constiluée par le lobe médian du cervelcl, dont la surface annelée rappelle celle d'un ver.

Pilemaille, maillet dont on se servait jadis pour jouer au mail. De pila, balle à jouer, boule, et de maliens, marteau, maillet. Le jeu môme s'appelait palemail ou, comme a écrit Nicot, palemaille. Selon Burgaud des Marets et Ralhery, on disait également paille-maille.

Dans les Œuvres d'Ambroise Paré [loc. cit. siiprà, p. 168, l. V), on trouve déjà un bon dessin de l'excrescence vermiforme : « le vermiformis, tant antérieur que postérieur, dont l'antérieur est entièrement séparé. » C'est ce « vermiformis antérieur entièrement séparé» qui figure, dans notre dessin, à côté du pilemaille.

La nuque, comme un fallot.

Rabelais a donné au mot nuque le sens que lui attribuaient les médecins de son temps (Voy. Furetière) ; par nuque il a entendu la moelle allongée, le bulbe rachidien. En arabe Non Kha'a signifie moelle.

Le bulbe rachidien ou bulbe crânien [pars cephalica medullœ.spinalis, Hasse) est un renflementpolygonal, aplati d'arrière en avant, à base supérieure, qui couronne à la manière d'un chapiteau la moelle épinière dont il constitue l'extrémité supérieure {principium medullse spinalis des Anciens).

Fallot, lanterne adaptée au bout d'un bâton. Falot, en terme de blason, désigne aussi une sorte de vase avec un manche.

Dans l'île de Médamothi (1), « Panurge achapta

(1) Nulle part, en hébreu. D'après M. Ducrol, ces! Arkhangel. Mais Arkhangel n'est pas une île. De nos jours, non !mais, au temps de Rabelais c'en était une, séparée delà terre ferme par la mer Glaciale et par le neuve Pinègre. qui baignait la ville de Sabatea. el qui recevait comme tri-

un grand tableau painct et transsumpt (i) de l'ouvrage jadis faictà raiguille par Philomela (a)... Je vous jure par le manche de ce l'allot, que c'estoit une paincturc galante

et miritique (3) ».

Au bal de la reine de Lanternois, « se (aisoient bien valoirles gentils Fallots avecques leurs jandjes de bois » (/|).

La nuque, comme un fullol.

Qui connaît l'anatomie et a vu les lanternes emmanchées qu'on porte encore, dans certaines campagnes, de chaque côté du dais pendant les processions ou devant le prêtre qui va administrer les derniers sacrements à un malade, approuvera la comparaison (5).

butaire la rivière de Culuga, d'après les caries de Hondius et jusqu'au xviii" siècle (Ducrot, loc. cil. suprà, p. ii). (il Imité, copié, du latin Iran.s.iumphi.-i.

(2) L'ouvrage représentant l'attentat dontPhilomèle, fille de Pra'ndion, roi d'Athènes, avait été l'objet delà part de Terée, le mari de sa sœur Prognée.

(3) Merveilleuse, du latin miri ficus.

(4) Il y avait encore au xviii" siècle des porte-falots à Paris. Ils appelaient, à la sortie des théâtres, les équipages des grands seigneurs et accompagnaient dans les rues mal éclairées le bourgeois ou l'ouvrier jusque chez lui, montaient dans sa chambre, allumaient sa cliandellc.

« Voilà le i'alol ! était le dernier cri qui retentissait le soir par la Grande Ville, il y a cent cinquante ans.

(5) Celui-ci est une réduction d'un do ceux dont ou se sert dans une commune du Loir-et-Cher.

La mouelle, comme un bissac.

La mouelle, la moelle épinière, est cette tige nerveuse, blanche, qui est logée dans la colonne vertébrale. La moelle n'a pas le môme calibre dans toute sa longueur : elle se renfle au niveau des premières vertèbres cervicales {renflement cervical, inlamescenlia cervicalis)^ diminue ensuite successive-

La mouelle, comme un bissac.

ment jusqu'à ce qu'elle ait repris son volume initial, se renfle une seconde fois au niveau des dernières vertèbres dorsales [renflement lombaire, inlamescenlia lumbalis) et se termine en pointe à la hauteur de la première lombaire.

Du premier renflement partent les nerfs destinés aux membres supérieurs, du second ceux qui se rendent aux membres inférieurs.

Le bissac (du latin bis et saccus, sac à deux poches) est un long sac de cuir ou de toile ouvert par le milieu èt fermé

par les deux bouLs; en sorte qu'il forme deux poches. Les moines des quatre ordres à cagoule, les moines mendiants, s'en servaient jadis pour aller quêter. On dit encore être an bissac pour : être réduit à la mendicité.

« Ce matin, dist Panurge, j'ai trouvé un bon homme, qui en un bissac iaX comme celuy de Esopet (i) portoit deux petites fillettes de l'âge de deux ou trois ans au plus, l'une devant, l'aultre derrière. Il m^ demande l'aumosne (a).

« Estienne Tappecoue (3), secretain (4) des cordeliers de Saint-Maixent, en Poictou, qui retournait (5) de queste, dist (6) en vers macaroniques (7) à Villon et à ses compagnons :

Hic est de patria, natiis de génie belistra. Oui solel antiqiio bribas portare bisacco (8). »

Le bissac dont les deux poches sont remplies de provisions a la configuration générale de la moelle. On en sera persuadé quand on aura regardé le dessin ci-contre de la moelle, d'après Van Gehuchten [loc. cil. stiprà, p. 24)-

(1) Voy. la fable de La Fontaine intitulée Jupiter el le Besacier. Ésope, né à Mésembrie dans la Thrace, vivait dans la première moitié du vi" siècle. Esclave dans sa jeunesse, il a porté en voyage, dans un bissac, les vivres destinés à sa nourriture et à celle de ses compagnons. Les fables attribuées aujourd'hui à Ésope sont un recueil d'apologues recueillis et arrangés, vers le milieu du xiV siècle, par Planude, moine de Nicomédie.

(2) L. IL ch. XV.

(3) « Ce nom burlesque de Tappecoue x>u Tappequeue, forgé très probablement par l'auteur, doit avoir la même signification que celui de frère Frappart, puisque coue, en vieux français, signifie queue, pris ici dans un sens obscène. » (Esmangart et Johanneau.)

(4) Sacristain.

(5) Revenait.

(6) L. IV, ch xiii.

(7) Vers burlesques dans lesquels on fait entrer des mots de langue vulgaire auxquels on donne une terminaison latine. — Allusion au macaroni des Italiens composé de faruae, d'œufs, de fromage, de jus de viande, etc.

(8) Voici cet homme du pays, ce fils de bélître, qui de coutume porte des restes de cuisine dans son vieux bissac.

Les nerf«, comme un robinet.

Les Anciens croyaient que les nerfs étaient de petits tubes pourvus de valvules ou soupapes, dans lesquels circulaient des corpuscules d'une ténuité et d'une subtilité extrêmes, appelés esprits animaux. Ambroise Paré a déiini les rterl's : « Les voies et instruments ou organes de l'esprit animal et des lacultés portées pariceux. » Regius a enseigné {Philosophie naturelle, ch. 26, 1. IV) que les nerfs étaient munis de valvules dans toute l'étendue de leur trajet, et Descartes (Traf/e de l'homme), seulement dans les points où ils se divisent en plusieurs rameaux .pour pénétrer dans les muscles. L'opinion que les nerfs étaient creux a même persisté longtemps après la découverte du microscope. Cela tient à ce que les libres nerveuses examinées, à l'état frais, au microscope, apparaissent comme des cylindres réguliers, clairs et transparents, dans lesquels on distingue <( une partie centrale qui devient largement obscure quand on éloigne l'objectif, et de chaque côté une bordure, qui paraît brillante dans les mêmes conditions ». (Ranvier) (1) Aujourd'hui encore, on appelle couramment les nerfs : tubes nerveux, malgré l'erreur que consacre cette dénomination (2).

(1) Les fibres nerveuses sont composées: 1° d'un lilanienl cenlral très lénu, chargé de conduire le fluide nerveux (cijlindre-axe); 2» d'une gaine isolante formée par une matière grasse {myéline ou moelle des nerfs) entourant ce filament; 3" d'une enveloppe élastique, transparente, périphérique. La partie oljscuredes fibres nerveuses examinée au microscope, ainsi qu'il vient d'être dit, répond au cylindre-axe, la partie claire à la gaine médullaire.

(2) . Le cylindre fibro-nervcux creux, ciiai-gé de conduire au cerveau les impressions visuelles, ne mérite pas (Noy. Organes des sens, Physiologie de la vue) le nom de nerf. L'anatomie de la texture et l'étude du développement du corps humain démontrent i)éremptoirement (juc c'est un l)rolongement du cerveau, le pédicule, qui réunit la vésicule oculaire à la vésicule cérébrale.

ANATOMll-J DESCRIPTIVE

Les esperits animaulx, comme grands coups de poing. Les esperits vitaulx, comme longues chiquenauldes.

En plus des esprits animaux, excessivement sublils, Corinés dans le cerveau, circulant dans les nerfs et produisant non seulement les mouvements musculaires, mais encore l'imagination, la perception, la mémoire, etc., on a admis, pendant des siècles, des esprits vitaux, plus lourds, moins ténus, (( seconds en dignité, » engendrés dans le cœur, et principalement dans le ventricule gauche du cœur, et portés par les vaisseaux dans toutes les parties du corps pour y entretenir la chaleur nécessaire à la vie (i).

Montaigne, Fénelon, Racine fils, Voltaire, Ramazzini, etc., ont lait mention des esprits animaux et des esprits vitaux.

« La véhémence et la tristesse ayant accablé ses esprits vitaux le porta roide mort par terre. » (Montaigne, Essais.)

« Du cerveau qui est la source de tous les nerfs partent les esprits. Ils sont si subtils qu'on ne peut les voir, et néanmoins si réels, et d'une action si forte, qu'ils font tous les mouvements de la machine et toute sa force. Ces esprits sont en un instant envoyés jusqu'aux extrémités des membres : tantôt ils coulent doucement et avec uniformité; tantôt ils ont, selon les besoins, une impétuosité irrégulière; et ils varient à l'infini les postures, les gestes et les autres actions du corps

« Par les artères et les veines coule le sang, liqueur douce et onctueuse, et propre par cette onction à retenir les esprits les plus déliés, comme on conserve dans les corps gommeux les essences les plus subtiles et les plus spiri tueuses. Ce sang arrose la chair, comme les fontaines et les rivières arrosent la terre. Après s'être filtré dans les

(i) Voy, .Angéiologie cl Pliysiologie de l'appai-eil génital, p. 280, iiolc 10.

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chairs, il revient à sa source, plus lent et moins plein d'esprits ; mais il se renouvelle et se subtilise encore de nouveau dans cette source pour circuler sans fin. » (Fénelon, Traité de V existence et des attributs de Dieu.)

Ces esprits subtils, toujours prêts à partir,

AUendent le signal qui les doit avertir;

Mon âme les envoie, et, ministres dociles,

Je les sens répandus dans mes membres agiles.

(Racine fils, la Religion, ch. i.)

« Je ne connais point de plus puissants remèdes pour les maladies de l'âme que l'application sérieuse et forte de l'esprit à d'autres objets. Cette application détourne le cours des esprits animaux. .. (Voltaire, Correspondance.)

« Outre les mineurs, tous ceux qui demeurent ou travaillent aux environs des mines sont exposés aux mêmes maladies, puisqu'ils participent aux mêmes exhalaisons métalliques qui épaississent et altèrent les esprits vitaux et animaux dont la nature est éthérée et subtile. » (Ramazzini, Maladies des Artisans, trad. de Fourcroy.)

Descartes a décrit les voyages de ces corps éthérés, leurs opérations, avec la même précision et les mêmes détails que s'il en avait été le témoin oculaire.

Les miracles de la chimie, en séparant, dans le fluide qui nous entoure, le principe respirable de celui qui ne l'est pas, en montrant, dans le gaz respirable, l'agent de la coloration du sang, et, dans la décomposition de l'air par la respiration, la source de la chaleur animale, ont inauguré l'admirable théorie moderne de la caloriiication animale et mis fin à celle des esprits.

Ceci établi, les deux comparaisons sus-indiquées sont expliquées. Quaresmeprenant étaitaussi lourd d'intelligence qu'il était débile de corps. (Voy, Angéiologie : Le pouls, comme nazardes multipliées.)

Physiologie. — Dans le prologue du livré 1, Rabelais prévient ceux qui le liront d'avoir « en révérence (i) Je cerveau caséiforme (2) qui les paist (3) de ces belles billevesées ». Et, dans le chapitre xix du même livre, Janotus de Bragmardo (4), — « tondu à la césarine (5), vestu de son liripipion à l'antique (6), et bien antidoté l'estomach de cotignac de four et eau beniste de cave (7), » — pérorant in modo et in figurâ, avec tout l'attirail de la dialectique syllogis tique pour ravoir les cloches de Notre- Dame, emportées par Gargantua, s'exprime en ces termes : (( Un quidam (8) latinisa teur (9), demourant près l'hostel Dieu, dist une fois, alléguant l'autorité d'un Taponnus (je faulx (10), c'estoit Pontanus) (11), poëte séculier, qu'il désiroit qu'elles fussent de plume, et le batail (12) fust d'une queue de regnard (i3) ; pource qu'elles luy engendroient

(1) Respect, considération, du latin vevevenlia.

(2) Ressemblant à du fromage, du latin caseiis, fromage, et forma, forme.

(3) Les instruit, les entretient.

(4) Comme Marquet, Picrochole, Raminagrobis, Grippeminaud, etc., Janotus de Bragmardo a existé. Le Duchat nous apprend que Vallambcrt d'Avallon, médecin et poète, a fait des épigrammes contre un certain Janotus, orateur ti'ès fatigant.

(5) Chauve. Jules César était chauve et portait ordinairement une couronne de laurier pour cacher sa calvitie. On dit encore aujourd'hui, d'un homme qui a la chevelure courte, qu'il est tondu à la Titus.

(6) Le liripipion était le chaperon des docteurs de Sorbonne.

Jésus! que ung liripium Auquel nos maislres tant soutiennent Que le Saint-Esprit conliennent Couvre d'horribles maléfices.

(Exclamation de la Raison dans la pièce anticathollque portant pour titre Farce des Théolocjasîes.)

(7) L'estomac bien repu de confiture de coings et de vin.

(8) Un certain.

(9) Latiniste.

(10) Je me trompe, du latin fallere.

(11) Excellent poète latin de l'époque, que Janotus traite de poète séculier, épithète de dédain que les pédants appliquaient alors à Virgile et à Horace.

(12) Le battant.

(i.3) Une queue de renard.

:2g2 RABELAIS ANATOMISTE

la chronique (i) aux tripes du cerveau (12), (luaiid il coniposoit ses vers carminii'ormes (3). »

Le ramollissement du cerveau amène la i'olie. On dit vulgairement d'un imbécile « qu'il est ramolli ». En prévenant ses lecteurs qu'il avait le cerveau caséiforme, c'està-dire mou comme du fromage, Rabelais a fait à la fois preuve de savoir et de prudence. Il à avancé un fait vrai, créé un néologisme imagé, entré aujourd'hui dans le langage médical (4), et s'est garé de la persécution. Les Sorbonnistes, les Chats-fourrés et Grippeminaud lui-même ne pouvaient s'en prendre à un homme avouant h tout venant qu'il n'avait pas l'esprit lucide.

Le mot tripes, employé par Maître François pour désigner les circonvolutions du cerveau, choquera peut-être

(1) Voy. p. 188, noie 3.

(2) Aux circonvolutions cérébrales dont les ilexuosités rappellent en petit celles de l'intestin. .

(3) Carminilbrmes, en Ibrme de vers, de poème. Vers carmniitormes,

pléonasme.

Les liabitanls de l'île de Rnacli « en leurs jardins ne sèment que les trois espèces de anémone. La rue et aultres herbes carminatives, ils en escurent (arrachent) soigneusement. » Certaines plantes de la famille des Renonculacées, notamment le boulon d'or {Raniinculus bulbosiis), la Renoncule acre {nanunculiis acris), la Renoncule scélérate {Ranunciilusscderahis), r anémone {Anémone piilsalilla), etc., mangées à l'étatfrais parles bestiaux déterminent dans la panse une production exagérée de gaz, à laquelle u faut remédier souvent par une opération. Quant à la rue, elle irrite également la muqueuse gastro-intestinale, mais cette irritation se traduit principalement par une douleur à l'épigastre, des éructations et de.:, vomissements continus, etc. x j 1

Les médicaments qui ont la vertu d'expulser les gaz contenus dans le tube digestif sont appelés carminalifs. Pour quelques linguistes, ce mol viendrait de cannen (chant). Dans le Diclionnairc universel de nmlicve médicale, Mérat et de Lens ont écrit à ce propos : « L'étymologie qui lait venir carminatif de carmen, parce qu'on employait des paroles magiques pour dissiper les llatuosités, quoique assez generalemenl adoptée, nous paraît au moins ridicule. » J'inclinerais, en elîet, beaucou,. plus volontiers ix croire que carminatif vient de cavminare qui signilie carder de la laine et, par extension , tirer ce qu'il y a de grossier,

''""(?) Cabanis, pour ne citer que lui, s'en est servi ù plusieurs reprises dans son traité Du PlujRi(jiie el du Moral.

les lettrés délicats. Il n'en est pas moins absolument exact, tant au point de vue anatomique qu'au point de vue physiologique. Les circonvolutions cérébrales ressemblent en petit aux circonvolutions intestinales. Les unes sont les organes essentiels de la pensée qu elles digèrent comme les autres digèrent la nourriture. Que ces circonvolutions soient le siège d'une maladie aiguë ou chronique, la pensée en jaillit moins brillante et moins belle avec son caractère d'immortalité (i).

Le moindre labeur intellectuel provoque un afflux de sang vers la tête. Qu'on plonge le bras dans un vase, finement gradué, contenant de l'eau, et qu'on se donne la peine de résoudre la plus simple des équations algébriques, on verra presque aussitôt le niveau de l'eau baisser dans le vase. Une partie du sang du bras immergé s'est portée au cerveau pour mettre en œuvre les combustions cellulaires nécessaires aux fonctions de l'intelligence.

— Apprenez-moi, demandait un philosophe à Voltaire, s'il n'y a pas une égale quantité de mouvement dans le monde?

— C'est, lui répondit l'ermite de Ferney, une ancienne chimère d'Epicure renouvelée par Descartes.

Eh bien! cette chimère est devenue, grâce à Garnot (2), à Mohr, à Séguin, à Mayer, à Béclard, à Ilirn, à Lombard (de Boston), à Schiff, à Mosso, à Luys, etc., une des bases de la physique et de la physiologie. Tout travail physiologique, comme mécanique, est mesuré par la différence de température entre la chaleur avant le travail

(1) Montaigne a dit de même dans ses Essais : » Notre esprit se constipe en vieillissant. »

(2) C'est un ingénieur dont le nom est à bien des titres glorieux pour la France, Carnot, qui, en 1824, a formulé le premier théorème de la thermodynamique. Avant lui, on ne soupçonnait aucune relation entre le travail d'une machine et la chaleur qu'elle consomme. On ne savait môme pas que le travail consommait de la chaleur.

■ RATîELAIS ANATOMISTE

et la chaleur api-('s le travail (i). Ainsi (\u\m peut s'en rendre compte au moyen d'un thermomètre placé en dehors du crâne, la température du cerveau croît en même temps que sa circulation, dès qu'il fonctionne. La congestion du cerveau pendant un effort intelleetuel a été notée par Rabelais :

a Contemplez, dist Ilondibilis, la forme^(2) d'un homme attentif à quelque estude, vous voirrez en luy toutes les artères du cerveau bandées, comme la chorde d'une arbaleste, pour lui fournir dextrement (3) esperits suffisants à emplir les ventricules du sens commun, de l'imagination et appréhension (4), de la ratiocination (5) et résolution, de la mémoire et récordation (6) ; et agilement courrir de l'un à l'aultre par les conduicts manifestes (7) en anatomie, sus la fin du rets admirable (8), onqucl (9) se terminent les artères, lesquelles de la sénestre armoire (10) du cœur prenoient leur origine, et les esperits vitaulx affinoient (11) en longs ambages, pour estre faicts animaulx. »

Les anciens anatomistes n'étaient pas d'accord sur la région du cerveau où s'opérait la transformation des esprits vitaux, engendrés dans le cœur et chargés de la conservation de la chaleur vitale, en esprits animaux nécessaires au

(1) Qu'il s'agisse d'une machine, d'une planète, d'un muscle ou du cerveau, la loi qui régit leur mise en œuvre, loi de la conxeroalion de la force, est la même.

(2) L'apparence, l'attitude.

(3) Rapidement.

(4) Compréhension, du latin apprehensio.

(5) Raisonnement, du latin raliocinalio.

(6) Souvenance, du latin recordalio.

(7) Apparents, du latin manifeshis.

(8) L'hexagone artériel de Willis.

(9) Dans lequel.

(10) Ventricule du cœur.

(11) Purifiaient. Je rappelle que Rabelais a écrit ailleurs (Dédicace au cardinal de Chastillon, 1. IV) : « Sans vous m'esloil le cœur iadh (sans vigueur, qui faidl) et resloil tarie la foui aine de mes esperits animaulx, »

ANATOMIE DESCRIPTIVE tîfjB

mouvcinent et au senlimcnt. Pour P. Laurembergiu.s et D. Sennert {Inslihit., 1. I, ch. vu), c'était clans les sinus de la Taux du cerveau; pour Descartes {Traité de l'homme, 1. 1), dans la glande pinéale; pour F. Sylvius {Disputai. 4, thes. i8), dans les artères situées à la surface du cerveau et du cervelet ; pour Bauhin, Hoffmann, yEmilius, Parisianus, etc., dans le tissu du cerveau; pour And. Du Laurens, Biolan, Regius, L. Mercatus, dans les cavités des ventricules du cerveau, du sang artériel le plus chaud qui s'exhale du plexus choroïde ; pour les Arabes, dans le ventricule moyen seulement qu'ils ont appelé, pour cette raison, très principal, principalissimiim ; pour d'autres, enfin, dans le plexus choroïde. Quant à Galien,il a enseigné tour à tour, commeAnd. Du Laurens, Riolan, etc., que la transformation des esprits vitaux en esprits animaux s'opérait dans tous les ventricules du cerveau et, comme les Arabes, que cette transformation s'opérait uniquement dans le ventricule moyen. (Voy. Galien, De Usa partiiim, 1. VII, ch. viii ; De Locis affect., 1. III, ch. vu, et De Décret. Hippocralis et Platonis, 1. VII, ch. m.) Rabelais, plus éclectique encore, a placé le lieu de naissance des esprits animaux dans l'hexagone artériel de Willis, les branches artérielles qui le conti nuent et les ventricules cérébraux.

Une alimentation insuffisante de longue durée cause dans l'organisme des désordres profonds caractérisés par des hallucinations de la vue et de l'ouïe, la perte plus ou moins complète du sommeil, une exaltation délirante suivie d'abattement et de stupeur (i). Ces effets d'une abstinence prolongée ont été admirablement décrits par le philosophe et physiologiste Rabelais. « Bien, croi-je, a-t-il noté (1. III, ch. xiii), l'homme replet (2) de viandes et cra-

(1) La mort par inanition est liorriijle. Le supplice d'Ugolin n'est pas le moins épouvantable des supplices de Tenfer du Dante.

(2) Gorgé, du latin replelus.

llAHELAIS ANATOMISTR

pille (i), (liflicilement concepvoii' nolice (2) des choses spirituelles (.3) : ne suis toutesl'ois en l'opinion de ceulx cpii, après longs et obstinés jeusnes, cuidenl (4) plus avant entrer en contemplation des choses célestes. Soubvenir assez vous peult comment Gargantua mon père (lequel par honneur je nomme) nous a souvent dict les escripts de ces ermites jeusneurs, aultant estre fades, jejunes (5) et de maulvaise salive (G), comme estoient leurs corps, lorsqu'ils composoient ; et difficile chose estre bons et sereins rester les espcrits, estant le corps en inanition, vu que les philosophes et médicins afferment les esperits animaulx sourdre, naistre et praticquer par le sang artérial purifié et afhné à perfection dedans le rets admirable, qui gist sous les ventricules du cerveau (7). Nous baillant (8) exemple d'un philosophe, qui, en solitude pensant estre et hors la tourbe (9), pour mieux commenter, discourir et composer, ce pendent toutesfois autour de luy abayent les ■ chiens, urlent les loups, rugissent les lions, bannissent les chevaulx, barrissent (10) les éléphants, sifflent les serpents, braislent les asnes, sonnent les cigales, lamentent les tour-

(1) De vin. Pleniia crapiilse [Liv.), Crapulœ f//s/e«;«/-(ApuL.). Dans le chapitre XXXIV du livre V on lit encore : « Les ponlil'es, et touts personnages, qui s'addonnent et dédient (se consacrent, se vouent, du latin dedicave) h contemplation des choses divines, doibvent en tranquillité leurs esperits maintenir, hors toute perturbation de sens : laquelle plus est manilestée en ivrognerie, qu'en aultre passion, quelle que soit. »

(2) Concevoir, du latin concipere, concevoir, et nolilia, notion, idée.

(3) De rintelligence, du latin spiriluH.

(4) Croient, du latin credere.

(5) Vides, creux, du latin jejnniis.

(6) Pour les propriétés nocives attribuées à la salive de l'homme ;\ jeun, voy. Appareil digestif : La salive, comme une navelle.

(7) Voy. Angéiologic : Le rels admirable, comme un chanfrein.

(8) Nous donnant, nous proposant.

(9) De la foule, du latin lurba.

(10) Barri, cri de l'éléphant; barriquer, crier comme un éléphant. On appelait autrefois l'éléphant ia/re aux Indes orientales; et c'est vraisemblablement de ce mot(iu'cst dérivé le nom barrus, que les Latins ont donné à ce pachyderme.

lerellcs, c'est-à-dire, plus estoit troublé, que s'il fust à la foire F'ontenay ou Niort; car la l'aim estoit au corps : pour à laquelle remédier, abaye l'estomach, la vue esblouit, les vènes succent de la propre substance des membres carniformes (i), et retirent en bas cestuy esperit vagabond, néo-lio-ent du traictement de son nourrisson et hoste naturel, qui est le corps : comme si l'oiseau, sus le poing estant, vouloit en l'aer son vol prendre, et incontinent par les longes seroit plus bas déprimé (2). »

Près de l'île deGanabin (3), frèreJean envoie Panurge « à toutsles diables qui luy puissent anatomiser la cervelle et en faire des entommeures ». Ce qui précède prouve que cette exclamation n'est pas une simple boutade de Maître François, qu'il a dû « anatomiser » la cervelle et en faire maintes coupes pour savoir :

1° Que cette masse d'apparence pulpeuse, qu'on a cru primitivement tenir le milieu entre les liquides et les solides, est aussi merveilleuse dans la délicatesse et dans l'artifice de sa structure que dans la sublimité de ses fonctions;

2° Qu'il y a, jusqu'à un certain point, une corrélation entre l'intégrité et la quantité de la masse encéphalique et l'intelligence ;

3" Que la circulation cérébrale est plus active pendant un travail intellectuel;

4° Qu'un travail intellectuel est rendu difficile, sinon impossible, quand l'alimentation est insuffisante ou trop abondante.

Les mouvements du cœur sont régis par le système nerveux. Toutes les fois que, pour une cause quelconque telle que la crainte, la douleur, la joie, etc., l'influx des

(1) Formes de chair, du latin carnis, chair.

(2) Rabaisser, du latin depvimare.

(3) L'île des voleurs, en hébreu. L'Angleterre, selon M. Ducrot. (Ducrot, loc. cil. suprà, p. 22.)

centres nerveux sur le cœur cesse, diminue ou augmente, la mort peut survenir.

Dans l'épopée pantagruélique, il est question de divers personnages qui ont fini ainsi leurs jours, mais dont Rabelais a attribué, avec Galien, la mort à la u résolution des esperits vitaulx » dans le cœur.

« Tout ainsy le cœur, par joye excellente, est interiorement espars, et patit manifeste résolution (i) des espei'its vitaulx : laquelle tantpeult estre accrue, que le cœur demoureroit spolié de son entretien, et par conséquent seroitla vie estincte par ceste péricharie (2), comme dict Galen, /. XII Melhod., libro V de Locis a/jfectis, .el libro II de Sijmplomatôti caiisià (3). Et comme estre au temps passé advenu tesmoignent Marc Tulle, libro I Qiiœstion. Tiiscal., Verrius, Aristoteles, Tite Live, après la bataille de Cannes, Pline, lib. VII, cap. xxxu et un, A. Gellius, lib. III, xv et aultres; à Diagoras Rhodien (4), Ghilon (5), Sophocles (0),

(1) Et souffre de la diminulioii des es[)iMls aiiiiiiaux. " Le cœur est un viscère noble et royal duquel se répand continuellement de toutes parts dans les parties généralement de tout le corps une liqueur vitale avec une chaleur perpétuelle qui y entretient la vie; de laquelle, lorsque ces parties en sont, pour si peu de temps que ce soit, privées, elles tombent et meurent. » (Diemerbroeck, loc. cil. siiprà, t. II, p. 63.)

(2) Joie excessive, du grec ;:;pf/^(xp£ta.

(3) Voici les textes de Galien relatifs à l'action de la joie sur le cœur : (( Chez beaucoup la joie, la colère provoquent une lipothymie subite. » {Méthode lliérapeulique.) — « La mort suit toujours les dyscrasies du cœur, car, si le cœur est vicié, toutes les parties du corps sont atteintes en même temps. » {Des Lieux a/f'eclés.) — << La crainte, dont les effets sur le cœur sont semblables à ceux de la joie. » {Dejt Maladies.)

(4) Diagoras, étant déjà avancé en âge, se rendit ;i Olympie avec ses deux fils, Damagète et Aculisaïis. Ceux-ci, ayant été vainqueurs aux jeux» prirent leur père dans leurs bras et le portèrent au milieu de l'assemblée, qui l'accueillit par des acclamations enthousiastes ; un Spartiate qui assistait ti cette scène s'écria pour exprimer le haut degré de gloire que Diagoras avait atteint : « Meurs, Diagoras, car tu ne peux pas espérer de monter au ciel. » (Larousse.)

(5) Chilon, l'un des sept Sages de la Grèce, mourut de joie, dit-on, en embrassant son fds couronné aux jeux Olympiques (Bouillet).

(6; Sophocle mourut de joie en remportant le prix de tragédie (Pline).

Dionys (i), tyran de Sicile, Philippidcs (is), Piiilemon (l^) Polycrate (4), Philistion (5), M. Juventi (6), cL aultres qui moururent de joye (7) ! »

« ..... Le Siipplemenhim .<npplementi chronicoriim (8) diet que Gargamelle mourut de joye au chasteau de Grandgousier (9). »

Certains poisons amènent également la mort en agissant sur les nerfs du cœur. Parmi eux, Rabelais a signalé le safran.. « Et comme dict Avicenne, in 2 canone^ el libro de Viribns cordis, du zaphran, lequel tant esjouit (lo) le cœur qu'il le dépouille de vie si on en prend dose excessive, par résolution (11) et dilatation superflue (12). »

(1) Deiiys le père trépassa, après avoir obtenu le prix de poésie (Dio- DORE DE Sicile).

(2) Philippide, poêle comique athénien, mourut de joie en apprenant un succès dramatique (Larousse).

(3) Rabelais s'est appesanti ailleurs (1. IV, ch. xvii) sur la manière dont Philémon est mort. « Philomenes, auquel son valet pour l'entrée dedisner ayant appresté des figues nouvelles, pendent le temps qu'il alla au vin, un asne c... esgaré estoit entré on logis, et les figues apposées mangeoit religieusement. Philomenes survenant, et curieusement contemplant la grâce de l'asne sycophage (mangeur de figues), dist au valet qui estoit de retour : « Raison veult, puisqu'à ce dévot asne as les figues abandonné, que pourboire tu luy produises de ce bon vin qu'as apporté. » Ces paroles dictes, entra eu si excessive gayeté d'esperit, et s'esclata de rire tant énormément, continuement, que l'exercice de la râtelle lui toUut toute respiration, et subitement mourut. )>

(4) Polycrate, ou mieux Polycrite, est le nom d'une femme que la joie tua, au dire d'Aulu-Gelle (D'' Brémond).

(5) Le poète Philistion mourut pour avoir trop ri (Suidas).

(6) Juventi est mis pour Juventius. « Manius Juvenius, Thalva, consul, mourut en sacrifiant. » (Pline, Ilisl. nal., VII, 53-54.)

(7) L. I, ch. X.

(8) Siipplemenluinclironicoriun, abrégé d'histoire de Philippe de Bergame.

(9) L. I, ch. xxxvii.

(10) Rend heureux, réjouit.

(11) Affaiblissement, paralysie, du latin resoliilio.

(12) Avicenne a défini ainsi le safran : « Crocus. — Vcnena.^ Dicilnr ([uod Ires aurei de ipso inlerflciunl lœlificando. Le safran est appelé poison parce que trois aureus (pièces d'or) de cette substance (uent en réjouissant. » (AvicENN.Ti Arubum mediconim pi-incipis ex Gerardi Gremouensis versione, Veneliis, mdcviii, p. 290.)

Au moyfiii Ago, roinmo. îuijniird'liui, le s;ilVaii, — Crocus .wZ/chs, plam do la raiiiillc dos Ii'idéos dont, les sUgnialcs sont soûls oinployôs, — se trouvait dans toutes les apothicaireries.

« Au Mans, disL Eudoinon, François Cornu, apothôcaire, avoit en cornets eniploiclô (oiuployé) unes extravagantes frippées, je désavoue le diable, si tout ce qui dedans fut empaqueté, ne lut sus l'instant empoisonné, pourri et gasté : encens, poivre, girolle, cinnaniomo, zaphran, cire, espices, casse, rheubarbe, tamarins ; généralemonl tout, drogues, guogues et senogues. » (L. IV, ch. lu.)

Gogues et senogues pour agogues et xénagogues, purgatifs.

Extravagantes, constitution des papes ajoutée au corps du droit canon.

Le safran est toujours d'un prix très élevé, et cela se conçoit puisque M. Pcreira a calculé qu'il ne fallait pas moms que les stigmates de 79.200 fleurs pour fournir 5oo grammes de safran.

ANATOMIE CHIRURGICALE

ANATOMIE CHIRURGICALE

La science pure précède toujours la science appliquée; l'une est la source vive de l'autre. A côté deVanatomie descriptive, il y a Y anatomie topographique, chirurgicale ou des régions, qui décompose le corps humain en un certain nombre de régions dont, à lafaçondela géologie, elle étudie successivement, en procédant de la superficie à la profondeur, les rapports des couches superposées et les différents éléments qui entrent dans la constitution de chacune de ces couches ; Tanatomie qui donne au chirurgien l'audace d'aller chercher, à travers des parties dont la lésion serait dangereuse ou mortelle, le vaisseau qu'il faut lier, la tumeur qu'il faut extirper.

Rabelais a eu des connaissances aussi étendues en anatomie chirurgicale qu'en anatomie descriptive. Pour en être convaincu, il suffira de refeuilleter avec moi les cinq livres de l'Œuvre du Maître.

. Dans le grand débat « entre les fouaciers de Lerné et ceulx du pays de Gargantua », Forgier « jecta à Marquet(i) un gros tribard (2) qu'il portoit soubs son aisselle, et l'atteinct

(1) Il était de Lerné et beau-pôre de Picrochole ou Gaucher, médecin de Madame de Fontevrault. (Voy. Audiger, les Héros de Rabelais, p. 8.)

(2) Bâton court et massif des gens de peine.

par la joinclui'c coroiialc (i) de la teste, sus l'artère crotapliique {•2), du costé dextre (3) : en telle sorte (4) que Marquct toinbit (5) de dessus sa jument, inieulx semblant homme mort (|ue vil*. »

L'artère temporale ou crotaphique est exactement en rapport avec la jointure coronale ou suture fronto-pariétale, et les coups portés sur la tempe sont presque fatalement mortels.

Au sac de l'abbaye de Seuillé, frère Jean, « frappant à tors et à travers à la vieille escrime (6). Es (7) uns escarbouilloit (8) la cervelle, és aultres rompoit bras et jambes, és aultres deslochoit (9) les spondyles du col (10), és aultres démoloit (11) les reins, avaloit le nez, poschoit les yeulx, fendoit les mandibules (12), enfonçoit les dents, descrouUoit (i3) les omoplates, sphacéloit les grèves (i4),

(1) Suture IVoiito-pariélalc.

(2) L'artère de la tempe, du grec ■/.(.'>-. avj;, teiui)c.

(3) Du côté droiL

(4) De telle sorte.

(5) Tomba.

(6) « Sans toutes les laçons inventées par les maîtres d'armes. » (Lk

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