LS VTYLU DE RABELAIS
jongle avac la langue, il la manie, il la pétrit à son gré avec uae maestria qui n'a été égalée dépens que par V. Hugo. Mais il a fias de désinveltare que notre grand contemporain, et, à la. paiessnee pittoresque de Huga, il joint la souplesse de Voltaire. . »
Vos» les critiques sont anaaiags à admirer cette souplesse du style da Rabelais.
Voici ee que dit. ÏL Albert Bévllte:
Il raconte quelque put ma partie «tféd**cs ftfon p«nt suivre dwu toutes ses péripéties. U fait parler une heure de temps ses farceurs en signes , et l'on comprend. Son plaisir - et son talent, c'est de forcer la langue écrite à représenter aux yeux ce qu'une série de tableaux ne pourrait reproduire aussi bien.
Ste-Bteuve enchérit encore :
Dans la description dés divers exercices, manège, chasse lutte, natation, Rabelais s'amuse ; ces tours dé f ovoe de maître gymnaste deviennent, sous ta plfune, dos tours de force de la langue. La prose française fait là aussi sa gymnastique» et le style s'y montre prodigieux pour l'abondance, la liberté, la souplesse, la propriété à la fois et la verve. Jamais la langue, jusque-là, ne s'était trouvée à pareille fête.
M. Nisard, le critique classique, potfr qui le dixseptième siècle est l'idéal en littérature, admire surtout la facilité avec laquelle Rabelais passe du ton grave à la causerie familière':
Une des qualités de cette langue , parmi tant d'autres qui méritent d'être étudiées, c'est cette 'souplesse dont il donnait le premier ésempk, et qui consiste à passée du noble an. familier, sans gène et sans disparate»
La critique rapproche cette souplesse d'expression de celle de Platon, qui «fait couler l'âme d'un son i an autre par un mouvement si inscnuUe et si naturel quelle ne sfepesgoift. pas du passage.»
SA RICHKS8E ET 3A Ç0UPLE8SE. 863
Ainsi fait Rabelais, si ce n'est qu'il s'élève rarement aa sublime et que fort souvent il descend au-dessous du familier jusqu'au grotesque et au bas. Mais dans cette gamme plus grossière, j'admire la même harmonie. Cette langue merveilleuse ne se guindé pas pour exprimer de hautes pensées, et de même qu'elle ne s'étonne point quand elle devient éloquente, elle ne croit pas déroger quand elle exprime des idées familières.
Ecoutons maintenant Delécluze :
La phrase de Rabelais est correcte et divisée en parées qui se coordonnent La pensée principale y est toujours évidente, relevée constamment par une expression forte, pittoresque et Vrillante ; ses tours sont variés à l'infini ; loin de se laisser aller à la paresse et de reproduire plusieurs Ibis les mêmes fermes de langage, il est ingénieux jusqu'à la coquet» terie pour donner une nouvelle forme à sa pensée....
Mais c'est peu de l'observer tournant et retournant sa phrase en mille manières, il faut le suivre quand il multiplie les épithètes pour orner son discours comme un amant riche et prodigue couvrirait de bijoux de toute forme et de toute couleur l'idéal de son âme.
Delécluze n'admire pas moins Fart avec lequel Babelais a enrichi la langue ordinaire en y faisant entrer sans effort les termes de la science et de la philosophie, et en frayant sous ce rapport la voie à Bayle, à Fontenelle et à Voltaire.
M. Paul Stapfer dans son Etude sur Sterne nous montre Rabelais travaillant et écrivant sous l'obsession d'idées et d'images, bonnes ou mauvaises, belles ou laides, qui se pressent dans son cerveau :
Sa science et sa mémoire sont prodigieuses comme sa fantaisie : médecine, jurisprudence, théologie, métaphysique, morale, histoire, critique, poésie, éloquence, il a toit lu, et il a tout retenu* Quand son cerveau travaille, souvenirs et inven* tions se pressent ensemble pour sortir , et il accueille tout..~ 8on génie ressemble a la mer, qui donne à la fais des perles et du fanion; à la nature, qui lait naître avec indifférence l'ortie à côté de la rose, et qui les trouve bonnes toutes deux.