LE 8TTLE DE RABELAIS
Jean, pour se battre contre les Andouilles farfelues, 154 noms.
Puis deux listes symétriques, Pune, des 138 mets offert* i Manduce les jours gras, et l'autre, des 132 mets qu'on lui offre les jours maigres.
La dernière, celle des serpents et animaux venimeux, se compose de 98 noms.
HL
Dans le style suivi , Rabelais procède de même par accumulation , entassement dé mots ; il semble qu'il n'en a jamais assez dit pour donner plus de couleur et plus de force à sa phrase.
Non seulement il accole deux substantifs ou deux adjectifs, comme c'était la mode de son tempe et comme on le fait encore en style judiciaire » mais il se plaît à mettre en tas les substantifs et les infinitifs.
Tonte leur rie estoit employée non par lois, statuts ou règles, mais selon leur vouloir et franc arbitre & 57).
En leurs repas disputent de la bonté, excellence, salubrité, rarité des yçnts,.. (IV, 43).
Une seule cause les avoit en mer mis, sçavoir est, studieux désir de voir, apprendre, cognoiatre, visiter Foracle de Bacbuc (IV, 85).
Vouka-vous trouver en temps de paix un homme apte et suffisant à bien gouverner Pestât d'une république* d'un royaume* d'un empire, d'une monarchie, entretenir l'église, le sénat, la noblesse et le peuple en richesse, amitié, concorde, obéissance, vertus, honnestété? Prenez-moi un décrétante (IV, 55).
Parfois c'est le même substantif qu'il répète en y ajoutant des attributs:
Seule Minerve fut de retenue, pour fouldroyer avec Jupiter, comme déesse des lettres et de guerre, de conseil et exécu-
àCcumulàtioh d'âpjxctivs» 889
tion; déesse née armée, déesse redoubtée au ciel, en l'air, en la mer. et en terre (III, 12),
II accumule de même* les adjectifs. Il dit en parlant de la sibylle de Panzoust :
La vieille estoit mal en point, mal restai mal nourrie, edentée, chassieuse, courhassée, roupieuse, langoureuse et faisoit un potaige de choux verts, avec une couane de lard jaune et un vieil savorados (III, 17).
[L'île] de tons constés pour le commencement estoit scabreuse, pierreuse, montueose, infertile et peu moins accessible que le mons du Daulpbiné (IV, 67).
Les gastroJatres se tenoient serrés par trouppes et par bandes, joyeux, mignazs, douillets aucuns, autres tristes, graves, sévères, reehjjgnés : tous ocieux, rien ne faisans, point ne travaillai», poids et change inutile de la terre, comme dit Hésiode (IV, 68).
Il se plaît à employer les diminutifs :
Tout le sert et dessert fut porté par les filles pucelles ma: riable8 du lieu, belles, je vous affie, safiretes, blondelettfcs, doulcettes et de bonne grâce; lesquelles vestues de longues blanches et déliées aubes à doubles ceintures , le chef ouvert [découvert], les cheveulx inscrophiés [entortillés] de petites bandelettes et rubans de soye violette semés de roses. cailleU, marjolaine, aneth, aurande [fleurs d'orangerl et autres fleurs odorantes, à chaacnne cadence nous invitoient à boire avec doctes et mignonnes révérences (IV, 61).
Quand les diminutifs n'existent pas, il en forge :
Tous sont respondit Xsoomanes, hypocrites* hydropicquea,
patenostriers. chatemites, santorons, cagotz, hennîtes
-Y a il du féminin genre ?-Ouy dea. Là sont belles et joyeuses nypocritesses, chatemitesses, hermitesses, femmes de grande religion. Et y a copie [abondance] de petits hypocritillons, chatemitillons, hermitillons.
Il entasse de même les verbes:
Brusles, tenaillez, cizaillez, noyez, pendez, empaliez, espaultrez, démembrez, exenterez [arraches les entrailles], decoup-