‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 109 sur 157 · GRADATIONS · texte numérisé non relu

GRADATIONS

incitons, encourageons, jurons, témoignons, accusons, condamnons, absolvons, injurions, mesprisons, deffions, despitons, flattons, applaudissons, bénissons, humilions, moquons, réconcilions, recommandons, exaltons, festoyons, resjouyssons, cornplaignons, attristons, desconfortone, désespérons, estoimon*, écrivons, taisons... De la teste nous convions, renvoyons, advouons, desadvouons, desmentons, bienveignons [accueillons], honorons , vénérons , desdaignons , demandons ? esconduisons, essayons, lamentons, caressons, tansons, sonbmettons, bravons, exhortons, menassons, asseoirons, enquerons, etc. (Etaoû, livre second, 12. Apologie de Baimond de Stbonde, p. 873, et s.)

Nous ne donnerons aucun exemple d'énnmerations de choses, parce que nous en avjms déjà cité plusieurs. M. Albert Réville dit à ce £ujet:

S'agit-il du chanvre, cette plante vulgaire qu'il déguise sous le nom do pmtogm&ion, il voua accable d'une éramération interminable des usages auxquels le chanvre peut servir. S'agit-il de l'estomac ? le roi Gaster, avec ses besoins, ses ordres impérieux , ses inventions ingénieuses, préside à tout on petit traité de philosophie sociale, d'une richesse d'eb* servation merveilleuse. Même remarque à propos de cette tle où Oui-dire tenait «école de tesmoignerie» , pays de tradition où tout se ftût par Oui-dire.

Rabelais se plaît à entasser les proverbes en les détournant quelquefois de leur sens naturel. Nous en avons donné des exemples. (I, p. 180 et 182).

Quelquefois, au lieu d'énumérer simplement, Rabelais procède par enchérissement.

Si de ce vous esmerveilles, esmervaUles-vous d'avantaige de la queue des béliers de Scythie, qui pesoit plus de trente livres (1, 16).

Si croyez que le feu soit le grand maistre des an, comme escrit fciceron, vous errez, et vous faites tort, ear Ciceron ne le creut oncques. Si croyez que Mercure soit premier inventeur des ars, comme jadis croyoient nos anticques Druides, vous

S94 LX STTLE DE EÀBELUr.

rburteye* grandement La sentence du satyrlque est vraye, qui dit messêre Gaster estre de tous ars le maiitre. (IV, 57.)

Ici c'est la phrase qui sachent sut la phrase, ailleurs ce asat Jes idées, les tableaux qui vont crescendo. Qu'on se rappelle le passage où les compagnons de Pantagruel indiquent les moyens qu'ils emploieront pour pénétrer dans le camp du roi Amoche.

Moi, dist Panurge, j'fcntreprends d'entrer en leur camp par le milieu des gardes et du guet-, le diable ne m'affinerait, ear je suis de la lignée de Zopira

Moi, dit EpUstémon, je scay... toutes les ruses et finesses de discipline militaire... car je suis de la lignée de Binon*

Moi, dist Bnstfaènes, entrera; par à trarers tan tranchées , maelgré le guet et tous les gardes ... car je suis de la lignée de Hercules.

Moi, dist Garpalim , j'y eatreray si les oiseaux y entrent... car je suis de la lignée de Camille Amazone.

Victor Hugo, qui a emprunté à Babelais son goût pour les énumérations et qui en abuse quelquefois comme lui, a emprunté aussi au curé de Meudon ses gradations par enchérissement:

Ils savent que je sais un homme qui les aime... Que je riais comme eux, et plus qu'eux, autrefois.

{ContewftplaUonê, 1, 6.)

Il y en a une très belle i la fin du premier acte des Burgraves. On annonce l'approche d'un mendiant Gorlois lui jette des pierres, Hatto lui donnerait volontiers un morceau de patn, Magnus lui offre à manger et à boire, mais Job veut qu'on le reçoive avec solennité, comme si c'était un roi.

* Mtomrs.

.. JEa quel temps sommea-neus, Dieu puissant ? On chasse -à coups de pierre un vieillard qui supplie !

PHRA8B8 COMPEIQtJÉES. > 896

Dé mon temps, - nous avions ainsi notre folie, Nos festins, nos chansons-. — on était jeune, enta, Mais qu'un vieillard, raincu par l'âge et par la faim, Au milieu d'un banquet, au milieu d'une orgie, Vînt à passer tremblant, la main de froid xougie, Soudain on remplissait, cessant tout propos vain, Un «mue de monnaie un verra de ban vin, C'était peur ce passant, que Dieu peut-être envoie. Après, nous reprenions nos chants, car plein de joie» Un peu de vin au cœur, un peu d'or dans la main, I* vieillard saerias* poursuivait son cbestin. Sur ce que non* faisions juges ce que vous faite» 1

job à Magnm* Jeune homme, taises-vous. De mon temps, dans nos fêtes. Quand nous buvions, chantant plus liant que vous encor Autour d'un bœuf entier posé sur nn plat d'or, S'il arrivait qu'un vieux passât devant la porte, Pauvre, en haillons, pieds nus, suppliant ; une escorte L'allait chercher; sitôt qu'il entrait, les clairons Eclataient ; on voyait se lever les barons; Les jeunes, sans parler, sans chanter, sans sourire, S'inclinaient, fussent-ils princes du saint-empire ; Et les vieillards tendaient la main à l'inconnu En lui disant: Seigneur, soyez le bienvenu t Va quérir l'étranger 1

vn.

La phrase de Rabelais, quelque compliquée qu'elle puisse être, reste dans son ensemble, aus&i légère, aussi dégagée que ees belles cariatides qui soutiennent l'entablement du temple de Pandrose à Athènes.

Sa voici une toute surchargée d'acUeetifs, de détarmioatift et de compléments et qui n'en est pas moins svelte.

Tel disoit '(Alcibiades) estre Socrates : parceque, le voyans au dehors, et l'estiman* par l'extérieure apparence, n'en eussiez donné un coupeau d'oignon (bout), tant laid il estoit de corps, et ridicule en son maintien ; le nez pointu, le regard ttmtau-

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