LE STYLE DE BASÈLAIS
Si on L'interrogeait des cas preiens ou passés , il en reepondoist pertinemment, Jnsques à tirer les auditeurs en admiration. Si de» choies futures, toujours mentoit, jamais n'en dùoit la vérité (IV, 68).
Voici une émunération dont toutes les parties sont symétriques et qui se termine par une comparaison:
On pourra prendre les lions par les jubés [crinières] , les chevaulx par les crains, les bufes Ibuflesi par la museau ; les bœufs par les cornes ; les loups par la queue; les chèvres par la barbe ; les oiseaux par les pieds ; mais jà ne seront tels philosophes par leurs paroles pris (III, 86).
La comparaison suivante se développe par opposition:
Comme la torche ou la chandelle, tout le tempB qu'elle est virante et ardente, luist es assistans, esclaire tout autour, délecte un chascun et à chascun expose son service et sa clarté, ne mit mal ne déplaisir à personne : sus l'instant qu'elle est extaincte, par sa fumée et évaporation, elle injfoctionne l'air, elle naîst es assistans et à un chascun desplaist (IV, S6).
Rabelais affectionne aussi les phrases qui retiennent sur elles-mêmes :
C'estoh à vous à qui Paris deveit adjuger la pomme d'or, non à Venus, non, ny à Juno, ny à Minerve : car onoqnean'y eut tant de magnificence en Juno, tant de prudence en Minerve, tant d'élégance en Venus, comme il y a en vous (II, 21).
De méchantes gens Jamais je ne prends rien. Rien jamais des gens de bien je ne refuse (III, 34).
C'est à Rabelais probablement que Molière a emprunté, en renversant les termes, cette fameuse phrase qu'Harpagon veut faire inscrire sur la porte de sa salle à manger. Les moines , nous dit Rabelais,
RÉPÉTITIONS S1TJLHTKS. S99
ne msngpnt mie pour Tivre , ils vivait pour manger et n'ont que leur rie en ce monde ... qai est la fin unique et intention première des fondateurs (III, 15).
Cette phrase épigrammatique succédant brusquement à une autre où l'on a l'air de plaindre les moines, est une malice à la Voltaire.
Quelquefois les mtect mots sont répétés avec ou sans antithèse.
Jamais homme ne me fit plaisir sans recompense. Jamais homme aa ma fil deepmisur sans repentanœ (IV, 8).
Mieulx enst-il fait soy contenir en sa maison, royallsmeut la gouvernant, que insulter en la mienne hostilement la pillant (I, 46).
Il n'est riche qui quelquefois ne doive. Il n'est si pauvre de qui quelquefois on ne puisse emprunter (III, 5).
Il n'est deltfieur qui vevlt ; il ne fait créditeur qui veult (III, 8).
D'autres fois c'est le môme mot que Ton répète pour donner plus d'énergie à l'accumulation :
Ils tous tenoient Gaster pour leur dieu, le adoroiènt comme dieu ; luy sacrifioient comme à leur dieu omnipotent : ■e recoaneissoient aatre dieu que foy (IV, 66).
Qui fiât le saint siège apostolique en Rome, de tout temps et atyourd'huy tant redoubtable en l'univers, qa'U fault ribon ribaine (bon gré, mal gréj, que tons rois, empereurs, potentats et gagneurs (déjpendent de luy, tiennent de luy, par luy soient, couronnés, confirmés, authorisés, viennent là boucquer {baiser par force] et se prosterner à la mirifique pantoufle? (IV, 68).
Il aime à montrer la spontanéité de deux actions, eu les indiquant à la fois par le môme verbe à l'imparfait et au participe présent:
(Gargantua) mordoit en riant, rioit en mordant.
Ennhis beuvant escrivoit, escrivoit beuvant. Eschylus (si a Flutaroba foy aves) beuvoit composant, composant benvoit. Homère jamais n'escrivit à jeun (III, Prologue).