‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 119 sur 157 · LA 0RA1TMÀIBE DE RABELAIS · texte numérisé non relu

LA 0RA1TMÀIBE DE RABELAIS

Bandais et la plapart te. Scrwains de son temps ufreat datas la dtspo«tim dee roots de 1a phrase, dans ht <OBStntctton, de libertés qui ne noua sont pluB perioiees* ■

Il met les oempiteeiits «tut les verbes :

Les corbeaux , tes gays fgeais] , papegays [perroquets], les eetoamaulx , il rend poètes ; te p ftt il fcft joetarides et leur anpeed te tangage hvnaia pralérer> »eitor, chanter ... lies aigles, gerfaulx, faucons, sacrer laniar^ autours» esparviers, esmerillons, oiseaux aguars [fuyant l'homme] , peregrins, essors [vagabonds], rapineux, sauvages, il domestique et apprivoise.

Il s'agit de l'appétit, du besoin de satisfaire l'estomac. Rabelais continue :

Les loups jette hors des bois, les onrs hors les rochers, les renards hors les tesnières (taxrièresk, les serpents lance hors la terre (IV, 57).

Ces phrases ne sont-elles pas plus élégantes que si Ton disait comme aujourd'hui;

Lybie. Quelques lignes plus loin (121) il prend pour un- subjonctif le plus-que-parfait de l'indicatif: j'avais, et le pronom relatif lesquelles pour la conjonction que. Il prend Vaàjectif placé en attribut à côté du verbe être pour le régime dudit verbe être, dans cette phrase : possible n'estoit les garder (de sauter) (122). Dans : ce voyant, comparable à ce pendant, il voit une inversion du participe (129). Il formule (130) une règle à peu près inintelligible sur l'accord du participe passé (qui s'accorde avec son régime si le régime est placé avant et ne s'accorde pas si le régime suit), et conclut gravement que Molière n'a pas appliqué la règle dans ce vers :

11 m'a droit daas ma chambre une boîte jetée. Ge qu'il- y a Ae fins étalage , <fet* .que IL fiMutel a répété cette 'bette obeeraatta dans sa Jfcw*0e Grammakrt f tançai* fmdét sur Vhistoire de la langue (021). An reste M. BradMt est couturier de- ces sortes de distractions. Tsir dans la Bévue critique, déoemsre 1870, an article de M. Damsteter, qui n'a pas relevé «oins de seize «nmi étoaideriOB daas la syntaxe de ce dente livre. Cette syntaxe n'a en tout 4»e 86 Piges.

PROPOSITIONS IXflHITIVES. 413

Il rend poète» les corbeau, les ffeais* etc.; ir ûût les fies poétesses, il leur apprend à proférer te langage humain, il jette les loups hors du bois, etc.

Toutefois cette construction n'est guère possible que lorsque le sujet est un pronom personnel qu'on peut sous -entendre, ou lorsque le sujet n'est pas au mène nombre que le complément

Là en baufrant, attendent les moines l'abbé tant qu'il voudra (III, 15).

Les compléments indirects se mettent volontiers avant le verbe :

De choses mal acquises, le titre h*ir ne jouira (III, 2). .

Nous avons rencontré de nombreux exemples de ces sortes de phrases. *

Rabelais et ses contemporains employaient fréquemment une tournure imitée du latin dans laquelle le verbe à l'infinitif a pour sujet le compléttoet du verbe précédent :

Je le vois venir, c'est-à-dire : Je vois qu'il vient.

Dans ces locutions, l'infinitif a ordinairement un sens actif, mais quelquefois aussi nous lui donnons un sens passif en lui laissant la forme active:

Je l'ai vu manger par le loup, c'est-à-dire : être mangé.

Ces propùstiions infinitives ne sont guère usitées aujourd'hui qu'après les verbes voir, entendre, sentir, laiseer, et quelques aatree. An XV? siècle, ou les place après la plupart des verbes , et , quand le sens est passtf, on dôme la fora» passive à l'infinitif.

Heraclites disait ris» par songes m nous estes exposé,

414 IA GBAMMJlIBK du kabelms.

rie» amas ce aous^stre celé ; seulement noua estre donnée signification et indice des choses advenir on ponr l'heur ou malheur nostre, oja pour l'heur et malheur d'autrny (III, 18). Voyez comment nature voulant Iea plantée, arbres, arbrisseaulx , herbes et zoophytes , une fois par elle créés , perpétuer et durer en toute succession de temps , sans jamais dépérir les eâpeces, encore* tue les individus périssent, curieusement arma leurs germes et semences, es quelles ceasfete icelle perpétuité ; et les a munis et couvera par admirable industrie de gousses, vagines [gaines], testz, noyaulx, caticules, coques, espiz, pappes [duvet], escorces, échines poignans [enveloppes épineuses^ etc. (III, 8).

Dans les propositions infinitives, nous mettons généralement aujourd'hui le verbe à l'infinitif avant eon sujet:

Laissez venir à moi les petits enfanta, disait Jésus.

Rabelais et ses contemporains mettent ordinairement le verbe après:

Herodes .... prévoyant que à sa mort, les Juifs feroient feux de joie, fit en son serrail, de toutes les villes, bourgades et chasteanlx de Judée, tous les nobles et magistrats convenir, sous couleur et occasion fraudulente de leur vouloir choses d'importance communicquer (IV, 26).

Avec un infinitif, le complément se met avant ou après le verbe à volonté, le plus souvent avant ; Avec un participe précédé d'un auxiliaire, le complément se met ordinairement entre l'auxiliaire et le participe ;

Iceux venuz et comparons en personnes fit en l'hippodrome du serrail resserrer (IV, gfi).

Bringuenatflles le géant avoH toutes tes paesles, chandrons, coquasses, lichefrites et marmites du pays avallé (IV, 17).

Cette coMtruCfin n'est permise aujourd'hui qu'avec tout et rien :

Je n'ai rien vu, mais j'ai tout «ntendu.

EJCPLOÏ DE8 VBRBK8. 415

Le sujet se met très souvent après le. verbe :

Puis demanda Pantagruel : Quels gens habitent en caste belle isle de chien? (IV, 64).

Babelais profite quelquefois de cette liberté pour enchevêtrer gracieusement ses phrases :

La Taire assistait tarir prestar ntfuriseemaot par vapeurs et exhalations : des quelles disoit Heruclitus , prouvoient les Stoïciens , Ciceron maintenoit , estre les estoiles alimentées (III, 3).

Le sujet est souvent sous-entendu /surtout à la troisième personne quand le sens est parfaitement clair :

Arrivé que fat , vouîoit baiser les pieds de mondit père tf,S0).

Mais après disner Hz demeuroient dans la maison et s'esbatoieat à boteler du foin, à fendre et à seier du bais .... Puis eetudioieat an Part de peinture et sculpture; on rovo-

qnoient en usage l'ancien jeu des taies Semblablement»

on alloient voir comment on tiroit les métaulx. . . ou allaient voir les lapidaires, orfèvres .... Alloient ouir les leçons publiques, les actes solennelz .... Passoit par les salles et lieux ordonnée pour l'escrime et là contra les maîstres , essayoit de tous bastons et leur monetroit par évidence qu'autant, voire pka> en savait qirïceux. Et au lieu d'arboriser, visi-

toient les boutiques des drogneurs, herbiers, etc Allait

voir les basteleurs, etc. (I, 24).

Ici» quand le yerbe est au singulier, il a pour srçet Gargantua dont .le nom ne se trouve pas exprimé une seule fois dans le chapitre. Quand le verbe est au pluriel, le sujet est Gargantua et Ponocrates. Cette manière de sous-entendre le sujet se rencontre a chaque page de Babelais.

Dans les locutions impersonnelles composées du

416 LA GKiKlfAIRE DB RABELAIS.

verbe itrç et d'un adjectif, l'adjectif se place en avant, et le mot H, que nous emploierions aujourd'hui, n'est jamais exprimé.

Vray est que tours pvrilkma estelent auesmemee* endommagées par la tempeste précédente (IV, 25).

Le sujet apparent il ne s'emploie pas non plus quand le sujet réel figun» immédiatement après le verbe impersonnel, et que la phrase commence par un met cireonàtandd*

Point n'estoit filz de bonne mère réputé qui dedans ne jettast ce que avoit de singulier (1, 60).

Là fut décrété qaftts Horoient une belle procession, renforcée de beaaz preschane et letantes ooKfra tort»*» tneûtto* (I, 27).

Me souvient avoir leu que Ptolemée fils de Lagus ... esperoit par offre de nouveautés l'amour de son peuple envers 8ey augmenter (III, Prologue).

On se dispense également de placer ce devant qui, que* etc.

Ih entroient partout et jamais nul n'en pris rismgier. Qui est cas asses merveilleux (I, ST).

Le sujet pronom peut être séparé de son verbe par différents mots ;

II, en cette leçon son tonneau tempestoit pour . . . n'eetre vu senl odeur (III, Prologue).

Je,.dsit Panurge, me trouve tort bien du centeil des femmes et mesmement des vieilles (Ulr 16).

Quelquefois môme , à la 8* personne , le verbe n'est pas exprimé, quand c'est le verbe être.

[Sa femme tenoit boutique!. Il, de ton cosfcé, pauvre plus que ne fut Iras (III, 2).

Rabelais et ses contemporains emploient souvent le verbe avoir là où nous employons l'impersonnel il y a ou l'impersonnel pastit Cent an reste 4e la langue 4n XIII" aède, en France et en Italie.

PARTICIPES ACTIPS ET PABSÎPS. 417

Est advenu depui* certaines années, que la terro cultivant, il n'a eu pkde à propos ne en saison (IV, 61). \ Et Dieu sait comme il y eu* bu et «allé (IV, 25).

xxn.

On emploie souvent le subjonctif sans la conjonction gue, dont on le fait ordinairement précéder aujourd'hui.

Vons souvienne qu'Alexandre le grand ayant obtenu vietoto du roy Darie en Arfeelles, presens ses satrapes, quelquefois refusa audience à un compagnon , puis en vain mille et , mille fois s'en repentit (III, 16).

Mais si , dfst Panurge, Dieu le vouloit, et advint que j'époasasse quelque femme de bien, et elle me batist, je serais pins que tiercelet de Job [plos patient que Job] si je ne enrageois tout vif (III, 9).

Ceux qui sont mariés soient comme non mariés, ceux qui ont femme soient comme non ayans femme. (III, 86).

Soit "employé dans le sens de ou répété, n'est pas invariable comme i présent ; il suit la règle des verbes et s'accorde avec son sujet:

Trouvez-moy livres au monde , soient de philosophie , de médecine, des lois, des mathématiques, des lettres humaines, voire de la Sainte Ecriture, qui en puissent autant tirer? (IV, 68). "

Il M est de même de quelques autres vocables que nous faisons invariables quand ils sont placés devant le mot auquel ils se rapportent :

. . . Les truies en leur gesine (saulve l'honneur de toute la compagnie) ne sont nourries que de fleurs d'orangiers. (IV, 7).

xxm.

Le participe présent s'emploie au XVI6 siècle beauo»up plus firéqMiiHieiit qu'aujourd'hui. On s'en sert très souvent alors comme complément absolu ou dé* n 27

418 LA 0JUWUIW5 D* BÀBBLÀ1H.

tftf.trf, «NUt à 1* mauto de IjàMttif abaahi Àm f *tins, soit autrement:

Fut leur sauf portée prêt de Paxes. Estant là abourdée, aucuns des yoysgeurg dormans, autres veillans, autres beuvans et sonppans, fat de l'isle de Paies ouie une voix de quelqu'un qui hautement apeJJoit Thamoun (IV, 26}.

Le messagiar retournant sans vesponse, et au fila xacantant ce qu'il avoit veu, à son père fut facile par tel* signes entendre qu'il luy conseflloit trancher les testes aux principaux de la ville £V, 68).

Basané prie Chicanons assister an* naasaillfts d'un sien oC- Acier, et en recevoir le çonttact, bien le payant et «patentant (IV, 14).

Noterez donc ici que la manière d'entretenir* retaair paya jmvelkpMQt ooaoueetés s'est ... les peuples pillant, h*> çaat, angariant, rainant, mal vexant et régissant avec des «or* ges de fer ;ï>rief, les peuples mangeant si dervomnt @tf,l).

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