LA PRONONCIATION ET L'OBTHOGRAPHB
On a beaucoup discuté sur l'orthographe à employer dans la reproduction de ses œuvres. Chaque éditeur a son système. Avant de pouvoir émettre un jugement sur ce sujet, il y a une question préliminaire à débattre» c'est celle de la prononciation.
H y a, comme le fait remarquer M. Braohet, deux systèmes d'orthographe, celui qui peint la prononciation et celui qui rappelle fétymologie. An douzième et troisième siècles, on ne songea qu'à là prononciation et l'on écrivit comme on parlait. Aux quinzième et seizième siècles, on voulut indiquer les lettres étymologiques et on le fit souvent à tort et à travers, comme no*s avons déjà eu occasion de le faire remarquer.
Nous sommes donc en présence d'un système mixte, maintenu encore aujourd'hui Certains mots , s'écrivent comme on les prononce et, dans d'autres, il y a des lettres parasitas ou donnantes.
• Les lettres parasites ajoutées- au quinzième et surtout au seizième siècle pour rappeler l'origine du mot» se prononçaientrelles?— Non, tout le monde est d'accord là-dessus.
Mais, à l'époque antérieure, losqu'on écrivait' uniquement pour peindre le son, y avait-il des lettres parasites, «des lettres non prononcées ?
Cest ici que commencent les divergences entre les écrivains. Nous ne pouvons discuter ici les systèmes, et pour ne pas trop nous écarter de notre sujet, nous nous bornerons à émettre notre opinion en la motivant sommairement, sauf à l'établir plus complètement dans un autre ouvrage.
AU XVIe SIÈCLE. « 433
On s'habitue depuis trois quarts de siècle à prononcer toutes les lettres écrites, mais il était loin d'en être ainsi au siècle dernier. Ceux à qui il est arrivé 4e causer avec des personnes parvenues à l'âge d'homme avant 1789 ont pu s'assurer du fait;
Citons quelques exemples au hasard : neufs (nouveaux) se prononçait neus, des souliers néus ; exposer! esposer; chasseur, chasseux ; le roi se prononçait le roué en une syllabe; royal, ro-ial; on disait il aime, et te (ils) aiment, etc.
A défaut de témoignages vivants de cette prononciation, on peut consulter, soit les Grammaires et autres livres qui l'indiquent, soit les poètes qui font rimer entre eux des mots qui ne riment plus pour nous.
Ainsi Quicherat dans son Traité de la versification française, nous montre qu'autrefois — antérieurement au dix-septième siècle, il est vrai— serfs rimait Avec revers ; Juifs avec je fuis et avec ennuis ; je vis avec vifs ; neufs avec cheveux ; Egypte Wltpetitey David avec fini ; les coqs avec les échos, etc.
Dans un sonnet de Joachim dû Bellay publié en 1558, nous trouvons les mots suivants placés à la rime ; Grecs, regrets; sacrez, secrets, qui nous montrent à la fois le c muet dans gréc^ et Yè grave ne différant pas de Vé aigu.
' Nous n'avons plus qu'un petit nombre de consonnes à peu près constamment muettes & la fin des mots : s} t, x, ^ : je crois, il croîtf, la croirr, le nez.
D'autres se prononcent ou ne se prononcent pas suivant l'occasion : le troc et l'estomac; David et le md, la clef et la nef; le grog et le ran#; subtiZ et le chëniZ ; le cap et le champ ; le fer et 1e berger.
La règle générale est aujourd'hui de prononcer la n 28
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finale; on dit envers-a-ette et non envetr elle; le respee et non le respè; seulement, ce Qui est aujourd'hui la règle, était autrefois l'exception.
Mais à l'époque même où, l'on ne reconnaissait de règles d'orthographe que la prononciation, pourquoi écrivait-on ces consonnes, qui devaient rester muettes ? C'est qu'elles n'étaient pas muettes complètement, elles étaient seulement dormantes, elles reparaissaient dans les dérivés ; on les prononçait même quelquefois, lorsque le mot suivant commençait par une voyelle, par exemple on prononçait : cheva, ma, ruissè, marte, etc. ; mais on disait : un cheval entier ; le mal aux yeux, le ruissel au moulin, avoir martel en tête, etc.
Aujourd'hui I final se prononce , quelques mots en U font presque seuls exception: chenil, fenil, fusil, outil, etc. ; r final se prononce, excepté dans leB mots en cher, ger, lier, ter, yer et les infinitifs de la première conjugaison. Autrefois ces lettres ne se prononçaient presque jamais.
Nombre d'auteurs, — M. Brachet entre autres, — nous disent que r final sonnait au seizième siècle et au commencement du dix-septième dans les verbes de la première conjugaison en ery comme dans ceux de la seconde e? tr. C'est une erreur: LV ne se prononçait alors ni dans les verbes de la première ni dans ceux de la seconde conjugaison.
On allègue les rimes hiver, mer, air, clair, qu'on voit figurer dans les vers suivants:
Les oiseaux estoordis les entendant hurler
Quittèrent aussi tost les campagnes de l'air. BeUeau.