FINALES EN «L», EN «ES» ET EN «IB
Que dans Pair lés oyseaux, les paissons dans la mer Se plaignent doucement du mal qui vient d'aimer.
Bégnier.
On cite des exemptée du dix-septième Siècle, de Molière qui fait rimer arracher avec chair, de Racine qui fait rimer marcher avec cher. On aurait pu ajouter à ces rimes les vers connus de Corneille:
Ah, ruses de V enfer!
Faut-il tant de fois vaincre avant de triompher ?
Corneille abonde en rimes de ce genre, qu'au siècle suivant on appelait rimes normandes.
Il est évident que ces rimes ne sont légitimes que si er, d Vrocfer, et air, de chair, ont le même son ; mais il s'agit de savoir quel était ce son, si Ton prononçait arrachatr avec r sonore et è ouvert, ou ehé avec r muet et ê fermé.
Nous avons sur la prononciation de Paris au XVI6 siècle un assez curieux document. Ce sont deux épttres entre un jeune bourgeois qui veut parler le langage de la cour et une jeune marchande dont il est épris. Les deux correspondants écrivent comme ils prononcent; ils remplacent IV par *, etc. On lit dans cette correspondance :
[Je] vou l'ay bien voulu ecrize Afin de pallé de plu loing.
Pensé que j'avoy bien beroing De deveni si amouzeu.
Tdtté remplace ici l'infinitif parler ; deveni remplace devenir; donc IV ne sonnait pas à cette époque dans les infinitifs < en langage courtisan». Ces épttres sont imprimées dans les œuvres de Marot, mais on prétend qu'elles ne sont pas de lui.
Cette prononciation s'est conservée pendant une
4M hk PKOJTOKCUTION BT l'OBTHOGRAPHB.
partie du XVII6 et même du XVm* siècle. Les témoignages abondent et il a fallu une grande prévention pour ne pas les voir. Que Ton ouvre par exemple les Remarques de Vaugelas, un livre classique en fait de grammaire et de langue, on trouvera, à l'article H aspirée ou consonne, (t. I, p. 197, éd. de 1690) que r ne se prononce point aux infinitifs, et que aller, courir se prononcent comme si Ton écrivait allé, court. Thomas Corneille cite à ce propos Chapelain, qui est de l'avis de Vaugelas pour les deux premières conjugaisons, mais qui déclare que IV doit se prononcer dans les verbes en oir : recevoir et non recevot. Ménage « dans ses Observations sur la langue française, chap. CXI, dit exactement la même chose. Régnier Desmarais aussi, dans son Traité de la Grammaire française, 1707. On voit que non seulement attacher ne se prononçait par attachai™, ma» que momir se prononçait mouri. Dans VArt de bien parier français, œuvre d'un réfugié, De la Touche, qui écrivait pour les étrangers, on trouve :
La consonne r se prononce à la fin des mots excepté 1°) à l'infinitif de la première et de la seconde conjugaison. Exemples : parler, finir ; parlé, fini, etc. l
A défaut de ces autorités nous aurions pu invoquer les chants populaires. La Chanson de Malbroug, quelle qu'en soit l'origine , reproduit fidèlement le rhythme et la disposition de nos vieilles chansons de geste en alexandrins i tirades monorimes. Les rimes ne sont pas riches dans ces compositions, mais elles sont assortantes et indiquent la
1 Edition de 1710, p. 27. La première édition de ce livre est de 1696, la sixième de 1760.