‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 127 sur 157 · FINALES EN «L», EN «BR» ET «V <IB · texte numérisé non relu

FINALES EN «L», EN «BR» ET «V <IB

prononciation de la voyelle. Or tous y voyons partout les infinitifs en er rimant avec d'autres mots en ê fermé.

Madame & sa tour monte si haut qnW pot monter; £11' voit venir son page tont de noir habillé. — Bean page, mon beau page, qnel nouvel apportez? ~ Aux nouvel* q«e j'apporte vos beaux yeux vont pleurer. Monsieur Malbroug est mort, est mort et enterré, etc.

Même remarque pour la chanson qui se trouve dans le Misanthrope, et qui remonte au moins à Henri IV :

Si le roi n'avait donné

Paris sa grand viHe, Et qu'il me voulût 6ter

I/amour de ma mie, etc.

Pour les infinitifs de la seconde conjugaison nous pouvons invoquer une chanson populaire non moins connue, et qui date au moins du XVIe siècle :

Il monta sur un arbre Pour voir son chien courir,

Carabi.

Mais v'ia qu' la branche casse Et Guffleri tomb&....

Compère Guilleri, Te lairras-tu mourir ?

Il ne saurait donc pas y avoir de doute pour les infinitifs en er et en ir. Reste maintenant à prouver que chair, se prononçait chê, enfer, enfê> Jupiter , Jupitê. Nous pourrions citer également en preuve des chansons populaires, mais nous avons un texte irrécusable. Dans la Nouvelle Méthode pour apprendre la langue latine, de Port-Royal, aux Règles de la poésie française qui y sont annexées, art. III

438 LÀ PRONONCIATION ET l'OBTHOGBAPHE.

(p, 884 de l'édition de 1664), Lancelot après avoir cité ces deux vers de Ronsard:

Sers-moy de phare et garde d'abismer Ma nef qui flotte en ri profonde mer,

dit que cette rinpe doit être réprouvée, aussi bien que celle de philosopher avec enfer dont Malherbe s'est rendu coupable , et d'autres rimes semblables qui se trouvent souvent chez des poètes anciens et nouveaux. Il ajoute :

Et il faut croire que ce qui a introduit ce mauvais usage n'a esté que la mauvaise prononciation de quelques provinces de France, principalement vers la Loire et dans le Vendosmois, d'où estoit Ronsard, et dans la Normandie d'où estoit Malherbe, où l'on prononce mer, enfer, Jupiter avec un é fermé comme amer, triompher, assister.

Ainsi dans les provinces du nord-ouest, dans le. pays de Rabelais , de Gringoire , de Marot , (né à Caen), de Belleau, de Baïf, de Ronsard, de J. du Bellay, de Régnier, de Vauquelin, de Malherbe, de Corneille, on prononçait mé, enfê, Jupité, et cette prononciation s'est maintenue jusqu'à présent dans ces pays. Il en résulte que, dans ce qu'on a appelé les rimes normandes de Corneille, ce n'était pas l'infinitif qu'on prononçait autrement qu'à présent, c'était le mot rimant avec l'infinitif , et Polyeucte dans les deux vers cités plus haut ne prononçait . pas enfère et triompherez mais il prononçait ces mots comme les prononcent encore les villageois du pays de Corneille :

Ah rases- de l'enfé!

Faut-il tant de fois vaincre avant de triomphé?

Comme l'erreur que nous attaquons ici est géné-

SOUS <flJI DISP1EAIS9XKT. 489

ralement répandue, ou nous excusera sans doute «Favoir insisté. . ' *

Revenons à Kfcbtfais, dont cette discussion nous a quelque peu écartés.

Noub n'avons pas Uni sur la prononciation du XVI* siècle et par conséquent sur f orthographe qu'il faut adopter quand on réimprime Rabelais.

Nous ayons mdntré que la prononciation moderne tend à mettre au jour, à faire entendre des lettres qu'en laissait dormir aux siècles précédents- Mais la langue a-t-elle gagné dés sfttos? Loin de là, elle en % laissé- perdre.

Depuis un siècle, un son a disparu, un autre est en train de disparaître.

L'A aspiré se prononçait au XVII* sièéle, toutes les Grammaires en font foi. Ceux d'entre nous qui sont avancés en &ge ont entendu' leurs grand'pères ta leurs grand'mères le prononcer. Aujourd'hui les Grammaires sont unanimes à attester que cette lettre ne se prononce plus.

L'antre son lutte encore, c'est celui de II mouHlé. hè français a ce son en commun avec toutes les langues romanes, comme il avait le son de Yh asffréen commun avec les langues germaniques. L'italien écrit notre M aou{llé ^-l'espagnol R, sans i avant, et le- portugais Ih. Ge son tend à s'effacer chez nous* Littré lutte pour lui dans son Dkti<m* nain*) mais le Parisien résiste. A Paris, il n'y a qte «eux qui sont venus du dehors qui sachent prononcer: le Barre, paiUe, fnerveiUe. Le Parisien ptenouee tewriaMement le Avre, page, merviye. n 38»*

440 LÀ PB0VOS0I4T10K M *i'0BTH0SBAPHK.

xxxvnt.

C'est dans la classe des dtpbthongues eurteat que le français moderne a fait dea portée* On. affirme par exemple quç, dès le XVI* siècle, ue se prononçait eu, que au se prononçait o- On se fonde sor ce qqe les tyUatwT ainsi écrites ne comptant qu* pour une duos las vers. JU raison n'est pa0 reeevaWe. Voix ne compte en vers que pour un* syllabe; en n'y entend pas moitife distinctement deux voyelles Mi—ovè autrefois; pied, lieu ne forment no* pins çu'ime syllabe, et il n'y en a pas moins o*e diphr ttongne. Le mot ou*, dans divers écrits du moyen Age, se présente sous cette forme iawe, et forme quelquefois deux, mais aussi très souvent une seule syllabe. Le prononçait-on comme aujourd'hui? Evidemment non.

Au lieu de tout rapporter à notre prononciation actuelle, comme cep historiens qui transportaient les allures de la cour de Louis XIV cbaa Clovis on ch*p Dagobert, cherchons & reconnaître ce qu'a pu être la prononciation i d'autres époques* Les dtfr Stances d'accent qui existent aujourd'hui encore entre deux villages lioptrophe* doivent noua tenir en garde contre tonte assimilation prématurée

Mais quel témoignage iavoqnaraspHaons? Il en est de deux sortes: tes qna morts» les autres vivants. Les morts, ce sont les écrits, surtout oenx qui ont été confiés an papier à une époque #ù la préoccupation de rétymologie ne t'était pas enaoi» emparée des esprits. Les infants, ce sont les paysans, surtout ceux qui soat isolés des grande «nr très, et qui ont conservé* sinon la laagne d'autre*

SOIS qui MBPASAlSaWr* 441

Ma, eu mains des habitades 4ê prononciation qui m$ pamJaagé,

II n'est personne qui, en entendant partit lu pay*

b, a^étt frappé dafc«ariétéd«B soi» tels t*r si bien que, si Va* vent noter tour {marnais* tien, ai a la plus gi^epeimv en admettant îiénui quW y partisan*. Oé tiftro dafcs leur langag* bob toi* deaots qua notre alpkafcet ntiptta ptf on a'eaprîM qve fune manier* cofo]fliquôd, comme cette iettre Tuaae, par ewanpto, 4oafc la repwdaciioa mùgt etoq do nos eansaanet (m, <*&*). Eb tottaa tas fois qu'une syllabe prononcée MM i Ièttwcomtoe on récrivait «XIII* aiècta, corwpenéifcà an asn eoasewé èmm dn pafcrii da la laar ga* 4W, noie serons «tara da retrouvai la praotm* dation que eéttt syllabe avait alors,

Pasteaa an revue queiq«es»tate* de oaa pnrooucia* tisa» caceea naiataiftes, q«o las lagristes, aaiqiefai elfes son* inconnues, supprimant purement * Bin* {dament*

De, qaoi qu'o» an dise, *e»feprftwfa pas la aw ot» lies Piearis prononcent eneor* aujour* dfeai le mol fmritte — fuéU*, et tas Cbtaitinsw: fueuiUe , en faisant de u-e une âipfcthongw, qui sonner: #4 oa «hm. An «Oiiiueaeaaiaat du XVHP sfeoie (voir saira dtatita da Cyrano, p. 21$) oa écrivait moto /rtWte, patee que, tout en nu faisan* éH que dta» syllabe , on prononçait séparément lea doux lettres. La acotraotâm dans, s* en eu, est une prononciation toute moderne, comme celle 4a m mu

Q a» c*t de Mime de la dipMitamgu» oe^ dam le mat Gcmm* Gra fol parient a*uc élégance pro*

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