‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 140 sur 157 · IMITATEURS DE RABELAIS · texte numérisé non relu

IMITATEURS DE RABELAIS

la France y figurent, non pas en quelques phrases, comme chez Rabelais, mais en Ibngues tirades.

La Satire Ménippée du Catholion d'Espagne et des étais de Paris (1593) jke saurait être mise an nombre des ouvrages imités de Rabelais. C'est on pamphlet où tous les personnages ont des noms historiques, bien que les discours ridicules qu'on leur prête ne le soient pas. Nous ne nommons cet ouvrage que pour regretter la perte du commentaire que l'un de ses auteurs, Jean Passerai;, avait fiait, chapitre par chapitre, du Gargantua et du Pantagruel II y avait peut-être là de précieuses révélations sur les intentions de Rabelais en composant son livre.

Mais nous ne pouvons oublier les Caquets de Vac-^ couchée, qui rappellent pour le cadre les Baliverneries d'Eutrapel Au moyen fige et jusqu'au XVIIe siècle, quand une femme était accouchée, il y avait pendant toute une semaine autour de son lit une réunion d'amies et de commères, et Ton se livrait à des conversations oh le prochain était fort maltraité. L'auteur , ou Pun des auteurs — car il y en avait plus d'un, bien qu'ils aient gardé l'anonyme — raconte qu'il a pu assister, caché derrière un rideau à ces caquets d'où les hommes étaient exclus et il nous les rapporte fidèlement. On parle des maris absenta, on se vante des bons tours qu'on leur joue, puis on cause des affaires politiques du moment, de ce qui se passe à la cour, de la religion et de cent autres sujets. Ces pamphlets, souvent très spirituels , remontent aux premières années du règne de Louis XIII.

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Après les caquets des femmes, il n'est pas hors de propos de mentionner les caquets des érudits. Six d'entre eux, Pantagruélistes pour la plupart et admirateurs de Rabelais,— que l'un d'eux, Ménage, tout lait même commenter— se réunissent le soir à la campagne aux environs de Paris et se lisent — c'était la mode des petites lectures à cette époque — «ne série de dissertations, nn peu légères, un peu gaillardes. Ce n'est pas que le ton général ne soit très décent, mais sous prétexte de s'indigner contre les auteurs qui se sont permis des récite quelque peu salés, on les reproduit et on les commente. On discute ainsi sur l'antre des nymphes dans Porphyre, sur certains passages de Sénèque, sur quelques saints, sur les bévues d'auteurs célèbres et aussi sur l'éloquence de M. Louis de Babac, encore ntant. Les lecteurs sont désignés par des pseudonymes dans le goût des Précieuses, mais qui sont en général la traduction grecque de leurs noms. Ainsi Chef reau, devient Egisthe, nom qui rappelle une chèvre, etc. Le président de la réunion, et le rédacteur de l'ouvrage, La Mothe le Vayer à grécisé son nom, puis en le dénaturant un peu, il en a fait Orasius Tubero, nom sous lequel il a publié quelques autres écrits. Ménage est devenu simplement Ménaïque; c'est lui qui s'est chargé d'exécuter Balzac, mais il a la main un peu lourde. Quant à l'abbé Le Camus, il s'appelle ici Simonides [nez camus]. Cet abbé fut plus tard évoque de Grenoble , cardinal et composa divers ouvrages théologiques, mais la dissertation qu'il fournit ici n'a rien de bien édifiant : elle peut servir 4e supplé*

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ment au discours que Gargantua adresse aux pèlerins qui ont été mangés en salade, et elle a été évidemment inspirée par ce discours. L'ouvrage de La Mothe Le Vayèr s'appelle VHexamèron rustique ; il est assez rare et ne figure pas dans les œuvres de l'auteur.

Les romans de Sorel, le Roman comique de Scarron, le Roman bourgeois de Furetière, quoique satiriques et plaisants, sont de simples peintures de mœurs qui ne relèvent pas directement de Rabelais. A la fin du siècle, Le Sage nous donne aussi Une sorte Panurge dans son OU Bios. News avons déjà parlé de ce livre, dont la scène se passe en Espagne , maie dont les mœurs et les ridicules appartiennent le plus souvent à la France.

GUBlasest un roman d'origine espagnole; nos voisins prétondeqt même qu'il leur a été volé par Le Sage, qui n'en aurait rien dit, ce qui est peu probable de sa part Quoi qu'il en soit, l'Espagne avant cette époque avait déjà plusieurs Panurge, le Grand Ta cagno entre autres, par Quevedd.

Quevedo est un auteur étrange et inégal, qui a composé des poésies, des ouvrages de dévotion, de politique, d'histoire même, qui a rempli des fonctions importantes en Italie et à Madrid et a passé cependant une partie de sa vie en prison par suite d'intrigues de cour. Le Grand Taco.no est tour à tour écolier, valet d'écdtier, étudiant à Alcala et filou ; il se lie avec un ingénieur, un maître d'escrime , un poète , un soldat fanfaron, un ermite qui lui gagne son argent au jeu,

tout en disait son efaja^Blet; il devient chevalier dïn-

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dustrie , faux mendiant, puis comédien et poète. Quand l'auteur n'en sait plus que faire, il l'embarque pour les Indes \ Le portrait est certainement tracé de main de maître, mais son histoire a le tort de Caire surgir parfois de ces détails odorants qui nous choquent si justement dans Rabelais.

Ce petit roman n'est pas la seule obra jocosm de Quevedo qui nous fasse souvenir de fîabelais. Les Fîsions rappellent à pins, d'un titre l'Enfer d'Epistémon. L'une nous transporte au Jugement dernier, la trompette de Fange sonne, chacun se réveille et croit qu'il s'agit de ses affaires habituelles, mais qeaad on pense qu'il faudra rendre compte de sa conduite, la scène change; l'un ne veut plus de ses mains qui ont volé, l'autre de ses yeux qui ont convoité la Comme du voisip, l'autre de sa bouche qui a menti et donné de mauvais conseils; les plus embarrassés et les plus honteux sont les grands personnages qui ont gouverné l'état et qui l'ont gouverné i tour profit sans souci de l'intérêt public. L'une des Visions les plus spirituelles est celle qui a pour titre las Zahurdas, les Ecuries, du diable. L'auteur raconte qu'en se promenant dans une forêt — souvenir de Dante — il a vu deux chemins qni se séparaient, l'un difficile, âpre et peu fréquenté, l'antre large, facile, où passent une foule de personnes qui ont l'air de s'amuser beaucoup. Il veut d'abord suivre le petit sentier,

1 Cs roman a été traduit en français, mais avec des modifications qui le défigurant, sous ce titre : Histoire deDonPablo de Ségovie* par Germond de Lavigne, in 8°, 1843. U avait été traduit au XVII* siècle sous ce titre : L'aventurier Buscon, histoire fecètiease, MS8, in 12,

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