LÀ RÉPUTATION DB BÀBELAI
«t il la trouve beaucoup plus sage. Il compare enduite l'histoire de Dindenaut et celle du Of dope, et il conclut que, moutons pour moutons, Rabelais vaut bien Homère. Il reproduit encore, en les traduisait, l'histoire de la femme muette, telle de TéeOlier limousin, la tempête dans laquelle Fanurge Joue un si' piètre rife — puis il s'arrête brusquement en disant qu'il faut plus d'étendue d'esprit pour exceller dans le comique qu'il n'en: faut pour réussir dans le sérieux. Il plaidait alors pro dotno eu*.
Dufrfesny aurait pu ajouter qu'où trouve dans l'œuvre de Rabelais tout ce que le» théoriciens d'alors réclamaient dans une épopée selon la formule t des combats , des voyages , une délibération des dieux, une descente aux enfers, une tempête, un Oracle ambigu; rien n'y manque, pas même le souffle épique.
Au fond, Dufireeny préférait Rabelais A Homère, mais il n'eut pas le courage complet de son opinion. On éprouvait alors quelque embarras à louer ouvertement Rabelais. Fontanelle a besoin pour oser dire sa pensée sur Pantagruel de s'abriter derrière un auteur étranger, Van Dale, qui lui avait -fourni le sujet de son Hiefoire des Oracle*.
(Van Dale) dit qoe les bagatelles et les sottises de Babelais yalent souvent mieux que les discours plus sérieux des autres. Je n'ai point voulu oublier cet éloge, narceque c'est Une chose iinguliète de le^noontrer au witoi d'un Traité des Oracles, plein de science et d'érudition. U est certain que Babelais^vait beaucoup d'esprit et de lecture et un art très particulier de débiter dés choses savantes comme de pures
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fadaises, et de dire de pures fadaises le plus souvent sans ennuyer. C'est dommage qu'il n'ait vécu dans un siècle qui Peut obligé à plus de politesse1.
Fontenelle revient sur Rabelais dans son Histoire du Théâtre français avant M. Corneille, et lui emprunte l'histoire de Villon et du frère Etienne Tapecoue*.
Bayle goûtait médiocrement Rabelais. Il n'y a pas d'article sur lui dans son Dictionnaire critique. Il en parle cependant , mais en quelques lignes.
C'est,, dit-il, un livre qui ne me plaît guère , mai* je sais que beaucoup de gens de bien et d'honneur Pont lu et relu^ qu'ils en savent tous les bons endroits, et qu'ils se plaisent dl les rapporter quand ils s'entretiennent avec leurs amis.
Dans sa Correspondance, nous le voyons engager Le Duchat à exercer sa sagacité sur cet auteur, et il lui conseille de se procurer la traduction anglaise avec notes, qui vient de paraître9. A propos d'une de ses lettres, son éditeur s'étend assez longuement sur l'ouvrage même , où il refuse de voir un système suivi d'allusions historiques» mais qui, suivant lui» contient une satire générale de la société de son temps et de tous les temps.
Les éditions, les analyses de Rabelais se multiplient sous diverses formes pendant le XVIIIe siècle , mais elles restent renfermées dans un petit cercle de curieux.
C'est d'abord le Rabelais] reformé de. Bernier, l'ami de La Mothe le Vayer, dopt voici le titre
» <E**rtê dtFontmétie, éd. de 1767. T.IIvP.8S7.-*Ibid, T. IH, p, 76.
* Cette correspondance fait partie du dernier volume de* 09*9**$ dtoërêtê de M. JRfam Bayle, La Haye, 1781, 4 vol» in folio.
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exact: Jugement et nouvelles Observations sur les œuvres grecques, latines, toscanes et françaises de maître Français Rabelais, D. M. ou le Véritable Rabelais reformé, par le Sieur Saint- Honoré, 1697, in 12. Cet ouvrage contient une analyse, chapitre par chapitré, de l'ouvrage de Rabelais, accompagnée d'anecdotes sur l'auteur et ses écrits. Bemieï est aussi bâtard que frivole, et Ton ne doit accepter ses! informations que sous bénéfice d'inventaire. C'est en 1711 que parut à Amsterdam l'édition sur laquelle Bayle avait été consulté; Le commentateur était un protestant réfuté, comme Bayle luimême ; aussi tire-t-U autant que possible Babelai* vers le protestantisme. L'édition fut surveillée, à ce qull parait par Houdartde la Motte, auteur de Fables ihgénleuses, de tragédies médiocres, et célèbre surtout par la part qu'il prit à la grande querelle des anciens et des modernes. Cette édition de Lé Duchat est très complète, bleu imprimée, ornfeë'd'ttie Carte du Cjiinoriais, dû dës&in de làCaw Feinté et de itfffeentes vues de la Devinière, métairie de Fauteur, d*uh portrait eu pïed de Rabelais, qu'on n'ose pas donner pour authentique, et accompagnée dé remarques littéraires et historiques, savante* *e1f curieuses. Dans une lettre qui se trouve dàW la Cottespondatice de Bayle , Le Duchat reconnaît qu'il y a deux systèmes d'interprétation pbu*! rbfeuvre de Rabelais ;;tes uns, y voient une série d'allusîtttas historiques, les autreè un sens mystiqtfr. il ûe ortit padànri syrien** stivf d'alhtiKons hi3toriquGp,,mais à des allusions détachées à certain» fiotar <m moment» et cetbo-Nt, il faa a sigoaM» i l'occasion ; quant à l'interprétation mystique , fl*
XTOI* SIÈCLE. LE CAFÉ PBQCOPE. S3T
proclame son incompétence et ne s'y lancera pas. dette édition de Le Duchat, reproduite en 1732, avec quelques additions, mais aussi avec des incorrections assez graves, a €té considérée comme la meilleure jusqu'à celles qui ont été faites dans ces dernières années. •
Une édition plus belle, mais nom plus correcte, parut en 1741 à Pirft en trois volumes in 4*, avec différentes pièces nouvelles , la traduction des remarques dont Le M.Qtteux avait; enrichi une traduction anglaise de Rabelais, de nombreuses figures de Bernard Hcart, bien gravées, mais médiocres sous le rapport 4e la composition et du style, et plus propres à obscurcir le texte qu'à le ftire mieux comprendre.
Iwm 33V auoui toaité Babelais, si on le lui eût iaft connaître, comme il traitait les tableaux d» Téniers^ et 3 aurait dit: «BW:eye&*moï ces géants mal élevés», comme il disait : «Enlevez-moi ces magots. > Mais son successeur, le récent d'Orléans, n'était pas de sou avis, il prisait fprt Babelais et tout le groupe libéral qui s'étaôi formé autour de lui , les Caumartin, le» (fArgensott, etc., lisaient Bantagruél et ea cîfai«n& de* bribes dans leurs lettres4. Le curé ée Mewkm avait arasi ses fidèles parmi les éùrfvaîns: Ou en faisait cas au «club de l'entresol» où réglait l'abbé et St Pierre, et où l'on préludait à Pécoaonrie politique. On le commentait au GA|6 Puocope, où se rencontraient,
1 Voir Aubertin: LWtortt fMfe m XVB& rfècie, in 12,
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à la fois ou gucce&ûwpent, Puclo^ La MoUe-Etoadart, Saurin, J.-B. Bousseau, Piren et quelques autres moins connus, et leurs écrits en portent l'empreinte A, mais hors de ces cercles restreints, on le lisait peu.
Deux publications différentes qui avaient pour but de mettre Rabelais à la portée du commun des lecteurs forent mises en vente en 1752, Tune à Genève, l'autre à Paris, sous la fausse indication d'Amsterdam.
La première, éditée par l'abbé Pérau n'a que trois volumes in 12 , et porte le titre [à' Œuvres choisies de Rabelais. Ce. n'est pas un choix de morceaux, toutes les Œuvres y figurent, mais l'éditeur a supprimé tout ce qui lui a semblé trop licea-
1 Voici entre autres une imitatio» de Rabelais qui n'a pas encore été signalée, que nous sachions. Panorge prétend, (voir page 17 de. ce volume) , que la plupart des cris qu'on entend dans les batailles viennent des diables, qui Rapprochant de trop près pour recueillir les âmes dm morts» reçoivent dee coups qui ne leur étaient pas destinés* J,-B- Rousseau a'est approprié cette idée. On lit dans sa Lettre à M. de La Fesse : • 1 *
Les fouets hâtifs sont déployés.
Qui de cent diverses manières
Donnent à l'air des étrivières.
Un jenae «fcprit aérien, i :
Trop voisin de neua pour son bien,
En reçut un coup sur le rable,
Qui hri It faire un ci* de diable,
Car si. vous n'en êtes instntft,
Le bruit qu'un coup, de fouet produit,
(Ifen déplaise aux doctes pancartes
Et des Bohfltih et des Descartes) ^
Vient beancouj moins de lrair froissé*
Que de quelque sylphe, fessé,.
Qui des humains cherchant l'approche
En reçoit bien gavent iajoche,
Fuis va criant "comme un perdu.
XVin# SIÈCLE. EDITIONS EXPUBGÉE8. 529
deux ou trop satirique contre les moines , l'église romaine, les grands personnages, de sorte qu'il n'est resté du livre de Rabelais qu'une sorte d'abrégé, ' d'un style trop souvent plat et sans couleur. L'autre publication est conçue sur une plus large échelle et n'a pas moins de huit volumes petit in 12. Elle a pour titre leJRa&rfats moderne, et pour éditeur Pabbé de Marsy. Outre les ouvrages du curé de Meudon, on y trouve la Vie de Rabelais par Niceron , le parallèle entre Homère et Rabelais, par Dnfresny, qui figure aussi dans les deux publications précédentes, des Jugements sur Rabelais, etc. L'éditeur cette fois n'a rien retranché au texte, il y a ajouté. Quand une phrase de l'auteur lui semble peu intelligible, quand certains détails lui paraissent trop longs, il les supprime , il les remplace par une traduction , et rejette le texte original au bas de la page , en l'expliquant quelquefois.
Cette tentative ne paraît pas avoir eu plus de succès que la précédente. Le gros du public s'en tenait volontiers au jugement de Voltaire, qui dans le Temple du Goût (1732), avait dit que l'our vrage de Rabelais devait être «réduit à un demiquart tout au plus.»
vm.
Dans les Lettres philosophiques , Voltaire s'était montré plus irrévérencieux encore :
Rabelais dans son extravagant et inintelligible Livre, a répandu une extrême gaieté , et une pins grande impertinence. Il a prodigué l'érudition, les ordures, et l'ennui. Un bon conte de deux pages est acheté par des volumes de sottises. Il n'y n 34