LA RÉPUTATION DE BABKLAIB
a que quelques personnes d'un goût bicarré qui se piquent d'entendre et d'estimer tout cet ouvrage : le reste de la nation rit des plaisanteries de Rabelais, et méprise le livre. On le regarde comme le premier des bouffons. On est fâché qu'un homme qui avait tant d'esprit, en ait fait un si misérable usage. C'est un philosophe ivre, qui n'a écrit que dans le temps de son ivresse. /
Ce jugement absolu et méprisant ne fut pourtant pas accepté par tons. Mercier, l'auteur du Tableau de Paris et de quelques mélodrames très goûtés, écrivait quelqne temps après:
Quiconque a lu Rabelais et n'y a vu qu'un bouffon, à coup sûr est un sot, s'appelât-il Voltaire.
Le jugement de Mercier avait peu de valeur aux yeux du public, comparé à celui de Voltaire. Mais Voltaire lui-même revint plus tard sur sa première impression. Voici ce qu'il écrivait le 13 octobre 175» à Mm» du Deffand :
Le duc d'Orléans régent daigna un jour causer avec moi au bal de l'Opéra ; il me fit un grand éloge de Rabelais, et je le pris pour un prince de mauvaise compagnie et qui avait le goût gâté. J'avais alors un souverain mépris pour Rabelais. Je l'ai repris depuis et comme j'ai plus approfondi tontes les choses dont il se moque , j'avoue , qu'aux bassesses près, dont il est trop rempli, une bonne partie de son livre m'a fait un plaisir extrême.
Dans une autre lettre à la même dame, 12 avril 1760, il s'exprimait ainsi:
J'ai relu, après Clarisse , quelques chapitres de Rabelais, comme le combat de frère Jean des Entommeures et la tenue du conseil de Picrochole ; je les sais pourtant presque par cœur, mais je les ai relus avec un très grand plaisir, parce que c'est la peinture du monde la plus vive. Ce n'est pas que je mette Rabelais à côté d'Horace, mais Rabelais, quand il est bon, est le premier des bons bouffons : il ne faut pas qu'il y ait deux
XVIIIe SIÈCLE. LES JOUftiriUX. 531
Sommes de ee métier dans une nation» mais il faut qu'il y en ait un. Je me repens d'avoir dit autrefois trop de mal de lui.
Enfin dans un dialogue, intitulé Lucieny Erasme tt Rabelais publié à la même époque, il représente les trois railleurs réunis aux Champs Elysées et -s entretenant de leurs travaux. Voici entr'autres ce -qu'il fait dire à l'auteur de Gargantua:
J'étais prêtre et médecin. J'étais né fort sage, je devins -aussi savant qu'Erasme ; et voyant que la sagesse et la science ae menaient communément qu'à l'hôpital ou au gibet ; voyant même que ce demi-plaisant d'Erasme était quelquefois persécuté, je m'avisai d'être plus fou que tous mes compatriotes ensemble ; je composai un gros livre de contes à dormir debout, rempli d'ordures, dans lequel je tournai en ridicule toutes les superstition;, toutes les cérémonies, tout ce qu'on révérait dans mon pays, dans toutes les conditions, depuis «elle du roi et du grand pontife jusqu'à celle de docteur en théologie, qui est la dernière de toutes : je dédiai mon livre à un cardinal, et je fis rire jusqu'à ceux qui me méprisaient.... Je pris mes compatriotes par leur faible ; je parlai de boire, Je dis des ordures, et avec ce secret tout me fut permis. Les gens d'esprit y entendirent finesse, et .m'en surent gré ; les gens grossiers ne virent que les ordures, et les savourèrent; 4ont le monde m'aima, loin de me persécuter.
Pendant tout un siècle, de 1650 à 1750, on s'était occupé beaucoup plus de la forme que de ridée dans les productions de l'esprit. Ce que Ton voulait avant tout, c'était la noblesse et l'ampleur du style, sous Louis XIV,— la finesse et le piquant de l'observation et du langage, sous Louis XV. On subordonnait tout au bon goût Un ouvrage où abondaient les détails do mauvais ton était par cela même condamné sans appel.
Vers le milieu du XVIIP siècle, les esprits prin 34*
532 LÀ BÉPUTATION DE BABELAI8.
rent peu i peu plus de sérieux , on se préoccupa moins de la forme et plus de l'idée. Le règne de J.-J. Rousseau succéda à celui de Voltaire. Voltaire lui-même se modifia. On jeta les yeux sur la littérature antérieure « au grand siècle. » Nombre de productions du moyen âge et du XVI* siècle tarent analysées dans deux recueils périodiques, le premier, plus frivole: la Bibliothèque des Romans, — le second, plus sérieux: les Mélanges tirés cFune grande Bibliothèque. Rabelais figure dans ces deux publications. En mars 1776, la Bibliothèqne des romans donne un aperçu rapide de l'ouvrage , en raccompagnant de quelques observations. Après avoir reproduit le jugement de Fontenelle sur l'auteur, rapporté plus haut, le rédacteur ajoute :
Ses mœurs furent toujours réglées et son caractère même avait beaucoup de gravité. On ne doit donc regarder les plaisanteries qu'il a répandues dans son ouvrage, que comme Penveloppe des vérités importantes qu'il y déposait et dont le trop grand éclat n'eût servi sans doute qu'à augmenter le nombre de ses ennemis.
En 1781,1e même rédacteur, Constant d'Orville, consacre un cahier tout entier des Mélanges (la moitié dû 22e volume) à une analyse assez fidèle de Gargantua et de Pantagruel, entremêlée de détails eur la vie de l'auteur.
À partir de ce moment, Rabelais reprend son rang , quoique l'on continue à le contester. Diderot et Beaumarchais, non-seulement le lisent, mais l'imitent. Diderot lui prend un de ses types, Beau* marchais lui en prend deux, sans compter ses phrases et ses tournures, Vicq-d'Âzyr, à l'Académie de
ITIII* SIÈCLE hS3 CBITIQUBS. 533
médecine, commence ses Eloges des Académiciens morts par saluer de ses hommages cet homme extraordinaire qui, nourri par les moines, le ttevint lui-même et cessa bientôt de l'être ; qui, après avoir joué et composé des feras devant la faculté de Montpellier, fût honoré comme son restaurateur, qui commenta Htppocrate et Galien, écrivit sur la religion (?), suivit un ambassadeur à, Rome, composa un ouvrage où, sous le voile d'une plaisanterie basse et grossière, il cacha des vérités hardies, une critique sévère, une satire dans laquelle il n'épargne personne ; qui désarma ses juges en les faisait rire, qui fut le bouffon et l'idole de son siècle, et mourut curé de Meudon, Rabelais en un mot ,.
La Harpe et Palissot, qui répétaient un peu ce qui se disait autour d'eux, consacrèrent à Rabelais des articles élogieux. Voici ce que disait La Harpe en 1797 dans un Discours qui fait partie de son Cours de littérature : f
Rabelais à qui La Fontaine trouvait tant d'esprit et qui réellement en avait, ne l'exerça que dans le genre le plus facile, celui de la satire allégorique, habillée en grotesque. Il voulut se moquer de tous ses contemporains, des rois, des grands, 4as prêtres, des magistrats, des religieux et de la religion ; et pour jouer impunément ce rôle» toujours un peu dangereux il prit celui des fous de cour à qui l'on permettait tout, parcequ'tts faisaient rire, et qui disaient quelquefois la vérité sans danger parcequ'Us Ja disaient sans conséquence. A l'égard de son talent, on en a dit trop et trop peu. Ceux que rebutait son langage bizarre et obscur, ont laissé là Rabelais comme un insensé ; ceux qui ont travaillé à le déchiffrer, ont exalté son mérite, en raison de ce qu'il leur avait coûté à, entendre Au fond il a, parmi beaucoup de fatras et d'ordures, des traits, et môme des morceaux pleins d'une verve satirique, originale et piquante; et après tout, on ne -saurait croire qu'un auteur que La Fontaine lisait sans cesse et dont il a souvent profité, n'ait été qu'un fou vulgaire.
1 JStogee lus dans le$ êéancts de V Académie de médecine de 1778 à 1788, 3 v. in 8°, 1808.
534 LÀ RÉPUTÀTIOH DE EÀBEL1IS.
Palissot ajoutait en 1803 :
On pourrait à quelques- égards appliquer a- son livre c* que Boileau disait des ouvrages d'Homère :
C'est avoir profité que de savoir s'y plaire.
Sous les nuages mêmes dont il s'enveloppe, on démêle l'érudition la plus surprenante. Il savait tout et s'est moqué detout *.
La Harpe donne la préférence à Montaigne sur Rabelais. C'est aussi l'avis de Victor Leclerc dans son Eloge de Montaigne (1812), mais il est plus favorable que La Harpe à Fauteur de Pantagruel. On sent que le temps a marché; Rabelais, dit Victor Leclerc,
rappelle quelquefois l'enjouement et la douce raillerie de Lucien ; plus souvent il prodigue sans pudeur le fiel d'Archiloquo et les sarcasmes grossiers d'Aristophane. Il décrit avec une gaieté cynique les mœurs de son siècle ; il parcourt le . monde entier, du palais jusqu'à la chaumière. Sous sa main, les tableaux les plus sérieux , les plus imposants même, se changent en Calots et en Téniers. Ne croyes pas cependant que ce Turlupin déraisonne : rien de plus sensé que son délire. Essayez de pénétrer ses allégories,' expliques l'énigme de ses songes, êtes lui son masque.... vous aimeres, vous admirerez peut-être ce Babelais si plaisant et si profond....
Les jugements que nous venons de rapporter disent surtout le littérateur. L'attention fut attirée sur le penseur par un écrivain qui rit peu d'ordinaire et qu'on n'aurait pas soupçonné de se délecter à la lecture de Pantagruel. Bernardin de St- Pierre s'exprime ainsi dans ses Etudes de la nar titre, publiées en 1788.
. . . C'en était fait du bonheur des peuples, et même de la
* Mémoires powr servir à Vhisioire de notre littérature 2 v. in 8°.
XVJÏIe SIÈCLE. GIHGUBMÊ. 535
religion, lorsque deux hommes de lettres, Rabelais et Michel Cervantes, s'élevèrent, Pan en France, l'antre en Espagne et ébranlèrent & la fois le pouvoir monacal et la chevalerie. Pour renverser ces deux colosses, ils n'employèrent d'autres armes que le ridicule, ce contraste naturel de la terreur humaine LQuelle plus juste et plus heureuse définition! dit Ste-Beuve]. Semblables aux enfants , les peuples rirent et se rassurèrent* Ils n'avaient plus d'autres impulsions vers le bonheur que celles que leur princes voulaient leur donner, si leurs princes alors avaient été capables d'en avoir. Le Télémague parut, et ce livre rappela l'Europe aux harmonies de la nature. Il produisit une grande révolution dans la politique1.
Il y a quelque naïveté à dire que ces trois livres ont révolutionné le monde, mais Bernardin de St- Pierre, qui avait plus vécu avec les livres et la nature qu'avec les hommes, était disposé à s'exagérer l'influence des livres. En somme cependant son jugement est vrai. Les idées lancées par Rabelais , par Cervantes et par Fénelon ont fini par pénétrer dans les esprits et ont profondément discrédité, sinon tué complètement, l'ascétisme et le culte de la force.
Le premier écrivain qui posa nettement et avec insistance Rabelais en penseur et en réformateur, ce fut Ginguené.
Ginguené avait commencé par être un poète aimable. Sa jolie pièce de vers intitulée : la Confession de Zulmé lui avait été enviée par les poètes de boudoir ; l'un d'eux avait même tenté de la lui voler. Mais aux approches de la révolution, il s'était fait publiciste, en attendant de devenir le savant et consciencieux historien de la littérature italienne.
1 Etudes de la nature. Etude XIVe. Récapitulation. Œuvres complètes, grand in 8», I, p. 481. i
Son pamphlet publié en 1791 a pour titre: De Vautoritê de Rabelais dans la révolution présente et dans la constitution civile du clergé ou Institutions royales, politiques et ecclésiastiques^ tirées de Gargantua et de Pantagruel, in 8°, Paris. L'ouvrage est vert d'allure et un peu brutal de style. (Tétait le ton de l'époque.
Dès le XVIe siècle, dit-il, Rabelais attaqua les préjugés en véritable philosophe. Son autorité doit être comptée parmi celles des sages qui ont préparé la destruction de nos sottises..
Despréaux, Racine, Molière, La Fontaine admiraient Rabelais, le relisaient souvent, l'imitaient pins souvent encore. De nos jonn on a pris à tâche d'en dire du mal ... On n'a pins daigné lire Maître François , on aurait rougi d'avouer qu'on Ta In.
Après quelques pages sur ce ton, Gringuené s'attache à mettre en relief, par des citations accompagnées d observations assez courtes, les idées de Rabelais qui lui semblent dignes d'être prises en considération ou appliquées.
Il commence par établir qu'il y a dans les ouvrages de Rabelais, sous l'extérieur de la fiction, un sens profond, politique et philosophique qu'on doit prendre la peine d'y chercher, et il cite dans ce but une partie du premier prologue. Son second chapitre a pour titre: «De la liste civile, et des dépenses personnelles du roi.» Ginguené soutient que ce n'est pas sans intention satirique que Rabelais a représenté la royauté si grande mangeuse et si dépensière* Puis vient la question de l'éducation des rois ; l'auteur rapproche des détails qu'il trouve dans Gargantua, ceux qui figurent dan? les Mémoires de St-Simon sur la jeune famille de Louis XIV. A propos du système d'éducation de Ponocrates, qu'il
XTOI* SIÈCLE. GINGBENÉ. 5^7
reproduit en entier , Ginguené dit qu'il n'entend pas proposer ce système comme un modèle absolu, mais que si, dans l'éducation des princes, on, tirait une instruction utile des plus communes actions de la vie, si Ton entremêlait les exercices de l'esprit à ceux du corps, il est à croire que les souverains «ne e'en porteraient paa plus mal et n'en vaudraient que mieux.»
Les Considérations sur la guerre et sur la paix se composent de l'histoire du roi Picrpchole et du roi Anarche , et de la description de l'abbaye de Thélème. ,
Si le royage d'Epistémon dans les enfers, ajoute Gingaené, parait d'abord d'une folie extravagante, les sages y trouveront cependant quelque chose de philosophique et verront peutêtre dans ces métamorphoses des prédictions accomplies.
Ginguené consacre quatre chapitres aux questions de Tordre judiciaire, sous ce titre: «De l'an-, cien ordre judiciaire , des parlements et des juridictions inférieures» ; il raconte l'histoire des procès jugés par Pantagruel et celle de Bridoye. L'histoire des Chats fourrés fournit deux chapitres : la «Grand Chambre», puis: «Comment la grand chamr bre vivait de corruption, où Ton voit par occasion ce que les btas gentilshommes faisaient pendant leur vie et ce qu'ils devenaient après leur mort.» Puis vient l'hiatoire des Chicahous et des noces de Basché sous ce titre: «Des bas officiers de justice et de leur manière de vivre aux dépens des nobles. »
La seconde partie de la brochure traite des questions religieuses. On y voit figurer successivement tout ce qui, dans Rabelais, a trait aux moines et
aux ordres religieux , aux ordres mendiants , aux prêtres , aux cardinaux et aux papes , aux ordres militaires , à remploi des donations faites aux églises , aux excommunications papales, à l'inviolabilité des évéques, à la puissance du diable, au produit des quêtes et des aumônes ecclésiastiques, à la vertu des décrétâtes pour faire passer l'or de la France à Borne. Le dernier chapitre, où figure l'histoire des pèlerins mangés en salade par Gargantua, a pour titre : «Des miracles des Baints et du règne des philosophes. >
Ginguené, comme tous ceux qui font de la polémique à coups des citations, exagère quelque peu et fait parler Rabelais plus explicitement qu'il n'a parlé en réalité. Mais la brochure produisit son effet. On cessa décidément de regarder Rabelais uniquement comme l'auteur spirituel et amusant de quelques jolis contes.
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Deux écrivains distingués, chacun dans leur genre, se chargèrent de développer à deux points de vue différents ce que Ginguené n'avait fait qu'indiquer.
François Guizot, dans les Annales d'éducation, publia, sur Rabelais pédagogue, l'excellent travail que nos lecteurs connaissent déjà.
Népomucène Lemercier vit surtout en Rabelais l'écrivain, sans toutefois oublier le penseur.
Népomucène Lemercier était un esprit original et chercheur, qui n'a réussi que par exception dans ses œuvres littéraires, mais qui a remué beaucoup d'idées en littérature. Après s'être inspiré heureusement d'Eschyle dans sa tragédie d'Agamemnon, —
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de Beaumarchais dans son Pinto, où Ton voit le Portugal enlevé à l'Espagne par des moyens de comédie, — il écrivit de longs poèmes dans lesquels il substitua aux divinités poétiques représentant les forces de la nature, ces forces elles-mêmes découvertes par les savants et personnifiées. L'idée pouvait être bonne, mais Lemercier n'était pas assez poète pour la faire accepter. U y avait surtout trop d'inégalité dans son talent. Les beaux vers ne sont rares chez lui, mais ils sont noyés dans la masse es médiocres.
A Eschyle, à Beaumarchais, à Nçwton, Lemercier associa Rabelais dans ses prédilections.
Chargé de faire à l'Athénée un Cours de littérature générale, il traita surtout du poème épique, de la tragédie et de la comédie. Grand ami des préceptes et des règles, il juge que . le poème épique doit avoir 23 qualités, quîl trouve toutes réalisées dans Y Iliade. La tragédie doit en avoir 24, qui sont réalisées dans Athatie, et la comédie 22, qui sont réalisées dans le Tartufe. Il ne faut pas juger de l'ouvrage par ce que ce plan a de trop symétrique; il est semé d'une foule d'observations fines et justes, et il peut être d'une grande utilité, surtout pour ceux qui s'occupent de l'art dramatique.
C'est à propos de la comédie que Rabelais se rencontre sous sa plume; il établit un parallèle en règle entre lui et Aristophane.
Le bon curé de Headon habille plaisamment la raison en masque, et, tel qu'un magicien, il transforme en figures bizarres les principaux personnages, de son siècle et les corps les plus vénérés de l'Etat. Cette race d'ogres, dépeuplant deux ou trois royaumes, pour leur propre gloutonnerie, insatiables
«valeurs d'hommes et d'animaux qu'ils dévorent, revêtus de centaines d'arpçnts de soie, de velours, de brocards et d'aiguillettes, que sigaifie-t-elle ? Une succession de trois rois de France et leurs déprédations ruineuses. Rabelais commenoe par sattriser les chimères, les vanités da toutes les dynasties du mpnde, en mettant à califourchon le premier aïeul de Gr&ad- Gousier sur l'arche de Noé. C'est par ce trait qu'il ouvre son livre. La naissance de Gargantua, son éducation risible, ses petits jeux, sa gourmandise, sa mutinerie, ses dodelinements, les flatteries de ses gouvernantes, les admirations de ses pédagogues, qu'est-ce autre chose qu'une allusion aux sots respects dont on berce l'enfance des princes ? Gargantua vient se montrer à sa bonne ville, pleine d'impatience et d'aise de le voir* Quand le poète Aristophane travestit en vieil imbécile le peuple d'Athènes devant ses concitoyens, en parle-toi plus lestement que ne parle Rabelais du peuple de Raris? L'affluence groawt si fort. autour de Gargantua, qu'il se débarrasse de la foule en grimpant sur les tours de Notre-Dame, d'où, raillant les citadins qui attendaient sa bienvenue , il les salit avec insulte, et veut leur voler leurs cloches pour les fondre à sa monnaie. Cette malice convertit la joie publique en affliction et en colère. De là les harangues de maître Janetus, toussant et déclamant son patois d'école et son latin de cuisine, sanglante satire des universités.
Lemercier voit dans ces faits, — qu'il transforme bien Un peu— les mécontentements excités en raison des impôts que leva pour la guerre en Italie le roi François Ier au moment où la capitale se réjouissait de son avènement au trône-
Nous avons déjà dit ce que nous pensons de ces applications historiques précises du roman de Rabelais. Lemercier a tort de chercher des personnages historiques sous des types évidemment fantastique II a tort nAssi de ne pas voir le côté noble et sérieux de Pantagruel, qui forme un contraste si complet avec Panurge. Mais à cela près, ses jugements sont d'un connaisseur. On sent à son style
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ainsi qu'à celui de Ginguené, que la révolution a passé par là.
Citons encore quelques passages :
Suivez les personnages dans leurs comiques aventures chez les Chicanons, au milieu des gros Chats fourrés écorehant leurs victimes sur une table de marbre , vous rirez de cette image des procédures du palais. Suivez-les chez les gens en robes à manches couleur de roi, ayant les mains longue* comme jambes de grue, les doigts à ongles crochus et les pieds de même ; visitez leurs larges bureaux tapissés de drap verd ; allez de leurs petits pressoirs jusques à leur grand et dernier pressoir, où ils font passer les châteaux, les parcs, les maisons, les bois tout entiers, dont ils retirent tant <Tor potable ! Interrogez sire Gagne-Beaucoup sur ce redoutable pressoir dont la vis s'appelle récepte, la met dépense, le tesson deniers comptés et non reçus, les fastes souffrances, les béliers radietur, les jumelles recuperetur , les cuves plus-valeur , les ansées rôles , les fouloirs acquits , les hottes validation, les portoires ordonnances valables, les scilles le pouvoir, l'entonnoir le Quittas. Interrogez-le sur le dogue à deux têtes, sur l'antre dogue à quatre têtes , symboles des doubles peines, des quadruples amendes ; interrogez-le sur l'androgyne pronotaire, qui se nourrit de chair d'appellations ; Gagne- Beaucoup vous dira que toutes ces figures monstrueuses sont les emblèmes du Parlement Accompagnez les mêmes personnages dans les contrées des Papegauds, des Papelards, des Papes-Figues, des Prêtregauds, dès Cardîngaux, deaEvesgaux, des Moinegauds, des Gapucingaux, vous ne pourrez méconnaître en eux le peuple mitre, enfroqué, tonsuré
Lemercier conclut ainsi:
[Le livre de Rabelais] est un puits de science et d'érudition, recueillies aux meilleures sources. Regrettons que la vieillesse de son style en ait rendu la plus grande partie presque incompréhensible $ félicitons-nous pourtant de ce que son vieux idiome cache l'impudeur de certains mots aux lecteurs honnêtes.
Le livre où Lemercier s'exprimait ainsi est de
1817. Deux ans après il revenait à la charge dans un autre ouvrage, dans un poème bizarre où l'on n'aurait guère l'idée d'aller chercher Rabelais et ses œuvres.
Ce poème a pour titre : la Parihypocrisiade. La scène se passe dans l'Enfer. Les démons se donnent la comédie et évoquent le XVIe siècle avec ses grandeurs et ses misères, ses splendenrs et ses crimes. Tous les tous s'y heurtent, les hautes aspirations et les détails hideux, les beaux vers et les pages communes. C'est fatigant et grandiose. Les divinités qui font mouvoir le drame sont des abstractions : le Temps, l'Espace, la Terre, la Conscience, la Peur, la Honte, la Politique, la Monarchie, l'Hérésie, l'Esprit des conciles, Flvresse, le dragon de l'Or (Chrysophis) , l'aiguillé aimantée (Manégine) ; les rois, les écrivains, les réformateurs, les artistes du temps jouent aussi leur rôle dans cette vaste et confuse conception. Au chant XF un dialogue s'engage entre Rabelais et la Raison. En voici quelques traits:
Ça, dis-moi, qu'as-tu fait dans tes libres instants ?
— De magiques miroirs aux princes de mon temps : Là se verra mon siècle, et gaiment, après boire, Pour les rieurs futurs j'en écrirai l'histoire. Vois-tu ces ogres là s'ébattre à festoyer ?
— Oui - C?est Gargantua, sorti de Grandgousier, Eace en gloutonnerie opérant des merveilles : Leurs larges avaloirs, leurs dents jusqu'aux oreilles, Mangeant hommes vivants, boeufs, veaux, porcs et moutons, Dépeuplant l'air d'oiseaux et la mer de poissons .... Leurs arpents de velours, de soie et d'aiguillettes, Etoffant, galonnant leurs chausses, leurs braguettes,
Leurs flancs entripaillés, leurs chefs dodelinants . . . Doivent en ces miroirs te faire reconnaître
XIXe SIÈCLE. LBMEBCIEB. 543
D'insatiables rois que l'on ne peut repaître ...
- Quelle haute jument monte Gargantua ?
- C'est la dame d'Heilly ; vois quel amble elle va ! Et que sur son chemin, eue a, de lieue en lieue, Jeté bois et maisons sous les coups de sa queue.
- C'est bien frayer sa route en maîtresse des rois, Que d'abattre en passant les maisons et les toits ; Mais tourne ce miroir par devant la justice.
- Grippeminaud s'y peint, monstre nourri d'épice ; Et ses gros chats, fourrés de diverse toison, Miaulant près de lui, flairent la venaison:
Leurs griffes et leur gueule, instruments de leurs crimes, Sur leur table de marbre écorchent leurs victimes .... Vois-tu ces Chicanous ? Vois-tu ce vieux Bride-oie Magistrat ingénu, qui vit en paix, en joie, Et qui, ses dés en main, au bout des longs procès, Tire, pour jugement, le sort de ses cornets ? . . .
- Quel est ce long corps sec qui se géantine ?
- C'est Carême-prenant que l'orgueil mortifie : Son peuple ichtyophage, efflanqué, vaporeux, A l'oreille qui tinte et l'esprit rêve-creux. Envisage de loin ces zélés Papimanes,
Qui sur l'amour divin sont plus forts que des ânes, Et qui, béats fervents, engraissés de tous biens, Rôtissent mainte andouille et maints Luthériens . . Bis de la nation des moines gastrol&tres : Aperçois-tu le dieu dont ils sont idolâtres ? Ce colosse arrondi, grondant, sourd et sans yeux, Premier auteur des arts cultivés sous les cieux, Seul roi des volontés, tyran des consciences, Et maître ingénieux de toutes les sciences ? Cest le ventre 1-Le ventre I-Oui, messire Gaster Des hommes de tout temps fut le grand magister, Et toujours se vautra la canaille insensée Pour ce dieu, dont le trône est la selle percée . . .
On voit que Lemercier n'a pas fréquenté Rabelais impunément :
- Il est d'autres objets où tend l'humanité.
- Qui peut nous en instruire, hélas? -La Vérité
544 LA BÉPUTÂTIOK DE BABELÀIS.
- Mon Panurge gui court en loi tendant l'oreille : La cherche sons la terre an fond d'une bouteille.' La bouteille divine, oracle du caveau, Epanouit les sens, dilate le cerveau, Purge le cœur de fiel, désopfte la rate, Aiguillonne les flancs, émeut, chatouille, gratte, Nous redresse l'esprit. C'est assez 5 buvons frais . . . Et, s'il se peut, allons en riant ad patres !
Ces propos du curé valaient la fleur des prônes.
La Panhypocrisiade, composée dès 1800, ne fut imprimée qu'en 1819, comme nous l'avons dit
Vers cette même époque, nous voyons apparaître plusieurs éditions de Rabelais. Deux surtout se distinguent par leur importance et par les travaux qu'elles ont provoqués.
La première est celle de De l'Aulnaye, qui a été reproduite trois fois : 1820, S v. in 18; 1823, avec quelques additions, 3 v. in 8°; 1837, avec quelques suppressions, 1 v. grand in 8°. La meilleure est celle de 1823.
Les deux premiers volumes contiennent le texte, un texte correct et bien choisi, mais d'une orthographe compliquée. Nous en avons donné un échantillon'p. 447 de ce volume. Le texte du quatrième livre est conforme à celui de l'édition de 1552, publiée par Rabelais lui-môme. Le troisième volume peut jusqu'à un certain point servir de commentaire parce qu'il contient une table des matières détaillée ; cinq glossaires divers, qu'on regrette de ne pas voir réunis en un seul; un Rabelaisiana, ou recueil de sentences, adages, proverbes, façons de parler proverbiales, jeux de mots, jurons, imprécations, conte-
ni* sifcju. ÊMUum sotrs sa ewtatoatioh. KM
nus dus les (Suite de Rabelais. Ge dernier s* mail est trôe euriewo, mais Rabelais h en a psa fourni tous tes damant*, il a> a p» de Vie de l'auteur date lwésiDL premières éditions, tt celle qui se trouve: dam k troisième set tout à fait ii*
Sédition eerioram (1888*18*8) est la pies w lumineuse qui ait été publiée, puisqu'elle n'a pas moins de neuf votâmes in8*. Mais té n'est pas M meilleure. Au commeaoBmeiht du XVIII* siècle le docteur Maftanasim (St-Hyadnthe) *t paraître un gros volume intitulé: le Chef+çTtouvrtiFtmituxmnui Le teste se composait d'une chanson vulgaire et insignifiante en quatre couplets. Le rest*du volume contenait les commentaires sur cette chanson, que Ton proposait i l'admiration générale. Le commencement de chaque noto se rapportait au texte, mais la commentateur s'échappait bieat»t par la tant gente et se perdait en d'insipides bavardages, L^ dition variormm de Rabelais rappelle le €Kef-#<auvr* cTun mammu par- ses bavardages et ses inuti* fités.
Le commentaire est divisé en deux parties; Lai première ai pour but d'expliquer le texte et 'l'on1 y trouve des: rensdgaemente envieux,* la seconde fr la prétention d'étae historique Elle a dû coûter beau* eoey de peine à l'aateur, mais le lecteur ne peut lui savoir gré de cette peine. M: Esmangartse m» que beaucoup: d* Le Motteux — le traducteur an* glais — qui a voulu voir dans les kétee de Babeiaàe lee princes dd* atistn de NamurMf il »l«*fai-
tcm«4 raison. Mais jBriimttieitf les critiques qu'il formule poutre ce système t'appliquent tout aussi justement au aieîL IL ne persuadera à persane que le .sage- et bonPaniagtwQ puisse figurer HentiLIU qm «'était taii hM ni angle ; que Panurge est le cardinal de Lorraine, avec lequel il n'a aucun rapport; que Tiraqueau, l'ami si cher à Rabelais, est l'original de Bridoye ; que le marchand de moutons qui se noie avectson troupegu^est Calvin 1<l réformateur; que le voyage à l'oracle de la Dive Boa'* teille n'est qu'une allégorie sur la manière de préparer le vin, été., etc. Non* «rasas* >déjà dit qu'on a appelé ce commentaire une Y^ritabte .hallucinatkmle.mot Ji'aet pas trop fort..
Le dernier volume est rempli pajr les Songes dro* i#tiqu&p dont noua avouai fd^jk parié. < •
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Quelques uns des articles inafaé&dpiis les remette périodique» .- à propos decpeiédftions méritent tfê* ttt signalés* . 1 ..v m ::. v •
Lee articles de bBmMMtyèk&âàfmq !8S3etS-, spfttd'Eusèbe^alverJte; Ils «ont ^u nombre.de huit, il est Regrettable qu'on ne les ait pas réunis e* brochure. If point de vue A» ïwattut est excellent Rabelais est pour lju nonrtïfeuiement un admiifcble écrivain*, m waMn* inimiâ^*ie dai» Vart de sontefr^t de Jancw, te trait épi^amnatique Sf mais etaf nu profond pensMR, lei-ph», iancim et te pi» gai <fes pbiloeopheâ/ frwD^ais, Ib ai dtaftéi -la folie pour>iatei**ète I la-sagesse fcarcè qu'il» ia> senti que Mais loA il4»sfei^tpaÉ)éaiutéiiii/o r ■
Xî«|teutmi«yine ^es; artidas {ÈMétvdiJnfl &
XIX9 SIÈCLE. CftlBIM. ST-MÀBC GIHAHDIN. 547
Bêviêê fnmçatàe (mai 1828) regrette que Rabelais ait été obligé par les circonstance* de prendre le masque de la folie.
En agissant ainsi , «le philosophe de Meudon a donné moins d'autorité à ses leçons et a fait, quant aux apparences du moins, plutôt un Kvre d'amusement qu'on livre 4e pkitosophie.» Le critique, reproche aussi à Rabelais d'âvoitf pris trop de plaisir à critiquer et de n'avoir pas ressenti pour le genre humain cette sympathie mêlée de respect, sans laquelle on ne saurait réussir A l'instruire ni à l'améliorer.
Il regrette d'autant plus cette nécessité où s'est trouvé Rabelais que personne de son temps «n'avait comme, lui la faculté de s'élever par la raison au dessus des préjugés d'une civilisation en dé* fckdemee pour percer dans celle qui allait suivre et en deviner l'esprit et les découvertes;— qu'il n'est personne qui ait porté sur les institutions contemporaines, plus de ces jugements que la postérité confirme et s'approprie.» Il cite, en s'y associant, le sentiment d'un des hommes les plus capables d'apprécier Rabelais, qui n'a pas craint de dire que le philosophe de Meudon pouvait être regardé comme lé plus profond des écrivains des tefflps modernes — avec Erasme et Voltaire, — qui n'ont été ni aussi profonds ni aussi spirituels que lui.
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- dette même année. (1828), un concours ouvert par l'Académie 'sur la PoéBi*fran$ai8e au XYI<*ti&ctey appela aussi Fattèntion sur Rabelais. Trois critiques célèbres répondirent^ l'appel: Le pmfat par
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548 LA BÉraWkTIO» DX BAIWtUSw
t*gé eaire St-Maw Gimrdfai et Phitàèè* Chaalca, Ste-Beuve arriva trop tard.
Les trois concurrents sont d'accord sur Wmportance du rôle de Babelaû m XVIV siècle» mais les points de vue sont dtffirents.
Philarète Gbasles admire la raison profcade dm curé deMeudon, mais il se le représente comme on fou cynique qui s'est mis à la tète d'une baccha* nale.
Le voyee-vous, nous dit-il, monté sur lia chariot dont la tome rappelle le ente de nos vendanges;, revêtu du froc, l'cad aviné, appuyé sur les faciles compagnes de ses plaisirs, S suspend à sa marotte la couronne des rois, le rabat du prêtre, le cordon du moine et Pécritoire des pédants ... Il passe devant les palais et les auberges, se moquant avec une égale licence des monarques et des paysans du fias» Poitou, confondait la carte 4e l'Europe avec asile de la Towraine, raillant à la fois le vainqueur de Marignan» celui de Pavie et le tavernier de son village. Dans son incroyable insolence, le curé Rabelais nargue les moines, les capucins, les évégots, les cardiiigots-et le pape loi-même et les mystères dé la raHgiott.-Le bûcher qui dératé Servet prêchant l'unité de Dieu, s'éteint pour cet homme qui, de toutes les puissances du ciel et de la terre, ne respecta jamais quels dire bouteille et sa quintessence sacrée.
Ainsi, le critique» tout en reconnaissent la puissante inspiration de Rabelais, ne voit en lui qne le railleur, le moqueur impitoyable des travers de son temps, en violente reptation contre le moyen tfe, et il accepte la légende mise en circulation par Bonsard et le P. Garasse* Fhilfcrète Chastes est revenu pins tard sur es premier' jugement en radoucissant, mata, sans le désavouer complètement Onipent lire à cm sujet, dans, ses, JEftràtt sur Shakeêpeare, u*e copnparaiaon quneuse entre ceux qu'il appelle
XIX* ftifcCLI. stmiwvi. Mt
les trois moines beiffone du ÏVP sifccle; Rafcetts, Folesgo et Panglais Skeleton.
St~Mere Ôirardin parie plut respectueusement de la personne de Rabelais; il en Mk un observateur, un contempistear, un réformateur
Dam l'éducation t 0 conseille, 11 fuit déjà ce tyie sens essayons encore de mise. In législation, il proslame le partage égal des successions avant la révolution te 80; la procédure simple et facile devant les tribunaux, Pantagruel la trouve et la pratique, tandis que notre éode ne nous la donne «sem *rtmettiè. •
Sbfrarc Girafdin termine ainsi son appréciation :
iftategml arrive em*i] A ftnele de te Dise Bontoilk. IA est mie ieamide fantastique, se» «euiafrarlee buveurs» goût des vins qu'As s'imaginent boire..* Disse» 1a,fltoèelâia tes» semble nn peu à cette merveilleuse fontaine. Les poètes trouveront à son litre le goût de la £oésfe; les Satiriques le goût de la satire; les merrnlaiii «Èront ojue c'est de la bonne philosophie et les orateurs qae c'est fartas l'éwpum noble et élevée. Chacun enfin rencontrera son point de vue dans ce singulier outrage; fld ftit a loi seul une littérature entière.»
Le jugement des trois critiquée 4» 4838 montre le Jinftesee de cette ebserr&tien: St-Mirc Glrardin, esprit obsemtew» moraliste avant tout, voit surtout dans Rabelais le côté réformateur. Philarète Chastes, érudît 'teste et strpërfidel, apercevant beaucoup de choses et Aidées à la fois et n'en approfondissent aucune, habitué a Voir te spectacle du monde et iie l'histoire comme un montant caléldoscope, — s'est plu à regarder dans Rabelais le fourmillement dé* idées, des pettontages, des événements et n'a rien cherché de plus. Ste-Beuve, qui se plaît au? aaelpses déliées, an soutes tortueuse* , l\