MO LÀ BÉCTTATION DU RABELAIS
teuf minutieux et subtil, mais sceptique en somme et sans conviction arrêtée, v* tourner autour de Rabelais, saisissant $à et là avec finesse quelçoes-nns de «es traita sans parvenir à se faire de loi une idée bien précise, il est reroenu A plogktyra reprises sur Rabelais, ut toujours l'image du «bouffon sublime» est restée pour lui flottante et indéterminée. Dans son Tableau duXVP siècle il caractérise ainsi le livre dé Rabelais: .
«Une œuvre inouïe, mêlée de science, d'obscénité, de omfe que, d'éloquence et de fantaisie, qui rappelle tout sans être comparable à rten, qui 'i dus saisit et tous déconcerte, vous enivre et tous -dégoûte, et tout on peut, après (s'y êtte -beaucoup plu et Tar*ir beaucoup -adjaM** «e demander eérfeusi* ment si on Ha comprise.»
Citons encore une observation du même critique: «La PftgaéQ n'a*. pas. trép de toute* set variantes* dit-il lni-mé**, pomt définir leProtée» :
«En étudiant les compositions de Babelais, écrit Delécluze, on devient chagrin comme lorsque l'on voit une belle personne dont le visage commence A être envahi par une dartre vive.» Pour moi la dartre ne me frappe pas ; j'y verrais plutôt une belle Jqmme très Wen portante qui rfenhrpe et qui dans l'ivresse dit et fait toutes chose*. Le caractère nn£ar*J. et trop naturel domine partout dans le livre, même dans les parties cyniques (Poésie française au XVJ* siècU, p. 275).
M. Francisque Michel n'a, pas de ces. hésitations* Dans une nptice placée entête d'un Rftïelais, analysé (1830), il nous ressente Je jbil^ophp de Meij; don écrivant son livre dans, un accès d'indigna^fop. contre son sièclçV ,
L'indignation qui s'exprime par les deux extrêmes ja langage, comme le désespoir, sç cache chez lui sous le voile d'une plaisanterie amèrc, reparaît quelquefois cependant sousla plue simple *c&mtoù> bu'pte'JttettÉUet'tolebe et
XIX#;SlfcCLB. XKS AMIS. 55t
la ^ace.àla.qi^^df 4» riM^orn^ de bien,, wi dicte j^lon4« discours de Gran4gousier, les lettres de Gargantua £ son fils, et énonce des maximes d'une admirable politique'., En un mot, Rabelais fui, selon- môi^ un nomme grave et de" mœurs très sévères! •*• ■ • . .' "• M •' • •':*«
Nous voijàbien loin de Philarète Châles .ét,^ sa bacchanale. Mais îtf. Francisque Michel va trop loin dans le sens opposé. Que Rabelais ait été un hmfato grave wtim* watmpMaat; comme Molière, c'est ce dont on ûe peut dotiter quand on a Irç attentivement^ soa livre;, qu'il' se soit Indigné par,:fois; noua en anrow.la preuve .dans ses profegooM mai» -ce n'était jpas Yétat habitué! de «w taie: II* jugeait de haut les/fWiès de ses contemporains, et s'en amusait. H y a cW lui plus de sympathique ooppassioa q^ t de, cplèjr^; C'est Pantagruel, si l'on.Yeut^ nuis Hùn ladite oa Jttvésal.
M. Lenient {IwStàte <M France OU XVI9 rifcfe; 1866, p. 61) raille très agréablement cette prétention de faire de Rabelais une sorte de Juvénal.
Depuis [quelque temps, dit-îli Rabelais a subi un. nouveau genre de travestissement.' tàr un' sort commun à beaucoup dé grands hommes1 <éW notre1 temps, il a tourné au 'mélancolique: Le joyeux curé de Mèndbd eflt'dewnu sons la» plume de oe*< tains critiques un grave philanthrope, un vertueux apôtre fin rfre, Qui consentit à se faire bouffon, comme saint Vincent de Paul se fit un moment forçat par amour de l'humanité. Quelle1 que soit notre sympathie pont Rabelais, nous croyons qn'fi eût décliné nn tel éloge: H1 était non. sans doute, mais non au point de sHmporferrenntiî derîre et d*extravagner par charité philosophique, sï. n'y1 eût trouvé aussi son compte et sort agrément. . . Hô,mmê'4e libre étude et de libre plaisir, Rabeîaîtf est avant tout ¥ ennemi de ce qui le gêne. " Q
A partir de» 1^80,Rttb^ftte" est géttènlêmû&t &keè au rang des grands génies* .Nom ne cftwrç»*{>las,
888 LÀ lÉPUTlîION DE BABflLAIS.
entre toi appréciations gui ont été latte» de ses écrits, que ée qui nouB semblera cajactériBtiftue.
BaJzacJerouwûder,voUenfRab0l&w<wplusgraacl esprit de l'humanité moderne. Il résume en lni Pythagore, Hippocrate, Aristophane et Dante,* (Pensées.)
Victor Sugo compare aussi Rabelais à Aristophane, mais pour le mettre au-dessus.
.... - Aristophane a trouvé plus «rand que loi. Aristethas* est méchant, Rabelais eat bon. Rabotais défendrait Socraie. Dans Tordre des hauts génies, Rabelais suit chronologiquement Dante ; après le front sévère, la face ricanante. Rabelân^c'estleinasque formidable de la comédie antiqae détaché 4a praseeiuam mec, de bran** fait chair, déâétaUif visage- humain et vivant, resté énorme, et venant rire de nous, chez nous et avec nous... L'univers que Dante mettait dans Penfer, Rabelais le fait tenir dans une futaille... Cervantes est aussi une des tomet-ée 9a moquerie épiqè*.. mail la rnSlerfc deCervantés n'a rien du taie rt*si rateWsfen-O'a^maebdteiiuiamir de sWtâfaimmaaiKièa oet* j*W* cptf '.
**•'..-..■, On se tromperait fort cependant en pensant qu'il y îi accord dans l'éloge. C'est ic{ le cas de citer les aBprécifttiûns de M. Bunu«r et d* bwarône, dont sms Afttas dit un met an déènft:
Dés le premier pas. dit M. Bumier, je rencontre na auteur qu'aucune femme ne lira et dont j'ai mime itésité à tracer le nom.3ouffon jusqu'à Pextmva£anGBj obscène à dégoûter les moins délicats, Je curé de tteudon n'a *tan à faire ici. .. Je veu* bien que, dans l'éducation de son Ûarfanjua, Rabelais ait eu l'intention de satiriser les habitudes soolastiques de son temps (I48S46M); mais il n'est pas sûr qu'il ne se moque encore de ce qu'il propose à ta place,. - T eût-il bailleurs quelques perles dans cet égoût, je ne saurais conseiller à personne de le faniUer pour les y BaosjsQHr.iJe <n'rai mohiôme rc-
. >BMmp*+t, | XII et -XIII.
XXX* SIÈCLB. M8 ttUBUDB* M8
gardé que eTafse* Mb, persuade Que s'il y «Mit là Quelque oajet dû saleur, je le retrouverais pins tard, et, présenté par des mains moins impures ••
JScoutons maintenant Lamartine. Les lignes suivantes sont «xirai tes du Cwrs familier fa littérature- (Entretien xvui, §7).
•Nous ne nattons pas id de Rabelais, le gfeie ordurier du cynisme, le scandale de l'oreille, de l'esprit, du cœur, du goût, le champignon vénéneux et fétide, né du fumier du dot" tre du moyen âge, le pourceau grognant lie la Gaule, non le pourceau du troupeau d'Epîcure, comme oit Horace, maïs le pourceau des moines défroqués, se délectant dans sa bauge immonde et faisant rejaillir avec délices les édaboussures de sa lie sur le visage, sur les mœurs et sur la langue de son siècle. Rabelais» selon nous» ne .représente pas la plaisir, mais l'ordure : il enivre, mais il est infectant. La jeune école du réalisme qui s'évertue aujourd'hui à le réhabiliter ne parviendra qtft se salir l'imagination sans parvenir à le laver.... Babe* lâés a qurtouetoii une folle irreste 4111 ifsit qu'on se récrie dfedisJsetiMi sur la sordide fécondité de la langée, j'en conviens, mais c'est un ivrogne de verve.
Lamartine avait-il lu en effet Rabelais? JBn <g 6néral il lient mmz pou les outragea d autrui. Il est prtrtmWe cependant quH aura ouvert le livre et que, rebuté par quelques-unes de ces phrases que Bâte* leis lançait pour rébattement 4'un certain public quand il av^ quelque grande «odace à ee faire pardonner, le grand poète aura fermé le KvW Jà-deeeae et n'aura pas été pins loin. Par la nature! de son esprit, Lamartine ne pouvait comprendre ni Rabelais ni La Fontaine; le caractère de ses œuvres étant donné, sa «ortie n'a pas droit devons surprendre.
Les historiens purement religieux m ftodaux ne sont pas non pins favorables à Rabelais. L'italien
* JSBttowv littéraire de Téàueatio* mordkettàigieute, I, p. 41s, 48.
Jfffti Là. RÉPUTATION DE *ÀBBJ,àlS.
Ganta, par exemple, dans le livre XV«ide son Bi* ibwe universelle y consacre à Rabelais pltirfeurs pâ-* ges, dans lesquelles il l'accuse d'extravagance, d'im-' piété, d outrages & la reHgicm, à réélise; il voit dans le récit d'Epistémon la preuve qu'il ne croit flaé à la vie future, et lui reproche de tourner lé mariage en ridicule; fl le rend presque responsable des guerres de religion:
Rabelais, ajoute-tàl, est le bouffon de la réforme dont Luther est le héros ; or les effets ne tardèrent pas à suivre^ et les plaisanteries finirent par du sang.
xxn.
Quoique plaeft en dehors de toute opinion religieuse, Louis Blanc formule' des réservés contre Rabelais. Il trouve desparties excellentes dans son lit. vre et il lea énamàrç, mais il auapecte sas intentions,. et il prends» pied de la lettre l'Oracle Trinfœ4*i& Dive Bouteille.
- Quand la satire dis Btisfres «oéiaiet se présente 4fos: le livre de Rabelais il apnbte qua <sa mt nim&emm* da .droit qu'a la satire de ttouw place dans toute orgie, jûn ae prend, à mettre en doute la sincérité de la dagesse, à la. voir en ai mauvais lieu; on tremble aussitôt que Rabelais devient grave; que ce ne toit encore par moquerie ; on croit l'entendre ca** cbMentae son oMmev rira de l'ingépuité dacra iqui rtvfc- «eut 4# l'aflmîrej. {BitMfre de la révolution française*. I.)
Tous *s: calvinistes ne partagent pas, il a» fautv r^ntipathiedellSurnier. Fr.Guiaot , était aussi ^a protestait convaincu» Date l'ouvrage auquel il tran vaillait quelques jours encore avant da .mourir, il pwckune Babeiais d'éciivaîa.to plua.fOri«iiild et île pluséminentde larenaiséâace, k vérjtaMe iacamar tion de l'époque.»
La vie et le livre de Rabelais", dit-il, sont une image vrai*
« xti* siÈciB. ÊtoofeiPRiEs* Ht
et vive de la fertoeritatton morale et sociale de son temps. Temps è/la fois d'innovation et de résistance, de corruption et de régénération* de décadence;et -de renaissance, criée profoftée d'une société farte * compliquée, jusque là livré* aux caprices, aux hasards, de la force, maie ioteUectuetteiaent très vivante et très ambitieuse, travaillée du double besoin, de se réformer et de se régler et qui tenta en efifet an XVI9 siècle une réforme k là fois Mfgîeus* et politique 4orit le bot,; manqué h cette frotte» est encore an fcmd; de .towfcsncsfi épreuves et de tous nos efforts. (Histoire de France rafiontie, à mes petits enfants, HI,p.l£8.} r "
Delécluze, qui juge si fayqrrt^peut le siyjç d* Ifoi* bêlais, est beaucoup moins sympathique à ses idées ; il le trouve, sans tendresse, sans entrailles , '. ... ,,
ÏUbeiai* ne varta que 1* santé, la forée et. le pWain St* joie est humiliante \ 1* exalté de sw expressions, iirite*ia%*iète< Il semble prendre plaisir k ndneoi ^détruire les iwttotioas, de tonte espèce. Pans son. livre, qn enttir* l'esprit, oa exerce, la corps, mais Ja moralité, o<i est^Il^? . .. L'impression q«ev laisse, 494 livre; esV^égespânnte.