‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 31 sur 157 · III. PÀNTA6BU1L» — LES VOYAGES MERVEILLEUX · texte numérisé non relu

III. PÀNTA6BU1L» — LES VOYAGES MERVEILLEUX

pieds flottent dans l'eau, leur ferme le passage. Us sont obligés de hisser leur navire par dessus cette forêt; mais ils n'évitent ce danger que pour en courir un autre. Ils arrivent sur le bord d'un gouffre où les eaux sont coupées à pic; heureusement il y a un pont aquatique au dessus de l'abîme, ils en profitent, et parviennent à franchir l'obstacle.

Ils rencontrent ensuite le pays des Bucépkales ; ils passent dans une contrée où les hommes deviennent bateaux en.se couchant sur le dos, puis dans une autre où une foule de femmes charmantes leur font accueil et les emmènent chez elles ; mais ces femmes ont des pieds d'âne et dévorent les voyageurs imprudents; heureusement l'auteur s'en aperçoit i temps, il avertit ses compagnons, et pas un ne tombe dans le piège. Cette aventure termine le second livre.

L'auteur en promet un troisième. Mais il est peu probable qu'il l'ait jamais écrit Une plaisanterie de ce genre ne pourrait être prolongée indéfiniment, car nous avons affaire ici à une plaisanterie pure et sans arrière-pensée; il n'y a pas d'idée mystérieuse ou allégorique à chercher sous cette succession de fûts impossibles. L'autear, qui marchait au hasard et sans se diriger vers un but déterminé, a pu s'arrêter où il l'a jugé à propos.

xvn.

U n'en est pas de même de St Brandau ou Brandaines. Celui-ci avait un but Lucien avait rencontré par hasard en son chemin l'Ile des Heureux. St Brandainetf part tout exprès pour la chercher. Cette

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île était depuis longtemps fameuse, sou* des noms différents i la vérité. Les Argonautes la rencontrèrent en revenant de leur expédition, si nous en croyons le Pseudo- Orphée, auteur d'une Argonautique qui remonte au second ou au premier siècle avant J.-C.

Le Pseudo-Orphée fait suivre un assez singulier chemin aux Argonautes, une fois maîtres de la Toi* . son d'or, pour revenir dans leur pays. An lieu de se diriger an sud-ouest vers la mer Egée , ils naviguent au nord-ouest et après avoir traversé plusieurs détroits, ils arrivent dans la mer Hyperboréenne, appelée aussi mer Paressense.

Lorsqu'approeha la sixième aurore, apportant la lumière aux hommes , nom arrivâmes auprès d'une opulente nation, les Macrobiens, qui vivent de longneB années ; leur existence est de douze mille mois sans souffrance; quand approche le dernier mois, la mort leur vient dans un doux sommeil. Ils ne sont jamais inquiets de leur nourriture ou des choses dont s'occupent les hommes ; ils se nourissent d'hottes emmiellées, qu'ils trouvent au milieu des pâturages; ils ont pour boisson divine une rosée, délicieuse comme l'ambroisie; c'est ainsi qu'ils vivent dans une jeunesse éternelle et florissante. Une charmante sérénité brille toujours dans les yeux des fils comme des pères, leur esprit est calme et tranquille pour faire les choses justes et dire des paroles prudentes. C'est ainsi que nous traversâmes ce rivage au milieu d'un grand nombre d'hommes*

Lite des Macrobiens est 111e de la longue vie. Rabelais nous conduira bientôt à l'Ile des Macréons où les êtres supérieurs passent les dernières années de leur longue existence.

Ni YArgonautique grecque d'Àpollonins de Rhodes, ni YArgonautiqHe latine de Valerius Flaccus, postérieures à la précédente, ne font mention de cette lie des Macrobiens. Mais le moyenne s'enpréoc*

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cupe singulièrement et maint voyage est entrepris pour découvrir cette terre, que l'on confond avec le paradis terrestre. Les uns la cherchent en Asie, dans l'Arménie, où Ton prétendait que les débris de l'arche de Noé avaient été conservés — i Ceylan,où Ton avait vu l'empreinte du pied d'Adam; d'autres espéraient la trouver en Afrique, dans le pays du fabuleux prêtre Jean. Le poème allemand consacré aux exploits d'Alexandre-le-Grand fait voyager le héros macédonien jusqu'au pied de la grande muraille qui enceint le paradis terrestre, mais il ne peut s'en faire ouvrir la porte. VAlexandriade française se contente de faire voyager Alexandre jusqu'aux colonnes d'Hercule par de vastes et mystérieux déserts, semés de prodiges, où il rencontre entre autres Lucifer enchaîné à l'entrée d'un vallon, la fontaine de Résurrection qui rend une fois par an la vie à un être animé, la fontaine de Jouvence qui rend la jeunesse aux vieillards, la fontaine d'Immortalité où Alexandre est joué par un de ses soldats, — mais il n'est pas question du paradis terrestre.

Le paradis terrestre, au contraire, est le but du voyage des trois moines grecs, Théophile, Sergius et Hyginus, qui marchent à l'Orient dans l'espoir d'arriver à l'endroit où le ciel se joint à la terre; car c'était là, pensaient-ils, que devait être le berceau du genre humain. Ils voyagent longtemps à travers des déserts tristes et sans verdure. Un cerf, puis une colombe leur servent de guide jusqu'à ta colonne élevée par Alexandre pour marquer la limite de ses exploits. Ils côtoient ensuite un grand lac de soufre, où nagent des serpents et au-dessus duquel émergent des figuiers remplis d'oiseaux à voix bu-

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maiiie, qui crient : Pitié! Pitié 1 tandis qu'âne autre voix qui les domine annonce que c'ert là le lieu des châtiments. Une contrée délicieuse vient ensuite, toute parfumée, toute couverte de fleurs, parcourue par des ruisseaux de lait, et ornée d'églises aux colonnes de cristal Us finissent par arriver à la grotte d'un ermite, St Macaire Romain. Il était venu aussi pour visiter le Paradis terrestre, mais il a été arrêté par l'épée du chérubin commis à la garde du jardin de délices. Depuis cent ans il attend dans cette grotte le jour où Ton daignera lui ouvrir la porte. Les trois moines, voyant l'inutilité de leur entreprise, se décident à retourner dans leur couvent. St Macaire Romain figure dans les fresques du Campo Santo de Pise, et Rabelais le nommera plus tard.

Les trois moines supposaient le paradis terrestre à l'Orient, mais la plupart des chercheurs espéraient le trouver à l'Occident, dans la direction des lies Fortunées, de l'Atlantide de Platon. Colomb luimême espérait bien le rencontrer, et quand il explora le pays, qui, de son nom, s'appelle aujourd'hui la Colombie, il crut, en voyant l'Orénoque, avoir affaire à l'un des fleuves qui coulaient de l'Eden. Peu à peu cependant ce paradis terrestre se transforma dans les imaginations, sans cesser d'être une contrée mystérieuse. Ce fut le pays 4e l'or, l'Eldorado toujours cherché, toujours introuvable» où Voltaire fait voyager son Candide '.

Le voyage de St Brandaines au paradis terrestre, ou à la terre de Promission, est une véritable Odyssée monacale, et Dante s'en est inspiré auBsi bien

1 Candide, ch. XVII.

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