‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 62 sur 157 · SOU · texte numérisé non relu

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Cette plaisanterie — quin'était pas neuve au temps . de Rabelais — a été souvent reproduite depuis. Nous n'en citerons qu'on exemple, l'épitaphe de Marot par Jodelle, calquée sur celle de Virgile :

Maatua me tenait, Calafari xapuern : taaet naos, Parthenope. Gecini paacua, nia» duces;

mais coupés comme les réponses de Cotiral : Quarcy •— la cour - le Piémont — l'Uafrfts Me fit— -me tint - m'enterra — me connut.

— Et quels gens avez-voas là sur le tillac ? demande Rabelais. — Toutes sortes de gens qui tiennent de la Quinte : musiciens, poètes, astrologues, rimasseurs, géomaneiens, alchimistes, horlogers [inventeurs d'horloges compliquées] ; tans rapportent de la Quinte belles et amples lettres d'avertissement [des diplômes].

Panurge lui dit: Vous qui faites tout jusqu'au

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beau temps et petits enfants, pourquoi ne nous reti* rez-vous pas d'ici ? — Volontiers, dit Cotiral.

Les amis de la Quinte aiment à faire du bruit et à attirer l'attention sur eux-mêmes; ceux-ci avaient à leur bord force tambours. Cotiral en fit défoncer un certain nombre. On les attacha au navire échoué au dessous de la Ijgne de flottaison, et comme ils étaient maintenus sur l'eau par leur légèreté, ils soulevèrent peu à peu le navire et le mirent en état de poursuivre sa route. C'est le moyen qu'on emploie encore aujourd'hui pour relever un navire échoué, excepté qu'au lieu de tambours, on se sert de tonneaux vides. Seulement on se demande pourquoi Cotiral fit crever les tambours, ils n'en étaient pas plus légers et, étant défoncés , ils avaient l'inconvénient de pouvoir se remplir d'eau par suite de l'agitation des vagues et de devenir ainsi tout à {ait inutiles.

Pour remercier ses sauveteurs, Pantagiuel fit remplir leurs tambours défoncés d'andouilles et des saucisses. On allait aussi leur donner du vin, mais deux cétacés souffleurs, qui survinrent, leur jetèrent plus d'eau que n'en contient la Vienne de Chinon à Saumur et les forcèrent de s'éloigner.

Nous ne saurions reconnaître Rabelais dans cette partie du récit. A toute force, on pourrait lui laisser le chapitre sur l'Ile d'Outre, bien que ce ne soit pas. du Rabelais des bons jours, mais pour les incidents qui suivent, il est impossible d'admettre que, même en ses heures de défaillance, il n'eût pas tiré meilleur parti d'une situation où sa verve avait si beau jeu pour s'égayer. On ne retrouve dans ces pages ni sa pensée ni son style.

Voici ce qui nous semble probable. Rabelais qui il 16

&42 LIVBE V.— VOTAOB 1 L'OBACLE DE LA DIVE BOUTEILLE.

a placé une tempête à rentrée du monde des querelles religieuses, a songé à en placer une égale* ment à l'entrée du inonde des querellés philosophiques. Mais comment naissent les tempêtes dans Homère et dans Virgile? Les vents s'échappent des outres dans lesquelles Éole les tient renfermés. L'idée de tempête a naturellement rappelé ridée des outres d'où elle sort. Mais les systèmes philosophiques ambitieux ont été aussi comparés à des outres pleines de vent. Voilà un rapprochement tout trouvé. Les voyageurs n'ont qu'à passer par le pays des Outres symbolisant les systèmes philosophiques, quelqu'un crèvera ces Outres, Panurge par exemple, l'ennemi juré de la Métaphysique; il courra un danger à ce propos — de là l'indication : «Comment Panurge faillit être tué.» Les systèmes philosophiques ennemis , une fois déchaînés , engageront la lutte, il en résultera une tempête, une tempête terrrible , qui aura pour effet de jeter les navires à la côte. Des amis de la philosophie les relèveront et ils pourront entrer à toutes voiles dans le port de la Métaphysique ou de la Quintessence. Ce plan est si simple et si naturel qu'il a dû venir à l'esprit de Rabelais. Mais Rabelais sera mort sans l'avoir mis à exécution. Après son décès, on aura trouvé les points de repère qu'il s'était tracés : «le pays d'Outre, tempête, naufrage, remise à flot.» L'arrangeur, qui n'avait pas été initié à la pensée de l'auteur, aura cherché à remplir ce programme; il se sera tiré assez convenablement d'affaire pour le pays d'Outre, tout en faussant la pensée originale; ne sachant comment expliquer le danger de Panurge, il l'aura passé bous silence; mais il vira

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essayé de raconter la tempête et n'aura trouvé que le piètre récit que nous tenons d'abréger.

Cette supposition expliquerait tout : le manque de suite entre les idées, la seconde et hjutile protestation contre la goinfrerie, la faiblesse du style, la fadeur des plaisanteries, la marche incertaine de la narration et jusqu'à Pindication placée en tête du chapitre XVII, et que rien ne vient justifier.

Mais ce n'est là qu'une supposition, il faut en convenir. Au reste, qu'elle soit fondée ou non, cela n'entame en rien l'explication générale que nous proposons de Touvrage. Ce n'est qu'un petit détail qui se perd dans l'ensemble.

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