‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 64 sur 157 · ENCORE LES MOUES · texte numérisé non relu

ENCORE LES MOUES

donner, d'après PobBgation qu'on leur imposait de fredonner des psaumes.

L'auteur s'est proposé dans ce chapitre détourner en ridicule nombre d'observances imposées dans les cloîtres sans utilité pour les nomes ni pour les autres.

En vertu de leurs statuts, ils étaient habillés en brû* leurs de maisons ; ils portaient souliers ronds comme bassins ; ils avoieiit la barbe rase et les cheveux aussi depuis le sommet de la tête jusqu'aux omoplates. A la ceinture ils portoient en guise de patenostré, chacun un rasoir tranchant, qu'ils émoulaient deux fois par jour et qu'ils affilaient trois fois la nuit. Leur capuchon était attaché devant et non derrière, et ite avaient toujours patente la partie postérieure de la tête, comme nous avons le visage, si bien qu'ils pouvaient aller également en avant et en arrière.

Quand le soir arrivait, ils se bottaient et épéronnaient les uns les autres, mettaient leurs besicles et s'endormaient ainsi, afin d'être toujours prêts à se présenter au jugement dernier, si la trompette de l'ange se faisait entendre.

Midi sonnant , ils s'éveillaient et se débitaient ; crachait qui voulait , éternnait qui Voulait. Mais tous, par statut rigoureux amplement et copieusement btilaieet et déjeunaient de bailer [batUe?]* Leurs bottes et éperons mis sur an râtelier , ils descendaient aux cloîtres, se lavaient soigneusement les mains et la bouche , s'asseyaient sur un long siège et se euraient les dents jusqu'à ce que le prieur fit signe en sifflant ; lors chacun ouvrait la bouche tant, qu'il pouvait, et ils battaient aucunes fois une demi-heure, aucunes fois plus, aucunes fois moins, selon que le prieur jugeait le déjeuner proportionné h la fête du jour; après cela, ils faisaient une belle procession, en laquelle ils portaient deux bannières en l'une desquelles était ea belle peinture le portrait de Vertu, en Pratre de Fortune.

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Mali la Fortune avait le pas sur la Vertu.

Pendant le temps qui restait & ceux-ci après les prière» et les repos, ii s'exerçaient à l'œuvre déshérité en attendant le jugement final; le dimanche, se peiaudut l'un l'autre; le lundi, sfantrenazardant; le mardi, tfentrégraUgoaot; le mercredi, g'entremoucbant; le jendi, s'entretirant les yen du nez; le vendredi s'enireefeeteuiUant ; le samedi, s'eatrefouettant, etc.

Telle était letir diète quand Us étaient au couvent; mais s'ils en sortaient, quand ils étaient sur l'eau, ila ne (levaient pas manger de poisson, et quand ils étaient suc la terre, ils ne devaient pas manger de viande , afin qu'il fit bien entendu qu'ils ne se laissaient pas gouverner par les circonstances extérieures.

Fenwrge interroge ensuite un des moines, qu'il appelle Frnter fredon, fredon, fredondille. I* règle .près* crit au «raine le silence * et il ne répond que par monosyllabes, lia conversation , que Voltaire a copiée quelque part, n'en est pas plus édifiante.

Epistémon revient à ce propos sur la question du carême. Si Ton voulait le supprimer, dit-il, les médecins s'y opposeraient,

Car sans le caresme serait leur art en mespris , rie* ne gafgnevoient, personne ne seroit malade. En caresme sont ton* tes maladies semées : o'est ht vraye pépinière, la »aïr>e oou* cbe de tond maux : encore ne considères «.ne ai le carême fait les corps pourrir, asesi «ait-fl les âmes enrager.

Panurge demande à un frère Esclot qui est présent, ce qu'il pense d'Epistémou :

EsMl paa hérétique ? - Ttta.

Dofril estre branlé I - Jfcit, £ft de quelle manière? -Vif.

LB TÉU0IGM0B DE8 flOXUBS. 251

Que vous semble-t-il estre ? - Fol.

Que voudriez-vous qu'il i ust ? — Ara, etc.

Notez qu'on est à table et que le frère Esclot ^ pour but principal de ne pas perdre un coup de dent.

Cette scène a été imitée dans un ancien canevas italien de Don Juan. La table est couvert^ de ipets. Le valet de don Juan, Sgaparelle, Leporello ou Ariefuin, a grande envie d'y goûter ; il dit à son maître qu'il voudrait bien souper parce qu une femme l'attend, une très jolie veuve. Don Juan prend feu li« dessus, il fait mettre Arlequin à table pour Jui adresser plus commodément des questions. Mais Arlequin n'est guère disposé à une longue conversation. U ne répond que par monosyllabes et finit par s'étouffer.

Don Juan. De quelle taille est cette jeune veuve ? Arlequin. Courte.

- Commefnt se nomme -t-elle ? - Anne.

- A-t-elle père et mère ? - Oui

- Tu dis qu'elle t'aime? - Fort

- Combien a-t-elle d'années ? - Vingt.

- En quel endroit la verrons?

Arlequin s'engoua - Oh, vous parlez trop aussi. Que diable, on ne sait pas ce que l'on mange. L'endroit que vous me demandez me ferait perdre six bouc bées. *

vn.

11 ne nous reste plus qu'une station avant d'arriver à Poracle de la Dive Bouteille, c'est celte du pays de Satin. C'est un pays déliciew, où Ton voit au naturel toutes sortes de merveilles noa naturelles* tentée sortes d'aaimau qui n'ont jamais existé que dans les livres et les légendes: des licornes, des rémoras, capables d'arrêter un navire en mer, des hy-

1 fefltaw.Del'aitdftlaeDmédMt 178S, 2 wL fcS>, T.U,

352 liITBE Y. - VOYAGE A b'OAACLB DB LA DITE BOUTEILLE.

(1res à sept têtes, le bélier i toison d'or de Jason, la peau de l'âne d'Apulée, plusieurs phénix, bieu que la tradition prétende qu'il n'en existe jamais qu'un à la fois, etc., etc. H est vrai que tout cela n'était pas virant, mais en peinture. Le pays de Satin est le pays des menteries, des mensonges imprimés et des légendes trompeuses. C'est dans ce pays que demeure un personnage qui à joué un grand rôle dans le monde : le père de l'histoire, le narrateur du vrai et du faux: Ouy-Dire. Rabelais nous en trace un portrait piquant :

Gerehans donc par ledit pays si viandes aucunes trouverions, entendismes un bruit strident et divan, comme si frasant femmes lavant la buée ou traquets de moulina da Baaacle lez Tolose j sans plus séjourner, nous transportasses au lieu où c'estoit, et vismes un petit vieillard bossu, contrefait et monstrueux, on le nommait Ouy-dire : il avoit la gueule fendue jusques aux oreilles, et dedans la gueule sept langues, et chaque langue fendue en sept parties ; quoy que ce fust, de toutes sept ensemblement parloit divers propos et langages divers : avoit aussi parmy la teste et le reste du corps autant d'oreilles comme jadis eut Argus d'yeux; au reste estoit aveugle et paralytique des jambes. Autour de luy je vis nombre innumerable d'hommes et de femmes escoutans et attentifs, et en recognus aucuns parmi la trouppe faisans bon minois, d'entre lesquels un pour lors tenoit une mappemonde, et la leur exposoit sommairement par petits aphorisme*, et y devenoient clercs et sa vans en peu d'heures, ttparloient de prou de choses prodigieuses elegantement et par bonne mémoire, pour la centième partie desquelles savoir ne suffiroit la vie de l'homme : des pyramides du Nil, de Babylone, des Trogiodites, des Hymantopedes, des Btemmyes, dea Pigmées, des Canieafee, dos «ont* Hjfparhpréoa, des iEgioowea, de sons lia dtihtee, et tons par Otty-djre, Là je via» selon mon advis, Hérodote, Pline* t^olin, Berose, Philostrate, Mêla, Strabo, et tant d'antres antiques, plus Albert le jacobin grand, Pierre Tesmoing, pape Pie second, Yotatefcan,. Porto Jovio 1» initiant siOmtae,Js»q«eB Cartier, Chaiton Armenian, Marc Paule Vénitien, Ludovic Romain*

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