‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 81 sur 157 · LA POLITIQUE ET LÀ MORALE · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE ET LÀ MORALE

que profondes. Rabelais ne paraît pas avoir profité de ce moyen, et nous aurions quelque peine i nous représenter le R. P. Rabelais écoutant les péchés mignons de ses pénitentes. S'il l'avait fait, son livre en porterait la trace.

Ainsi donc Rabelais, tout en étant très libre en paroles, ne prêche pas le libertinage. Prêche-t-il d'avantage la gourmandise, prêche-t-il l'amour du vin? En apparence, oui, peut être. L'éloge du vin, l'invitation à boire reviennent à chaque instant sous sa phime, mais hors le chapitre où il nous redit les propos des buveurs, ses personnages s'enivrent-ils jamais? Pantagruel, dès qu'il n'est plus géant, est d'une grande sobriété ; il s'emporte avec une vivacité sincère contre les gastrolfttres et contre les ivrognes. S'il est un moment où les personnages sont pris d'une sorte de délire bachique et prophétisent, c'est lorsqu'ils* ont bu de l'eau de la Dive Bouteille , c'est lorsqu'ils ont découvert le mot de la destinée humaine, et cette ivresse à un caractère tout spirituel.

Partout ailleurs lorsque Rabelais provoque à boire, c'est une contenance qu'il se donne; il «'écriera bien coàmteBéfanger:

Mes tons amie, que je vous prêche à table, mais il se contentera de vous regarder boire. Les poètes buveurs ont de tout autres allures. Ecoutons plutôt Olivier Basselin, ou, si on le veut, Jean Le Houx puisqu'il parait décidément que le joyeux foulon de Vire doit passer à l'état de personnage légendaire, — répétant sur tous les tons pendant 150 pages : Il faut boire ; vidons nos tonneaux.1

1 Voir fit Dissertation placée en tête de la dernière édi-

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