LÀ PÉDAGOGIE DE BÀBELÀIS
les décrire. Pour propager son système au dehors, il imagine le premier ouvrage d'images à l'usage de l'enfance, VOrbis pictus, «le Monde peint» , où la gravure est appelée à faire connaître les objets. VOrbis pictus a été refait bien des fois depuis, les dernières éditions n'ont plus rien de commun avec celles qu'à données Coméni ou Gomenius , mais sa méthode est restée. Coméni, du reste, ne connaissait évidemment pas Rabelais.
Les Solitaires de Port-Royal, qui établirent vers le même temps que Coméni leurs petites et leurs grandes écoles, citent parfois Montaigne et le réfutent; mais ils ne semblent pas avoir lu Rabelais. Les quelques réminiscences de Pantagruel qui apparaissent dans les Pensées de Pascal, sont évidemment dues à des oui-dire, à des transmissions orales. Chez eux cependant, on applique quelques-unes de ses idées, timidement à la vérité. Ils s'occupent encore beaucoup des mots, mais ils tiennent à ce que Pé-
' lève soit en communication directe avec les choses. Oh étudie le latin chez eux, le grec surtout, mais on commence par le français — et c'est une innovation. Les premières études, après la lecture, sont l'histoire sainte, la géographie, le calcul ; les leçons
1 se font souvent en plein air et sont entremêlées de courses, de promenades, d'exercices gymnastiques, et surtout de causeries sur les litres qu'on lit et sur les choses qu'on voit. L'étude est rendue agréable ; les préceptes sont réduits à un petit nombre, et les exercices multipliés. Quant aux punitions, on les emploie aussi peu que possible.
Ce n'est pas là tout Rabelais, mais le système de P6rt*Royal s'en rapproche instinctivement. Le
LBS ÉDUCATBUES ©U ITT 1T DU XfHa SlfeCLBS, ttS
point de départ était différent cependant Rabelais croyait l'enfant naturellement bon, Port-Royal le supposait instinctivement marais; on y exagérait donc quelque pen les précaution pour empêcher le mal de naître, maiB la bienveillance des instituteurs et des institutrices, — car il y **ait des écoles pour les deux sexes. — corrigeait ce 41* la théorie pouvait avoir de trop austèfre.
Fénelon ne parait pas pins eonnalfre Rabelais que les Solitaires de Port-Royal, nrtis ooitttte e»x il s*en rapproche sur plusieurs points importants: faire étudier les choses, rendre l'étude agréable, développer surtout l'intelligence et non lu taémoire. N4is l'évéque de Cambray a puisé s« préceptes dans son intelligence, dans son expérience, *t aussi dans le traité de Et Augustin: De âotendo jtmerè*. Il en est de même des antres pédagogues qui viennent tptfts lui. Claude Fleury a étudié aussi 3t Augtatt% mis il s'inspire surtout de Platon et de Quiitilied. U est d'accord avec Rabelais sur la lémité de wndre rétade agréaWe, de feire connaître les choses avant d'enseigner les mots, A'étttfter les sdwces en môme temps que les lettres, d% niêkr léë exercices physiques aux excercices intellectuels. Mais ni Fleury, ni le jésuite Jouveney, lorsqu'il développe et commente le plan d'études des -écoles de son ordre (De ratione àimmâi et docendï), ni BoHin, Mnuqull développe avec fiant de charme et te sagesse le flan des études universitaires — où il introduit Tétude de la langue française! de l'histoire et des sciences qui s'y rattachent (Traité des Eèudes),—M songent h invoquer Rabelais, qui cependant aurait eu tant de choses à leur apprendre.
SU LA PtiDlOOGH DE EÀBELÀI8.
Le docteur Arastodi signale dans Y Emile divers passages : la première leçop de cosmographie* l'idée de faire fabriquer par relève ses. propres instrumente, de M faire apprendre un travail manuel, etc., etc., où il voit l'inspiration directe de Rabelais- Tout cela est dans Gargantua sans doute, mais il - est deateua que Rousseau soit allé l'y chercher. Jean- Jac^uf* ne dte Rabelais nulle part. Son nom n'apparaît m daas les Confessions) ni dans la Corre$jpmfomcerm dans: la liste — assez longue cependant — djss livres qu'il Usait aux Charaettes, M. Ànwtedt indique huit éditions. plus ou moins complétas de Rabelais, publiées pendant la yie de Roosseaa, doit derçx à Genève, .mais cala prouve tout au pins qie Vanteur d'Emile aurait pu lire le £rorgmtm, et nen pas ^n'il Ta lu jen* effet
Ce nr'efet pas à dire qae Jean-Jacques n'ait pas reç» llnfiptfte 4e Rabelais, mais il Ta reçue indireottme&V tandto %aHl reQut directement celle de Montaigne* Rabelais a agi sur Rousseau par l'intennédiake M Daniel de Fœ et de son Jtebm-
Rotrinso*, w effet» est une mise en œuvre des idées de Rabelais sur l'éducation. L'héritier du trône a été placé en relation directe avec les choses; il a appris. la théorie dans les livres, mais il a vu , il a manié les ebjets lui -même; il les a vus tels que la nattttt les produit , il les voit se transformer entre ies mains « de . i'hoœipe ; non seulement il voit les travailleurs à l'œuvre, mais il prend lui-môme. les outils en main, il scie du bois, il bat du blé, il
Haut. — BOBINSON. SIS
travaille dans les champs. Placez-le dan* Wkà' déserte de Bobinson, il se tirera aussi Mw, il se tirera mieux d'affaire que Bobinson, parferai! est plus instroit que lui.
La principale différence entre les situations, c'eut que Gargantua est jeune et a beséhi qup PoàoeraéqB le dirige, et quefiobinson se trouve placé dvpctaMBt en face de la nature; mais la différence n'est pas misi grande qu'elle le parait au premier coup d'œil. Bobinson a aussi son Ponoctmte*; Robinaon tfeit plus an enfant , c*eet un bomme ; son gouverneur, c'est l'expérience acquise. Il a aussi l'équivalent 4e la bibliothèque de Gargantua, c'est lé bateau eu il trouve les outils, inventés et fabriqués par lîmMfttrie de ceux qui l'ont précédé dans la viei 4n point de vue de l'idée, l'analogie est complète entée les deux situations; ce que Gargantua fait Mtritemént sous un maître , Bobinson le fait feveéinanfc sons un autre maître bien plus eougféant, la nébessièé ; mais les deux livres mettent rhommô en préèeace des exigences de la vie et nous le montrent rïnstotfsant par la pratique.
Daniel de Foe avait-il lu Qurgmtua, dans la traduction anglaise ou dans le texte français ? L» (faut suppositions sont admissibles. La traduction anglaise circulait depuis longtemps : à l'époque où vivait l'auteur, et il connaissait la latagpe française; mais rien n'indique que cette lecture ait été faite; JLidée de placer un hdmme seul en face de la nature est bien anglaisé et aurait fort bien #u venqr à l'auteur, lors même que l'histoire sur laquelle il a bâti son livre ne lui aurait pas été, racontée.1
1 L'histoire du matelot Selkirk est trêscoÉni*. On 1» Heure
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Quoi qu'il èD toit, le Robmson fit le tour 4e l'Earap* dès qu'il parut; tout le monde s'intéressa à bette lutte de la volonté humaine contre la nature. J.-J. Rousseau surtout en reçut une profonde im- -pression et certaines parties £ Emile, et des plus importantes, procèdent de là; ce sont précisément qui rappellent le pins l'éducation de Gar-
Un antre peint commun entre l'éducatioÉ 4e Gargantua et odle d'Emile, c'est que dans les deux onwngee, l'homme est supposé naturellement bon. L'enfcntdtit dfcre dirigé, éclairé, mais il n'est pas ques- ■ lie» de la Défaire. S'il ne subit pas de mauvaise inflnence «tfériapre, a suffit de lui montrer le bien pour qu'il s'y conforme. Ponoerotes n'a pas l'idée de punir Gargantua, pas plus que Rousseau n'a l'iéémHrfiger une punition à Emile. Gargantua avait pris dss habitudes de paresse et de cancrerie; on lui en frit preadfe d'antres; mais comment-? en appelant son activité alitants, en le dirigeant vers le bien, sans qu'il soit nécessaire d'user jamais de repression ou de compression. Rousseau corrige de même EmSb en laissant ses fautes produite leurs coneétyientes. Rouleau remporte dans son livre par l'abondante des observation* de détail, maie l'erreur dans ses pages se mêle souvent à la vérité, et la préoccupation de raisonner toujours y est trop afpparehte. Il y a qvslqne chose de plus grand dans la eonce^tion de Rabelafai Le curé de Meudon a l'esprit plus large que le philosophe de Genève.
entre autres dans les WograpMeàl and criHccU notice* of emiumi nooififtsi.ns W* Scott»
RABELAIS JVOé PAB PB. GUUO*. Wt
Gtngueué fat le premier, dans une fameuse brochure que noua analyseront plus loin, à appeler l'attention d'une manière détaillée sur fca pariiet sérieuses de l'œuvre de Rabelais et en particulier sur -son système d'éducation. En 1812, François Guizot inséra dans les Annales d'éducation, qu'il avait fondées Tannée précédente avec Mm° Pauline Guizot, auteur de quelques jolis romans à l'usage des enfants— un article étendu sur les Idées de Ba* bêlais en fait d'éducation, article provoqué évidemment par la brochure de Gînguené. Ge travail que l'auteur a reproduit en 1852 dans ses Médiiatiatu et Etudes morales, contient l'analyse et l'appréciation de tout ce qui, dans le Hvre de Rabelais, a* rapporte soit à l'éducation de Gargantua, soit à celle de Pantagruel.
Yoicî comment l'auteur entre en matiàtiç
Un écrivain qui a exagéré là licence à une époque ofc la licence était excessive, qui n'a presque jamais été gai sans bouffonnerie et est souvent resté bouffon sans gatté , qui a dépensé en inventions audacieusement bizarres les richesses de son imagination, et qui semble s'être imposé la loi de ne jamais dire sérieusement que des extravagances, Rabelais ne paraît pas devoir être, en fait d'éducation, un grand maître. Et pourtant, il a reconnu et signalé les vices des systèmes et des pratiques d'éducation de son temps ; U a entrevu, au début du seizième siècle, presque tout ce qu'il y a de sensé et d'utile dans les ouvrages des philosophes modernes, entre; autres de Locke et de Rousseau.
Rabelais a tracé tout un plan et raconté toute une histoire d'éducation seûfléer douce et libérale
Pantagruel est au berceau; il est lié et emmailloté comme tous les enfants d'alors, mais bientôt Gargantua, son père, s'aperçoit que ces liens gênent au motmmento et qi^1 fait
ttt LA PÉDAGOGIE DE RABELAIS.
effort pour loi rompre; aussitôt il commande «qu'il soit délié desdictes chaînes».
L'emmatliottement existait encore partout à la fin du XYIIT siècle. Il n'a été aboli qu'après les élowonts plaidoyers de J.-J. Rousseau.
Sa. première éducation est toute physique, continue Guizot. Nous douions avec raison ^au libre développement du corps, une grande place dans les premières années de l'enfance : nous ne prétendons pas cultiver laborieusement les facultés intellectuelles avant que les facultés corporelles aient acquis quelque consistante; nous laissons les enfants se traîner, se rouler, exercer et déployer en tous sens leurs membres et leurs forces.
Mais cela était use innovation à l'époque de Rabelais» Qu'on se rappelle le passage que nous' avons cité plus haut sur les études précoces des fils du président de Mesnes.
Le corps fortifié, viennent les études.
Quelles sciences étudie-ton d'abord? Celles qui sont les phis utiles dans la pratique, et celles qu'on peut acquérir en voyant les objets «ux-mémes.
Ponocrates savait que le meilleur moyen de rendre l'étude intéressante et profitable, c'est de la rendre active et d'en chercher l'occasion dans les circonstances ordinaires de la vie. Voulait il faire étudier à son élève ce qu'on pouvait étudier alors des sciences naturelles, c'est-à-dire lui faire connaître les caractères et les propriétés des principaux objets de la nature ? pendant leur repas, «ils commençoient à deviser joyeusement ensemble, parlant de la vertu, propriété, efficace et nature de tout ce qui leur estoit servy à table »
Ponocrates et son élève allaient-ils se promener? la botanique les occupait...
Et ainsi de la cosmographie, de la science numérale, etc.
fit «qu'un .ne croie pas qu'en dirigeant ainsi l'attention de
i RABELAIS JUCHÉ PAR FA. 6OTS0T. 819
son élève vers l'étude de la nature, Ponocrates lai bissât négliger les sciences morales ; il lai enseignait , an contraire , à chercher, dans tout ce qu'il voyait en apprenait, quelque bon précepte de conduite : Lorsque Pantagruel repassait dans sa mémoire les leçons qu'il avait reçues, « il y fondoit quelques eas practiques eoncernans l'estat humain , lesquels Hs estea» dotent aucunes fois jusques deux ou {rois heures»
Guizot montre ensuite les effets de cette forte éducation sur toute la vie de celui qui IV reçue.
Une éducation si bien dirigée ne pouvait demenrer vaine. Rabelais a voulu montrer, dans le développement du caractère de Pantagruel, quels en devaient être les fruits. Ce caractère est surtout remarquable par la droiture et la confiance. A côté de l'immoralité de Panurge et de la grossièreté de frère Jean, Pantagruel apparaît 'toujours plein de raison, de facilité, de bonté. Discute-t-il ? il abuse quelquefois étrangement de l'érudition et de la dialectique ; mais c'est presque toujours pour en revenir à des maximes simples, droites, au bon sens et à la justice. A-t-ii à agir?. il se montre ferme et calme. Lorsque pendant ses voyages il essuie en mer cette horrible tempête décrite par Rabelais d'une manière si vive et si pittoresque, tandis que Panurge s'abandonne au désespoir de la peur , tandis que frère Jean et tous les matelots luttent contre les vents et contre les vagues, jurent, s'emportent, Pantagruel tranquille et pieux, reste debout sur le, pont du navire, tenant fortement le grand mât pour l'empêcher 4* se rompre ; et quand, au plus fort de l'orage, tous les nautonniers se croient perdus , il ne laisse échapper que cas mots : « Le Pieu Servatcur nous soit en aide I »
Qu'on suive Pantagruel dans tout l'ouvrage; en verra que, uns fracas, sans ostentation, probablement même sans intention morale, Rabelais l'a peint tel qu'il devait être après l'éducation qu'il avait reçue, c'est -i-dire bon et raisonnable, toujours curieux d'étendre ses connaissances et de garder ses vertus, cherchant partout la vérité, examinant et tolérant les opinions des autres sans laisser ébranler ses propres principes, digne, simple et ferme an milieu des monta .déréglé* des in-
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décentes brutalités et de l'immoralité hcaacieuse de ceux qui l'entourent
J'or veux foire remarquer on trait particulier , d'autant plus frappant qu'il se lie de plus près aux résultats de l'éducation que je viens d'exposer; c'est le respect de Pantagruel pour son père. Nul écrivain , peut-être, n'a donné à l'amour filial et à l'autorité paternelle pins de force et de gravité que n'a fait le cynique Ra*belais.
Guizot termine ainsi son article :
Je n'ai point laborieusement cherché et introduit dans l'ouvrage de Racolais ce qui n'y est point ; je ne lui ai point prêté des intentions ou des idées qu'il n'a pas eues. Mais telle est la force du bon sens qu'il démêle et saisit quelquefois les vérités les pins hautes, comme les plus fines» au milieu des plus orageuses ténèbres. C'est ce qu'a fait Rabelais, en matière d'éducation comme sur plusieurs autres sujets, dans un siècle qui n'y pensait guères, et dans un livre où l'on ne s'attend pas à rien rencontrer de semblable.
xxm.
Dans son TcMeau de la littérature française au XVr siècle (1828) St-Marc Gîrardin s'exprimait ainsi :
Dans l'éducation de Gargantua, Ponocrates prend hardiment le eontrepied de l'éducation des écoles. Il laisse la raison se développer peu à peu ; point dé contrainte ni d'autorité magistrale. 11 enseigne à réféchir : Voilà le but de ses soins. Fanant déjà ce que nous essayons de faire, il mêle, dans Péducitfon de son élève à l'étude des lettres l'étude des sciences naturelles. La «science numérale*, ce sont nos mathématiques, notre géométrie ; la lutte, le saut, la nage, le cri pour fortifier les poumons, c'est notre gymnastique; ces promenades dans les ateliers des artisans et des fondeurs , ce sont nos cours de mécanique et de chimie appliquées aux arts. Enfin Gargantua va suivre les leçons publiques. Que pourrait-il faire de mieux aujourd'hui ?
St-Marc Gérarditt est trop optimiste. Nous avons
BABELÀIS JUÛÉ PAR ST-MAEC OIRARDIN. 321
beaucoup plus à faire qu'il ne croit pour réaliser l'idéal rêvé par Rabelais.
A partir de ce moment; il y a unanimité entre les» critiques, dans les éloges donnés à ce plan. Pour éviter les répétitions, nous ne citerons plus que \pa témoignages les plus caractéristiques.
Ste-Beuve a consacré plusieurs articles à Rabelais. Les passages suivants sont extraits des Causmes du lundi, III. ,
Les chapitres XXIII et XXIV dn premier lirre sont vraiment admirables et nous offrent le plus sain, le plus vaste système d'éducation qui se puisse imaginer, un système mieux ménagé que celui de l'ifaife, tout pratique, tourné à Futilité, au développement de tout l'homme, tant des facultés du corps que de celles de l'esprit... C'est ce mélange [d'exercices physiques et de travaux intellectuels! qui compose la complète éducation selon Rabelais ; le médecin, l'homme qui sait les rapports du physique et du moral se retrouve en lui à chaque prescription... On reconnaît ici à chaque pas le médecin éclairé, le physiologiste, le philosophe....
C'est vraiment un admirable tableau idéal d'éducation, où presque tout devient sérieux. Il y a de l'excès, de la charge assurément dans l'ensemble , mais c'est une charge qu'il est facile de ramener au vrai, et dans le sens juste de l'humaine nature. Le caractère tout nouveau de cette éducation est dans le mélange du jeu et de l'étude, dans ce soin de s'instruire de chaque matière en s'en servant, de faire aller de pair les livres et les' choses de la vie, la théorie et la pratique, le corps et l'esprit, la gymnastique et la mnsique, comme chez les Grecs, mais sans se modeler avec idolâtrie sur le passé et en ayant égard sans cesse au temps présent ou à 'l'avenir.
Ste-Beuve ajoute dans un autre endroit :
Nous avons dans ce cours d'éducation et d'étude à J'usage du jeune Gargantua le premier modèle de ce qu'ont représenté depuis plus au sérieux, mais non plus sensément, Montaigne, Charron, Pécole de Port-Royal par endroits et parties, cette école chrétienne qui ne se savait pas si fort à cet égard n 21
dans la même voie que Rabelais, l'étrange précurseur 1| Nous avons d'avance, dans une vue et une gaieté de génie, ce que plus fard Jean-Jacques étendra dans V Emile en le systématisant, et Bernardin de Saint-Pierre dans ses Etudes de la Nature en l'affadissant..
L'jMfteur des Causeries ne croit pas, comme St-Marc Girardin , que nous ayons encore tiré du plan de Rabelais tout ce qu'il serait désirable de voir appliqué :
Ce plan d'éducation avait une grande opportunité quand il s'agissait d'émanciper la jeunesse , de l'affranchir des méthodes serviles et accablantes , et de ramener les esprits aux voies naturelles. On a, pour réaliser ce programme , même après trois siècles, bien des progrès à faire encore.
C'est aussi lavis de M. Albert Réville (Revue des deux mondes, 15 octobre 1872).
fiabelais s'est proposé avant tout d'inculquer à son élève le goût, en lui donnant la capacité de l'étude
Ce qui nous intéresse surtout , c'est l'art merveilleux avec lequel le précepteur sait éveiller la curiosité du jeune homme et transformer des études sérieuses et prolongées en véritables plaisirs. C'est ainsi que dès le matin il reçoit une leçon d'astronomie et, comme nous dirions aujourd'hui, de météorologie, en regardant l'état du ciel et en le comparant à ce qu'il a pu remarquer la veille.....
Il est évident, lorsqu'on examine ce plan d'éducation, que Rabelais aurait dû le modifier de nos jours, où ^programme des études nécessaires s'est considérablement élargi ; mais les principes et les tendances de sa méthode pédagogique n'ont rien perdu de leur valeur : l'accessoire , non la substance , a changé. Quatre grands principes dominent tout le système. Le premier , c'est que l'étude doit être pour le jeune homme une joie plutôt qu'une tâche pénible ; il doit aimer à étudier, et il faut qu'on lui rende l'étude aimable. Le second repose sur l'idée que l'homme instruit doit posséder un ensemble de connaissances qui le mette en état de s'intéresser à tout avec intelligence. Le troisième, c'est qu'il faut mettre de bonne