‹ Rabelais et ses œvres (volume 2)Chapitre 14 sur 110 · BÂBELAIS ET SON SIÈCLE · texte numérisé non relu

BÂBELAIS ET SON SIÈCLE

disant: Voilà celui qui revient de Teafer^de mâme on se figure volontiers Rabelais, la face épanouie et riant à belles dents, comme nous le représentent certains portraits de fantaisie.

C'est là un préjugé, et un préjugé dont Rabelais a été tout particulièrement victime. Si Ton interrogé rhistoire, on verra que les plus grands railleurs étaient généralement graves. Prenons les plus émi* nents: Aristophane, Lucien, Cervantes, Molière, Swift, Courier, Béranger et même Voltaire. Pas un ne fut un bouffon ou un viveur, tous forent sérieux, et dignes. D'Aristophane^ nous savons peu de chose.; nous savons cependant que c'était un personnage grave et bien posé. Quant à Lucien, ce n'était pas un bouffon ; c'était un rhéteur, un conférencier, comme on dirait aujourd'hui, de mœurs réglées et économe. Parti pauvre de son pajs, il amassa par son travail «me pe^ tUe fortune, qu'il retourna partager avec les siens. Dans l'autobiographie quMl nous a laissée, rien qai ressemble à reoûstence d'un viveur, d'un joyeux comr> pagnon, et cela est d'autant plus notifie que, de son temps, on se livrait avec une fureur égale au plaisir effréné et au mysticisme ; il se tint à égale distance de ces deus tendances, il fut un bravaiUeiur laborieux en même temps qu'un railleur impitoyable d^ idées de son siècle,

Tout le monde connaît la biographie du pauvre: Cervantes, tour à tour soldat, esclave i Alger, ocr. çupé à de misérables fonctions, toujours à court d'arti gent et soutenu dans sa misère par sa sasur, qui était couturière et raccommodait les vêtements des gen^. tilshpmxnes ; les quelques lettres qu'on a de lui nous le représentent toiûours triste et besogneux, et

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cependanty quelle Terve! quelle galté! qudle sârie de générations a déridées ce mélancolique persennage!

Les ouYiages de Swift «ont- gais aussi. Nous no«s gemmes tous «nusés de ses géants, et de ses naine, des sabrants abstraits de son Ue volairte et 'même de ses affireox Yayous; sa plaisanterie est amère sans doute, mais eUe fait rire ; or, on sait que le doyen Swift était un homme atrabilaire, ineoeiable la plupart du temps, au poin( qu'il a fait mourir de chagrin les deux femmes qui Font aimé.

Et Molière, notm grand rieur, le créateur non* seulement du Mis^nthrope^ et de Xayiuffe^ mi& du Médeûin lÊMlffré {mî, ds PourtSeoMgns^^ àuMakule imaginaircy etAe taet d'autres folies qui provoquent nos rires, de père en fils depuis près, de trois siècles, Molière, dans la rie privée éitait-*il bouffon ? était41 mâme gai ? Non, U était eilencîeui;; c'était le «Contemi^lat«Air»« U n'étaii guère joyeui: quala plume à la main.

Et Paul-Loms. Courrier, voilà un railleur infatigable 1 ai ses ^granmes emportent le morceau, elles n'en sont pas moms d'aine galté communioative. Elles sont très. trefV#illé«3, mais conwe elles tombent ^tel wmmp M sait dérider même les jugQS .4ui le eondaxment 1 £b bien^ Usez sa vie, sa cpr* reipot^auce ; vous le verres quînt(E|u:!(, tracassier, insupportable à son eatouragei ^ bien qp'il fut tué par son gardercbas^e à la swte d'une querelle* *

Béranger n'a pas le môme défaut^ U est bon, Uwveiillant, aimut, mmtM^ à toui^ ; niais 'çst-il gai ? Au contrairoi il est sérieux, et méUno^ue- ^t ^ pendast il est telle d^ 96s cbaasoas qu'il ^t i9Woe-

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sible d'entendre pour la dixièiM fois sans dtae ]xris de fou Yire«

Et Voltaire le ricaneur ? Est-ce qu'il riait: Imsaeoup, est-ce qu^ meniaît joyeuse m quand il jetait à travera l-Europe tant^ de puspUets étîMehnts? N(Hi, H travaillait; à Ferflegr, il restait dans son cabinet toute la jouniée et n^ aortsat qne pour dtner, et souvent encore il vetonmit traTaillm* après, fit Pascal ? n- oubliona pas qwa le grai» aitteur dea JP^msSos est aussi l-éeriwn des JPIrMiéfi-

Tb«8 eesralOeura enfin qui ont aond6 la nature humaine, qnient Até à la* Mb profénda et rievra^ interrogez rhiato^ auv leur compte^ la réponae est uniforme: tooB étaient graiw etiaéfîmix.

Il j a, pami lea éerivaina, dfautrea raiileiirs qni ont mené joyenee Tle^ mais oeux^là ne sont qu^au second rang. Aucun i^enr n'a atteint le grand comi^ que. Ily^enltaHéFalengo, Éir leqmel nems amoas occasion de revenir. En France, nous avons Bégnaid, pe«r ne prendre que te plw éarinent ; telui-là fot ainoB on farceur, au anina «a bommep de Mbob èhère^ mt a«ii de la tâibto et de» plidair»» raffiné éa resrtcH, e>M«it le ton du moasént; Régnard est d^e galté emmmntûative. Qtaëlle (fifférenoe penrttmt,pour refféttyreduit, en^^- lea pMeanleries ^ Fauteur joyeux du Légataire et eel^s dn nélavoch lique' MoUtret La plai&anterie' de Si^;nard eattovte à la anrfaoê,. eMe foit rire et en T^ubUa ; eelle die Mefière &it riire et foit penser.

Quamd il s^agit de bouffMaerfea, eMimend eubtier Pikul Searren fui passa la moitié diot 9dn &ii^ teftM^ àea débiter ? Oelui^Ift aurait étfta^vhMr ell

SOI» CABACIÈRII. JKS

rayiât pii^ il a¥ftît méiae cotomeneé par là, lorB^u'uo. ft^ekleirti lorsque les ftnites d'ime^ polMummerier de jomeaa^f VénèièMÊt au débat de sa j^euse earr Eîàre^ etk. clauèpent sur im iaotoail dâf douleuf .; il g'imposa pour mission de faipe rîra les autres ; maÎB quelle plaisanterie que la sienne ! une plaisanterie toute superficielle, aussi vide que celle de Folengo, uae vraîe plaiflaoteria de wfbnt.

'Bbiïxà Mê ciiaD80imiei% ili en est «n qui a jinai d'^ttneimmenserépotatioD^ c'est IMoavfieMi ; lisez tes jounkaus; de aenitoapi, c'était la galté inosaniéei to premier cka rieum.^ C'était un vii^eur, un;biiyeiur'<|iti s'enivrait, tandis que Béranger restait sobre eu thmttant, le Yio*£b Wen^.«8s«yie de lire-ialifMEd'lMii les chsÉBOBS: du tluTeup jovial; à part ua petit, nmr hw de oaapleta^.eoiiiae tout oata estitidUtti îAfé'^f^r

Quelle est eotl* eeséeoK. geaiMd^ gatté oeUe de Rabelai»? Esticelat gahélbMiMafiié^'deiDésaiitgiera ? Ia( galle. gtiiMMnàretds Soanr(m,Ja galbé mousaem» dé BégDard:?'Noii» la jriaîaânterieitde JSablr laistBlaiMi gaie que oéUaé» Régûaid^. «aia iUe est aussi' proftxula^ pkia pnefin^ds' mène {Que oélla dfi Mslière ; citof sir aasai^ mattdeiiae^qiie eeUe èè Bttah LonuB, wmsBi péêêtmate et ûiaa&yfAnï» quBi^léfèt Yaitair» c*> de Béi^angir^ auda spree mi adMst da taoahonie BBaUdeBseiqueiaf» jamaia le patfiaocfaeîde Femey et que: l^utèiir du Dieu des bounst gen» aa jaontoe qu'exeqpttisÉaBlleBieat.

OcB> aqipoDclleméDÉa soffiisiBitt atpfi9riJpmïTMfAÈ porter à rejeter la légende vulgaire qui s'est' fitile aotouF' dà/MBs dei SabeiaiSt- Ibfs. m<iiia$iei les *témûigtmgw oonteibporaiaa ne uùae montreraient .paft

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en lui an personnage à la fois sérieux et gai, un contemplateur indulgent, plus encore qu'un actmr dans le drame de la folie humidne* Et c'est bien ainsi que les documents authentiques vont le faire -upparattre devant nous.

Pour bien comprendre lliomme que nous allons étudier et le livre que nous allons analyse, il n'est pas hors de propos de jeter un coup d'œil rai^e, %ien rajNde — pour ne pas répéter ce que tout le monde sait, — sur le siècle où vécut et écrivit Rabdais.

Son premier livre date de l'époque où Enmiçois I**, revenu de sa captivité en Espagne, teida i Paris, malgré la Sorbonne, renseignetqent de l'hébreu et du grec, — à Tépoque ot, dans la lutte engaîgée entre les humanistes et les obscurantistes, les humanistes prennent décidément le dessos.

- Le moysn ftge a fini son évolution, la société féotUde est morte; letr seigneurs ont reconnu là suprématie royale; les conttQQOies qui s'étaient créées en -face du pouvoir ont aussi. aMîqaé au profit de la royauté) — en attendant qu'ellee se posent ea face -d'^Ie, en i^semblée unitaire, des Stat^-Gténéranx, eh issemUée nationale. L'horizon de la patrie s'âar- "git; au Ksa de se confiner : dans nn canton, daae une province, la patrie devient laN France. Il on . est de même dans le domaine intetteotnel : :1a Bonnee, 4'art, tomt va se iaii» national et môme, coamoimlite.

La littérature féodale. avait aussi achevé' son évor intion. La stérilité litténihre du XV* aièclaamît fiait

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