‹ Rabelais et ses œvres (volume 2)Chapitre 22 sur 110 · PERQUISITION CHEZ- LUI · texte numérisé non relu

PERQUISITION CHEZ- LUI

poser, qu'à l'époque de la Réforme, l'évêque de Maillezais, eût, comme nous Talions voir, accordé une hospitalité emipressée et son amitié à un débauché, scandaleux ?

L'abbé Pérau, qui a publié en 1752 une édition des Œuvres choisies de Rabelais, a placé en tête une notice où Ton trouve l'anecdote suivante :

Dans une foire considérable qui se tenait un jour à Fontenayle-Comte, Eabelais eut la curiosité d'aller sur la place voir les paysans qui y dansaient au son des violons. Sa gaieté naturelle l'emporta jusqu'à se mêler avec eux ; on ne dit pas qu'il y dansa, mais il les engagea à boire et les y excita si bien, et peut-être par son exemple, qu'il eu enivra la plus grande partie et surtout les joueurs d'instruments. Rabelais charmé de cette prouesse, imagina d'enlever tous les instruments de musique, et il en fit une espèce de trophée qu'il alla suspendre au maitre-autel de SQn couvert. Cette équipée mit tQut le monastère en rumeur.

Le fait se borne ici à une espièglerie un peu forte, surtout si on le réduit à sa plus simple exprèssioQ, comme on en a le droit. Mais d'autres biographes vont plus loin. Ils nous racontent, par exemple, qu'un jour il aurait administré aux moines des drogues qui les auraient excités à la 'débauche. Une autre fois, à la fête de St François, Rabelais se serait mis à la place de la statue du saint, et là il aurait fait des grimaces pour effrayer les dévotes et enfin aurait poussé l'irrévérence jusqu'à arroser les fidèles d'une eau qui n'aurait été rien moins que lustrale.

Notez que l'homme à qui l'on attribue ces fredaines avait quarante ans, selon les uns, près de trente ans, selon les autres ; c'était un prêtre respecté de tous, qui célébrait l'office divin, et qui allait môme prêcher dans les églises, puisque, suivant un de ses biogra-

52 BIOGRAPHIE DE BARELilS.

phes, Pierre Leroy, un des griefs des momes contre lui, c'est qu'au lieu de mettre dans la caisse commune l'argent qu'il recevait de ses prédications, il s'en servait pour acheter des livres.

Ces récits sont tellement absurdes qu'on éprouTe quelque répugnance à les rappeler. Ils sont trop répandus cependant pour 6tre omis. Ajoutons que l'un des biographes les mieux informés de Rabelais, M. Paul Lacroix n'est pas très éloigné d'y croire.

 la suite de ce fait, Rabelais aurait été condamné à Vin pace, c'est-à-dire a être enfermé pour le reste de sa vie dans une cellule, réduit au pain et à l'eau. Il aurait réussi à faire connaître sa situation à Tiraqueau, qui serait venu le délivrer et aurait même été obligé d'employer la force année. M. Rathery voit dans ce dernier fait une invention pure ; il est possible qu'il n'y ait qu'une exagération. Il y avait eu tracasseries, dénonciation, perquisition, confiscation de livres. Les deux amis s'étaient enfuis; les moines furent forcés de les rappeler, de leur rendre leurs livres, mais pardonnèrent- Ils de bon cœur? Il est permis de croire que non ; il est permis de croire qu'ils auront saisi avec empressement le premier prétexte qui se sera présenté pour infliger à Rabelais une punition- Or ce prétexte, il n'a pas iù leur être très difficile de le provoquer. Rabelais trouvait très pénible l'obligation de se rendre exactement au chœur à des heures marquées, pour chanter des psaumes qu'il connaissait trop. A défaut d'autres témoignages, nous trouverions une preuve de cette répugnance dans la haine qu'il a vouée aux cloches ; il n'en parle jamais sans colère et il saisit toutes les oc-

Page 1