LÀ GRAND JUMENT ET DUJTE DE POITIEBS
portés.^ n 7 a maintenaiit de ces montons en Crimée et en- Syrie, comme ani tempa cTHérodote» et fl n'est personne qni n*alt vn des gravures représentant les moutonadn Gap (de Bonne Espérance) garnis de cet appendice. Gela n'empécbe pas les commentateurs de FéditioQ variorum^ de 8*égayer fort de ce détail, qu'ils regardent comme inventé à plaisir.
lia petite colonie composée de Garjg^antna, Ponocratés, Eudémon et leur suite, voyagea joyeusement jusqu'au dessus d'Orléans.
Auquel lieu était une ample forest de la longueur de trente et dnq lieues et de la largeur de dix et sept, ou environ. Icelle estoit horriblement fertile et copieuse en mouschea boyines et freslons ;. de sorte que c'estoit uae vraie briganderie pour les pauvres juments, âmes et c^vauz. Mais la jument de Gargantua vengea bonnestement tous les oultrages perpétrés en icelles sur les bestes de son espèce, par un tour dont eUea ne sedonbtaient mie, car soudain qu'ils furent entrés en la dite forest et que les freslons lui eurent livré l'assanlt, eUe dogaisna sa queue • et si biei» s'escarmouehant, les esmoudha, qu'elle en abattit tout le bois ; à tors, à travers, de çà, de là« par ci, par là, de long, de large, dessus, dessous, abattoit bois, comme un faucbeur fait d'herbes. En sorte que depuis nV eut bois ni freslons \ mais fut tout le pays réduit en campagne.
Quoy voqraot Gargantua, y pioit un plaisir bien grand, saiu autrement s'en vanter. Et dit à ses gens, je trouve beau et. Donc ;fut depuis appelé ce pays la Beauce.
Mais peur tout déjeuner ils durent se contenter de bailler. La coutume s^en est conservée et à présent encore on dit que les geAtilshommes de Beauce baillent pour tout déjeuner.
Les commentateurs se sont mis en frais pour chercher un fait historique dont on pût rapprocher cette histoire de fa jument, qui figure dans deux chapitres et que Ton ne reverra plus. Les uns y ont vu la du-
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chesse d'Etampes, Anne de Pisseleu, maltresse de François I", — d'autres, Diane de Poitiers, maîtresse de François P' également, et plus tard de son ôls Henri n. Rabelais, nous dit que la grand jument fut donnée à Grandgousier par un roi de Numidie, nommé Fayoles. Or le grand sénéchal de Normandie, Dreuxr Brezé, mari de Diane de Poitiers « était seigneur de Fayoles. On ajoute que Diane se ôt adjuger des coupes de bois dans le forêt d'Orléans. Dans la Chronique, où se trouve la même aventure, la jument est forgée par Merlin et Fayoles n'y figure pas, la forêt d'Or* léans, non plus, qui est remplacée par celle des Ardennes :
Quand la jument y fat, les mouched commencèrent à la piquer. La jument dont la queue était d'environ deux cents brasses de longueur, se sentant piquée, se cabra avec tant de fureur et de violence que les chênes les plus gros tômboient et se brisoient de tous côtés. La bête continua si longtemps qu'il ne resta pas un arbre dans toutes ces forêts.»
Ici évidemment nous sommes en face d'une simple exagération des fictions chevaleresques. En reprenant son récit, Babelais y aura-t-il ajouté les allusions qu'y signalent les commentateurs ? Il n'y a rien là que de très probable. Il était — chaque page de son livre en fournit la preuve — de ces esprits larges, qui voient à la fois l'ensemble et les détails, qui jugent de haut, et cependant ne dédaignent pas les petits rapprochements, et font avec le même plaisir un calembour et une réflexion philosophique.
Nous voici à Paris en Badaudois. Gargantua est frappé ou plutôt choqué de la badauderie proverbiale
L*ENLÈyEM£NT DES CLOCHES. 193
des Parisiens, pour qui tout est spectacle; cun bateleur, un porteur de rogatons, un mulet avec ses cymbales, un yieilleux au milieu d'un carrefour assemblera plus de gens que ne ferait un prêcheur évangélique.»
Eabelais revient à plusieurs reprises sur cette badauderie des Parisiens, mais seulement au début de son livre, comme quelqu'un qui n'y est ^^s accoutumé. Plus tard, il est probable que cette curiosité empressée ne l'aura plus choqué , il est probable même qu'il aura pris goût à cette flânerie. Paris offre au promeneur des spectacles si variés et si inattendus, qu'il est impossible qu'on ne trouve du plaisir à s'y arrêter. Il est des villes, de grandes villes même où l'on n'est pas tenté de flâner, Berlin, par exemple, parce qu'il n'y a rien à voir. Les rues fréquentées de Paris sont un véritable théâtre où Ton n'a pas sa place à payer.
Gargantua voulant se reposer alla s'asseoir sur les tours de Notre-Dame, qui lui offraient un siège commode. On juge si les Parisiens cessèrent de l'entourer.
xm.
Cette visite à Paris, cette halte sur les tours de Notre-Dame se trouvent dans la Chronique. Nous citons le texte de la Bibliothèque bleue, plus facile à comprendre :
Quand la tristesse de Gargantua fut calmée - [il avait perdu ses parents] — il lui prit envie d'aller à Paris, car il aimait les choses nouvelles ; il se mit en chemin sur sa grand jument et lorsqu'il fut près de la ville, il l'envoya paître près de la porte du Temple; il entra dans la ville où il jeta la terreur et l'admiration et alla s'asseoir sur les grosses tours
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de régli^e Notre-Dame. Le4 j^bea lui pendaieEt jusqu'à l^ rivière de Seine, vers le place M^u1;)ert, Il se nât à regarder les deux grosses cloches qui sont; à la grosse toar, et qui passent pour les plus épaisses et lés plus larges cloches de France. Après les a^oir regardées, il lui prit envie de les son* ner, il le fit avec autant de facilité qu'on sonne les plus petijtes cloches,. Ce fut alors que l'on vij; accourir en, fopl^ les Parisiens.
Le récit du Gargantua est beaucoup jjî^w dév^lop^ pé, mais leâ faits sout Içs mémies, à une circonstança près. Rabela,is ajouta, qu'importuné par la curiosité des Parisiens, G^irg^^t^ua fit pleuvoir sur eux une pluie naturelle qui iuon(|a toute la basse cité, ^ bien qui$ 260,418 perspuues furent noyées. On prétend que ce chiffre désigne U population, totale 4^^ 1^ ville ^,}^ temp$ de< l'auteur; il est plus prob^tp qu'il faut voir ici uu c)iiflre en Tair, avisant, allu^jqn aux nombres de ce genre que Ton trouve fréqueiumeut dans 1^ Bible.
Gargantua considéra ensuite les grosse^ cloches qj^i étaient dans les tours... Il lu| vinj; àk l'esprit qu'elles feraient un très bon effet comme clochettes au cou de sa jument, qu'il songeait à renvoyer & son père toute chaînée de fromages de Brie et de harengs frais. Il les emporta en son logis.